Três dedos abaixo do joelho

Atelier 210

8, 10/05 – 20:30

9/05 – 18:00
POR > FR / NL

1h 30min


Les mots peuvent-ils être dangereux ? Au départ de cette question, Tiago Rodrigues s’est plongé dans les archives de la commission de censure mise en place au Portugal à l’époque de la dictature salazariste. Sur le plateau, deux acteurs traversent une multitude de registres de jeu. Le spectacle dresse une liste déconcertante de textes théâtraux, classiques ou inconnus, décomposés au fil de rapports de censure portant sur d’apparentes vétilles. Et de ces pièces prétendument nuisibles, ce n’est pas ce qui reste qui intéresse Tiago Rodrigues, mais bien ce qui a été coupé, et pourquoi. Non sans ironie, le metteur en scène élève les censeurs au rang de dramaturges. Est-ce l’histoire cachée de notre propre continent que Tiago Rodrigues dévoile en disant pourquoi une chose ne peut être dite ? Virevoltant comme une absurde machine poétique, Três dedos abaixo do joelho est une création pénétrante de l’une des jeunes voix les plus influentes du théâtre portugais.

Mise en scène & textes (d'après le travail de censure du régime fasciste)
Tiago Rodrigues

Avec
Isabel Abreu & Gonçalo Waddington

Recherche & soutien dramaturgique
Joana Frazão

Lumières & direction technique
André Calado

Montage
Tiago Guedes & Rita Barbosa (Take it easy), RTP archive

Costumes
Magda Bizarro & Tiago Rodrigues (d'après les costumes de Abílio Matos & Silva, Filipe Faísca, Herlander Peyroteo, José Costa Reis, Nuno Carinhas, Octávio Clérigo, Juan Sotullo, Rafaela Mapril & Sílvia Hasenclever pour les representations de 'O Traído Imaginário', 'O Poder da Górgone', 'A Carroça do Poder', 'As Três Irmãs' & 'A Maçon', 'Rei Lear', 'A Sobrinha do Marquês', 'Rómulo, o Grande', 'Sonho de uma Noite de Verão', 'Germânia 3' & le Théâtre National Portugais)

Scénographie
Magda Bizarro, Rita Barbosa & Tiago Rodrigues

Poster & image murale
Rita Barbosa

Musique
Márcia Santos ('The taste for power'), Alexandre Talhinhas (Drum 'n' bass)

Traduction vers l'anglais
Kevin Rose

Manager production, sous-titres & photographie de plateau
Magda Bizarro

Merci à
Paulo Tremoceiro, les membres du personnel au Torre do Tombo, Diogo Infante, Fernando Matos de Oliveira, Rui Pina Coelho, Mickael Oliveira

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Atelier 210

Production
Mundo Perfeito (Lisbonne)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Alkantara Festival (Lisbonne), Teatro Nacional D. Maria II (Lisbonne), Stage-Helsinki Theatre Festival, De Internationale Keuze van de Rotterdamse Schouwburg

Avec le soutien de
RTP, Take it Easy, Arquivo Nacional da Torre do Tombo/DGARQ

Project coproduit par
NXTSTP, avec le soutien du Programme Culture de l'Union Européenne

Créé à Lisbonne en juin 2012

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En 1926, un coup d'État militaire marque le début de la dictature qui portera António de Oliveira Salazar (1889-1970) au pouvoir en 1932 et maintiendra le Portugal sous un régime fasciste et colonialiste pendant 48 ans (de 1926 à 1974). Sous le slogan « Dieu, patrie, famille », les droits civils et les libertés politiques étaient violemment réprimés. La police politique a persécuté, emprisonné, torturé, et assassiné les opposants. Des millions de Portugais ont fui le pays pour des raisons politiques ou économiques, mais aussi pour échapper à une guerre coloniale qui s'est poursuivie durant treize ans dans différents pays d'Afrique. Le 25 avril 1974, la Révolution des Œillets a mis fin à la plus longue dictature fasciste d'Europe.

À Torre do Tombo, les archives nationales portugaises, le créateur de théâtre Tiago Rodrigues a trouvé pléthore de documents rendus publics depuis peu concernant le théâtre pendant les 48 ans de la dictature. Particulièrement méfiant du facteur « contagieux » de la réunion d'un public dans un théâtre, le dictateur Salazar a exigé une censure rigoureuse des textes et des interprétations. Si des auteurs contemporains comme Brecht, Max Frisch ou Eugene O'Neill étaient de toute évidence censurés, étonnamment les auteurs classiques comme Molière, Shakespeare ou Sophocle l'étaient aussi. Il en allait de même pour les costumes, la lumière, le jeu ou même la promotion des spectacles.

Parmi les milliers de pièces censurées que Tiago Rodrigues a trouvées dans les archives, il s'est intéressé en particulier aux rapports rédigés par les inspecteurs de la censure qui imposaient des suppressions de passages du texte ou l'interdiction des représentations. L'ironie qui sous-tend Três dedos abaixo do joelhoconsiste à transformer les censeurs en dramaturges, utilisant leurs rapports comme texte d'une pièce de théâtre. Un censeur a ainsi écrit qu'« aucune suppression ne devrait être perceptible pour le public ». Tiago Rodrigues suit scrupuleusement cette instruction précise. En éliminant les frontières entre les mots d'Othello ou ceux du censeur, la pièce se sert du théâtre pour révéler la pensée qui se dissimule derrière la censure de ce théâtre.

À l'œuvre depuis une décennie avec sa compagnie, Mundo Perfeito, Tiago Rodrigues est considéré par la presse portugaise comme l'un des jeunes artistes les plus influents du pays. Três dedos abaixo do joelhoa remporté le prix du meilleur spectacle de l'année 2012 de la Société portugaise des Auteurs, et a été louée pour avoir transformé l'héritage des oppresseurs de la liberté artistique et politique en un outil attirant l'attention sur les aspects du théâtre toujours susceptibles à ce jour d'être dangereux ou de faire sens. Tiago Rodrigues parle quant à lui d'une « douce revanche ».

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Tiago Rodrigues (°1977) est acteur, auteur dramatique et metteur en scène. Son théâtre subversif et poétique en a fait l’un des plus éminents jeunes artistes portugais. Il travaille à une cadence stupéfiante : au cours de la dernière décennie, il a créé non moins de trente pièces avec sa compagnie, Mundo Perfeito. Il a par ailleurs collaboré avec d’autres compagnies, chorégraphes ou cinéastes, enseigné, assuré le commissariat d’expositions et la direction de projets artistiques communautaires. Il présente ses œuvres en Europe, en Amérique du Sud, et au Moyen-Orient. Rodrigues a collaboré avec des artistes belges, libanais, néerlandais et brésiliens. Profondément enraciné dans la tradition théâtrale collaborative, il a récemment créé des pièces qui excellent dans leur façon de manipuler documents et outils théâtraux, de marier la vie publique et intime, de défier notre perception de phénomènes sociaux ou historiques.

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