Swing

20.21.23.25/05>20:30, 24/05>22:00
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Rudi Meulemans fonde son théâtre épuré dans la recherche documentaire qu’avec ses acteurs il inocule de fictions personnelles. Après avoir abordé les biographies du Caravage, de Bacon et de Mapplethorpe en un récent triptyque, il s’attache à la figure de John Hammond. Ce grand producteur consacra sa vie au jazz naissant et à la reconnaissance d’artistes-musiciens noirs tels que Billie Holiday et Count Basie. Swing dépeint tant le New York de la grande dépression et de la discrimination qu’une petite constellation de destins individuels, réels et fictifs, tous aimantés par la passion du jazz et engagés dans l’émancipation des minorités.

Concept & mise en scène:

Béla Pintér

Avec:

Éva Enyedi, Zsófia Szamosi, Sándor Bencze, Tamás Deák, Béla Pintér, László Quitt, Szabolcs Thuróczy, Péter Bede, Antal Kéménczy, Róbert Kerényi

Musique:

Benedek Darvas

Musiciens:

Péter Bede, Antal Kéménczy, Róbert Kerényi, Csaba Sófalvi Kiss

Vocal coach:

Bea Berecz

Costumes:

Mari Benedek

Décor:

Péter Horgas

Assistant:

Katalin Csizmadia

Dramatutgie:

Krisztina Kovács

Equipe technique:

Péter Jansik, Tamás Kulifay, Sándor Sánta

Présentation:

Halles de Schaerbeek, KunstenFESTIVALdesArts

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Swing, tel est le nom de la nouvelle création du groupe bruxellois De Parade dans le cadre du KunstenFESTIVALdesArts 2006. Son metteur en scène-auteur – Rudi Meulemans – et trois de ses acteurs-piliers – Tom De Hoog, Hilde Wils et Johan Heestermans – nous content l’histoire de la période « Swing », dans l’Amérique des années 30 et 40, au siècle passé.

De Parade

De Parade existe depuis 1987. Dans le paysage théâtral flamand, la compagnie représente une forme de théâtre de texte, authentique et intègre dans lequel, parallèlement à la parole, le jeu de l’acteur occupe une place essentielle. Metteur en scène, Rudi Meulemans écrit la plupart de ses textes mais il lui arrive de se saisir de matériaux existants pour les adapter à la scène, comme par ex. en 2005, le roman « Les Emigrés », de W.G. Sebald, auteur allemand du 20e s. Frappante dans le travail de De Parade, l’affection particulière pour le documentaire : la vie de personnes actuelles ou disparues mais réelles est souvent le point de départ de leurs productions. Les figures vers lesquelles se portent les choix ressortent d’une frange de la société considérée comme marginale : figures d’artistes souvent mais aussi d’homos, de noirs… bref, des personnes qui ne se sentent pas chez eux dans cette vie ni dans ce monde, des personnes qui produisent des opinions et comportements dérogeant à la norme, qui sont dès lors évités ou même évincés par leur(s) communauté(s). Peur face au différent, d’un côté, et capacité à ventiler cette peur et leur propre colère dans l’art et la créativité, de l’autre, sont au cœur de ce que De Parade tient à exprimer sur un plateau : donner forme à la nécessité, en ne recourant ni aux grands gestes ni aux scènes spectaculaires mais bien à ce médium aujourd’hui réduit au silence et relégué dans un coin – la langue.

Musique et discrimination

Swing a pour étincelle la musique jazz des années 30 et 40 aux Etats-Unis. Une époque où le jazz se frayait un chemin lent de la musique de danse, populaire et jouée par de grands orchestres, vers la variante plus « introvertie » du be-bop. La conquête d’un large public menée par ces musiciens swing se heurtait sans cesse à des réglementations restrictives et aux brutalités engendrées par la discrimination raciale. Le swing et la lutte contre le racisme sont indissociablement liés. Ces deux thèmes principaux sont abordés dans Swing, par trois narrateurs à leur manière, également « marginaux ». Deux d’entre eux sont modelés sur des figures ayant existés : John Hammond, héritier d’une famille d’entrepreneurs blancs richissimes, qui investit e.a. sa fortune dans l’organisation de concerts et la production de disques de cette musique noire ; et Elizabeth Hardwick, auteur new yorkaise dont les essais prennent la défense des noirs opprimés. La nature du troisième personnage – un jeune homo, sans travail, qui habite à New York – est fictive : collectionneur de disques, il nous introduit dans l’univers musical de ses idoles : Duke Ellington, Louis Armstrong, Count Basie, Billie Holiday…

John, Elizabeth, Geoffrey

Rudi Meulemans : L’idée initiale de Swing a surgi pendant que je travaillais avec Tom De Hoog sur le projet Caravaggio. C’était la première fois que nous faisions un spectacle ensemble et Tom me parlait beaucoup à cette époque de sa collection de 78 tours de swing. Lorsque j’ai commencé à lire sur cette période, j’ai vite compris combien la vie et la musique de ces jazzmen noirs étaient influencées et dominées par la discrimination raciale. Ces musiciens ne pouvaient pas loger dans les hôtels où ils donnaient leurs concerts, il leur était même interdit de boire dans les clubs où ils jouaient ; on passait leurs disques dans des endroits auxquels l’accès leur était refusé. Dans le combat qu’ils menaient pour leurs droits et leur musique, je fus frappé par le rôle important de John Hammond : un blanc plein aux as – rejeton de la famille Vanderbilt dont la fortune s’était bâtie sur la construction de chemins de fer – qui dépensait son héritage pour lancer ces musiciens noirs, produire leurs disques, écrire sur leur musique, défendre leurs droits. John a quitté son milieu privilégié, mais, dans sa nouvelle « famille », il est resté un marginal : blanc, riche, non artiste.

D’Elizabeth Hardwick, j’avais lu, il y a longtemps, Sleepless Nights : ce roman m’ avait beaucoup touché. Je savais que, tôt ou tard, elle apparaîtrait dans une de mes pièces. Amie de Susan Sontag, Hardwick n’écrivait pas seulement des romans, mais aussi des essais dans lesquels elle prenait fait et cause pour la population noire opprimée. Un de ses textes parle de Billie Holiday ; elle y raconte qu’un de ses jeunes amis homosexuels dont elle tait le nom lui apprend à écouter cette « musique noire ». C’est de ce passage qu’est né le personnage fictif de Geoffrey, jeune collectionneur de disques de swing, joué par Tom... qui collectionne aussi des disques de swing…

Deux fils conducteurs

John, Elizabeth et Geoffrey évoquent certains éléments de leur propre vie, mais le sujet central de leur récit leur est extérieur et s’écoule au gré de deux fils rouges entrelacés : la musique noire et la violence de la discrimination envers les Noirs.

Le thème de la brutalité et de l’exclusion se raccroche au récit des procès de Scottsboro à l’issue desquels neuf garçons noirs avaient été accusés et condamnés pour le viol de deux jeunes filles blanches sur une train de marchandises pendant le trajet de Chattanooga à Memphis le 25 mars 1931, malgré l’absence de toute charge de preuve.

Le fil conducteur de « la musique noire » s’attache à une période de l’évolution chronologique du swing par le biais de la musique de quatre protagonistes : Duke Ellington – compositeur innovateur –, Louis Armstrong – qui a rendu le swing irrésistible –, Count Basie – compositeur et chef d’orchestre qui lui a donné un nouvel élan – et Billie Holiday – qui incarne l’importance de la chanteuse de jazz à l’âge du swing et qu’il est inimaginable d’évincer de l’histoire de la musique tant ses interprétations étaient intenses.

Musique sur scène

La pièce donne à écouter des morceaux de leur musique.

Rudi Meulemans : Jusqu’ici, je n’avais pas tellement utilisé de musique dans mes spectacles. En général, la musique utilisée sur scène me pose problème : en fait, j’ai souvent l’impression que la musique manipule le spectateur, qu’elle dirige ses émotions, alors que je suis d’avis qu’il revient aux acteurs de maîtriser l’émotion comme d’installer l’atmosphère. Pourtant, dans Swing, il me semblait inconcevable d’écarter la musique. Dans ma pièce, Don’t touch here, les photos de Robert Mapplethorpe étaient décrites mais pas montrées : c’est leur description qui déclenchait l’imagination du spectateur. Pareille démarche n’est pas possible avec la musique. La musique est un médium trop abstrait : ce n’est pas parce qu’on décrit les morceaux de Ellington ou de Armstrong que le public peut les entendre. Ici, l’imagination fait défaut. En plus, il s’agit ici de mettre en lumière la vitalité de ces musiciens, ce qui ne peut se faire qu’en écoutant réellement leur musique, en la laissant swinguer. Par son titre, Swing évoque le balancement de cette musique noire mais aussi celui des cadavres pendus aux arbres, des cadavres de nègres lynchés par les blancs.

Dépression et art

Un tel choix de cette période historique spécifique (les années 30 et 40) et dans ce pays spécifique (les Etats-Unis) fait évidemment affleurer beaucoup d’autres thèmes secondaires : la dépression et la pauvreté, le chômage, l’alcoolisme, les suicides qui en découlent mais aussi la discussion au sujet de l’art social et l’art esthétique qui était bien vivace à l’époque et n’est pas sans ressemblance avec l’antagonisme de l’art élitiste et de l’art populaire qui alimente tant de discours aujourd’hui. Rudi Meulemans : Je ne suis pas un artiste qui se sent appelé à participer à toutes sortes de débats ou de polémiques dans les journaux. Je ne suis capable que de m’exprimer dans mon travail.

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Après ses études à l'école supérieure de communication audiovisuelle RITS, le metteur en scène et auteur Rudi Meulemans (°1963) fonde, en 1963, sa propre structure théâtrale, De Parade, aujourd'hui encore son unique champ d'action. Les acteurs avec lesquels il travaille témoignent également d'une fidélité étonnante à la compagnie : Johan Heestermans, Caroline Rottier, Andreas Van de Maele, Hilde Wils et, depuis quelques années, Tom de Hoog. Au commencement, Rudi Meulemans met en scène des textes existants. Mais en 1991, il écrit et monte De Lederman spreekt met Hubert Fichte, premier volet d'un cycle qui en comptera quatre (1991-1994 Journalistiek werk) et qui marque selon lui le « véritable essor » de De Parade.

Vers le milieu des années 1990, en quête d'un nouvel élan, Rudi Meulemans reprend brièvement la formule éprouvée de ses débuts, choisir et mettre en scène des textes existants, et monte De Woestelingen. Il revient ensuite à la création, avec, parmi les pièces les plus récentes, Caravaggio (2002), Life is all we have (2003) et Don't touch here (2004), qui composent le « Triptiek van het goede leven », Starnberg, Sisi, wanneer een sprookje werkelijkheid wordt et Swing.

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