ÜBUNG

Lunatheater

5, 7, 8/05 > 20:30
6/05 > 15:00
Lunatheater
Language: NL
Subtitles: FR
Duration : 1.20

ÜBUNG veut dire exercice. Metteur en scène, auteur et acteur-phare du paysage flamand, Josse De Pauw écrit une pièce jouée par six enfants. Ceux-ci regardent un film noir et blanc : dans une riche villa, autour d’un luxueux repas, des amis font la fête, une fête ‘forcée’ car il faut boire pour se parler et, finissant par boire trop, on largue les amarres. Cafouillant spectacle de petits chagrins. Sur scène, les enfants sont tous habillés comme les adultes du film : miniatures en couleur des grands sur écran. Ce film n’a pas de son. Habiles, les enfants s’activent à faire les voix et les bruitages. Ils ont appris par coeur ces choses que les adultes s’envoient au visage. Est-ce cette vie-là qu’ils doivent s’entraîner à encaisser ? Ou sont-ils ironiquement en train de singer son spectacle ?

Concept et idée/Concept en idee/Concept and idea: Josse De Pauw & Koen Gisen

Texte et Mise en scène/Tekst en Regie/Text and Direction: Josse De Pauw

Acteurs dans le film/Acteurs in de film/Actors in the movie: Josse De Pauw (Robert), Carly Wijs (Rolanda), Dirk Roofthooft (Ivo), Lies Pauwels (Ria), Bernard Van Eeghem (Olivier), George van Dam (György).

Acteurs sur scène/Acteurs op de scène/Actors on stage: Jasper Sturtewagen (Robert), Louise Carpentier (Rolanda), Basiel Bogaerts (Ivo), Romy Bollion (Ria), Dimitri Dauwens (Olivier), Stefaan De Rijcke (György)

Assistant à la mise en scène/Regie-assistent/Assistant to the Director: Koen Gisen (film/movie), Katrin Verlende (scène/stage)

Caméra et éclairages/Camera en belichting/Camera and light: Ruben Impens (film/movie)

Son/Klank/Sound: Robbie Boi (film/movie), Eddie Latine (scène/stage)

Eclairages/Belichting/Light: Philippe Digneffe (scène/stage)

Techno: Piet Depoortere (film/movie), Kurt Verleure (film/movie)

Décor et costumes/Decor en kostuums/Set and costumes: PYNOO (film & scène/movie & stage)

Scriptboy: Jan De Coster (film/movie)

Montage/Montage/Editing: Geert Bové (film/movie)

Catering et Administration tournées enfants/Catering en Tournees kinderen/Catering & Tour Management children: Hilde Gythiel (scène/stage)

Directeur de production/Productieleiding/Production manager: Pat De Wit (film & scène/movie & stage)

Composition du thème et direction musicale/Compositie van het thema en muzikale begeleiding/Theme Composition & Musical Coaching: George van Dam

Paysage sonore/Klankdecor/Soundscaping: George van Dam & Kurt Verleure (scène/stage)

Remerciements à/Met dank aan/Special thanks to: Marc, Celine, Marie & Alice Van den Broeke & Monique Blyau, Els Pynoo (Julie dans le film/in de film/in the movie), Hotel Brasserie Wijnendael (Linda De Troyer), Sportdienst Stad Gent, Ilke Christiaens (stagiaire photographie/ stagaire fotografie /photography trainee), An Graré (artiste maquilleuse/make-up kunstenares/make-up artist), Herman De Roover (construction décor/decorbouw/set construction), Michel Malin (technicien répétition/repetitie technicus/rehearsal technician), Sergio Rogier & Kaat Decock (professeurs de violon/vioolleraars/violin teachers).

Production/Productie/Production: Victoria (Gent)

Coproduction/Coproductie/Coproduction: Het Net (Brugge)

Tournées/Tournees/Touring: De Verenigde Werkhuizen THASSOS

Présentation/Presentatie/Presentation: Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts Back to top

Quel calme ce matin ! Et cette nuit, tant de remue-ménage. (Ria rit). A chacun son petit chagrin. Dans la vie, tous nous ravalons nos larmes, nos colères, nos déceptions, disait ma mère. Et un soir, l’alcool aidant, tous ces petits chagrins remontent à la surface... On en a peut-être besoin.

üBUNG de Josse De Pauw, fragment

A la faveur d’une proposition de Dirk Pauwels, Josse De Pauw travaille depuis 1999 comme artiste en résidence chez Victoria à Gand. Dirk était son complice ès délires visuels et surréalistes du temps des Radeis. Le public francophone s’en était joliment régalé au Théâtre 140 grâce à Jo Dekmine. Depuis, dix-sept ans se sont écoulés. Bête de scène, Josse De Pauw n’a cessé d’étreindre tout ce qui touchait au jeu : écriture théâtrale, mise en scène, création musicale, script de cinéma, rôles au grand écran, tout en continuant à éclabousser les planches de sa solide présence. Longtemps à Bruxelles lié au Kaaitheater, aujourd’hui à Gand, demain à Bruges comme directeur artistique de Het Net (l’ancien De Korre), Josse est toujours décidé à ouvrir les portes du théâtre à la liberté de toutes les disciplines. A Gand, Victoria pratique un théâtre où enfants et adolescents viennent constamment squatter les lieux avec leurs désirs en bataille. Frottés à des metteurs en scène, chorégraphes ou auteurs confirmés qui créent avec eux, parfois pour eux.

Travailler à des représentations inspirantes pour les jeunes et avec les jeunes : demande de Victoria. Réponse de Josse : " Je me sentais incapable d’écrire un texte en phase avec l’enfance ou l’adolescence. Mais l’idée fait son chemin. Pourquoi ne pas court-circuiter l’univers des adultes par le regard des plus jeunes sur lui ? " La pièce s’écrit. Elle devient scénario puis film en noir et blanc : le ‘modèle’. Dans une luxueuse villa de campagne, Robert et Rolanda, éteints et crispés, attendent leur couple ami, Ria et Ivo. Au premier coup de klaxon, le ‘spectacle’ commence. Effusion, embrassades et gaieté forcée. Un dîner arrosé, deux couples qui battent de l’aile, un ami célibataire, poète du dimanche, et le violoniste de l’est, blanchi à domicile, comme cerise exotique et romantique sur le gâteau. Mondanités, plans de coupe sur propriétés (GSM, Jaguar, collection d’art, piscine, sauna, télé et chaîne hi-fi dernier cri, cuisine high tech), conversations tapageuses bientôt engluées par le flux d’alcool. Et refluent les vagues à l’âme.

Sur scène, le film est projeté devant six enfants. Ils ont douze, voire treize ans. Le son est coupé. Sur scène, habillés exactement comme les six adultes de la fête, ils s’amusent à faire la bande-son du grand écran. Ils doublent, ils imitent. S’entraînent-ils ? Et à quoi ? La pièce s’appelle üBUNG : exercice pratique ! " L’idée n’est pas du tout qu’ils s’investissent dans les émotions des personnages. Tout au contraire ! Chacun doit être totalement synchro avec le mouvement des lèvres de l’adulte dont il est la copie miniature et avec le son de l’action. C’est toute une machine à gérer et ils s’y activent sacrément. Dès les premières répétitions, ils ont pris beaucoup de plaisir. Ils adorent imiter les grands. Pour moi, il est important que ressorte leur habileté : qu’ils soient dans le bon rythme, top synchro. Je ne les mets pas en scène : je dirige un concert. Eux, ils rappent les monologues et dialogues, ils scandent leur ‘dub’. Je leur demande de bien savoir ce qu’ils font. Le casque et les moniteurs-repères leur laissent la liberté de se mouvoir comme ils l’entendent. Evidemment, on n’a pas choisi ni les plus timides, ni les plus discrets. Mais leurs ‘modèles’ ne le sont pas non plus... "

Les ‘modèles’ d’üBUNG galèrent dans le caviar sur l’air de ‘qu’est-ce qu’on s’amuse !’ Ils ont tout ce qu’ils veulent sauf l’essentiel : l’affection, l’amour, la tendresse. " J’ai expressément écrit des rôles assez archétypés car je savais que, dans le film, les acteurs oseraient les emplir avec leur ‘CV’, leurs nuances, leurs chavirements, leurs tumultes : ils sont incroyables. Bien sûr, les enfants ne pourront jamais lancer ces grands rires qu’ont les adultes en société, ni se laisser aller comme eux. C’est ça qui est confrontant et beau : les décalages. " De la pellicule noir et blanc ou de la scène en couleur, qui singera qui ? " Etaler ce qu’on possède et ce que l’on peut se payer, on veut que ça parle de nous à notre place. Mais, nous, quand on doit vraiment parler, ça ne va pas très bien. " Problème d’ados ou problème d’adultes ? " Quand Rolanda craque devant la porte fermée de ‘son’ violoniste-maison et pleure pour qu’il lui fasse un gosse en douceur, cela donne quoi dans la bouche de la petite Louise qui l’imite ? "

Et quand on applaudit la prestation du violoniste avec le même enjouement que l’événement du bouchon de champagne qui saute ? Et quand un type tout seul n’est là que pour être la cible des autres, le bouffon de service ? Alors üBUNG pour qui et pour quoi ? " Les enfants ne sont pas en scène pour faire le procès des adultes, ni du spectacle que ceux-ci se donnent. On sous-estime d’ailleurs ce que nous apporte notre côté ‘spectacle’ dans les relations humaines. On dit que ce n’est pas honnête : du mensonge. Pourtant cela nous sauve souvent. Personne n’est dupe dans ce jeu-là. Bien sûr, un enfant, ça redoute les éclats. Les disputes des grands, ça lui fait peur. Mais si, dans la vie, on lui explique que les disputes, ça existe et que ce n’est pas grave, une histoire de nerfs ou de fatigue et pas de guerre, il sait que ce n’est plus dangereux. Je ne crois pas beaucoup au cocon d’innocence qu’il faut protéger des aspérités du monde. Ça construit des imaginaires ‘contes de fées’. Avertis, les enfants sont tout à fait capables de digérer ce que l’on ne s’échine pas à leur cacher. La préservation de la pureté comme valeur importante, ça me glace plutôt ! "

Ni jugement, ni critique ciblée dans cet üBUNG-là, une dédramatisation certes, mais qui pourra aussi par endroits effiler le drame, les petits drames ou la béance de vivre. üBUNG, c’est aussi, en filigrane, le travail incessant du jeune violoniste interprété dans le film par George van Dam : maîtriser ses cordes pour que, frappées, frottées, pincées, elles finissent par chanter. Peu importe que le violoniste ici ne travaille ses morceaux que pour gagner une célèbre compétition. Et si le petit Stefaan en scène sort déjà de son instrument d’étonnantes harmonies, ses cordes à lui sont encore rebelles à contrôler toute la fluidité de la mélodie... " J’adore la vie, la vie comme elle est. Zo zijn we ! Avec nos rêves et nos cassures, nos plaisirs et nos conneries, nos brusqueries et nos éclats de rire. "

Faire et laisser naître. Josse ajoute encore : " Je n’ai vraiment aucune idée de ce que va dégager au final cette synchronisation enfants live-adultes filmés. D’ailleurs, ça ne m’intéresse pas de contrôler les émotions qui vont en surgir. Je n’aime pas faire pression sur un résultat. Pour moi, c’est vrai, le cœur de la pièce palpite dans une petite ballade en rimes ridicules,Voorbij (Passé, fini) que murmure en flamand notre poète du dimanche, retiré aux toilettes : ‘Quelque chose de beau est passé à côté de moi, tout près de ma tête, frôlant mon cœur, je ne le savais pas. J’ai voulu le rattraper, je n’ai rien trouvé. Soudain, j’ai pleuré, tout doucement, très longtemps, jusqu’à ce que le sommeil me prenne.’ ".

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