The Rabbit And The Teasel

Kaaitheater

15/05 – 20:30
EN > NL / FR
50min

À travers la vidéo, mais aussi le dessin ou l’écriture, Els Dietvorst explore des thèmes anti-utopiques tels que le conflit social et l’exclusion. Il y a quelques années, celle qui s’autoproclamait « artiste urbaine » a déménagé dans le petit village irlandais de Duncormick, où elle vit et travaille depuis lors au rythme des éléments et des saisons. En 2014, elle revient à Bruxelles pour présenter au festival une série d’œuvres sur la migration et l’adaptation à de nouvelles conditions de vie. Art-Cœur-Merci, performance qui marque ses adieux à la ville, relate la lutte d’un jeune Camerounais pour survivre dans la périphérie de Bruxelles. Conte lyrique entre rêve et réalité, le film The Rabbit and the Teasel, tourné entièrement dans la campagne irlandaise, entraîne le spectateur dans une méditation sur la beauté, le déclin et la mort. Après sa première au Kaaitheater, il sera visible à Argos, où se tient aussi une exposition de travaux récents de l’artiste. Performance, film et exposition composent ensemble un parcours entre la ville et le village, le centre et la marge.

Un projet de
Els Dietvorst

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Kaaitheater

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Kaaitheater

Production
Tondo Films

Avec le soutien de
Vlaams Audiovisueel Fonds

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La (sur)vie quotidienne

En 2010, la documentariste et artiste Els Dietvorst quitte Bruxelles pour s’installer à Duncormick, un petit village de la campagne irlandaise. Avec sa partenaire, Orla Barry, elle y construit une nouvelle existence. Chemin faisant, l’artiste est intriguée par ce qui se déroule autour d’elle, et en 2012, elle décide de ressortir sa caméra et de filmer ses voisins dans leur (sur)vie quotidienne. Elle intègre également ses propres expériences aux images. Cela donne lieu à une série de témoignages étonnants qu’elle compile dans un documentaire mis en ligne, The Black Lamb. Le style de vie peu conventionnel des campagnards irlandais devenus ses co-villageois est à l’opposé de la routine quotidienne. Ils affichent un mode vie rythmé par les saisons, détaché du matériel.

Les témoignages succincts de TJ Butler – le plus jeune descendant d’une troisième génération de marchands de bétail – dans The Black Lamb constituent finalement le point de départ d’un plus grand projet : The Rabbit and the Teasel (Le lapin et le cardeur). Dans ce long-métrage, Els Dietvorst transpose le récit de l’éleveur en un drame rural moderne dans lequel la dure réalité d’une année de pluie abondante pousse cet homme au désespoir. Ou comme l’exprime le père de Butler : « Même si les fermiers sont coriaces, cette saison sape le moral. » Seul celui qui découvre à ses dépens les conséquences d’un climat qui a perdu le nord peut en témoigner, parce que cela bouleverse l’essence de son existence et détruit son âme.

Dans le film, éléments fictionnels et autobiographiques s’entremêlent et tissent un conte lyrique qui entraîne le spectateur dans un univers de beauté, de mort et de déclin. The Rabbit and the Teasel s’inscrit dans le prolongement des thèmes souvent anti-utopiques de l’œuvre filmique précédente d’Els Dietvorst : le conflit social et sociétal et le combat qu’est la vie. Elle part à nouveau de sa fascination pour les marginaux, des personnes dont la vie bascule de façon radicale et qui aboutissent dans la marge.

L’artiste s’interroge sur sa propre vie, sur ce que signifie le fait de (sur)- vivre loin du confort urbain. Elle se demande ce qui arrive quand une personne remonte à la source de la chaîne alimentaire et entraîne ainsi le spectateur dans une société exempte de consommation, livrée à ce que procurent les saisons. Elle fait appel à la mémoire collective de la communauté locale. Ses co-villageois racontent leur récit, filment et jouent. Fiction et réalité s’imbriquent en un conte moderne. The Rabbit and the Teasel fait un gros plan sur un univers déstabilisé dans lequel les conséquences du changement climatique transparaissent en filigrane. La nature ne sait plus à quel saint se vouer et les effets donnent à réfléchir.

En sa qualité de réalisatrice, Els Dietvorst rend hommage aux credos de réalisateurs comme Robert Bresson, Andreï Tarkovski et Werner Herzog. Elle est par excellence une cinéaste qui se positionne entre l’homme et la vie telle qu’elle est (Bresson) ; une réalisatrice qui ne fait pas de différence entre la vie qu’elle mène et le film qu’elle réalise, une femme dont la vie est au service du film qu’elle tourne (Tarkovski) ; et une documentariste qui filme la réalité camouflée en fiction (Herzog). Pour cette « expérience à la campagne » comme elle l’appelle elle-même, Els Dietvorst a graduellement établi une relation de confiance avec ses protagonistes, des habitants de la campagne avoisinante. Dans The Rabbit and the Teasel, les éléments autobiographiques se confondent avec des événements d’aujourd’hui, du passé et de l’avenir, dans un décor intemporel où se déploie une parabole contemporaine aussi envoûtante que troublante.

Le film a été quasi intégralement tourné à la Breen Farm à Lough, Duncormick, une ferme agricole construite en 1832 par la famille Furlong, transformée en 1968 en exploitation de bétail laitier par James et Bridie Breen. Aujourd’hui, leur fils John gère la Breen Farm.

Caelan Hunt, 11 ans, joue le rôle de TJ Butler. Il vit avec sa mère, Liz, son père, Bernard, marchand de bétail, et son frère, Éinri, dans le village voisin de Gorteen (dans le comté de Sligo, de l’autre côté de l’Irlande). Il a rencontré Els Dietvorst et son équipe durant le marché annuel de Tullamore où quelques bovins de son père ont remporté le concours. Il adore le football, est fervent supporter de Chelsea et n’a jamais tourné dans un film précédemment.

Sam Molyneux, 13 ans, interprète le rôle du frère de TJ Butler. Sam va à l’école Ste-Anne à Rathagan et a hâte d’entrer en secondaire. Il aime lire et s’intéresse beaucoup à l’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale. Tout comme Caelan, il n’avait jamais joué auparavant et a vécu une expérience formidable sur le tournage de ce film. Adolescent,

Seamus McCoy a déménagé de Birmingham en Angleterre à Wexford, en Irlande, où il est actif depuis des années dans le théâtre amateur local. Seamus était ravi que Els Dietvorst lui propose d’interpréter le rôle du père de TJ Butler dans The Rabbit and the Teasel.

Alice McCoy est née et a grandi à Duncormick. Épouse de Seamus à la ville, elle l’est aussi à l’écran. Cette cuisinière de formation s’est investie corps et âme pour son tout premier rôle au cinéma. La compositrice et musicienne.

Laura Hyland suit l’œuvre cinématographique d’Els Dietvorst depuis la genèse de The Black Lamb en 2012. Il y a quelques mois, Dietvorst lui a demandé d’écrire une chanson pour The Rabbit and the Teasel. Hyland y fait référence non seulement au scénario mais aussi à Pastures of Plenty de Woodie Guthrie et à Screamin’ Jay Hawkins. Avec la tradition du folk américain à l’esprit, Laura Hyland a surtout fait appel au son de la privation et de la nature qui teinte toujours aussi intensément sa propre tradition, celle du folk irlando-britannique. Chaque vers de la chanson s’inspire d’une vidéo extraite de The Black Lamb ou du scénario du film, mais Laura Hyland a également donné à la musique une touche lyrique d’innocence et de magie ; tout le personnage de TJ Butler est résumé en une chanson.

La voix off est celle de Liam Heffernan, connu pour ses rôles dans des séries télévisées irlandaises comme The Clash of the Ash (1987), Strength and Honour (2007) et Deich gCoisceim (2000).

Après la première au Kaaitheater, le film sera présenté à Argos, où se tient l’exposition One Was Killed For Beauty, The Other One Was Shot, The Two Others Died Naturally avec de nouvelles oeuvres d’Els Dietvorst.

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Els Dietvorst (°1964) a entamé sa formation à l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers et l’a poursuivie à l’Institut Sint-Lucas à Bruxelles, où elle a obtenu sa maîtrise. Au départ, elle s’exprimait par le biais de la sculpture et de l’art de l’installation, mais chemin faisant, le dessin, le texte et surtout la vidéo sont devenus ses médias de prédilection. Son œuvre se focalise sur la communication, les relations interpersonnelles et les conflits sociaux, ainsi que sur des thèmes anti-utopiques, comme la condition humaine de l’étranger et du marginal. Ses œuvres adoptent souvent la forme de projets à très long terme (plusieurs années) lors desquels elle travaille de manière directe avec son environnement social. Le retour des hirondelles, réalisé autour de la place Anneessens à Bruxelles, et Chant pour le prix d’une chèvre qui montre ses activités dans le centre éducatif fermé de Mol (dans la province d’Anvers) en sont de beaux exemples. Avec l’artiste irlandaise Orla Barry, elle a monté le collectif Firefly qu’elle a dirigé pendant dix ans. Son œuvre a été exposée au M HKA (Anvers), à Witte De With (Rotterdam), au Palais des Beaux-Arts (Bruxelles), à la Kunsthalle Exnergasse (Vienne), à La Source du Lion (Casablanca), à la Gallery Danielle Arnaud (Londres), et chez Nicole Klagsbrun (New York). En 2009, elle était co-commissaire du festival Time à Gand, aux côtés de Dirk Braeckman. Elle est professeure invitée à IT Carlow-Wexford Campus, KUL au KASK à Gand. En 2010, elle a quitté Bruxelles pour s’établir dans le village artistique de Ducormick en Irlande où elle travaille depuis 2012 à un projet de film : The Black Lamb. En 2014, elle présente une série de nouvelles œuvres à Bruxelles dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts.

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