Quantum - Quintet

24.26/05>20:30, 25/05>22:00, 27/05>18:00
1H

L'univers a sa physique, gigantesque jeu de construction dont les particules, stables et instables, se magnétisent, se combinent, se dispersent, se désintègrent, interagissent ... A son instar, la danse, une « physique » des corps ? Une calligraphie mouvante qui donne l'illusion de la matière créée, répond Brice Leroux. Après Gravitations et Quasar , pièces de trajectoires où les silhouettes laiteuses glissaient en infinies rotations, le chorégraphe compose ici une « pièce sur place », dont les pieds sont l'invisible et immobile assise. Il isole dans un groupe l'écriture millimétrée des bras, particules luminescentes d'un jeu de construction en incessante transformation. Surgie de l'encre de la nuit, une troublante et poétique mécanique (quantique) de précision.

Concept, chorégraphie, lumière et costumes:

Brice Leroux

Avec:

Isabelle Celer, Wendy Cornu, Krassen Krastev, Brice Leroux, Laure Myers

Costumes:

Carole MartinièreTechnique:

Philippe Baste

Production:vzw Continuum

Assistant de direction:

Jean Luc Ducourt

Production executive:

Margarita Production

vzwCoproduction:

Maison de la Culture (Bourges), Théâtre de la Ville, KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de:

de Vlaamse overheid, Vlaamse Gemeenschapscommissie

Présentation:

La Raffinerie-Charleroi/Danses, KunstenFESTIVALdesArts

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Le vide quantique est, je crois, une merveilleuse facette de la Réalité, qui nous montre que nous ne devons pas nous arrêter aux « illusions » créées par notre propre échelle. Les quanta, les vibrations, qu'ils soient « réels » ou « virtuels », sont partout. Le vide est « plein » des vibrations. Il contient potentiellement toute la Réalité. L'Univers entier a peut-être été tiré du néant par une gigantesque fluctuation du vide.

Mars 2006

On pourrait dire de Brice Leroux qu'il maîtrise en rigoureux esthète une singulière poésie de la matière. On pourrait dire aussi qu'il conjugue cette sidérante faculté de suspendre le public hors temps avec la curiosité intuitive d'un scientifique, passionné par l'observation des lois qui régissent l'univers. Et ce n'est pas un hasard si l'essence de son travail chorégraphique se cisèle sur le fil acéré des phénomènes de perception. D'une clarté mouvante et hypnotique, son inspiration relève directement de l'infini potentiel gisant dans la science complexe de l'infiniment petit, celle qui s'attache à examiner et à comprendre la naissance première du plus infime noyau de matière comme les lois de l'énergie qui le met en mouvement : la mécanique quantique.

Rien de sec ou d'ardu n'en découle. Le plateau de Brice Leroux absorbe les sens du spectateur dans un indicible mystère, celui de l'Univers qu'arpentent les corps - ou les fragments de corps - tels des pures abstractions, dont l'interaction est régie par des lois extrêmement concrètes, de mathématiques combinaisons, qui, comme celles de la science, se heurtent à l'irruption de l'aléatoire. La mécanique quantique a fait sien le principe d'incertitude. Le chorégraphe intègre la subtile alliance de ses certitudes et de son incertitude. Pour lui, un territoire vierge et fertile, source d'infinie créativité.

Entrer dans l'univers de Brice Leroux, c'est pénétrer non pas dans une troisième dimension, mais dans une quatrième ou une cinquième dimension insoupçonnée de notre réalité. La science physique nous dit aujourd'hui prisonniers de nos sens qui nous imposent une vision restreinte du monde. L'infiniment petit n'est pas observable à l'œil nu : pour étudier une particule, il faut l'éclairer et recourir à des procédés de grossissement, à de géants microscopes : les accélérateurs de particules. Ces impressionnants détecteurs révèlent alors l'empreinte de leur présence et de leur mouvance, attractives et répulsives.
Brice Leroux fait du spectateur un détecteur. Il le dessille en dé-saturant le champ de sa vision. Pour se faire, l'artiste renverse le sens du courant, amenuise la vitesse, décompresse le temps. Le dispositif global de perception qu'il met en œuvre s'apparenterait plutôt à un « décélérateur » de particules. Dans son approche, la lumière est première. Elle révèle de l'obscurité - symbolique ou métaphysique - les magnétiques fluctuations. On pourrait rapprocher le travail d'orfèvre que Brice Leroux effectue au niveau de la perception, d'un passage d'une conscience à l'autre : basculement vers la pure beauté par lequel il ravit assurément nos sens hors de l'ordinaire tangible...

Chorégraphe, son médium est le corps. Un corps offert comme une matière, mu par l'énergie de son interaction avec d'autres corps. Un corps véloce et virtuose, aux antipodes du spectaculaire. La lumière le révèle comme le module la composition chorégraphique. Brice Leroux est un compositeur dans l'âme, son écriture des corps exhale une profonde musicalité. Comme on parle de la danse des particules ou de la musique des sphères... Au KunstenFESTIVALdesArts 2004, il avait présenté Gravitations et Quasar . Il s'agissait de pièces de trajectoires où le corps véhiculait la marche. Le chorégraphe y concentrait l'œil et l'ouïe du spectateur sur une nuit étale d'où n'émergeait d'abord que le crissement d'une marche étonnamment régulière. La pénombre laissait entrevoir des silhouettes en étrange rotation, qui semblent générer leur propre lueur, laiteuse. Infléchie d'infimes variations, la danse abîmait les sens dans un rituel hypnotique et cosmique dont les astres étaient corps.

Sa nouvelle pièce tisse le lien avec les premiers travaux qu'il mit en place en tant que chorégraphe, dont Continuum, qui donna son nom à sa compagnie. Brice Leroux revient à ce qu'il appelle une « pièce sur place ». Ce qui ne veut pas dire - loin s'en faut - une pièce statique. Simplement, le corps entier n'y véhicule plus le mouvement. Rivé au sol, le danseur n'est plus mobile qu'au niveau des avant-bras, combinés ensemble et avec les autres. Cinq danseurs sur une ligne, dix avant-bras à calligraphier et le choix arrêté de dix-huit positions différentes dont le chorégraphe explore la potentialité des infinies combinaisons inter-agissantes. La lumière ne rend plus visible que ces dix segments rectilignes : flottant sans attaches, ils percent le noir abyssal de leur luminescence. Focale sur le détail, la ligne, le rythme. Chaque bras est une pièce du système, dit Brice Leroux, particule élémentaire d'un jeu de construction microscopique, stable et instable. Le jeu de la composition modifie l'état du système grâce à l'action interdépendante de chaque combinaison. A cause infime, effet perceptible... La théorie du chaos se plaît à imager ce principe en affirmant : le battement d'aile d'un papillon au cœur de la forêt amazonienne peut déclencher une tempête à Chicago...

« Les processus d'ordre et d'organisation de l'Univers se sont constitués dans et par le chaos. », dit Edgar Morin, « Est chaos exactement ce qui est inséparable dans le phénomène à double face par lequel l'Univers à la fois se désintègre et s'organise, se disperse et se polynuclée... » Et Brice Leroux de lui répondre en écho : je travaille sur l'illusion de la matière crée, j'explore une mécanique de précision compositionnelle répondant à des lois mathématiques de probabilités. Cette nouvelle création procède d'une calligraphie mouvante, d'une géométrie de l'espace, je manipule les durées, les rythmes d'exécution, la gradualité des changements. Une fois que la mécanique est lancée, elle semble ne plus pouvoir s'arrêter...
Perpetuum continuum...
Cela me fait penser à une danse des chromosomes , poursuit Jean Luc Ducourt, assistant artistique sur la nouvelle création de Brice, peut-être parce que la sensation est donnée au spectateur d'entrer à l'intérieur d'un corps immobile et que le segment du bras peut évoquer un code génétique. Mais le travail se singularise tout à la fois par une puissante musicalité visuelle. Au départ, un chaos apparemment discordant, qui pourrait être celui des sons égaux, cohabitant dans le désordre. Graduellement, ces « sons » s'aimantent au gré de leurs couleurs musicales et s'opère une sélection dans leurs combinaisons : ce qu'on appelle, en musique l'harmonie... Tout se resserre ensuite de plus en plus car la sélection se fait de plus en plus sélective et les combinaisons, se répétant, se réduisent.

A l'œuvre, un principe de ralentissement, d'épuration. Sur le plateau, mais aussi, inconsciemment dans le regard du spectateur, dans la chimie de ce qu'est un regard confronté à un chaos foisonnant et informe dont il ne perçoit tout d'abord qu'une unisson dissonante avant que son esprit ne commence à sérier les similitudes et les points de contact, la chaîne des réactions... Phénomène de persistance mémorielle... La chorégraphie travaille bien sûr à cette transformation, elle dessine un chemin qui passe de la réalité physique et perceptible du danseur générant le mouvement - incroyablement engagé - à la profondeur du détail de sa danse, dès lors pure abstraction visuelle. Une focale qui montre d'abord à vue l'être qui fait avant de l'estomper en zoomant graduellement vers le minimum visible, la pureté géométrique des formes. En photographie, le processus du zoom progressif finit par entrer dans le grain qui fait disparaître l'image au profit de l'abstraction de la couleur. Quand la perception s'arrête-t-elle ? S'agit-il d'un chemin inversé vers l'apparent vide originel ? Ou d'une métaphore de notre propre extinction...

Une métaphore, certes. Mais ouverte, béante, libre et mystérieuse, à l'instar de cet univers dont nous ne sommes qu'un part infime de l'immense étoffe, une maille, une faille, une ressource...

Claire Diez

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Brice Leroux, né en France en 1974, a bénéficié d'une formation au Conservatoire National Supérieur de Lyon, où il a étudié le ballet et la danse contemporaine. En 1992, il termine ses études avec un premier prix et présente son First solo dans le cadre du Concours International de Danse de Paris, où il remporte le prix du meilleur danseur contemporain et la médaille d'or de la ville de Paris. Il est invité à danser son solo à l'Opéra Comique de Paris et au Varna Festival en Bulgarie.

En 1992, il obtient également une bourse de l'American Dance Festival de Caroline du Nord, où il étudie quelques mois tout en présentant son travail. En 1993, il termine sa formation à New York, auprès du Trisha Brown studio et du Cunningham studio.

1994-1996

En 1994, il arrive à Bruxelles pour travailler avec la compagnie Rosas. Il se fait remarquer dans divers spectacles, dont Amor constante, más allá de la muerte, Toccata, Kinok et Verklärte Nacht. Trois ans plus tard, il quitte cette compagnie pour se concentrer sur son propre travail, étudier la musicologie et l'ethnomusicologie à l'Université de Paris 8 et mener des recherches sur les danses ethniques.

1997

- Début de la collaboration avec David Hernandez : (The essence of its going..., différentes improvisations et « body-installations »)

1998

  • - Présentation de Volubilis, duo au Centre d'Art Contemporain de Pavillon-sous-Bois à Paris
  • - Invitation à Yokohama (Japon) par la Kanagwa Arts Foundation, pour la création de Sequenza, un duo avec George Alexander Van Dam, violoniste de l'Ensemble Ictus

1999

  • - Création de l'Asbl Continuum à Bruxelles
  • - Première de Continuum, solo et duos sur place au Klapstuk
  • - Enseignant dans le cadre du «Performance Education Programme»
  • - Création de Arms et Steps pour six étudiants du PEP, présentés au Klapstuk et au festival Off à la campagne de Semur-en-Auxois (F), où il crée deux installations en plein air : In a river et On a high bridge
  • - Après des résidences au Klapstuk et à Dans in Kortrijk, il présente la version définitive de Continuum au Klapstuk Festival
  • - Début de la collaboration avec divers artistes (Sarah Chase, Jean-Luc Ducourt, David Hernandez,...) à des sessions d'improvisation collectives (improvisations au sein d'un cadre fixé)

2000

  • - Après des résidences à Szene Salzburg et Klapstuk, première de Gravitations-duo avec David Hernandez, sur une musique originale de Thierry De Mey, au Sommer Szene Festival
  • - installation en plein air Ghosts of the castle au festival Armunia à Castiglioncello (I)

2002

  • - Création du Gravitations-quatuor au festival @tack de Courtrai, suivie d'une longue tournée en Belgique et à l'étranger.
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