Safar

Théâtre Marni

13, 17, 18 Mei/Mai/May 20:00
14 Mei/Mai/May 18:00
Duur/Durée/Duration: 1:10
Europese première/Première européenne/European première
Taal/Langue/Language: Arabisch/arabe/Arabic
Simultaanvertaling/Traduction simultanée/Simultaneous translation: Nl & Fr

A Tunis, Slim Sanhaji a fait tous les métiers du théâtre. Il est de l'aventure du Théâtre Triangul d'Habib Ichbil, des quêtes de Fadel Jaïbi, Mohamed Driss et Tawfik Jibali qui, dans la mouvance de '68, apportèrent un souffle nouveau à la scène tunisienne. Aujourd'hui, Slim sort de l'ombre. L'artisan a écrit sa première pièce, Safar (Voyage), et la met en scène. Mortadha, Etroudi et Kenza s'y rencontrent chaque jour dans un parc public. Ils y rêvent, s'y agitent, balbutiant et pinaillant, la mémoire percée, l'espoir en berne. « Ma pièce raconte l'attente d'une génération avec son immense désir de sauter et aucun tremplin pour s'élancer.» Slim a le sens des atmosphères et la poésie mordorée de son attente beckettienne se déploie dans une touchante simplicité.

Tekst en dramaturgie/Texte et dramaturgie/Text and dramaturgy: Sabah Bouzouita, Slim Sanhaji
Regie, scenografie en licht/Mise en scène, scénographie et lumières/Direction, scenography and lighting: Slim Sanhaji
Regie-assistent/Assistant à la mise en scène/Assistant to the director: Amel Karray
Acteurs/Actors: Sabah Bouzouita (Kinza), Nôman Hamda (Troudi), Hédi Abass (Mourtadha)
Technisch Directeur/Régisseur général/Technical Director: Kamel Sassi, Lotfi Kammoum
Doek/Toile/Painting: Mohsen Raïs
Productie/Production: Artis production (Tunis)
Met de steun van/Avec le soutien de/With the support of: le Ministère des Affaires Culturelles (Tunis)
Presentatie/Présentation/Presentation: KunstenFESTIVALdesArts

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Safar (Voyage) de Slim Sanhaji (Tunis) plonge dans le théâtre de l'absurde pour raconter, à sa manière nue et métaphorique, le constat qui le taraude : autour de lui, l'agitation de conversations enflammées n'est que le masque d'un désarroi improductif face au manque de perspectives. Joué en arabe quotidien, son voyage immobile reflète la douce exubérance de sa Tunisie méditerranéenne. Il évoque aussi, plus universellement, l'impasse d'existences en mal d'évolution, empruntant à Ionesco la banalité déboussolée du dialogue et à Beckett l'errement de la pensée déliquescente. Dans le paysage tunisien, Slim Sanhaji est un artisan sensible. Il ne cherche pas à éblouir. Il dit et met en images délicates le sentiment profond d'une génération dans un spectacle pudique, poétique et sans prétention.

Tunis. Chaque jour, matin et soir, les étourneaux assaillent les arbres de la large promenade de l'avenue Bourguiba. Ils tourbillonnent et piaillent jusqu'à couvrir les conversations aux terrasses des nombreux cafés. Dans la salle obscure d'un théâtre, un soleil artificiel s'éveille et pointe ses chauds rayons sur la toile peinte d'un parc public, un sol jonché de feuilles mortes, un banc esseulé et deux chaises de jardin qui invitent au repos autour d'une petite table ronde. Le décor exhale les dernières douceurs d'un été indien mordoré. Il appelle à la rêverie. Effluves d'opéra : se déploie la voix de Farinelli, magnétisée de beauté. Deux hommes en costume s'assoient, se lèvent, changent de place, indécis. Silence. Solitaires à deux, ils sont plongés dans leurs pensées puis, avec difficulté, articulent quelques mots pour enclencher le sujet d'un premier échange : les nuages. Tout à coup, ceux-ci deviennent à leurs yeux chèvres, vaches, gazelles, lions la bouche bée, pourvus de queue, de dents... Le temps passe. Ils restent assis. La discussion s'acère. Broutilles, jacasseries, velléités et petits agacements. Seul se meut le décor, comme tourne lentement la terre, sans qu'ils s'en aperçoivent.

« Safar, c'est d'abord notre propre attente. Kinza, le personnage féminin de la pièce, dit aux deux autres : ‘Si tu regardes devant toi, qu'est-ce que tu vois ? Rien.' La pièce a mis trois ans et demi à se monter : tout ce temps pour trouver un endroit où la créer et de petits moyens pour la financer. Safar est aussi l'attente de toute une génération avec son immense désir de sauter et aucun tremplin pour s'élancer. Je vois cette génération se fatiguer à remuer sans arriver à rien brasser. Ma pièce parle d'un ennui larvé qui est poison mais qui peut aussi stimuler l'imagination. Parler de cela, c'est situer le voyage au-dedans. Par ailleurs, le texte de la pièce est très ouvert et laisse au public la liberté d'y faire son propre parcours. Ici, les plus jeunes veulent construire leur futur et ne connaissent rien de leur passé. Ici, beaucoup de gens sont également troublés par l'apprentissage du progrès : comment vivre avec la technologie moderne, avec l'évolution de la science ? Ils réfléchissent mais à l'ancienne. Les personnages de Safar se sentent comme eux dépassés et, parfois, ils deviennent méchants, comme ces chats, toutes griffes dehors, quand on les approche. L'agressivité leur permet de survivre. Leur nervosité est plus impulsive que violente. A l'intérieur, ce sont des enfants. »

Safar est la première pièce et la première mise en scène de Slim Sanhaji. Avec ses amis de longue date, les acteurs Sabah Bouzouita (Kinza), Nôman Hamda (Troudi) et Hédi Abass (Mourtadha), il gravite dans le théâtre tunisien depuis près de 20 ans. Le goût lui en vint à l'école : ces années d'enfance furent baignées par la pratique du spectacle, à cette époque très vivante, grâce à l'intérêt que portait au théâtre le premier président de l'Indépendance, Habib Bourguiba. L'école terminée, il fréquente assidûment les cercles de théâtre amateur en pleine expansion et participe à l'émergence du Théâtre Triangule d'Habib Ichbil, peintre et professeur à l'Ecole des Beaux-Arts. Ses amis partiront étudier le cinéma à Bruxelles ou à Lodz, le théâtre en Italie ou en France. Slim reste à Tunis et travaille avec ses aînés, une génération née de mai 68, rétive au théâtre institutionnel personnalisé par la figure d'Ali Ben Hayad. Grand acteur de Vilar, celui-ci avait fondé la Troupe de la Ville de Tunis et y montait les chefs-d'oeuvre classiques à la manière du Théâtre National Populaire de Chaillot.

Aux côtés des jeunes Fadel Jaïbi (Familia Production) et Mohamed Driss, aujourd'hui directeur du Théâtre National de Tunis, et du radical Tawfik Jibali, Slim apprend tous les métiers du théâtre, où plutôt le métier, celui qui rentre en oeuvrant dans l'ombre à valoriser tous les aspects de la création. Il observe, il aime écrire des bribes de textes, des fragments de situations avec ses amis acteurs mais il ne veut pas se lancer dans une carrière personnelle. Il est aussi de l'équipe de réalisation du Festival de théâtre de Carthage. L'autodidacte enseigne à l'ISAD (Institut supérieur d'art dramatique). En 1998, il fait le pas. Son désir devient urgence. Safar naît à la scène. Slim ne prétend pas y révolutionner le théâtre mais parler, avec simplicité, de ce qui l'entoure. Avec deux fois rien, il y fait affleurer l'émotion. Son approche du jeu cisèle tant le mouvement que l'espace et la lumière, de petits mouvements vifs et suspendus, de petites syncopes qu'il introduit dans ses dialogues dont l'humour ou les humeurs « masquent le désarroi ». Pour Slim, « Mourtadha et Troudi sont des hirondelles. Sans penser, ils se retrouvent tout à coup à exécuter ensemble de menus gestes. Du lever doré au coucher bleu du soleil, ils sont dans une mécanique de l'habitude, qui se reproduira dès le lendemain. Ils ne bougent pratiquement pas de leur chaise. Avant l'aube et quand point la nuit des personnages, je voulais une musique qui aspire vers le haut, en guise de prologue et d'épilogue. Parce l'être humain doit voir grand et rêver grand. »

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