The Monk from Tang Dynasty

Cinéma Marivaux

3, 4, 6, 7/05 – 20:30
Mandarin > NL / FR
± 1h 30min

À la Mostra de Venise 2013, Tsai Ming-liang remporte le Grand Prix du Jury avec son film Stray Dogs. Quelques jours plus tard, il fait ses adieux à l’industrie cinématographique. Au Kunstenfestivaldesarts, Tsai Ming-liang met en scène, pour la première fois depuis de nombreuses années, un spectacle théâtral, une création qui sera le point d’orgue de sa présence à Bruxelles. The Monk from Tang Dynasty est une performance lente et silencieuse construite autour de la figure de Xuanzang, un moine bouddhiste chinois du VIIe siècle que nous suivons pendant son légendaire pèlerinage sur la route de la soie. Pour incarner les territoires solitaires traversés par le voyageur, Tsai Ming-liang et l’acteur Lee Kang-sheng s’emparent d’un lieu mythique : le Marivaux. Invoquant les esprits de cet ancien cinéma bruxellois, ils lui donnent un rôle central dans ce spectacle hors du temps. Un des événements du week-end d’ouverture, The Monk from Tang Dynasty est une ode au silence, un moment de repos et de concentration. Un appel à vivre le présent.

Mise en scène
Tsai Ming-liang

Avec
Lee Kang-sheng

Peintre
Kao Jun-Honn

Costumes
Wang Chia-Hui

Chorégraphie
Cheng Tsung-Lung

Direction administrative
Wang Yun-Lin

Directeur technique
Yeh Sheng-Yi

Manager tournée
Chang Chih-Yu

Technicien
Chen Sheng-Hao

Assistant mise en scène
Chang Jhong-Yuan

Assistants répétitions
Hung Yi-Chun, Ho Mu-Yun, Gwan Sin

Graphisme
Winder Chen

Photographe live
Lin Meng-Shan

Documentaliste
Chang Jhong-Yuan

Traduction
Ong Chao-Hong

Coordination technique
Cheerly Co., Ltd.

Sponsor
Solar Plus Co., Ltd.

Merci à
Lin Jing-Ru, Liou Tz-Jiun, GALERIES Cinema, Hotel Marivaux

Présentation
Kunstenfestivaldesarts

Production
Homegreen Films

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Wiener Festwochen, Taipei Arts Festival, Asian Culture Complex-Asian Arts Theatre (Gwangju)

Avec le généreux soutien de
Ministry of Culture of Taiwan, Centre Culturel de Taiwan a Paris

Représentation à Bruxelles avec le soutien de
Taipei Representative Office in the EU and Belgium

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Le Moine de la Dynastie Tang

Dans ma jeunesse, j’ai commis une merveilleuse erreur. Ne connaissant pas la différence entre le théâtre et le cinéma, je me suis inscrit à un cours d’art dramatique et théâtre occidental à l’université. J’y ai découvert des pièces comme celles de Shakespeare, Ibsen et Brecht. Par la suite, je suis entré dans le monde du théâtre, bien que je nourrissais encore une passion pour le cinéma. Dans les premières années après la fin de mes études, j’ai souvent navigué entre ces deux univers et n’ai quitté le monde du théâtre que lorsque je suis devenu réalisateur de cinéma.

En 2011, le théâtre national de Taïwan m’a invité à créer une série de spectacles. Cette expérience m’a donné l’impression de rentrer chez moi, mais je n’avais pas l’intention de me cantonner au théâtre. Je me sentais toujours avant tout un créateur d’images en mouvement. Je connais bien entendu le charme du théâtre et sa nature éphémère m’effraie. Je n’avais pas l’intention d’y rester, en partie à cause de ma personnalité passive. Si les festivals de Bruxelles et de Vienne ne m’avaient pas convié cette fois, j’aurais pensé que les spectacles de Taïwan étaient mes derniers. À présent il s’avère que celui-ci sera peut-être le dernier.

Le moine

Le moine est Xuanzang de la Dynastie Tang. Il y a plus de mille ans, il s’est mis en route, à pied, seul, et a ainsi parcouru des milliers de kilomètres au-delà des frontières de la Chine, en quête d’écrits bouddhistes provenant de la terre inconnue d’Inde. Il n’était pas seulement un fervent croyant et un traducteur, mais un des premiers aventuriers aussi, ainsi qu’un saint idéaliste. Sa traduction du Sûtra du Cœur est le plus beau texte du monde bouddhiste. Ses pérégrinations légendaires de la Chine vers l’Inde ont également fait l’objet d’un roman fantastique, un classique de la littérature chinoise, Le Voyage en Occident. Mais c’est le voyage solitaire de Xuanzang à travers le désert qui me touche le plus. Chaque empreinte de ses pieds est une marque du temps et de la solitude. Quand je vois le rythme frénétique de notre monde contemporain, je n’y vois pas de progrès, mais de l’effondrement et du déclin. Je pense souvent à ce moine remarquable, à son effort incessant et à toutes les années qu’il a passées à marcher tout simplement.

Temps

Si vous venez assister à ce spectacle, vous verrez ma manière de concevoir le temps. Notre durée de vie est limitée et chacun de nous se plaint souvent de manquer de temps. Voilà pourquoi nous sommes tous toujours très affairés, comme si nous menions une course contre le temps. Mais aucun de nous ne peut dépasser le temps. Ayant atteint l’âge que j’ai, j’ai soudain pris conscience que ce n’est pas ce qu’on fait qui procure plus de temps. Peut-être est-ce justement ce qu’on ne fait pas qui nous donne une conscience du temps.

Pendant que je montais ce spectacle, à peu près à mi-chemin, je me suis installé dans une maison sur la montagne. Je me réveillais naturellement le matin et contemplais la montagne par la fenêtre – les nuages qui passaient lentement, les jeux d’ombre et de lumière, les arbres qui frémissent sous la brise, et parfois la pluie brumeuse sur toute la chaîne de montagnes. Je regardais le paysage et me perdais dans mes pensées pendant de longs moments. Plus tard, je me suis adressé à Kao Jun-Honn, un jeune artiste taïwanais spécialisé dans le dessin au fusain de lieux abandonnés. J’ai posé une feuille géante de papier blanc sur le sol et lui ai dit : « Voici la scène. Dessinons le temps sur cette scène et puis Lee Kang-sheng marchera lentement sur ce temps. »

Marginaux

Quand nous parlons de marginaux, nous faisons référence à ceux qui ne possèdent rien, pas de richesse, de réputation, de statut, d’identité, ni même de relations sociales. Le monde entier est fixé sur les possédants. Cela a donné lieu à une série de valeurs absolues. Chacun craint de manquer. Je m’intéresse particulièrement aux existences des personnes sans-abri qui dorment dans la rue. Parfois, il m’arrive de les envier en quelque sorte. Je ne peux pas l’expliquer, mais souvent ces personnes suscitent en moi une réflexion quant au sens d’être ou de ne pas être.

Tsai Ming-liang

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Né en Malaisie en 1957, Tsai Ming-liang est l’un des réalisateurs majeurs du nouveau cinéma taiwanais. En 1994, son film Vive l’amour obtient le Lion d’Or à la Mostra de Venise, ce qui lui vaut une reconnaissance internationale. En 2009, il réalise Visage – la première dramatisation de la collection du Louvre dans le cadre du programme « Le Louvre s’offre aux cinéastes » –, devenu une référence pour les films de cinéma s’aventurant dans l’univers des galeries d’art. Récemment, Tsai Ming-liang s’est aussi orienté vers l’art de l’installation. Il a ainsi présenté des œuvres aux biennales de Venise, de Shanghai et de Nagoya, où elles ont été très bien reçues. En 2010, le Musée des Beaux-Arts de Taipei a intégré à sa collection permanente l’installation présentée à la Biennale de Venise, It is a Dream. En 2011, à l’invitation du National Chiang Kai-Shek Cultural Center, Tsai Ming-liang est revenu au théâtre après 27 ans d’absence, avec trois monodrames intitulés Only You. Depuis 2012, il travaille au long projet de filmer la marche lente de Lee Kang-sheng (son acteur fétiche et alter ego), ce qui a requis la collaboration de différentes villes et organisations. À ce jour, il a achevé six œuvres brèves. Son dernier long-métrage, Les Chiens errants, a remporté le Grand Prix du Jury à la 70e Mostra de Venise.

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