To The Dogs

Beursschouwburg

Circuit in 1000 Brussels > 29/04 – 22/05 > in the daytime

Performance Beursschouwburg > 29/04 – 22/05 > For hours see below

ENG

29/04 > 00:00
30/04 > 23:55
01/05 > 23:50
02/05 > 23:45
03/05 > 23:40
04/05 > 23:35
05/05 > 23:30
06/05 > 23:25
07/05 > 23:20
08/05 > 23:15
09/05 > 23:10
10/05 > 23:05
11/05 > 23:00
12/05 > 22:55
13/05 > 22:50
14/05 > 22:45
15/05 > 22:40
16/05 > 22:35
17/05 > 22:30
18/05 > 22:25
19/05 > 22:20
20/05 > 22:15
21/05 > 22:10
22/05 > 22:05

Gregg Whelan et Gary Winters portent en mai sur Bruxelles et le festival leur regard original de Foreign Correspondents. Chaque jour, les deux Anglais de Lone Twin sillonneront « Bruxelles 1000 » de midi à minuit avec leurs bicyclettes et un fatras d'objets trouvés. Repérez-les et suivez-les : troubadours médiévaux, leur déambulation est défi physique et trésor de récits. Point d'arrivée nocturne : le Centre du Festival où ils convient le public à un « report » de cinq minutes, chaque soir allongé de cinq nouvelles minutes. Une chronique exponentielle qui s'appelle To The Dogs, puisque Baudelaire raconte qu'à Bruxelles, les chiens étaient jadis les infatigables convoyeurs des hommes...

Door/Par/By: Gary Winters & Gregg Whelan

Productie/Production: KunstenFESTIVALdesArts

Met de steun van/Avec le soutien de/Supported by: The British Council, Brompton, Velodroom, Art Council England

Presentatie/Présentation/Presentation: Beursschouwburg, KunstenFESTIVALdesArts

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Lone Twin, optimiste, irréaliste

Par essence, les performances de Lone Twin sont chimériques. Engagées dans des parcours au long cours, elles requièrent une endurance héroïque et ludique. S’épanouissant dans des lieux choisis, leurs performances créent une cartographie d’engagement social et spatial, en suggérant des territoires imaginaires que le public pourrait habiter ou traverser physiquement.

Leur première pièce On Everest (1997) donnait déjà le ton de ce qui allait suivre. Au cours de cette « performance », Gary Winters tentait d’escalader la plus haute montagne du monde en allant, venant et courant… sur une ligne droite longue de 30 m, tracée au sol à l’horizontale. En arpentant 300 fois cette ligne – tâche méritante en moins d’une heure ! – il couvrit une distance équivalente à l’altitude de la montagne. Pendant cette « escalade », Gary Winters était accompagné de Gregg Whelan qui lisait un texte évoquant la réalité physique et l’espace imaginaire de la montagne. La représentation se terminait par l’annonce de la descente vers le niveau de la mer. Il était demandé au public de penser aux performers trois jours plus tard, lorsqu’ils auraient terminé leur descente et qu’ils rentreraient chez eux.

Le travail de Lone Twin continua ensuite à s’articuler autour de la notion de lieu, de voyage et d’endurance, avec une bonne note d’humour, ouvert et ludique. Dans Totem (1998), les deux performers tentaient de déplacer un poteau télégraphique selon le tracé rectiligne du vol d’oiseau, en plein centre urbain de Colchester, et donc, à travers maisons et magasins, gravant sur le poteau à mesure de leur avancée le nom des personnes qui les aidaient à finaliser leur parcours. Dans TwentyFour Four (1998), Gregg et Gary passèrent, de nuit, 96 heures à arpenter le centre de Nottingham en déclamant des poèmes aux passants, les mobilisant ainsi verbalement pour « adresser à la nuit » les lambeaux de ville et de rêves de ses habitants.

Dans la série Ghost Dance (1998), qu’ils continuent à développer, Gary et Gregg se déguisent en cow-boys (une image quasi-héroïque récurrente dans leur œuvre) et entament un marathon dansé de 12 heures, les yeux bandés. Pendant la pièce, spontanément, il arrive au public de se laisser contaminer par la danse et d’accompagner les cow-boys dont l’énergie va faiblissant, jusqu’au bout de la nuit.

Dans ces créations, les Lone Twin réactivent les relations sociales à partir de la mise en place de leurs épreuves personnelles, complètement gratuites. Par le biais de leur activité physique, ils inventent et définissent un lieu qui incite le public à normaliser la tâche qu’ils accomplissent. Ils se font fort de mener leur action à terme, de trouver pour leur voyage une fin qui requière un grand investissement, revigorant ainsi la notion de lutte commune contre les obstacles les plus ardus.

Christopher Hewitt

Head of Interdisciplinary Studies

Turku Art Academy

Finland

Faisons un brin de conversation avec Gregg...

Nous parlons à Gregg. Gregg vit au bord d’une rivière dans le South Devon. Il affectionne la plupart des activités attenantes à la rivière, particulièrement prendre le poisson à l’hameçon, le mitonner et s’en régaler. Parfois, il boit de l’eau de rivière, persuadé qu’elle est bonne pour lui. Il vit en aval de ses proches parents, mais en amont de ses parents moins proches. « C’est bien ainsi, dit Gregg, car on est très liés et on s’aime beaucoup. » Pour Gregg, la rivière est source de bien-être. Son trésor est enterré sur ses berges, son amour emprunte son cours pour naviguer jusqu’à lui, et, de nuit, par temps clair, la lune se mire dans son lit.

Taillons maintenant une bavette avec Gary. Gary, comment vous sentez-vous ?

Je vais bien, je me sens bien, je me sens utile, je sens que je pourrais faire quelque chose de bien ici, que je peux aider, que je peux prendre part aux choses, je sens que des choses se passent que jamais avant cela je n’aurais crues possibles, je sens que ça peut prendre encore un peu de temps, mais je pourrai bientôt procéder par élimination, je me sens fantastiquement bien, je ne me suis jamais senti aussi bien.

Quelque chose à rajouter, Gary?

Oui, je me sens autre, je me sens devenir quelqu’un de complètement nouveau.

Je deviens champ nouveau, nouvelle forêt et nouvelle ville

Je deviens une façon de faire face aux changements

Je deviens vieille plaisanterie

Je deviens vieille idée

Je deviens une communauté

Je deviens cet endroit

Je deviens mon cher Bruce Springsteen

Je deviens tectonique

Je deviens dur labeur

Je deviens joyeux et triste

Je deviens chemin pour rentrer chez moi

Je deviens partie de samedi soir

Je deviens indigène

Je deviens lui

Je deviens Francis Lambert à 25 ans

Je deviens Snowflake, le gorille albinos

Je deviens Départs

Je deviens Arrivées

Évoquons maintenant votre voyage à Bruxelles…

Pendant 24 jours, Gregg et moi, nous « circum-naviguerons » avec nos vélos pliants dans Bruxelles-district, code postal 1000. Chaque soir, nous concluront le trajet accompli en ville, sous la pluie, le soleil ou le vent, par un compte-rendu de cinq minutes au centre du KunstenFESTIVALdesArts, le Beursschouwburg. Ces messages nocturnes, petites représentations informatives, relateront les événements que nous aurons vécus sur notre route pendant la journée. De soir en soir, ces chroniques de cinq minutes s’accumuleront et se répèteront, tout au long de quatre semaines : cinq minutes puis dix minutes, quinze minutes, etc. A mesure que le festival avancera les minutes cumulées atteindront l’heure, puis les deux heures de récits de chants et de danses, résultat final de nos 24 longues journées à 1000 Bruxelles.

Pourquoi baptiser ce périple To The Dogs (Aux chiens) ?

To The Dogs, c’est d’abord comme si on portait un toast aux chiens. André Deridder, un Bruxellois, nous sachant passionnés par l’eau et les cours d’eau, nous a montré que Bruxelles regorgeait d’anciennes fontaines basses, dont les bassins n’étaient pas à hauteur d’homme, mais à hauteur des chiens assoiffés par l’effort qui aidaient jadis les hommes à transporter les cargaisons débarquées des bateaux. On pourrait voir les vélos qui vont nous trimballer en ville comme ces chiens et puis, quand nous avons posé les pieds à Bruxelles, nous avons dégusté tant de bières différentes que nous avons porté beaucoup de toasts. To The Dogs nous a paru pas mal approprié. En second lieu, le « To The.. » suggère aussi un déplacement, un voyage vers, auxquels succèderont d’autres voyages : vers la rivière, vers les collines, vers le Roi d’Espagne, vers le centre, vers la périphérie, vers la forêt, vers les chiens ! Plus tard, nous avons lu le fragment que Baudelaire écrivit après avoir vu les chiens à Bruxelles peiner comme faisaient les chevaux dans d’autres ports à la même époque, le dos chargé de marchandises, courant par les rues étroites, sans doute trop étroites pour les chevaux :

Où vont les chiens, dites-vous, hommes peu attentifs ? Ils vont à leurs affaires.
Rendez-vous d'affaires, rendez-vous d'amour. À travers la brume, à travers la neige, à travers la crotte, sous la canicule mordante, sous la pluie ruisselante, ils vont, ils viennent, ils trottent, ils passent sous les voitures, excités par les puces, la passion, le besoin ou le devoir. Comme nous, ils se sont levés de bon matin, et ils cherchent leur vie ou courent à leurs plaisirs.
[…]

Connaissez-vous la paresseuse Belgique, et avez-vous admiré comme moi tous ces chiens vigoureux attelés à la charrette du boucher, de la laitière ou du boulanger, et qui témoignent, par leurs aboiements triomphants, du plaisir orgueilleux qu'ils éprouvent à rivaliser avec les chevaux?

Vous arpenterez la ville de midi à minuit, par tous les temps, même par temps de chien ?

Bien sûr!

...

Comment allez-vous vous y préparer ?

Nous allons nous préparer, nous entraîner et progressivement bâtir notre force. Notre condition tant physique que mentale sera notre priorité. Et comme disait Eddy Merckx : « Je n’ai jamais eu peur d’une petite bière ou d’une petite cigarette »…

Comment allez-vous traiter ce format court de cinq minutes? D’ordinaire, vos représentations durent bien plus longtemps. Le fait d’avoir écrit de courts scénarios pour la télévision va-t-il vous aider ? Quel est l’avantage du court format et comment en tirer profit ?

Il y a un bout de temps que nous travaillons pour la télévision. Nous écrivons et imaginons des idées de programme pour les enfants de pré-maternelles et maternelles, entre deux et cinq ans. C’est un public qui a besoin d’expérimenter chaque événement dans l’instant et sans que sa concentration soit sollicitée trop longuement. Les récits que nous écrivons pour eux ne prennent pas plus de deux à trois minutes. Ce n’est pas toujours évident quand nous sortons de performances qui durent des heures, parfois plusieurs jours : c’est un défi. Mais le but reste le même : divertir. Nous y ultra-condensons le traitement habituel que nous faisons du temps dans nos performances en mini-bulles de temps, mais, en terme narratif, le travail reste plus ou moins pareil : commencer par un début et finir par une fin. A Bruxelles, To The Dogs va combiner ces deux méthodes d’approches : mini-performances contenant des moments courts et peut-être isolés, construites graduellement en une plus longue performance, voire en tout « cohérent ». Ce qui nous intéresse, c’est voir comment ces petits épisodes de cinq minutes peuvent se transformer à mesure qu’ils se juxtaposeront à d’autres, croissant dans un ensemble mouvant que chaque élément colore différemment.

Se déplacer dans une ville, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Comme touristes (nous nous sentons souvent « touristes », dans l’acceptation ordinaire et occidentale du terme), nous nous sentons souvent déplacés. Et, au départ, le travail que avons entrepris expérimentait la même sensation : installer de l’étrange(r) en ville. Notre route/routine quotidienne à travers 1000 Bruxelles en mai paraîtra peut-être d’abord bizarre, désassortie, inédite. Mais au fil des semaines, nous espérons qu’elle trouvera sa place et son évidence, qu’elle deviendra un rendez-vous quotidien, pour nous et peut-être pour les autres. Il y a du placement et du déplacement dans le « comment » et « à partir de quoi » se construit une représentation. Pour To The Dogs nous utiliserons de l’information historico-touristique « authentique », mais aussi de l’information que aurons vécue, dont nous aurons été les témoins ou que nous aurons imaginée. Re-raconter, se remémorer et interpréter ces moments, chaque jour, construira le sens de cette expérience du temps passé à arpenter dans la ville. Au fil des semaines, ces cinq minutes allant se répétant et croissant seront renvoyées dans le « temps » de la rue, du théâtre et leur déplacement aura l’avantage d’avoir été vécu en rue, comme quiconque peut vivre quelque chose dans la rue – une altercation, une bagarre, un jeune couple qui s’embrasse, deux chiens qui aboient…

Serez-vous protégés ?

Nous avons acheté un ou deux pantalons Goretex aérés et réfléchissants...

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