Shije (The World)

Flagey

9/05 > 19:30
2h16 + interview
Retrospective Jia Zhang-ke @ Flagey: 11-16/05

A l'occasion du Festival, Jia Zhang Ke - un des cinéastes chinois les plus prometteurs du moment - présentera son dernier film intitulé Shije (Le Monde ). Ce nouvel opus évoque le visage amer de la Chine d'aujourd'hui. Le décor : un étrange parc d'attractions dans lequel sont reconstituées, en miniature, les plus grandes villes du monde. Les protagonistes, jeunes gens marginaux et désœuvrés vagabondent dans les méandres d'une mondialisation tournée en dérision. Une occasion unique de découvrir les « trésors de tristesse » d'un cinéaste mélancolique, digne héritier d'Antonioni.

Rencontre animée par:

Louis Danvers

Présentation:

Cinémathèque Royale de Belgique/Koninklijk Filmarchief van België, Flagey, Cinéart, KunstenFESTIVALdesArts

Mise en scène et scénario:

Jia Zhang-ke

Avec:

Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue, Jiang Zhongwei, Wang Yiqun, Wang Hongwei, Liang Jingdong, Xiang Wan, Liu Juan

Cinématographie:

Yu Lik wai

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Synopsis

A World Park, parc miniature dans lequel les visiteurs peuvent admirer les monuments les plus célèbres du monde entier, sans même quitter la banlieue de Pékin. Tao, la jeune et jolie danseuse, se produit chaque jour, avec ses amis, dans des spectacles de strass et de paillettes du parc à thèmes, parmi les répliques du Taj Mahal, de la Tour Eiffel, de la Place Saint-Marc, de Big Ben et des Pyramides.

Tao et son petit ami Taisheng, agent de sécurité au parc, ont délaissé leurs provinces du Nord, voici quelques années, pour gagner la grande ville. Leur relation se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. Taisheng est attiré par Qun, une styliste de mode qu'il a rencontrée lors d'un voyage de retour dans son village natal. Tao s'évade dans d'innocents voyages imaginaires lorsqu'elle se trouve soudain confrontée à ce que l'on attend d'elle en tant que femme.

Les collègues de la danseuse connaissent, elles aussi, des difficultés sentimentales. Xiaowei se demande si elle épousera l'irresponsable Niu, alors que Youyou se sert de ses charmes pour obtenir une promotion.

Tous ceux qui arrivent à Pékin avec de grandes ambitions ne peuvent espérer trouver un emploi où les jeux par SMS sont acceptés comme faisant partie de la vie quotidienne. Bon nombre, comme l'ouvrier Erxiao, ne connaissent qu'une réalité bien plus rude.

Toutefois, malgré l'amusement et la magie, même les microcosmes des parcs à thèmes sont vulnérables face au changement. Pour Tao et son entourage, mariages, séparations, fidélité et trahison, joies et tragédies font partie de cette réalité.

La vie dans la Grande Ville

Mes films précédents traitaient de Shanxi, ma province natale du Nord où ils ont été tournés. A présent que je vis à Pékin depuis plus de dix ans, j'ai décidé de faire un film qui traduise mes impressions sur Pékin et la vie urbaine. Il y a de cela deux ans, j'ai rendu visite à mon cousin qui vit encore dans ma ville natale. Il se sentait plus seul que jamais parce que la plupart des jeunes avaient quitté la campagne pour travailler dans les grandes villes ou pour gagner le Sud où l'économie est bien meilleure.

Le village est surtout habité par des personnes âgées ou handicapées. La terre n'est plus cultivée, les rues sont pratiquement désertes. Interrogé par mon cousin sur la vie à Pékin, ses questions m'ont fait réfléchir sur les foules et l'animation des rues de la ville. Comme il m'était trop difficile d'expliquer ce qui se passe dans la mégalopole, j'ai ressenti la nécessité de le montrer en réalisant un film sur Pékin.

Le reste du monde

Les monuments du parc n'ont d'autre but que de satisfaire l'envie ressentie par la population de connaître le reste du monde. Le parc démontre la forte curiosité de la population chinoise en ce qui concerne le monde et l'intérêt qu'elle éprouve à devenir une composante de la culture mondiale. Il me semble que nos impressions sur le monde ne sont en réalité que nos impressions sur notre propre vie et l'environnement dans lequel nous vivons. Je crois que les gens ne peuvent voir leur propre vie, ne peuvent réellement considérer les choses que de l'endroit où ils se situent. Cette chose que nous appelons « le monde » n'est, en réalité, que notre petit coin de monde à nous. Il m'a semblé que l'environnement du Parc apporterait au film une note d'universalité particulière. L'histoire ne serait pas seulement propre à la Chine, elle se déroulerait, d'un point de vue visuel, en différents endroits du monde.

Faux paysage, problèmes réels

Si le paysage du parc à thème est truqué, les problèmes auxquels les personnages sont confrontés sont bien réels. Les personnages qui y vivent et y travaillent semblent voyager aisément d'un pays à l'autre, dans un monde dépourvu de frontières. Toutefois, dans la réalité, ils sont isolés dans un monde particulier composé par les répliques de la Tour Eiffel, du Lower Manhattan, du Mont Fuji, des Pyramides. Il est possible de construire physiquement des répliques mais non des vies, des sociétés ou des cultures traditionnelles. Les personnages du film Shije (The World) doivent faire face aux souffrances de leur passé. Une mondialisation accrue ne réduira pas le fossé créé par l'histoire. Elle ne diminuera pas les complications de cette ère naissante.

Une urbanisation galopante

La dernière décennie a été la plus violente, en termes d'urbanisation, pour la Chine continentale. Les prochains Jeux olympiques de 2008 à Pékin ont encore accéléré cette urbanisation. La ville s'est transformée en un immense chantier, un centre commercial, un parc de stationnement. Les contacts humains se modifient considérablement lors d'un boom économique. De profonds écarts sociaux se créent entre les personnes ayant des revenus différents, en particulier entre les grandes villes et les zones rurales. Les ressources se concentrent dans une poignée de grandes villes. L'idée moderne de faire sa vie n'existe que dans les grandes villes. A cela, il faut ajouter que les activités de loisirs ont trouvé leur place et leur clientèle. D'autre part, des milliers de personnes ont perdu leur emploi. Les gratte-ciels poussent comme des champignons, mais les corps humains continuent de disparaître au même rythme. Les travailleurs venus des zones rurales y sacrifient leur santé, voire leur vie.

Quand le surréel devient réel

J'ai de plus en plus le sentiment que la réalité cède la place au surréel à Pékin. C'est cette pensée qui a occupé mon esprit pendant la réalisation du film Shije (The World). A cause de l'urbanisation, je pense que la ville a perdu la notion de la différence entre le jour et la nuit, la notion des quatre saisons. Nous avons gagné en rapidité en perdant complètement toute lenteur. Il en va de même dans toutes les grandes villes chinoises. C'est ce qui m'a amené à réfléchir sur notre connexion au monde virtuel. D'un monde à l'autre, d'une personne à l'autre. Les relations, à la fois libres et restreintes, profondes et superficielles. Tout part de notre perception de ce monde.

Messagerie textuelle

Les messages SMS par téléphone cellulaire constituent le moyen de communication privilégié des jeunes. Ils les utilisent pour se saluer, fixer des rendez-vous et même pour ce qui leur est difficile à dire de visu. Je pense que l'insertion de ces messages dans le film m'a donné l'opportunité de travailler un peu comme les réalisateurs des films muets. Les phrases titres peuvent être assimilées à une voix intérieure ou un mot de passe pour faire progresser le récit. Nous vivons à l'ère du numérique. Celui-ci est aussi important dans la communication que dans d'autres domaines, comme le format utilisé dans la réalisation de Shije (The World).

L'expression silencieuse de sentiments profonds

Mes films ont toujours comporté des scènes traitant de représentations. La scène est toujours présente. Je suis très attaché à ce style de vie parce que, lorsque je faisais mes études secondaires, j'ai voyagé avec une troupe de théâtre. Shije (The World) comporte certains éléments propres à une comédie musicale, mais il ne s'agit pas d'une comédie musicale. Les spectacles mis en scène sont liés aux changements intervenant dans l'état d'esprit des personnages et aux choses auxquelles ils sont confrontés dans leur vie quotidienne. Pour moi, la danse est l'expression silencieuse de sentiments profonds. Dans Shije (The World), les principaux personnages connaissent des souffrances qui ne peuvent s'exprimer par des mots. Ils doivent avoir recours au langage gestuel. J'ai créé des exutoires sous forme d'expression silencieuse à leur intention. Dans le numéro de danse sous la neige, Tao ne prononce pas un mot mais le public partage ses sentiments. L'expression est importante mais le silence l'est tout autant.

Contexte musical

La musique originale de Shije (The World) a été composée par le musicien taiwanais Giong Lim. Il a composé la musique du film Goodbye South Goodbye de Hou Hsiao-Hsien et de Millenium Mambo. Dans mes films précédents, je n'ai jamais utilisé de longs morceaux de musique mais, pour Shije (The World), j'ai pensé à la musique électronique de Giong Lim. Les artifices du World Park et la solitude omniprésente dans le film ainsi que les nuits silencieuses nous ont semblé requérir un contexte musical. Les spectacles sur scène importants sont également accompagnés par la musique de Giong Lim.

Ces numéros de danse somptueux, mais tristes, traduisent le vide bien réel dans la vie de Tao et ses amies.

Confronté à la légèreté soyeuse de la danse et de la musique, ce vide disparaît.

La vie intérieure animée de Tao

Les séquences d'animation dans Shije (The World) montrent le monde virtuel qui devient la vie intérieure de Tao. Bon nombre de jeunes se tournent vers Internet ou vers les mondes virtuels créés par les jeux vidéo. Ce sont des mondes non physiques qu'il est impossible d'ignorer. Ils se connectent ici et là au monde réel. J'ai voulu montrer une atmosphère typique de l'ère numérique asiatique proprement dite en combinant les séquences d'animation avec les messages SMS et la musique électronique.

Absence de changement dans le processus de création

Shije (The World) est le premier film que j'ai pu tourner avec l'approbation du gouvernement. Depuis 2004, l'interdiction gouvernementale de cinq ans prononcée contre mes activités de réalisateur a été levée. Le Bureau du Film Gouvernemental a également annoncé de nombreuses politiques progressistes. Cette atmosphère plus détendue dans le cinéma chinois est le résultat d'une décennie de travail acharné consenti par des réalisateurs indépendants. Le gouvernement chinois, le public et les médias s'efforcent tous de comprendre et d'accueillir des projets dits « extérieurs » dans le système officiel. En ce qui me concerne, l'approbation gouvernementale n'a pas modifié de façon notoire mon processus de création. Mon principe de base, en tant que réalisateur, est resté le même - protéger l'indépendance de mes recherches sur la société et les personnes. Que je tourne ouvertement ou en secret, mon travail ne peut subir d'influence parce que lorsque je tourne, je suis un réalisateur et rien d'autre.

Atteindre librement le public chinois

Le plus grand changement suscité par l'approbation gouvernementale tient au fait que Shije (The World) sera mon premier film dont la distribution libre sera autorisée en Chine. Il sera diffusé avec le soutien du Shanghai Film Studio, régi par l'Etat. J'attends ce moment depuis sept ans. Mes trois précédents longs-métrages, Xiao Wu (Pickpocket), Platform et Unknown Pleasures n'ont pas été autorisés à être diffusés en public. Il n'était possible de les voir que sur des DVD pirates. J'ai voyagé dans les grandes villes chinoises pour des projections dans des cercles restreints, généralement des cafés ou des universités. Mais aujourd'hui, mes films peuvent atteindre librement le public chinois. Aujourd'hui, les gens peuvent voir mes films dans les salles de cinéma.

World Park

Situé dans le district de Fengtai, à 16 kilomètres de Pékin, le World Park présente 106 des sites les plus célèbres de 14 pays et régions du monde entier. Le parc, qui couvre une superficie de 46,7 hectares, comprend deux parties : la partie scénique en miniature, exposée en fonction de la position des pays respectifs sur la carte, et une partie consacrée au commerce, aux restaurants et aux loisirs. La zone des loisirs se situe dans un village folklorique, caractérisé par des bâtiments de style américain et européen. Les touristes peuvent emprunter un train électrique et un bateau à moteur à travers le parc afin de simuler un voyage autour du monde. Le parc comprend la plupart des lieux dont l'intérêt est reconnu au niveau mondial. Parmi ceux-ci figurent la Pagode en bois dans la région de Ying, en Chine, qui est la pagode la plus ancienne et la mieux préservée qui soit au monde ; la Tour penchée de Pise ; la Grande Pyramide et la Tour Eiffel de Paris. Le Parc chinois de Qingyingjing, la Villa impériale de Katsura au Japon et un jardin américain de style ancien sont tous regroupés afin de représenter la splendeur des différents styles de jardins au monde et en reconnaissance des nombreuses formes distinctives que l'aménagement paysager revêt en Chine.

De grands efforts ont été consentis pour construire les structures à partir des mêmes matériaux que les véritables structures. Des surfaces de marbre et de granit, ainsi que des sculptures en cuivre et dorées, ont contribué à produire un effet réaliste. C'est ainsi, par exemple, que la Grande Pyramide a été réalisée à l'aide de 200.000 briques de marbre, dont chacune a la taille d'une savonnette.

La Place Rouge de Moscou a été pavée avec plus de 5 millions de briques rouges, chacune étant plus petite qu'une tuile de mah-jong. Les pelouses du parc sont agrémentées de 100 sculptures célèbres, dont la Statue de la Liberté, la Petite Sirène de Copenhague, le David de Michel Ange et la Vénus de Milo.

Le parc compte également une fontaine actionnée par des rayons laser, un labyrinthe végétal et un parc d'attractions dans lequel enfants et adultes peuvent s'amuser. Des parades présentant un folklore international sont régulièrement prévues afin de donner aux touristes l'occasion de contempler les coutumes folkloriques de pays différents.

délivré par le Bureau des Affaires étrangères de Pékin

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