Rimini Protokoll

Halles de Schaerbeek

2, 3, 8, 9/05 – 20:00
4, 11/05 – 15:00
10/05 – 17:00 + 20:00
NL/FR
1h 50min

En proposant une forme inédite de théâtre documentaire fondée sur les témoignages d’« experts du quotidien », le collectif Rimini Protokoll s’est imposé comme une référence incontournable de la scène internationale. Cette année, ces habitués du festival nous reviennent avec une création pour un peu moins d’1,2 million d’habitants ! 100 % Bruxelles découle d’un projet créé à Berlin, où il a connu un grand succès. Ce projet part des statistiques d’une ville auxquelles il donne un visage humain. Cent citoyens choisis selon des critères précis incarnent la population bruxelloise. Chargés de représenter les données « objectives » de la ville, ils se voient aussi confier un rôle plus délicat : le leur. Comme un chœur de la polis, ils prennent position par rapport à différents sujets, se combinant et se recombinant en autant de groupes éphémères. À quelques semaines d’élections dont Bruxelles est un enjeu majeur, ils brossent un portrait ludique et subtil d’une capitale complexe, loin de toute médiocrité. Venez découvrir votre ville !

Un projet de
Rimini Protokoll (Helgard Haug, Stefan Kaegi, Daniel Wetzel)

Avec
Sadia Abdiraman, Mustapha Aboulkhir, Razia Alibhai, Achraf Allali, Jean-Luc Appart, Annette Baussart, Séraphin Bayekula, Othmane Belhaj, Soufiane Ben Haddou, James Benn, Samir Bouaoud, Mohamed Boujeddada, Pieter Buggenhout, Elisabeth Busch, Amara Buyse, José Carleer, Giannoni Celia, Célestine Chapelle, Muzzamal Chaudhry, José Clossen, Nicoleta Covace, Chris Cullus, Ilona Danak, Valentin Dayan, Gino De Meuter, Laura De Neck, Claudine De Rudder, Yves De Voeght, Daniel Defeijt, Tony Degli, Adrien Delobel, Martine Denis, Myriame Derres, Sevil Dogan, Defne Dogan, Raymond Doms, Rachida El Haddad, Inês Ferreira, Begga Fieuws, Lotte Fonteyn, Sofie Fonteyn, Robert Fuks, Christiane Gabriëls, Yuri Gavriluk, Grace Georgiou, Ana Maria Gilsoul, Charlotte Goldberszt, Leander Gosslar, Oscar Gutierrez Ramos, Robin Hakizimana, Dorian Hakizimana, Saadi Hentati, Maxime Jeune, Jean-Philippe Juneau, Farid Kabdani, Peter Kirschen, Benoît Laine, Marion Laine, Jeva Lapina, Fabienne Lichtert, Patricia Loureiro, Joseph Marneth, Anna Martin, Ikram Mokhtari, Iuri Montebrun, Kosta Montebrun, Fardousa Muuse, Hahn Nguyen, Max Nisol, Guy Noël, Guillaume Noël, Danielle Noël, Jémy Nzeyimana, Stefania Occhionorelli, Yann Patou, Kirill Patou, Darrel Perez, Jérôme Piron, Sébastien Piron, Monique Pivert, Catherine Pollard, Nidal Rachiq, Naziha Rachiq, Gabriella Rosca, Maria Rostas, Andrzej Rzepa, Ulric Schollaert, Kader Sevinç, Ruta Skujina, Yvette Slachmuylder, Sôgo Suzuki, Rkia Tiar, Roméo Torresan, Aline Trubert, Mauro Van den Ende, Free Van Gestel, Carolien van Oosten, Christophe Vanderplas, Sietse Vannuffelen, Giordana Vedova, Rebecca Vedova, Frederic Vidal Altamiras, Lamury Virginie, Hassan Wali

Lumières, scénographie & réalisation vidéo
Andreas Mihan

Musique
OPMOC

Directrice casting
Brigitte Neervoort

Casting Schaerbeek & Saint-Josse
Florent Garnier, Axel Satgé

Assistantes
Esther De Vos, Stéphanie Demeuldre-Coché, Leïla Duquaine, Sara Estrada

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Halles de Schaerbeek

Production
Rimini Protokoll (Berlin)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Halles de Schaerbeek

En collaboration avec
Institut Bruxellois de Statistique et d’Analyse/Brussels Instituut voor Statistiek en Analyse, Brussels Academy, Europe.Brussels Liaison Office, Zinnema

Avec le soutien de
Brussels Hoofdstedelijk Gewest/Région de Bruxelles-Capitale, Vlaamse Gemeenschapscommissie, Commission communautaire française, Vlaamse Overheid (Vlaamse Minister bevoegd voor Brussel), Goethe-Institut Brüssel

Merci à
Théâtre Varia

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Bruxelles, mon endroit dans le monde

Bruxelles est le symptôme de la Belgique. Un symptôme ? C’est un signe ou une douleur qui, énigmatiquement, indique un malaise plus profond. Bruxelles est le résidu des réformes de l’État successives implémentées dans le Royaume. En six étapes, la Belgique est passée d’un État unitaire à une fédération de trois communautés monolinguistiques et trois régions territoriales. Introduites en 1970, elles ne sont devenues opérationnelles qu’en 1980, à l’exception de Bruxelles. Ce n’est qu’en 1989 que la Région de Bruxelles-Capitale s’est affranchie de la tutelle fédérale. Si la Ville de Bruxelles s’est à ce moment fédérée avec 18 communes voisines, une importante partie de la périphérie métropolitaine est en revanche restée dans les autres régions. Sans oublier les matières personnalisables qui sont restées l’apanage des deux communautés, qui opèrent de manière à peine coordonnée au sein de la région.

Ville et urbanité sont prisonnières de ce fouillis institutionnel (19 communes, deux communautés, une région, une autorité fédérale et l’absence de concertation au niveau de la région urbaine). Bruxelles a trop les traits d’un État, et trop peu ceux d’une ville. Et pourtant ! Elle est la seule métropole de ce pays. La Région bruxelloise abrite plus de 1,1 million d’habitants inscrits et plus de 100 000 non-inscrits. Chaque jour, ils sont rejoints par 365 437 navetteurs. L’explosion démographique qui est en train de se réaliser devrait gonfler la population bruxelloise de 140 000 âmes d’ici 2020. L’intégralité de la métropole se compose de quelque 135 communes, de 2,9 millions d’habitants et de 1,33 million d’emplois. Une ville qui figure souvent dans le top des classements des métropoles.

Bruxelles, telle qu’on la connait aujourd’hui, est le fruit de la mondialisation. Dans les années 70, la capitale de la Belgique était également le cœur industriel du Royaume. En quelques décennies, l’industrie y a pratiquement disparu, et les travailleurs manuels y ont perdu leur emploi. Le taux de chômage y est supérieur à 20 % – à 30 % même pour les jeunes – les demandeurs d’emploi sont au nombre de 109 429, près d’un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, 38 000 ménages sont en attente d’un logement social... La capitale belge s’est recroquevillée, le niveau de revenus de sa population étant de 15 % inférieur à la moyenne nationale. Mais dans le même temps, la capitale de l’Europe a grandi. Les principales institutions européennes emploient actuellement plus de 37 000 fonctionnaires à Bruxelles. Si on y ajoute les autres fonctions internationales, ce secteur est créateur de plus de 105 000 emplois. Ces expatriés s’ajoutent aux milliers de migrants qui ont déjà fait de Bruxelles un melting-pot. Un tiers des habitants n’ont pas la nationalité belge, mais ceux aux racines étrangères, sans référence belgo-belge, représentent plus de la moitié de la population. Sans compter que l’expansion démographique annoncée renforcera encore cette diversité déjà sans pareille. Bruxelles, une petite ville-monde.

Car la dualité et le multiculturalisme ne sont pas les seules caractéristiques notables de Bruxelles. Le melting-pot qu’est Bruxelles devient de plus en plus marqué. Près de la moitié des ménages y sont déjà linguistiquement mixtes, les Bruxellois exploitant l’offre plurilingue et multiculturelle. La langue véhiculaire y est le français. La deuxième langue la plus usitée, l’anglais. Grâce à plusieurs institutions très présentes et à l’enseignement, la langue néerlandaise est également bien représentée. Les enfants et les adolescents parlent quant à eux plutôt l’arabe, le berbère ou le turc. Sans oublier les nombreux pratiquants d’autres langues du monde. Bruxelles est dans l’intervalle également devenue un pôle d’attraction pour la scène internationale de la danse, pour les jeunes artistes, une scène hip-hop, un centre de la musique classique. Bruxelles, c’est la Monnaie, BOZAR, Flagey et Wiels, le Kunstenfestivaldesarts, le KVS et le Kaaitheater, le Théâtre National et les Halles, mais surtout la Zinneke Parade.

Et donc, Bruxelles gagne du terrain, conquiert l’arrière-pays. La périphérie s’urbanise. L’axe du canal s’étend au nord vers Machelen, Diegem et Vilvorde, et plus loin vers Malines et Anvers. Au sud, il rejoint Hal, Tubize et Charleroi. À l’est et au sud, la société de la connaissance se développe dans le triangle d’or situé entre Louvain, Louvain-la-Neuve et les campus bruxellois de l’ULB et de la VUB. Aujourd’hui, on recense autant de Bruxellois faisant la navette vers le Brabant wallon que de navetteurs se rendant à Bruxelles pour y travailler. À l’ouest, le Pajottenland diffus et rural et la région de la Dendre s’étendent comme une grande avant-cour, servant à la fois de zone résidentielle et de réserve de main-d’œuvre. La métropole bruxelloise représente un tiers de l’économie belge. Et à y regarder de plus près, force est de constater qu’il s’agit de l’une des régions les plus densément peuplées du monde, et qu’autour de Bruxelles s’agglutinent les autres villes. D’Anvers à Namur, en passant par Liège, Charleroi et Mons, puis Gand..

C’est dans cette trâme que Bruxelles s’inscrit dans un réseau de villes européennes. En plein milieu entre Londres, le grand Paris, la Ruhr et le Randstad hollandais. The place to be. Le centre européen qui, par les eaux du Rhin, traverse Munich et la Bavière pour rejoindre Milan et la Toscane. La « banane bleue ». Le moteur de l’Union européenne. Moins d’un cinquième de la superficie abrite plus de 60 % de la population et génère près de trois quarts de la richesse. La périphérie européenne entretient des relations avec ce noyau. La Scandinavie surfe sur la vague postindustrielle depuis Copenhague, Stockholm et Helsinki, entrainant dans son sillage les capitales baltes. Les pays méditerranéens n’ont pas cette chance, raison pour laquelle les tensions internes s’intensifient et les grandes villes comme Lisbonne, Barcelone et Milan se détachent de leur hinterland rural. À l’est également, des capitales comme Varsovie, Prague ou Belgrade se donnent les moyens de se positionner au sein du réseau des métropoles.

C’est ainsi que l’Europe et le monde évoluent. Bruxelles est la capitale d’une Union européenne, dirigée depuis les États membres. D’une part, il y a l’union économique, monétaire et réglementaire, la Commission européenne et la Cour. Mais d’autre part, chaque pays conserve son identité nationale, sa langue et sa personnalité culturelle, sa tradition, son enseignement, sa politique culturelle, sa propre armée et sa propre politique étrangère. La voilà, l’Europe partagée du Conseil des ministres et des sommets européens. Avec à l’entre-deux le Parlement européen. En coulisses, le réseau des villes sert de support à la dynamique économique.

C’est pourquoi Bruxelles n’est qu’à moitié la capitale de l’Europe. Bien sûr, les institutions les plus importantes y ont établi leurs quartiers, comme la Commission, le Conseil et même le Parlement, et puis le Conseil socio-économique et le Comité des régions. Pour la même raison, Bruxelles est d’ailleurs également la capitale mondiale des groupes de pression, totalisant entre quinze et vingt mille lobbies enregistrés ! Bruxelles a tout d’une capitale : elle est le siège des principales institutions politiques. Mais une capitale, c’est aussi le cœur battant du projet, l’endroit où se trouvent les grands musées et les universités, le centre des expositions et festivals, le siège des médias et des maisons d’édition, le lieu incontournable pour les artistes et les intellectuels. Or, l’Europe n’a justement pas de projet culturel, ne développe aucune imagination collective, ne motive pas les citoyens, ne peut se prévaloir d’aucun patrimoine ni d’aucune âme. L’Europe manque de culture européenne. L’Europe se repose encore trop sur la grâce du Congrès de Vienne, qui lui donna forme après la chute de Napoléon en 1815, et sur le romantisme nationaliste.

Bruxelles n’a que faire du nationalisme ou du chauvinisme. Dans cette ville, pas de luttes entre populations, communautés ou autres tribus. Pas de place pour la ségrégation ou la sous-nationalité. Bruxelles, c’est plutôt le multiculturalisme, la convivialité dans le respect de la différence, le dépassement des différences et le mélange des cultures, à la recherche d’un cosmopolitisme urbain. Or, c’est justement là que réside le défi artistique et culturel de nombre de grandes villes. L’avenir, donc. Mais aussi le passé. Car, bien avant les États-nations, ce sont les villes européennes qui ont créé la Modernité, l’économie de marché, la Renaissance, le Siècle des Lumières, les arts libéraux, les sciences nouvelles, et également le citoyen, la démocratie locale, la société civile...

Ne serait-ce pas là une mission intéressante pour ma ville, pour mon monde ? Devenir la capitale de l’Europe des métropoles. Relier cette ville non seulement à l’histoire des États membres nationaux, mais également au riche passé de la population méditerranéenne et de l’urbanité de la Renaissance. Positionner la ville dans le nouvel ordre mondial, le regard non seulement vers l’orient, mais aussi axé sur l’interdépendance et la connectivité. Et investie d’une mission, celle de devenir un exemple : prôner une transition sociale durable, construire une nouvelle image cosmopolite et multiculturelle, développer un concept culturel et pédagogique propre, déployer une économie urbaine contre la dualisation, la pauvreté et le chômage... S’arracher de nos luttes communautaires, sortir de notre bulle. Avoir de l’ambition. S’inspirer de la richesse et de la diversité de notre population et s’en servir pour collaborer avec d’autres plaques tournantes. Accorder à la créativité une position centrale. Et miser pour ce faire sur l’innovation, le talent, le développement des connaissances et l’imagination. En d’autres termes, devenir ce qu’on est déjà : une ville dans le monde. L’urbanité comme culture postnationale.

Eric Corijn est philosophe culturel et scientifique social, professeur à la Vrije Universiteit Brussel, fondateur du centre de recherche COSMOPOLIS, vice-président du Brussels Studies Institute, animateur de la Brussels Academy et auteur de nombreux ouvrages à propos de Bruxelles.

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Helgard Haug (°1969), Stefan Kaegi (°1972) et Daniel Wetzel (°1969) ont étudié à l’Institut des Études théâtrales appliquées à Giessen et travaillent ensemble, selon diverses formules, sous le nom de Rimini Protokoll. Ils sont reconnus comme les figures de proue du mouvement théâtral nommé « Reality Trend » (Theater der Zeit) : chaque projet commence par une situation concrète dans un endroit spécifique, et est ensuite développé dans un processus exploratoire intensif. Rimini Protokoll a attiré l’attention internationale par des œuvres dramatiques qui se déroulent dans une zone indécise entre réalité et fiction. Depuis 2000, ils ont introduit le « théâtre d’experts » dans l’espace scénique de différentes villes, interprété par des acteurs non-professionnels qu’ils appellent des « experts », précisément pour cette raison. Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel sont artistes en résidence à Hebbel am Ufer (HAU) Berlin depuis 2004. Rimini Protokoll a créé de nombreuses productions, parmi lesquelles Deadline, présenté au Berlin Theatre Encounters en 2004 ; Schwarzenbergplatz, nominé en Autriche pour le Prix Nestroy pour le Théâtre, et Wallenstein, présenté au Theatre Encounters en 2006. En avril 2008, ils ont gagné le Prix européen du Théâtre à Thessaloniki dans la catégorie « nouvelles réalités ». Call Cutta in a box a remporté la mention d’honneur au Prix Ars Electronica 09 (concours international de cyberarts) dans la catégorie « Art interactif ». En novembre 2011, Rimini Protokoll a remporté le Lion d’Argent à la 41e Biennale de Venise. Le travail du collectif a été présenté précédemment à Bruxelles dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts. En 2004, on a pu voir Sabenation, go home & follow the news, une pièce spécialement créée à Bruxelles avec les anciens salariés de la compagnie aérienne Sabena, qui avait fait faillite. En 2008, ils ont présenté Call Cutta in a box, une expérience individuelle dans laquelle les opérateurs d’un call center à Calcutta conversaient pendant une heure avec des spectateurs à Bruxelles. En 2012, le festival a présenté Lagos Business Angels, une performance entre exposition et foire commerciale qui réunissait des hommes d’affaires nigérians et européens, afin qu’ils puissent se donner des conseils à propos de leurs stratégies commerciales respectives.

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