Retroterra

Public space

Meeting point: exit CERIA/COOVI
12, 13/05 – 16:00 + 18:30
14, 15, 16, 18/05 – 18:30 + 20:30
NL / FR
1h

L’artiste italienne Anna Rispoli, membre du collectif ZimmerFrei, et l’espagnole Edurne Rubio placent la relation entre la ville et ses habitants au cœur de leur œuvre. À Bruxelles en mai 2012, elles nous invitent à prendre de la hauteur pour observer notre condition urbaine. Depuis la station de métro CERIA/COOVI, des groupes de spectateurs sont menés jusqu’à une tour récemment construite pour abriter l’école de cuisine du campus Elishout. Au dernier étage de cet édifice remarquable, ils surplombent un espace de transition où, entre le centre et la périphérie, se côtoient les fonctions et les mouvements de la ville : le canal, le ring et son flot de navetteurs, les grandes industries et zones commerciales, un hôpital, une cité jardin, un cimetière… Munis d’un audio-guide, ils écoutent le point de vue de la tour sur les activités qu’elle abrite et qui l’entourent. À partir de fragments d’histoires vécues, d’utopies et de mythes urbains, se construit une narration sur le corps dynamique de la polis contemporaine. Un espace social et poétique à reconquérir.

Des extraits de témoignages issus de la création de Retroterra peuvent être écoutés dans Mirador, une installation sonore au centre du festival du 4 au 26 mai (projet réalisé en collaboration avec Bruxelles nous appartient/Brussel behoort ons toe).

Mise en scène
Anna Rispoli

Recherche
Anna Rispoli, Edurne Rubio

Texte
Ivan Carozzi, Anna Rispoli, Edurne Rubio, Emanuele Nicolotti, Bruno De Wachter

Son
Els Viaene

Voix
Lotte Heijtenis, Didier De Neck

Dramaturgie
Diane Fourdrignier, Christophe Meierhans

Assistant production
Manuel von Rahden

Coaching
Peter Vandenbempt

Assistant
Emanuele Nicolotti

Traduction
Rudi Bekaert

Interviews
Xaveer de Geyter, Steven Derrider, Ingrid Huyghe, Roeland Dudal, Peter Schoelliers, Luc Delprat, Patrick Wouter, Valerie Vandermeulen, Gwenaël Breës, Guido Vanderhulst, Marcel Jacobs, Thierry Vanderbreetstraeten, Cindy Lopez, Amir, Fedath, Maissan, Jasmina, Nora, Mohamed, Lina, Anoua, Stéphanie

Avec la participation de
Jan Dellaert & Traumland, Christophe Moles, les chefs Johan Souffriau, Jan de Kock, Celine Leys, Joan Roesems, les étudiants de Elishout, EDC team, FC Anderlecht Milan, Antenne de Prévention
UZINE, Maison d’enfants de la Roue, Complex Sportif du Ceria, Kose Cleaning, Taverne Restaurant De Pierino, Electrabel

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Elishout

Production
Mokum (Brussels)

Soutien production
Caravan Production (Bruxelles)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles nous appartient/Brussel behoort ons toe

Avec le soutien de
Vlaamse Gemeenschapscommissie, Elishout, deBuren, Pianofabriek, CERIA

Remerciements
Mme Cawels, Mme Juwet, M. Lefaible, EDC, Ing Ryezembere & l'équipe technique de CERIA, Séverine Janssen, Kaat Arnaert, Jeroen Vander Ven, Karlijn Sileghem, Isabelle Dumont, Simona Denicolai, Emmanuel Lambion, Federico Pedrini, David Elchardus, Paul & Sylvia Meierhans, Maria Sartore, Fam. Rubio, Margherita Isola, Miriam Rohde, Muna Mussie

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Nouveaux venus, politique et frontières régionales

Quel est le rapport entre l’Italienne Anna Rispoli, l’Espagnole Edurne Rubio et la tour de l’école hôtelière du campus Elishout à Anderlecht, une réalisation récente du bureau Xaveer De Geyter Architecten ? À première vue, aucun. À moins que… Tous trois sont des nouveaux venus dans la ville, bien décidés à y rester. Ce que les nouveaux venus ont en commun, c’est de porter sur la ville un regard empreint de fraîcheur, si ce n’est de naïveté, et d’ainsi découvrir ce que d’autres ne voient pas (ou plus). Le spectacle Retroterra s’articule autour de cette relation.

En 2010, Anna Rispoli a réalisé avec le collectif ZimmerFrei un film sur la rue de Laeken, à 1000 Bruxelles. LKN Confidential n’était pas un portrait historique de la rue, mais se plongeait dans l’univers de ses commerçants et de leur offre parfois extravagante, allant de la pacotille aux animaux domestiques en passant par des pigments. Cette histoire de rêves perdus et d’occasions nouvelles nous faisait voir le quartier à travers un regard totalement différent. Pour cette édition du Kunstenfestivaldesarts, Rispoli a souhaité observer avec Edurne Rubio des lieux encore moins connus de la région Bruxelles-Capitale. Elle nous raconte :

« Nous avions envie d’étudier ce que le pourtour de la Région Bruxelles-Capitale avait à nous raconter sur les relations entre la ville et la périphérie, ou entre Bruxelles et son hinterland. Ce pourtour est fortement déterminé par le Ring et la Ceinture verte. Il s’agit quasi d’une frontière, comme une rivière qui scinde un territoire en deux. Tout le monde peut se faire une idée approximative de la ville intra-muros, même si cette idée diffère souvent très fort de celle des habitants. Personne n’a cependant une idée précise de la périphérie. Elle est souvent négligée et aménagée de manière chaotique. On y retrouve toutefois de multiples strates historiques. Le passé industriel de Bruxelles y a clairement laissé des traces, par exemple, là où le canal Bruxelles-Charleroi croise la frontière de la Région. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux nouveaux quartiers résidentiels ont vu le jour dans cette périphérie. Nous nous sommes demandé quel est le potentiel de ces territoires et pourquoi ils ne se sont jamais développés pleinement.

Au départ, nous nous sommes focalisés sur le Pont de Buda à Vilvoorde. Ensuite, nous avons été attirés par la petite partie d’Anderlecht entre le Ring, la chaussée de Mons, le Canal et le chemin de fer. Une zone à peu près triangulaire, enclavée de tous les côtés. Nous l’avons baptisé “le triangle des Bermudes”, tant elle est invisible. La zone a connu un développement rapide après la guerre, mais celui-ci a pris fin depuis longtemps. On s’en rend compte en observant les habitations, par exemple : que des immeubles vétustes et rien qui n’ait été érigé récemment. Le site est par ailleurs dominé par les centres de formation pour adultes COOVI et CERIA, connus entre autres pour leur école hôtelière. Autrefois, ils formaient un ensemble, mais à présent il y a un département francophone et néerlandophone. COOVI/Campus Elishout est le nom de la formation néerlandophone, d’après la ferme Elishout voisine.

Depuis sa création dans les années 50, le campus se caractérise par une haute tour étroite sur laquelle on peut lire CERIA. Ce point de repère serait un château d’eau. Récemment, une nouvelle tour s’est dressée sur ce terrain, un second point de repère. C’est un projet remarquable dont les 14 niveaux quasi identiques, sur une base carrée, sont pour la plupart aménagés en cuisine pour la formation hôtelière. Il est notable que les quatre faces de la tour se composent principalement de vitrage, sauf aux endroits où les puits de service sont installés à l’extérieur. Ainsi, d’un côté de l’édifice, quatre ascenseurs indépendants glissent le long de la façade. Un puits trapéziforme en béton blanc, qui contient les sanitaires et l’escalier, est attaché à une deuxième façade. De la troisième façade jaillit une étroite cage d’escalier noire parsemée de perforations rondes. Du reste, on peut voir l’intérieur de l’édifice de tous les côtés. Quand le Ring est embouteillé, on peut patienter en observant les étudiants qui suivent leur cours de cuisine. Inversement, la tour offre une vue imprenable sur les environs, surtout à partir des étages supérieurs où se trouvent le bar et le restaurant. L’immeuble n’est qu’une partie d’un plan bien plus important de revalorisation du campus, mais la suite du plan directeur est tombée à l’eau. Voilà qui présente par contre une belle solution de sauvegarde du site, en opposition totale avec les campus existants, dont les constructions se déploient dans chaque recoin de l’espace libre.

Et c’est aussi une belle coïncidence que cette tour soit consacrée à la cuisine et la dégustation. Cuisiner est une activité qui entraîne beaucoup d’échange culturel. Certainement à Bruxelles : la capitale de l’Europe est aussi une métropole culinaire. Combien d’affaires ne se concluent-elles pas autour d’une bonne table ? Cuisiner est cependant une activité particulièrement terrestre. Il s’agit de produits de la terre. Ce qui rend cette tour quelque peu étrange : par ses formes abstraites, elle paraît entièrement se soustraire à la terre.

Nous nous servons de cette tour comme d’un témoin privilégié de la zone. Nous lui donnons la parole à propos de ce qu’elle voit. L’ambiguïté de la tour, consacrée au terrestre mais en même temps érigée en hauteur, nous a paru pertinente sur le plan symbolique. Nous montrons en effet deux pôles, deux points de vue possibles. D’une part, le pôle subjectif : comment les habitants et les usagers gèrent-ils cette zone ? Pour eux, ce n’est pas la périphérie. C’est le centre de leur monde, certainement pour les enfants. Le centre-ville est très loin pour eux, malgré la ligne de métro directe. C’est pour cela que la nouvelle tour revêt une valeur symbolique importante. Elle marque le territoire, plus que l’ancienne tour Ceria avec laquelle elle semble entamer le dialogue, et lui octroie une identité propre. Cela constitue un pas en direction du modèle polycentrique de la Région, qui reconnaît d’autres centres que le seul centre-ville. Mais on peut bien entendu aussi porter un regard objectif sur cette zone. Celui-ci coïncide plus ou moins avec celui des autorités et des urbanistes qui accordent surtout de l’importance aux aspects stratégiques. Quel rôle cette partie de la ville peut-elle jouer dans le développement urbain général ? Sous cet angle, il s’agit d’une zone sans identité définie. L’utopie, plus que probablement à l’origine du développement autrefois amorcé dans ce quartier, ne s’est jamais concrétisée. En ce sens la tour joue naturellement un rôle, car de l’étage supérieur on regarde le quartier à partir d’une perspective plongeante et l’on s’aperçoit soudain à quel point elle convient dans ce grand puzzle.

Le “spectacle” consiste en une visite individuelle de la tour, muni d’un lecteur MP3 et d’écouteurs que l’on reçoit en arrivant et à travers lesquels la tour s’adresse aux visiteurs et les invitent à explorer le terrain. Avec quelques petites actions orchestrées dans le quartier, le paysage s’anime. Il s’humanise. La tour est une “nouvelle venue”, encore un peu naïve du coup, mais moins que l’on ne puisse le croire. Elle n’est certes pas une touriste. Par le biais de sa voix, le paysage prend la parole. Elle raconte par exemple comment le quartier vivait avant que le Ring ne le coupe de Sint-Pieters-Leeuw et de Drogenbos.

À l’heure actuelle (plus d’un mois avant la production, NDLR), nous avons le sentiment qu’il sera difficile de faire entrer en ligne de compte les regards subjectif et objectif dans le texte transmis par le lecteur MP3. Nous pensons désormais présenter le regard subjectif et les récits des habitants au centre du festival où l’on pourra écouter les enregistrements et contempler les photos de la Néerlandaise Dieuwertje Komen (°1979). Cette photographe se consacre à la prise de vue du paysage contemporain pour y découvrir la vision idéale qui a fondé la réalité des constructions. Pour ce faire, elle fixe des aspects comme les matériaux, la lumière, la présence humaine et les vides dans l’environnement urbanisé. Nous amenons donc ce regard périphérique au centre-ville, alors que sur place, nous interrogeons le regard “objectif”.

On peut se demander pourquoi nous nous préoccupons de ce type de questions. Où réside notre intérêt ? N’étant plus des touristes dans cette ville où nous avons choisi de vivre, nous sommes de nouvelles venues. Cela fait que nous observons certaines choses à travers un autre prisme. Nous voyons des choses que les personnes vivant ici depuis toujours ou depuis longtemps ne voient plus. Cette œuvre se rapporte à notre regard politique sur la réalité. Pour nous, le terme politique signifie participer à la “polis”, être actifs dans l’environnement habitable en perpétuelle mutation grâce aux multiples actions modestes des hommes et des femmes qui s’y côtoient. La ville ne change pas toujours par des interventions majeures, mais aussi par de petites choses qui, additionnées, exercent un impact massif. Essayer de sonder ces mécanismes relève, me semble-t-il, du registre politique. »

Pieter T’Jonck
Traduit par Isabelle Grynberg

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La relation entre les humains et les villes est un élément narratif central dans l'œuvre d'Anna Rispoli. À travers des pratiques participatives, des performances architecturales et des installations urbaines, elle examine les appropriations potentielles de l'espace public par les citoyens. Ses récents projets à Mülheim an der Ruhr, Riga et Hanovre font usage de plans de revitalisation urbaine comme toile de fond pour mettre en place une naumachie contemporaine, des spectacles de lumière domestiques, des monuments éphémères ou des tours de guet de l'état actuel de l'utopie. Anna Rispoli est une artiste italienne installée à Bruxelles. Elle fait partie du collectif italien d'artistes ZimmerFrei.

La recherche d'Edurne Rubio a toujours été en rapport avec la perception individuelle ou collective du temps et de l'espace. Intéressée par les contextes qui font de la perception une donnée variable et mutante, oubliée ou archivée, elle cherche à mettre en association ou en opposition des façons de percevoir la réalité avec l'objectif de créer une deuxième réalité composée. Depuis quelques années, son travail se rapproche du documentaire et de l'anthropologie, avec l'utilisation d'interviews, d'images d'archives, de recherches sur la communication orale.

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