Une famille à Bruxelles

PLATEAU (nadine)

6 Mei/Mai/May 15:00
7, 27 Mei/Mai/May 11:00
26 Mei/Mai/May 20:00
Duur/Durée/Duration: 1:30
Belgische première/Première belge/Belgian première

La réalisatrice lit pour le public son premier récit : un texte qu'avec Aurore Clément, elle libère du silence. Pudique, entêtante mélodie intérieure qui esquive la pesanteur de la douleur, Une Famille à Bruxelles musarde sur un menu quotidien, celui qui aide une femme blessée à ne pas penser. Au fil de ce doux monologue s'ouvre subrepticement la faille qu'elle voulait enfouir. Sa ‘famille' juive, dispersée loin de Bruxelles est celle de l'auteur. La mère y est restée, roseau solitaire...

Enscenering/Mise en espace/Set up: Eric de Kuyper
Met/Avec/With: Chantal Akerman, Aurore Clément, Chantal Akerman, Aurore Clément,
Chantal Akerman, Aurore Clément...
Productie/Production: KunstenFESTIVALdesArts
Presentatie/Présentation/Presentation: vzw NADINE asbl (Brussel/Bruxelles), KunstenFESTIVALdesArts

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Le KunstenFESTIVALdesArts se réjouit d'inviter à Bruxelles Chantal Akerman. En mai, la cinéaste présente à Cannes et à Berlin la première de son nouveau film, La Prisonnière, inspiré par l'un des romans les plus importants du siècle, A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. En mai, à Bruxelles, la réalisatrice propose un autre versant de son talent multiple. Cinéaste, elle écrit également pour le théâtre et conçoit des installations. En 1998, elle rédige son premier récit chez L'Arche, Une famille à Bruxelles.

Par quatre fois, les mots d'Akerman vont élire domicile au Festival qui s'ouvre à la lecture de son premier récit. Présente avec Aurore Clément, complice de longue date, la cinéaste prend la parole pour livrer celle, vacillante et courageuse, d'une mère, dont l'auteur, sa fille, Akerman, est en empathie avec le moindre geste ou les phrases les plus ténues. Elle les sort du silence. L'empathie est si forte que le récit glisse subrepticement, régulièrement, du ‘elle' au ‘je'.

A la table de lecture, Chantal Akerman et Aurore Clément avivent ces glissements du récit. On ne sait plus si c'est la mère de cette famille juive éparpillée dans le monde - ou ravie brutalement à celui-ci - qu'on entend, ou sa fille de Ménilmontant. Parce que ce quotidien ténu est le fil qui tient debout cette mère fragile et enjouée, Chantal Akerman la pare d'une attention vigilante. Elle donne la sensation que si se relâchent ces mots et gestes de tous les jours, une vague de sa détresse risque d'emporter cette femme blessée et de la submerger. L'auteur a presque peur de ponctuer cette parole maternelle, elle, la fille de Ménilmontant, trop loin, à Paris ou New York, elle, qui sait si bien comment l'absence la laisse béante et dépourvue, qui voile d'autres incurables absences...

« Je gratte les choses jusqu'à la banalité, dit-elle, je les décape de tous les à-côtés qui empêchent de les voir vraiment. Ce que je dis, ce que je filme, à la limite, il faudrait que ce ne soit pas du cinéma, que ce soit tout juste bon pour être dit dans la rue, dans les cuisines. Tout ce que les autres laissent tomber, il se trouve que ça m'intéresse. La sous-culture n'est pas le contraire du beau : elle apparaît quand on gratte, qu'on déblaie, qu'on nettoie, qu'on enlève le dominant. Je fais des films qui renvoient les gens à eux-mêmes. Dans la ville, il y a le regard de quelqu'un qui passe et qui ne peut pas dire bonjour à quelqu'un d'autre. Je montre ces gens, leurs regards, mais pas avec une caméra appuyée sur eux, une caméra qui leur vole leur corps et leur vie... Il n'est pas facile pour moi de m'exprimer. Souvent je ne trouve pas les mots ou les sensations. En même temps, j'écris mes scénarios et j'aime les écrire. J'arrive à recouvrir un peu mes sensations par des mots, mais très rarement une pensée. C'est ça, l'utopie de l'écriture. »

« Depuis Jeanne Dielman, ma mère est ma grande source d'inspiration, dit-elle encore, par sa façon d'agir pour esquiver la douleur, par les efforts qu'elle déploie pour adoucir le quotidien et cacher le silence. Elle est incapable de parler de ces proches jamais revenus. Alors, je prends la parole pour elle, pour donner une voix aux revenants du silence. »

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