Shift

Les Brigittines

12, 15, 16, 17/05 > 20:00
13/05 > 18:00
Duration: 45’

Fils de Soweto, Boyzie naît et grandit dans les townships de Johannesburg, Afrique du Sud. La danse lui trace le chemin de la dignité et de la noblesse à laquelle aspire tout être humain. Danseur puis chorégraphe, Boyzie travaille et enseigne à Johannesburg, chorégraphie dans son pays et se voit bientôt invité jusqu’en Europe et aux Etats-Unis. En 1997, il fonde avec deux de ses amis danseurs ‘The Floating Outfit Project’ (FOP), noyau souple où ils pourront s’attacher à leur dessein : emprunter les voies du sensible et du mouvement pour communiquer avec leur âme. Très spirituel, Boyzie ne pratique ni danse traditionnelle, ni mode. Après la sérénité tout intérieure de Rona, Shift, troisième création de FOP, affronte sa nouvelle Afrique du Sud, les effets actuels de siècles de haine et de destruction.

Chorégraphie/Choreografie/Choreography: Ntsikelelo “Boyzie” Cekwana

Performance/Performers: Boyzie Cekwana, Desire Davids, Thabani Sibisi

Musique/Muziek/Music: Bobby McFerrin, The Brodsky Quartet, Jan Garbarek, Einsturzende Neubauten, cEvin Key, Skinny Puppy, Download

Eclairages et décor/Lichtontwerp en decor/Lighting and set design: Ntsikelelo “Boyzie” Cekwana

Création sonore/Klankontwerp/Sound design: Max Katz

Costumes/Kostuums/Costumes: Ntsikelelo “Boyzie” Cekwana, Desire Davids

Régisseur de scène/Toneelmeester/Stage manager: Mashudu Nemukula

Eclairages et directeur technique/Belichting en technisch directeur/Lighting and technical director: Frederick Duplech

Photographie/Fotografie/Photography: Val Adamson

The Floating Outfit Project:

Directeur artistique/Artistiek directeur/Artistic director: Ntsikelelo “Boyzie” Cekwana

Directeur adjoint/Adjunct directeur/Associate director: Desire Davids

Responsable diffusion/Verantwoordelijke spreiding/Person-in-charge of diffusion: Therese Barbanel

Régisseur de scène/Toneelmeester/Stage manager: Mashudu Nemukula

Eclairages et directeur technique/Belichting en technisch directeur/Lighting and technical director: Frederick Duplech

Avec le soutien de/Met de steun van/Supported by: Afrique en Créations (F), FNB VITA Dance Umbrella (SA), La Ferme du Buisson (Marne-la-Vallée), The National Arts Council (SA), Simon Dove, Spring Dance Festival (Utrecht)

Présentation/Presentatie/Presentation: Bellone-Brigittines, KunstenFESTIVALdesArts

Cette création est dédiée à Nondyebo, mère de Boyzie Cekwana

Dit werk is opgedragen aan Nondyebo, Boyzie Cekwana’s moeder.

This work is dedicated to Nondyebo, Boyzie Cekwana’s mother.

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L’essence de ma démarche réside dans le désir de communiquer avec mon âme – nos âmes – et de faire face à cette conscience, si vulnérable et indigente dès lors qu’on invite autrui au cœur de nos pensées. En dépit des doutes qui nous tourmentent, cette conscience constitue la lueur fugitive qui nous aide à définir nos choix. Dans une société de transition, en constante mutation comme l’est la nouvelle Afrique du Sud, chercher à créer peut s’avérer très décourageant et requiert une résistance et une foi à toute épreuve.

Mon parcours explore le prisme de notre vie quotidienne, la folie ordinaire qui, chaque jour, nous assaille, le dédale de nos contradictions exacerbées par l’impuissance à communiquer, dans l’espoir de surpasser la complaisance, l’ignorance et les stéréotypes humiliants qui nous furent infligés. Loin de moi l’idée de jouer au missionnaire des temps modernes, ce serait une trop grosse responsabilité et, d’ailleurs, un affront à mes ancêtres. Quoi qu’il en soit, j’ai choisi d’emprunter les voies du sensible et du mouvement pour exprimer ce qui résonne dans mon cœur : la pulsation et le sang vivant de mon Afrique.

Ntsikelelo ‘Boyzie’ Cekwana, Mon âme se souvient, notes de travail

Ntsikelelo ‘Boyzie’ Cekwana, dit Boyzie (1970), est né et a grandi à Soweto. Il est adolescent pendant les pires années d’émeutes. « En 1986, il n’y avait plus école dans les townships de Johannesburg. Je jouais beaucoup au football et faisais un peu de yoga. Un ami me fit savoir que quelqu’un allait ouvrir à Soweto une école de danse et qu’il cherchait des garçons. Au lieu de ‘dance school’, j’avais compris ‘ballroom’ et ça ne m’intéressait pas. Je n’avais jamais entendu parler ni de ballet ni de danse moderne. Mon ami m’a poussé, je suis allé voir. Tout de suite, j’ai eu la conviction intérieure que la danse serait ma voie : elle m’emplissait de force vive. Cinq mois plus tard, la Johannesburg Dance Foundation s’ouvrait et commençait à dispenser sa formation de base en ballet contemporain et modern jazz. J’ai passé l’audition et j’ai reçu une bourse de trois ans. »

Sept ans plus tard, Boyzie est engagé comme chorégraphe en résidence à la Playhouse Dance Company de Durban. En 1994, il est distingué à Johannesburg par le Standard Bank Young Artist Award ; en 1995, il est lauréat de la ‘Third International Ballet and Choreography Competition’ à Helsinki. Rapidement, on le salue comme l’enfant prodiged’Afrique du Sud. Ses pièces sont reprises au répertoire du Washington Ballet et de la Neville’s Company (Scottish Dance Theatre). Il travaille de New York à Cape Town, de Grahamstown à Bâle, de Madagascar à Lille et, enfin, l’été dernier, à Montpellier Danse où il présente Rona, sa dernière production.

En 1997, il fonde avec un de ses amis danseurs, Desire Davids, un noyau souple qu’il surnomme ‘projet d’un équipage flottant’, The Floating Outfit Project. « Nous avions besoin de rompre avec les formats contraignants de la danse traditionnelle et des compagnies de ballet sud-africain. Nous avons imaginé une entité flottante, sans structure fixe ni danseurs permanents, qui permette à chacun de continuer à travailler avec d’autres dans le monde, tout en rendant possible la naissance de nos propres créations. Cela correspondait aussi à une nécessité économique. Pour une petite compagnie indépendante, il n’était pas possible de survivre en Afrique du Sud et plus réaliste de continuer nos parcours séparés pour pouvoir ensuite en réinvestir les bénéfices dans notre projet commun. »

Leur projet commun : créer des spectacles de danse qui leur soient contemporains. « En Afrique du Sud, comme dans la plupart des pays africains, la danse fait partie de la vie. Pour chaque événement, pour faire sortir une joie ou une souffrance, on joue de la musique et on danse. La danse est présente dans tous les rites et toutes les coutumes, comme l’air que l’on respire, une impulsion spontanée inspirée par l’essence du moment. Faire sur une scène de la danse contemporaine focalise l’attention sur le sens que l’on veut générer par des moyens de théâtre, sur les contenus qu’on veut distiller. Sa forme est plus étudiée, moins improvisée. »

« Jeune Africain dans un pays turbulent et troublé comme l’Afrique du Sud, j’ai trop fait l’expérience de me retrouver sans secours, désespéré et sans confiance. Le pays dans lequel je suis né était dominé par les calvinistes. Ils justifièrent l’apartheid par cette religion qui leur enseignait qu’ils étaient de race supérieure aux autres et que Dieu les avait préférés. Pendant mon adolescence, nous avions toujours plein de problèmes avec l’Etat, des histoires d’armes à feu, d’arrestations illicites et de fusillades. On était à l’école, puis tout à coup quelqu’un regardait par la fenêtre et voyait les voitures de police partout. On paniquait, on criait et on partait en courant. A la même époque, lors d’une assemblée de jeunes, je fus frappé par les paroles d’une chanson que nous chantions : ‘Be still and know that I’m Lord’ (Sois serein et sache que je suis le Seigneur). Cette chanson m’a profondément marqué. Je me suis dit : ‘C’est vrai. Pourquoi panique-t-on ? Pour quoi faire ? Je passe ma vie à courir et jusqu’à aujourd’hui, rien ne m’est arrivé ! Je me suis juré de ne plus paniquer. La panique est une perte de foi, une perte de la capacité à contrôler sa situation. Elle est cet instant où l’on abdique. La sérénité, c’est regagner sa foi en soi, la force et la confiance en son dessein. La peur est un moment. La sérénité, une durée. »

« C’est une grande honte qu’il y ait encore des gens dont la croyance est ravitaillée par la peur, le préjudice et la culpabilité. Le monde avance, nous le devons aussi. Nous ne devons pas oublier ni nécessairement pardonner mais aller de l’avant. Et, s’il vous plaît, saisissons chaque opportunité pour briser le cycle de la haine et de la destruction. Mes parents ont toujours pratiqué leurs traditions et leur culture Xhosa et j’ai toujours aspiré à m’identifier à un aspect très particulier de cette culture : la Force et l’Humilité. Ma mère en est un symbole. Mais la montagne est haute à grimper et je suis encore très loin de son sommet. Je trouve très important, en tant qu’artiste, de rendre hommage à mon héritage, de le respecter. Je ne ressens pourtant pas le besoin d’affirmer mon africanité dans ce que je fais ou dis, ni de ressembler à ce qu’on attend d’un supposé ‘Africain’. Je suis déjà cet homme et je cherche ce que chacun d’entre nous est amené à trouver quand il naît : la noblesse et la dignité qui le définissent pour une grande part. »

Rona (1999) mettait en mouvement trois êtres sculptés au départ du silence, crâne nu et corps rituellement peint en blanc. Une espèce de Butoh africain, qui exhalait l’harmonie spirituelle au monde, à soi et à la nature, une quête dépouillée jusqu’à l’essence, une initiation emplie d’immanence. Shift, le nouveau projet de Boyzie, explore un tout autre silence : « On parle trop peu de la dynamique de la peur et du pouvoir qui influence et met en place la politique des races, des sexes, de la violence, des droits humains, de l’amour, des préjudices... En Afrique du Sud, trop de silence règne autour de ces problèmes. Et ce silence est un problème en soi. Je n’essaie plus ici d’explorer la tranquillité, je l’explose. L’Afrique du Sud arbore aujourd’hui une ‘psyché’ nouvelle en réponse aux crimes isolés ou massivement organisés, qu’elle combine à la diabolisation stéréotypée du ‘mâle’ africain considéré comme une constante menace pour la société. Le spectacle interpelle ces ‘shifts’ et leurs lacunes dans le contexte sud-africain contemporain. »

‘Shift’ ne veut pas dire seulement changement ou glissement, il évoque aussi le déplacement d’un être ou d’un objet, le décalage, la relève ou le renversement. « Nous enquêtons aussi sur la notion du racisme à rebours dans un pays colonisé depuis vingt générations et sur les effets complexes de cette colonisation. Cette création-ci est plus ancrée dans la réalité sud-africaine. Le travail explore des problématiques qui vont du viol au crime et à la guerre en passant par le racisme et la religion. Il n’essaie pas de raconter une histoire linéaire et concrète. Il s’achemine latéralement à travers les images, le mouvement, la musique, le texte écrit et parlé, qui, je l’espère, véhiculeront l’effet subliminal d’un certain dessillement. »

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