Trial About Fake

KVS_BOL

4h 30min (vrije in- en uitgang)
EN

9/05 – 14:00 > 18:30

Dans Trial About Fake , le documentariste bruxellois Manu Riche retrace le procès que les autorités chinoises ont mené en 2012 contre Ai Weiwei, un des artistes les plus influents du pays, mais aussi un artiste politiquement critique, très embarrassant pour le régime. Selon Riche, la seule manière pertinente de documenter ce procès sensationnel est de le reproduire à l’identique dans les murs calfeutrés d’un théâtre. Cinquante caméras de surveillance enregistrent aléatoirement les images d’une performance de plus de sept heures durant laquelle des acteurs rejouent ce simulacre judiciaire. Qui est observateur et qui est observé ? En créant une copie virale du procès, Riche interroge la relation entre le documentariste et ce qu’il documente. Dans sa quête de vérité, il médiatise le procès jusqu’à l’absurde : la fiction elle-même est sur le banc des accusés !

Concept & réalisation
Manu Riche

Assistante production
Nathalie Jacobs

Son & vidéo
Paul Millot, Julien Dutertre

Technique
Ralf Nonn

Graphisme
Rudy De Rechter

Textes
Anna Luyten

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Bozar, KVS

Production
Riche, Riche & Riche (Bruxelles)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Bozar (Bruxelles), KVS (Bruxelles), Fake Ltd

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Trial About Fake

Ce pourrait être un jeu de société.

Éléments requis :

  • 18 joueurs
  • La transcription littérale du procès intenté en Chine en 2012 contre l’artiste chinois Ai Weiwei / durée : 7 heures
  • Un espace ouvert, vide
  • Quatre toiles en soie de 4 mètres sur 5 (qu’on peut disposer de différentes manières dans l’espace, par exemple comme paravents)
  • 45 caméras de surveillance

Il n’y a pas de règles de jeu.

Les joueurs se voient présenter la transcription et peuvent la prononcer, la gesticuler, la chuchoter, la crier, l’interpréter à leur guise. Chacun est son propre metteur en scène. Le public peut entrer et sortir librement, se promener, s’asseoir, s’en aller, ou rester. Les caméras de surveillances filment de manière arbitraire ce qui se déroule dans l’espace. Elles fixent la façon dont les joueurs abordent la liberté des règles du jeu. Les « images de sécurité » sont projetées sur un écran blanc en soie. Le public les visionne et les interprète à son gré. Tel est le décor dans lequel les joueurs doivent tenir bon.

Trial About Fake est une performance et, à tous égards, une reconstitution réaliste du jeu dans lequel l’artiste Ai Weiwei est pris au piège. Elle reflète ses conditions de vie, et dans une certaine mesure, celles de tout un chacun : simulacre de procès, surveillance, domination de l’arbitraire. L’ironie de notre illusion de liberté surveillée en permanence. « Théâtre, performance, documentaire, fiction… Pour moi, tout cela est pareil », explique Manu Riche. Une réflexion discrète mais minutieuse, un approfondissement de ses expériences personnelles et un lien de solidarité qu’il tente d’établir avec les autres constituent les fondements sous-jacents de toutes ses œuvres. Trial About Fake est également le document d’une telle réflexion, d’un vécu et d’une relation. Il s’agit de la reproduction de la Longue Marche mentale que le metteur en scène de théâtre et cinéaste, Manu Riche, a effectuée aux côtés de l’artiste chinois Ai Weiwei.

Manu Riche a rencontré Ai Weiwei pour la première fois en 2008, lors du tournage d’un documentaire en Chine avec le directeur de Bozar, Paul Dujardin, pour la série Hoge Bomen de la chaîne publique flamande de Canvas. Manu Riche : « À l’époque, Ai Weiwei était, disait-on, à l’apogée de son pouvoir. Il appartenait à l’élite, mais en prenait en même temps distance. Cela m’a fasciné. »

Ai Weiwei a participé avec les architectes Herzog & de Meuron à la conception du Nid d’Oiseau, le stade qui a accueilli les Jeux olympiques à Pékin, en 2008, mais il a refusé de prendre part à la « propagande » de la soi-disant nouvelle ouverture. Il était un fervent blogueur qui exprimait sa critique sur le pouvoir politique en Chine. Il dénonçait les abus et autres situations intolérables. Parfois de manière ludique, toujours avec sérieux. Il ne pointait jamais personne du doigt de façon directe. Après le tremblement de terre au Sichuan, en 2008, quand le gouvernement a prétendu ignorer le nombre d’élèves morts sous les décombres d’écoles mal construites, Ai Weiwei et son équipe de bénévoles se sont rendus sur place pour enquêter. Ils ont inventorié 5 212 noms d’enfant et ont présenté cette liste aux autorités. Un an plus tard, il a recouvert le mur d’un musée à Munich de milliers de petits sacs à dos qui font office de cartables en Chine, les disposant de manière à former la phrase suivante en idéogrammes chinois : « Ils ont vécu heureux sept ans dans ce monde. »

Manu Riche a eu l’idée de réaliser un documentaire avec Ai Weiwei : un long voyage à travers la Chine. Faute d’une traversée du pays, c’est devenu une odyssée à travers d’autres sommets et abîmes. Le tout a commencé par de petites interventions. Quelques coups frappés à la porte par des autorités qui commençaient à se méfier du blogue d’Ai Weiwei et lui ont imposé une interdiction de toute activité. Ensuite, l’artiste et son entourage ont subi de plus en plus d’interrogatoires. Lors d’une manifestation de solidarité avec un militant des droits de l’homme, Ai Weiwei est arrêté et blessé. Le 3 avril 2011, il est à nouveau interpellé à l’aéroport de Pékin. La police l’emmène dans un lieu tenu secret où il passe 81 jours. Il est finalement libéré sous caution, mais n’a plus de liberté de mouvement. Comme motif officiel de son arrestation, les autorités chinoises invoquent un soupçon de fraude fiscale. Il devient de plus en plus évident que le projet de Longue Marche à travers la Chine ne pourra pas se réaliser. Manu Riche abandonne l’idée d’un film documentaire.

Manu Riche : « Je voulais faire autre chose qu’un documentaire. Je voulais non seulement mettre en lumière le rôle d’Ai Weiwei dans la société chinoise, mais celui de son œuvre aussi. Et le cinéma est trop démonstratif pour cela. Je voulais questionner son travail, sa situation, la relation que nous, Européens, entretenons avec la Chine, et aussi me remettre moi-même en question. » Voilà pourquoi la reconstitution du procès de Fake Ltd paraissait une perspective intéressante. En 2011, Ai Weiwei est reconnu coupable, sans preuve à l’appui, de prétendue fraude fiscale et se voit infliger une amende de 1,7 million d’euros. Pour pouvoir se pourvoir en appel, il lui faut d’abord débourser 850 000 euros au profit du gouvernement chinois. Cependant, on lui interdit d’être présent à l’audience du tribunal le 20 juin 2012. Manu Riche a obtenu la transcription du procès.

Manu Riche : « Un procès est censé être un moment d’objectivité et de rationalité, mais on y découvre surtout beaucoup sur le pouvoir. Qui sont les autorités ? Qui est le coupable ? Qui est le procureur ? Et puis, il y a toute l’absurdité d’un procès qui se déroule dans un contexte de vide juridique. Je voulais reconstituer ce procès, auquel Ai Weiwei n’a jamais pu assister, dans un théâtre. Une performance espionnée par 45 caméras de surveillance. »

« J’ai beaucoup de respect pour ce que fait Manu Riche », affirme Ai Weiwei. « Toutes ces années durant, il a continué à venir me rendre visite. Nous avons travaillé à affiner et parachever l’idée. » Au départ, il était question qu’Ai Weiwei contribue à la conception du décor. Jusqu’à ce qu’on décide qu’il ne fallait pas de décor. Le décor est le « vide ». Ce sont les regards des spectateurs et les observations aléatoires des caméras qui déterminent l’environnement. Ai Weiwei qualifie tout l’événement de « miroir de son existence ».

Ai Weiwei n’a toujours pas récupéré son passeport. Des caméras de surveillance filment sa résidence. Il vit sous contrôle permanent. La performance « pour Ai Weiwei » est présentée une seule fois au KVS, dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts. Manu Riche parle d’une sorte de « kit ». Les acteurs peuvent être différents : avocats occidentaux, collectionneurs d’art, etc.

Les images tournées par les caméras de surveillance qui filment la performance au KVS pourront être visionnées au Palais des Beaux-Arts, sous forme d’installation. Car à Bozar, Manu Riche présente également une prise de vue de 24 heures de la vie d’Ai Weiwei. Un enregistrement « littéral » de la vie d’Ai Weiwei dans la chambre d’hôtel dans laquelle il rédige ses mémoires depuis quelques mois. À travers tous ces événements, Ai Weiwei est singulièrement présent par son absence. Il ne peut pas quitter son décor.

Puisqu’il ne peut toujours pas quitter le territoire, faute de passeport, Ai Weiwei a prêté à Manu Riche des dizaines de tabourets qui faisaient autrefois partie d’une installation. Une référence à la mémoire des traditions de la population rurale chinoise. Le public bruxellois peut à présent y prendre place. Il a également prêté une de ses répliques : une caméra de surveillance en marbre. Le marbre dont on taille des monuments et des pierres funéraires.

Anna Luyten, le 30 avril 2015

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Ai Weiwei (1957) est architecte, cinéaste, auteur et plasticien. Sa société de production artistique porte le nom de Fake Ltd. Il est l’un des artistes contemporains les plus influents du moment. Non seulement en raison de ses œuvres visionnaires, mais aussi de son militantisme politique en Chine, auquel il donne corps de manière tout à fait singulière. Son œuvre se compose de photographies, de films, de clips musicaux, de documentaires, d’objets, de tweets et d’installations.

Manu Riche (1964) est cinéaste et metteur en scène de théâtre. Il est connu pour ses portraits documentaires approfondis. À la fin des années 80, il a entamé une carrière télévisuelle à la RTBF, avec la série Striptease, des reportages innovants, qui portaient un regard particulier sur la vie quotidienne des personnages filmés. En 2008-2009, il a réalisé des portraits télévisés de politiciens, d’hommes d’affaires et de figures du monde culturel. En 2012, il a mis en scène au KVS le monologue Raymond, avec Josse De Pauw dans le rôle de l’entraîneur de football Raymond Goethals. En 2013, il a réalisé avec l’écrivain irlandais Partick Marnham le documentaire prisé Snake Dance, à propos des origines de la bombe atomique. Pour le moment, il achève le tournage de l’adaptation cinématographique du roman de Dimitri Verhulst, Problemski Hotel.

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