Technocalyps

26.27/05>20:00
ENG>SUBTITLES NL/FR <
3X50''

Un cerveau de souris pourra-t-il demain piloter un avion ? Pourra-t-on bientôt séparer notre corps mortel de notre esprit immortel ? Les machines que nous développons vont-elles un jour nous être supérieures ? Info ou intox ? Technocalyps n'est pas un film S.F. mais documentaire intriguant sur la notion du « trans-humain ». Génétique, intelligence artificielle, nanotechnologie... Chaque jour, les médias nous détaillent leurs trouvailles. Sans analyser leur dessein commun : passer outre les limites de l'humain. Frank Theys mène l'enquête, sur trois terrains : scientifique, éthique et métaphysique. Il en interviewe les éminences et illustre leurs propos, pessimistes ou euphoriques. Un film contrasté et polémique, accompagné par les musiques live de Francesco Lopez.

Scénario et mise en scène:

Frank Theys

Producteur délégué:

Bert Leysen

Concept & research:

Michel Bauwens, Frank Theys

Assistant à la mise en scène:

Hans Van Nuffel

Caméra:

Hans Sonneveld, Chris Renson & Jan Dellaert

Direction photo:

Phyllis Digneffe & Rian Koopman

Son:

Bart Maes

Montage:

Hans Meijer, Frank Theys

Animation 3D:

e-Spaces - Philippe Van Nedervelde, Vladimiir Galinsky

Compositing:

Peter Claes

Production:

Votnik

Coproduction:

Toneelhuis, KVS, Eris, KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de:

Het Vlaams Audiovisueel Fonds & Evens Foundation

Présentation:

KVS, KunstenFESTIVALdesArts

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La science comme générateur de créativité Frank Theys à propos de Technocalyps

HTH : Quel est le thème de votre documentaire ?

Frank Theys : Ce documentaire donne un aperçu de tous les développements technologiques récents – la biogénétique, l’intelligence artificielle, les implants, la nanotechnologie – et de leurs retombées. J’interviewe des sommités scientifiques et des personnalités qui ont écrit sur le sujet, et je sonde leurs pronostics. La plupart sont convaincus que nous évoluons vers une période transhumaine : vers un avenir où l’homme ne sera plus l’être le plus intelligent sur cette terre car il aura dû céder cette place à d’autres espèces – des intelligences artificielles, des humains génétiquement améliorés… Pure science-fiction ? Pourtant, nombre de scientifiques sont persuadés qu’il en sera déjà ainsi dans quelques décennies, ou souhaitent qu’il en soit ainsi le plus vite possible. Dans mon film, j’ai mis côte à côte ces nouveaux développements scientifiques. Ils convergent tous vers un même objectif : comprendre la conscience humaine pour pouvoir la dupliquer, l’améliorer et la reproduire. Certaines recherches sont stupéfiantes. Comme ces boîtes de Pétri renfermant des neurones de rat capables de piloter un avion.

HTH : Certains propos tenus par les scientifiques semblent tellement incroyables et surréalistes. Dans quelle mesure croyez-vous vous-même à toutes ces théories ?

Frank Theys : Jusqu’à un certain point. Certaines peuvent paraître très surréalistes, mais elles le sont en tout cas mille fois moins que la théorie selon laquelle nous avons tous une âme qui monte au ciel à notre mort. Ceux à qui je donne la parole ont une vision du monde bien plus solide. Ce qui m’intéresse dans une vision, c’est son esthétique : est-elle bien agencée, me convainc-t-elle ? Nous tentons tous de construire une représentation du monde dans lequel nous vivons, exactement comme les neurones de rat dans les boîtes de Pétri. Mais combien de représentations résistent-elles à l’idée que d’autres créatures peut-être mille fois plus intelligentes que nous circuleront bientôt ici ? Dans ce documentaire, il ne s’agit pas – ou pas seulement – de savoir si, effectivement, nous courons droit au futur transhumain, mais plutôt de voir comment les gens composent avec cette perspective, comment les visions du monde qui placent l’homme au centre comme élu réagissent. On voit alors surgir différentes théories, notamment religieuses, qui intègrent ces nouveaux développements dans de sidérants systèmes de pensée. Je trouve cela passionnant.

HTH : Les réfractaires prétendent que ces développements de la science ne peuvent se solder que par le pire : la fin du monde.

Frank Theys : Absolument. C’est aussi le drame. Ces réticences, tout le monde les comprend, car chacun les ressent intuitivement ; qui n’a pas de soupçons face à une théorie étrange ou nouvelle, a fortiori si elle accepte la fin du genre humain – ou du moins la fin de sa position d’élu ? Pourtant, le raisonnement des pro-transhumanisme est intéressant et nuancé. Prenons la Terre. Elle disparaîtra de toute façon – à cause de la pollution, des catastrophes naturelles ou simplement à cause de l’extinction du soleil dans deux milliards d’années. Si le genre humain – ou la vie tout court – veut se perpétuer, il lui faudra, à court ou long terme, quitter la Terre. Or notre corps ne peut supporter de longs voyages cosmiques. C’est sans doute à des intelligences artificielles qu’il reviendra donc de perpétuer notre civilisation dans le cosmos. Les partisans du transhumanisme avancent que nous ne pourrons assurer la survie de l’humanité qu’en l’abandonnant, en confiant notre civilisation à d’autres espèces mieux à même de garantir l’avenir. Cela semble grotesque et absurde, mais le débat est véritablement lancé, et c’est un drame existentiel d’une importance capitale. J’aime cela.

HTH : Comment vous est venue l’idée d’un projet si vaste ?

Frank Theys : Dès que j’ai découvert l’internet au début des années 1990, j’ai été fasciné. Je trouvais les groupes de discussion particulièrement inspirants pour l’écriture de textes dramatiques. Je me suis mis à écrire et je suis allé voir tous ceux qui s’occupaient de l’internet en Flandre. Tous éprouvaient un énorme besoin d’échanger des idées. J’ai alors fondé un groupe de réflexion avec quelques-uns, parmi lesquels Michel Bauwens, alors rédacteur en chef de la première cyber-revue européenne, Wave. Finalement, il n’y eut plus que nous deux dans ce groupe ; les autres étaient trop occupés par leur entreprise et nous préférions philosopher. Nous avons alors écrit ensemble le scénario de Technocalyps. Les années ont passé, mais notre hypothèse est restée valable ; en plus, le temps aidant, il devenait possible de montrer des images concrètes de la plupart des développements scientifiques qui nous intéressaient. Alors qu’en 1998, la nanotechnologie était encore la risée de la revue The American Scientific – personne, exceptés quelques originaux, n’estimait cette technologie viable –, aujourd’hui, une université « sérieuse » se doit d’avoir une unité de nanotechnologie. Ses premiers produits font même déjà leur apparition sur le marché. De même, la lecture du cerveau vient seulement de commencer avec ce millénaire. Au fond, Technocalyps n’aurait pu se réaliser plus tôt.

HTH : Quel était votre objectif en tournant ce documentaire ?

Frank Theys : Avant tout, un voyage personnel de découverte, philosophique et artistique. J’ai commencé à m’intéresser aux sciences parce que, de plus en plus, le monde scientifique joue un rôle d’instigateur dans tous les développements de notre société. Le cours de l’histoire est toujours déterminé par un secteur prépondérant qui oriente ses nouveaux développements. Dans le domaine des arts, la littérature dominait à la fin du XIXe siècle, la peinture au début du XXe siècle, le cinéma après la Seconde Guerre mondiale, la musique pop dans les années 1960… À une plus large échelle, on peut dire que la politique jouait un rôle prépondérant au début du siècle dernier et l’économie à la fin de celui-ci. Aujourd’hui, discrètement, les scientifiques deviennent la nouvelle autorité.

Parallèlement, je trouve les sciences et la technologie particulièrement intéressantes pour les changements qu’elles sont en train de générer et surtout pour la vision du monde qui se développe dans leur sillage. Le monde scientifique est en train de produire une nouvelle conception du monde qui deviendra une préoccupation de société fondamentale au cours des dix ou vingt prochaines années : le transhumanisme. Que cette thèse se vérifie ou non, ce n’est pas cela qui m’intéresse, mais le débat en soi. Il y a 500 ans, nous avons dû accepter que la Terre n’était pas le centre de l’univers. Il y a 100 ans, nous avons dû admettre que l’homme n’avait pas été créé de toute pièce mais qu’il descendait simplement du singe. Aujourd’hui, nous devons apprendre à accepter que même notre intelligence n’est pas si magique et si intouchable. Sommes-nous en mesure de lever ce dernier tabou ? C’est angoissant et fascinant à la fois, parce que cela nous dépasse complètement.

Il est vrai que l’homme s’est de tout temps intéressé à ce qui le dépassait. Aujourd’hui, ce qui le dépasse devient peu à peu tangible : Dieu est un internet intelligent – omniprésent omniscient, éternel. On peut enfin suivre la conversation. Et on peut réinterpréter toute l’histoire. Je voulais connaître le monde de la science de près. Le meilleur moyen d’y parvenir était de réaliser un documentaire sur ce sujet, car c’est un excellent prétexte pour rendre visite aux gens : mon intention était aussi de découvrir leur mentalité, leur conception du monde, leurs espoirs et angoisses, ainsi que le milieu dans lequel ils vivent et travaillent.

HTH : La singularité de ce documentaire est de vendre du drame, en prenant appui sur des fondements scientifiques. L’art rencontre-t-il la science ?

Frank Theys : Selon moi, la science fait en quelque sorte office de générateur de créativité. Ce sujet me permet de donner totalement libre cours à ma propre fantaisie. J’essaie de produire des images et du drame qui doivent être d’autant plus convaincants qu’ils sont légitimés par la science.

HTH : Comment se présentera la projection intégrale de votre documentaire ?

Frank Theys : Le documentaire sera montré en 3 parties d’environ 50 minutes chacune, probablement séparées par des pauses. La première partie traite des développements technologiques actuels et des prévisions concernant leur évolution au cours des prochaines décennies. Dans cette partie, je veux montrer clairement que la plupart des scientifiques sont convaincus que nous sommes au seuil d’une nouvelle ère transhumaine. La deuxième partie aborde spécifiquement la question des pronostics : à quelle vitesse cette évolution se produira-t-elle, comment réagirons-nous et comment les gens sont-ils déjà en train de s’y préparer aujourd’hui ? La troisième et dernière partie tourne principalement autour des implications métaphysiques de cette évolution. Supposons qu’effectivement, nous courions droit à un avenir transhumain ou posthumain ; on pourrait alors considérer toute l’histoire de l’humanité comme une sorte de préparation psychologique à cette situation. Là, j’examine également dans quelle mesure les grandes religions peuvent réellement accepter les idées transhumaines (qu’en fin de compte, elles annoncent depuis des siècles).

J’espère que le public sera lui aussi enthousiasmé par ce que je lui fais voir et par les théories et fantasmes de ceux qui prennent la parole dans mon film.

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Le vidéaste, réalisateur et metteur en scène belge Frank Theys (°1963) vit et travaille à Bruxelles et à Amsterdam. Après des études de philosophie, il réalise dans les années 1980, avec son frère Koen, le cycle de vidéos Luid van mijn land, une adaptation de L'Anneau du Rhin de Wagner. La première partie du cycle est achetée par divers musées et remporte le Prix Arcanal au 3ème Festival d'Art vidéo et de la télévision de Montbéliard. Frank Theys poursuit dans la voie de la reconnaissance internationale : le film De Walkure est montré en première à New York en 1989, à l'occasion de l'inauguration de la section vidéo du Museum of the Moving Image. En 1991, Frank Theys obtient le prix Bleustein-Blanchet pour l'ensemble de son travail vidéo. En 1992, il est nommé metteur en scène en résidence du Theater Victoria. Il écrit et met en scène plusieurs pièces dont Van al die die niks te zeggen hebben, zijn die die zwijgen 't aangenaamst (1994). En 1995, il reçoit le titre d'Ambassadeur culturel de Flandre. En 1996, Frank Theys quitte le Theater Victoria et s'achète son premier système de montage par ordinateur. Depuis, il a réalisé plusieurs films vidéo et installations, entre autres Zelfportret, qui a remporté l'année dernière le 1er prix du 9ème Festival international de la vidéo et des nouveaux médias à Novi Sad en Serbie.

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