Recent Experiences

Koninklijke Vlaamse Schouwburg / De Bottelarij

22/05 > 19:00
23.24/05 > 18:30 & 21:30
25/05 > 15:00 & 18:00
English - 60’

Jacob Wren et Nadia Ross – compagnie canadienne STO Union – vous invitent à leur table, non pour y manger mais pour écouter, en marge des grands événements du siècle, des morceaux de vie intime. Ces récits de famille s’étalent sur quatre générations et sont livrés de la manière la plus simple : voix douces, regards, sourires et danse. Les six comédiens passent d’un rôle à l’autre, se réjouissent de quitter l’un pour devenir l’autre, mais ne cherchent jamais à incarner leurs personnages. Simplement, ils leur prêtent voix. Recent Experiences ( Expériences Récentes ) s’annonce comme l’épopée de gens simples qui tentent d’échapper au ronron du quotidien. Une création qui dépasse et transcende l’anecdotique du récit et fait vivre au spectateur une expérience théâtrale inusitée.

Texte & mise en scène : Nadia Ross & Jacob Wren

Performance : Andrew Moodie, Tracy Wright, Andrea Davis, Charles Officer, Ingrid Veninger, Nadia Ross

Décor & scénographie : Paul Mezei

Conception des éclairages : Steve Lucas

Direction technique : Beth Brown

Agent de tournée : Menno Plukker

Assistante de production : Sarah Rogers

STO Union artiste associé : George Acheson

STO Union conseiller : Gerry Giuliani

Production : STO Union, Candid Stammer Theatre

Avec le soutien de : Canada Council for the Arts/Le Conseil des Arts du Canada, Department of Foreign Affairs and International Trade/Ministère des Affaires étrangères et du Commerce International, Ambassade du Canada

Présentation : KVS/de bottelarij, KunstenFESTIVALdesArts

Back to top

Nadia:

" Quand nous travaillions à Recent Experiences (Expériences récentes), nous parlions beaucoup de " bonheur " et " d’étonnement ". À l’époque, je m’intéressais énormément à cette force qui propulse notre culture ; cette impulsion pour satisfaire un désir narcissique au risque de ruiner l’étonnement dans le processus de satisfaction. Maintenant, je m’intéresse à la façon dont ce désir s’habille pour paraître " vertueux ". Je ne puis ôter de ma tête l'image du président Bush portant un chapeau de cow-boy blanc sur la pelouse de la Maison-Blanche. Cette image est toujours accompagnée de ces choses que tu m’as dites sur ta visite des Tours jumelles à New York, après leur effondrement. Je t’ai demandé à quoi cela ressemblait et tu m’as dit que c'était l'odeur qui t’avait le plus frappé. Je m’en suis fait une petite idée : l’odeur doit ressembler à une inimaginable décomposition. Aujourd’hui, quand je vois les images qui sont censées représenter un type de vertu, comme le chapeau de cow-boy blanc, je ne pense qu’à l’odeur. Ce n'est pas une expérience pénible... c’est intéressant. Je ne cherche aucun type de salut. Ni dans une nouvelle " avant-garde ", ni dans une nouvelle " expérience théâtrale ". Le seul acte vertueux que je crois valable est celui de choisir une vie anonyme. Etre là. Tu es là simplement, et c’est bien. "

Jacob:

" L'idée de " l’étonnement " est venue du livre Mr. Wilson’s Cabinet of Wonder (le cabinet d’étonnement de M. Wilson) de Laurent Weschler. À cette époque, je me disais que les gens d’aujourd’hui croient qu’ils savent tout : ils sont confiants en leur propre vérité, leurs principes de certitudes scientifiques modernes, et rien ne pourra vraiment secouer ces croyances. En même temps, j'ai pensé qu'il serait agréable d'essayer de créer un certain sens du possible, une fissure dans le voile de la certitude par laquelle un peu d’étonnement pourrait s’échapper. Et que savons-nous exactement ? L'histoire de l'humanité a été l'histoire des certitudes déclinantes qui ont réveillé de nouvelles suppositions qui, avec le temps, sont devenues certitudes qui déclineront une nouvelle fois. C’est ce que nous appelons la connaissance, principalement liée au consensus qui dit que quand assez de personnes sont convaincues que quelque chose est vrai, pour un temps, elle peut être considérée comme vraie. Et c'est pourquoi, il est intéressant d’essayer de penser non en semaines ou en mois, mais en centaines voire en milliers d'années. Les choses que nous considérons comme un fait établi ne le seront plus dans cent ans. Cela nous ouvre, une fois de plus, à la possibilité d’étonnement. "

Nadia:

" J'ai toujours aimé ces lignes de Susan Sontag : " On se raconte des histoires pour survivre. " Comme si la nécessité de mettre des événements dans un type de séquence est essentiel à notre bien-être. Regarder dans le " cabinet d’étonnement " c’est se laisser confondre l’esprit, ce qui est généralement accompagné d’un sentiment de peur et de crainte. Si la terreur peut être acceptée, alors l’étonnement peut advenir. Ce processus peut être très subtil. Il est important de faire la distinction entre la tentative d’imiter les aspects agréables de l’étonnement, comme surcharger nos sens ou essayer continuellement quelque chose de " nouveau ", et l'expérience authentique de l’étonnement qui peut advenir en étant simplement là, au présent. Par exemple, regarder un être humain sans essayer de comprendre ou de décider ce qui se passe exactement... C’est admirable et terrifiant. Quant au spectacle je crois que c’est ce que nous essayons de faire, mais c'est subtil. Le récit comprime cent ans en une heure, et, pour moi, ce temps mène à une expression d'émotion universelle. D'une manière ou d'une autre, cela me mène à considérer vraiment ce qui est là, car il n’y sera pas pour longtemps. Mais qu’en est-il pour toi ? Sens-tu l’étonnement ? "

Jacob:

" Ces derniers temps, je ne peux pas te dire que j’en sens beaucoup. Je viens de finir un article sur Jean-Luc Godard où l'auteur conclut en décrivant Godard comme un " désespéré inconsolable ". Puis, il y a cette description de Cioran, que j'ai toujours aimé, qui le décrit comme un " connaisseur du désespoir ". Voilà les positions auxquelles je me réfère la plupart du temps. Je ne peux dire d’où vient ce sens du défaitisme et de l’échec. Il vient peut-être des limitations artistiques et sociales du théâtre, ou de l'influence du capitalisme et du langage de la publicité. Peut-être n’est-ce que le simple écho grandiose des points faibles de ma personnalité, mon incapacité à gagner aucune espèce de contrôle sur les aspects les plus fondamentaux de ma vie de tous les jours. Maintes et maintes fois, je suis attiré par des œuvres d'art et des personnes qui partagent ce sens de la futilité, mais pour une raison étrange Recent Experiences a un ton beaucoup plus prometteur et optimiste. Il semble que nous l’ayons fait exprès, que nous en avions marre du désespoir et de l’ennui, que nous sommes allés à la recherche de solutions de substitution, comme le retour au récit. Je m’intéresse beaucoup à l'idée du temps, mais je ne suis vraiment pas arrivé à trouver de conclusion. Il ne me reste plus qu’à citer l'artiste visuel américain Paul Thek : " Parfois, je pense encore qu'il n'y a que le temps, et ce que vous voyez et ce que vous sentez n’est que l’apparence du temps à ce moment. "

Nadia:

" Pour la plupart des gens, tout contact réel avec le temps produit un désespoir vague, comme si quelque chose manquait à la vie. Je pense que c’est naturel et qu’il y a une raison à cela. Le temps semble être le produit de la perception du processus de vie, une inclusion progressive de l'inconnu dans le connu, bien que " connaître " le champ d'application complet de cette inclusion soit une illusion. Tout ce que je puis apprendre de ce processus, c’est la signification de l’inclusion. Notre " retour au récit " est pour moi, capitulation, laissons-LE donc se développer comme IL veut. Ce n’était pas une défaite, c’était faire un pas en arrière et accepter mon petit rôle dans le cours des choses. Quand je fais cela, je vais à l'encontre d'une idéologie dominante, celle qui est reflétée dans les slogans comme : " Ne jamais capituler " ou " Aucune crainte " ou " Just do it ". Cette idéologie peut être répressive et impitoyable, sans douceur. Bien que nous ayons écrit un texte, je sens que nous avons essayé " de ne pas le contrôler ", c’est-à-dire de le marteler en une forme qui convient aux conventions narratives. Nous avons essayé d’être tendres avec le texte. La capitulation au récit fut une période extrêmement difficile pour moi qui ai toujours désiré contrôler ce qui ordonne toutes choses. Dans la futilité de cette tentative, par caprice, j’ai choisi le désespoir chaotique comme alternative artistique. Quand j'ai surmonté cela, j'ai vu qu'il y avait bien une histoire, mais peut-être pas celle que je pensais vivre. Une sorte de folie s’installe dans la perte de contrôle sur l'histoire. Mais ce n'est pas intolérable, et plus j’accepte cette perte, plus je m’absorbe dans le temps. "

Jacob:

" L’essentiel de mon travail a été de lutter contre une forme d’indolence. Une façon de dire " quand nous entrons dans l'histoire souvent on se fait mal, quand nous prenons une position forte, ce n’est souvent qu’une manière d'essayer de contrôler le comportement des autres ", et une manière de se demander " si on essayait autre chose ? " Cette gentillesse n'est pas toujours si douce. Et puis, il y a des manières douces qui font mal : l’incompétence ; ne rien faire face aux atrocités ; ne rien dire quand quelque chose exige d'être dit. Néanmoins, dans ma recherche d'une certaine éthique de vie, je me suis généralement penché vers différentes manifestations de passivité. Les histoires qui émergeaient étaient celles qui devaient être dites. "

Nadia:

" Cela n'est pas un petit exploit. Il peut sembler extrêmement subtil, et trop simple pour changer le monde, mais je me suis rendu compte que si on reste assez longtemps, les histoires tombent et quelque chose d’essentiel émerge. "

Nadia Ross & Jacob Wren, janvier 2002

Back to top