Tricoter (working title)

Kaaistudio's

6,7/05 > 20:30
9,10,11/05 > 19:00
12,13/05 > 19:00-24:00
Language: English

Qu’est-ce qui peut bien amener un jeune scientifique, chercheur en biologie moléculaire et cellulaire, à venir s’aventurer sur le terrain de la danse contemporaine ? La réponse est dans Product of Circumstances, conférence-performance solo de Xavier Le Roy. Français en résidence au Centre d’art berlinois, le Podewil, le chorégraphe est un utopiste. Rétif à la hiérarchie et aux injonctions, il expérimente sa recherche sur son propre corps au coeur même de ses représentations. Qu’est-ce qu’un ‘produit’ ? Pourquoi voir le corps comme une entité qui s’arrête à la peau ? Question de perception ! Avec d’autres artistes invités par lui, Le Roy propose à Bruxelles un parcours libre entre des performances, une série de réflexions critiques et une escale sur la problématique du ‘droit d’auteur’.

Une proposition de/Een voorstel van/A proposition by Xavier Le Roy

avec la participation de/met de medewerking van/with the participation of: Laurent Goldring, Jérôme Bel, Mårten Spångberg, Tino Sehgal, Grand Magasin, Constant vzw, Claire Haenni, Antonio Carallo, Frédéric Seguette, Pascale Paoli, Amaia Urra, Raquel Ponce, Annabelle Hagmann et autres/en anderen/and others

6/05

Self Unfinished

De/Van/From: Xavier Le Roy, d'après une collaboration avec/naar een samenwerking met/after a collaboration with Laurent Goldring

Par/Door/By: Xavier Le Roy

Musique/Muziek/Music: Diana Ross

Production/Productie/Production: in situ productions & Le Kwatt

Coproduction/Coproductie/Coproduction: Substanz-Cottbus, TIF Staatsschauspiel Dresden, Fonds Darstellende Künste/Bundesministerium des Inneren

Avec le soutien de/Met de steun van/Supported by: Tanzwerkstatt Berlin, Podewil (Berlin)

7/05

Product of Circumstances

De/Van/From: Xavier Le Roy

Par/Door/By: Xavier Le Roy

Production/Productie/Production: in situ productions & Le Kwatt

Coproduction/Coproductie/Coproduction: TanzWerkstatt/Podewil Berlin, Senatsverwaltung für Wissenschaft, Forschung und Kultur (Berlin)

Remerciements à/Met dank aan/Special thanks to: Chantal Escot-Theillet, Tara Herbst, Mårten Spångberg, Hortensia Völckers, Christophe Wavelet

9/05

Self Unfinished

+ œuvres de/werk van/work by Laurent Goldring and Jérôme Bel

10/05

Product of Circumstances

+ œuvres de/werk van/work by E.X.T.E.N.S.I.O.N.S.

11/05

Xavier Le Roy

Concept: Xavier Le Roy

Par/Door/By: Jérôme Bel

Musique/Muziek/Music: Bernard Herrmann

Remerciements à/Met dank aan/Special thanks to: Silke Becker, Jerome Bel, Katrin Busching, Rebecca Lee, Pascale Paoli, Petra Roggel, Frédéric Seguette, Maximilian Stelzl, Norbert Strache, Tino Sehgal, Claudia Triozzi

Coproduction/Coproductie/Coproduction: Time Festival (Gent), TanzWerkstatt/Podewil (Berlin)

Avec le soutien de/Met de steun van/Supported by: l’Ambassade de France, culturele Delegatie in Vlaanderen, La Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile de France, Ministère de la Culture et de la Communication, Senatsverwaltung für Wissenschaft, Forschung und Kultur

12/05

Product of Circumstances

+ œuvres de/werk van/work by Tino Sehgal, Constant vzw, Jérôme Bel, Annabelle Hagmann et autres/en anderen/and others

13/05

Self Unfinished

+ œuvres de/werk van/work by Laurent Goldring, Jérôme Bel, Mårten Spångberg, Grand Magasin et autres/en anderen/and others

Production/Productie/Production: in situ productions, Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts

Présentation/Presentatie/Presentation: Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de/Met de steun van/Supported by: l'Association Française d'Action Artistique et le service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade de France à Bruxelles

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Qu’est-ce que l’utopie ? Xavier Le Roy répond : " L’utopie présuppose un nouveau modèle politico-social, ressenti comme un idéal vital. Celui-ci induit la transformation du comportement individuel et la désinstitutionnalisation des relations au cœur même de l’activité humaine. L’utopie remet donc en question ses conditions de production mais également la manière dont celle-ci se représente, une fois produite. Elle tend à y annihiler les contraintes de l’autorité dominante, ses principes de hiérarchie. L’utopie m’est nécessaire, comme modalité d’action, pas comme un rêve irréalisable. Michel Bernard, philosophe, le souligne dans ses écrits : ‘l’utopique n’est pas au-delà du réel mais le tisse par l’activité permanente de notre perception’. A mon niveau, je cherche donc à inventer des méthodes, des systèmes ou des concepts susceptibles d’activer et d’interroger la perception au cœur de nos processus de production afin de transformer les pratiques que nous utilisons pour survivre... "

Xavier Le Roy poursuivit un cursus scientifique à l’Université de Montpellier. En 1987, à son retour des Etats-Unis où il est allé enseigner la biologie, il se lance en France dans un doctorat en biologie cellulaire et moléculaire. Pour mener à bien sa thèse, il participe pendant trois ans aux recherches d’un laboratoire professionnel. Son sujet : la régulation des oncogènes (gènes qui participent au développement des tumeurs) dans les cancers du sein. La recherche s’effectue sur du matériel humain, sur des biopsies. Observation, création d’une méthode pour la quantifier, analyse comparative des chiffres qu’elle révèle, réflexion sur la manière de produire un résultat, rapport final et publication officielle. " Au terme de ce travail, je me suis rendu compte que 80 % de notre temps avait été accaparé par les questions du ‘comment interpréter ces données pour qu’elles légitiment les conclusions attendues’, ‘comment formuler des résultats qui soient ‘interprétables’ et, enfin, ‘comment les rendre spectaculaires ?’ dans ces revues qui donnent aux chercheurs leur visibilité. Pour servir ces objectifs, la recherche et l’expérimentation n’avaient constitué que 20 % de notre activité ! "

" Idéaliste, je concevais la recherche scientifique comme un accès à la quête de la vérité. Pourquoi ne se laissait-elle guider que par la volonté d’homogénéiser des résultats complètement hétérogènes ? Pour respecter une hiérarchie ? Un pouvoir ? Le carriérisme ? J’ai perdu la foi en la science. En 1988, Guy Debord écrivait dans son Commentaire sur la société du spectacle : ‘La médecine aujourd’hui n’a plus le droit de défendre la santé de la population contre l’environnement pathogène, car ce serait s’opposer à l’Etat ou seulement à l’industrie pharmaceutique. On ne demande plus à la science de comprendre le monde ou d’y améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément tout ce qui se fait. Pour obéir à cette ultime demande – de justification manifestement impossible – , il vaut mieux ne plus trop savoir penser mais, au contraire, être assez bien exercé aux commodités du discours spectaculaire’. Ce constat est très semblable à l’expérience que j’ai faite. La science ne cherche à comprendre que dans les limites où elle peut donner l’impression qu’elle maîtrise la question du corps humain et donc la satisfaction. "

Dans le même temps, Xavier intensifie ses leçons de danse moderne. Au sortir de sa thèse, en 1990, il coupe court à sa carrière de biologiste et ‘s’échappe’ vers la danse contemporaine. " J’entrais dans une spirale de réflexions au départ de mon propre corps, en essayant de ne pas oublier que penser est aussi une expérience corporelle. Mon corps devint simultanément sujet et objet, analysant et analysé, producteur et produit. " D’abord membre d’une compagnie en France, il déménage à Berlin et commence à développer ses propres explorations. " Je fragmentais les parties du corps, volontairement prises séparément. Je construisais entre elles des liens, peut-être à l’instar de la méthode analytique qu’aurait pu suivre un biologiste. J’essayais de travailler sur le fait que les sensations et les perceptions organisent autant l'esprit que celui-ci ne les structure. "

En 1996, le Podewil, centre d’art contemporain de Berlin, lui offre d’être chorégraphe en résidence. Les pièces se multiplient, au gré de diverses collaborations avec des musiciens ou photographes et vidéastes. Elles se voient de plus en plus programmées dans le circuit international des maisons de la danse et des festivals. Entre 1994 et 2000, Xavier Le Roy en signe une dizaine, participe régulièrement aux expériences d’autres musiciens et chorégraphes, quand il ne les suscite pas lui-même en les rassemblant autour de la question du corps et de sa représentation. Ce parcours double de la science et de la danse, les constats et questions qu’il soulève, font l’objet d’une conférence-performance, Product of Circumstances dont le chorégraphe donne une première version à Vienne en 1998, dans le cadre de la manifestation ‘Body Currency’ organisée par le Wiener Festwochen.

" La reconnaissance artistique venant, avec l’octroi de subsides, ma manière de penser avait changé : je perdais mon degré d’indépendance. Je rentrais dans un système de production, un ‘marché’ qui imposait son format : un ‘produit’ de consommation artistique. Fugitif de la science, je ne parvenais pas à m’échapper de ce que j’avais voulu fuir. Mais dans ce champ-ci, j’étais plus autonome. Je pouvais réagir pour être plus en accord avec mes idéaux. Je devais travailler de manière plus critique. Interroger le ‘produit’ de consommation à l’intérieur même du spectacle à consommer et l’image du corps avec le corps lui-même. Celui-ci n’est pas une entité stable et prédéterminée par une organisation centralisée. Il est en continuelle transformation. Comment rendre compte de cela ? " Xavier Le Roy crée alors Self Unfinished, ludique et poétique précis d’inversion et de perturbation de la perception normale des contours et de la morphologie humains.

Il lance également l’expérience d’E.X.T.E.N.S.I.O.N.S. Il invite danseurs, chorégraphes, photographes-vidéastes, philosophes, anthropologues-cinéastes, auteurs et critiques d’art à explorer à ses côtés l’utopie d’un nouveau ‘modèle’ de création, sans hiérarchie, sans standards, sans présupposés. ‘Extensions’ car, pour lui, le corps humain est une extension de son environnement et l’environnement une extension du corps. " Notre corps ne s’arrête pas à notre peau. Tout ce qui entre en contact avec sa surface, et qui y reste suffisamment longtemps, s’intègre à son image. Cette appropriation modifie le physique et le mental. Exemples : les chaussures, le maquillage, les bijoux, les autres corps, les objets, la nourriture, les textes, la musique, la technologie... "

Pourquoi la répétition - là où naît et évolue le travail - est-elle si éloignée d’une représentation qui la fige ? Pourquoi soudain altérer la nature de la quête première ? Xavier Le Roy essaie alors d’induire au cœur du travail de nouvelles règles non utilitaires pour que s’épanouisse librement la créativité. Elles passent par l’expérience du jeu sans la contrainte d’un spectacle à finaliser, jeu avec les extensions du corps : habits, ballon, longs tuyaux fixés sur les membres, prise en compte de la présence de l’autre...

Entretemps, Jérôme Bel l’appelle pour réaliser une pièce que Victoria (Gand) lui a commandée sur le thème des ‘Rois fous’. Le Roy accepte le travail si Bel le signe comme auteur. " Comment suivre sa pensée et explorer à ma manière les questions que soulève sa danse ? On est tout le temps en prise avec les idées, les siennes, mais aussi celles des autres, que l’on s’approprie et que l’on transforme. Nous vivons dans des processus de contamination et de mimétisme. Dans la pièce de Jérôme, je m’amuse à questionner le regard : ‘Est-ce que je vois bien ce qui est ou est-ce un leurre ?’ ‘Qu’est-ce qui a pu m’induire en erreur ?’ ‘La façon dont on me l’a présenté ou ma façon de le regarder ?’. " La pièce s’appelle Xavier Le Roy de Jérôme Bel.

A Bruxelles, Xavier Le Roy propose d’emmener le public dans le jeu de questions et réflexions que réfractent ses deux beaux solos Product of Circumstances et Self Unfinished, et la pièce en trompe-l’oeil, Xavier Le Roy. Pour immerger le spectateur dans un parcours mêlant le concret de la scène et la théorie, l’action et la pensée, il invite Laurent Goldring, Jérôme Bel, Mårten Spångberg, Tino Sehgal, Grand Magasin et Constant. Ce parcours sera librement modulable : on pourra voir un spectacle seul ou dans le sillage de lectures-commentaires, voir une performance unique ou en combiner deux ou trois pour se livrer aux échos de leurs correspondances, venir une fois ou plusieurs fois, au gré de l’envie et de la curiosité. Ce parcours sera jonché de questions ‘danse’, mais surtout de questions sur l’organisation du monde, notre extension. Autour d’une réflexion centrale : qu’est-ce qu’un auteur ? quel est son droit, quelles sont ses obligations ? Et celle-ci n’est pas seulement juridique !

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