Pulling Strings

Beursschouwburg

11/05 – 22:00

12, 14, 15/05 – 20:30

1h


Propulsée sur la scène internationale en 2002 avec l’extraordinaire performance Death is certain, dans laquelle elle appliquait un catalogue de mises à mort à d’inoffensives cerises, Eva Meyer-Keller développe une oeuvre à l’intersection des arts plastiques et du théâtre d’objets. Chez elle, l’inanimé agit comme un double identitaire capable d’évoquer les relations humaines les plus profondes. Dans sa nouvelle production, Pulling Strings, l’artiste berlinoise tire littéralement les ficelles du théâtre. Sur scène sont assemblés une série d’objets généralement relégués en coulisses : une échelle, un câble électrique, une plante… Attachés à des fils, ils entament un étrange ballet : un extincteur se lance dans des pirouettes, un pied de microphone tombe du ciel. Et ce qui apparaît d’abord comme un système très simple se transforme en un réseau organique de rencontres et d’interactions qui entraîne l’imagination du spectateur. Une performance magique sur la « manipulation » !

Concept
Eva Meyer-Keller

En collaboration avec
Tomas Fredriksson, Sheena McGrandles, Irina Müller, Sybille Müller & Benjamin Schälike


Système développé par
Florian Bach, Ruth Waldeyer

Merci à
Andrea Keiz, Thomas Medowcroft, Rico Repotente

Mangement
Susanne Beyer

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Beursschouwburg

Production
Eva Meyer-Keller (Berlin)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Hebbel am Ufer/HAU (Berlin), MDT (Stockholm)


Avec le soutien de
Hauptstadtkulturfonds, International Dance Programme/Swedish Arts Grants Committee


Merci à
PACT Zollverein (Essen)

Performance à Bruxelles avec le soutien de
Berlin Senate Cultural Affairs Department & NATIONALES PERFORMANCE NETZ (NPN) International Guest Performance Fund for Dance, which is funded by the Federal Government Commissioner for Culture and the Media on the basis of a decision by the German Bundestag

Work-in-progress créé à Berlin en mai 2012

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Outils en mouvement : Eva Meyer-Keller sur le thème de « perception et chorégraphie »

Extraits d'entretiens de Susanne Traub et Jochen Kiefer avec Eva Meyer-Keller (Essen/Stockholm)

Dans Pulling Strings, des objets du quotidien tels que projecteurs, micros ou extincteurs dansent au bout de ficelles, de cordes ou de fils. Pourtant on ne va pas dire que c'est un spectacle de danse ou une forme du théâtre d'objets. Comment t'es venue cette idée ?
EMK : Mon mari est un pêcheur passionné et j'aime beaucoup l'observer. L'acte de pêcher tout comme la boîte du pêcheur renfermant les outils nécessaires ont quelque chose de fascinant. Il se fait que les répétitions de Pulling Strings ont aussi un rapport avec la pêche. On prend le temps, on lance une corde - et puis on attend, magnétisé, que quelque chose se passe, on se demande quel genre de mouvement va en résulter. Parce que c'est souvent loin d'être prévisible.

Ce qui exige une attention de tous les instants de la part des participants...
EMK : Effectivement, et ça fait pas mal de temps que je m'intéresse au processus de l'attention. Il me semble important de pouvoir prêter toute son attention à une situation ou à un objet donné. Mais il ne s'agit pas seulement de concentration. Cette observation intense engendre un autre type de perception ; peut-être une perception qui n'est pas constamment chargée de signification. Il en va de même au théâtre, où il me semble que le fait d'assister à un spectacle a beaucoup à voir avec l'observation et l'attention. Et dans le cas de Pulling Strings, j'espère que la perception des spectateurs pourra s'intensifier tout au long de la performance, que les spectateurs auront envie de regarder plus précisément, d'être plus attentifs, plus vigilants. Vient s'y ajouter pour moi le plaisir d'expérimenter et d'échouer. Les moments les plus passionnants surviennent quand les fils s'emberlificotent, quand les choses se comportent autrement que prévu et quand, chaque soir et à chaque répétition, les acteurs doivent inventer de nouvelles façons de réagir.

C'était touchant de voir avec quel sang-froid et quelle concentration les acteurs sur scène essayaient de venir à bout de leurs problèmes. En tant que spectateur, mais aussi pendant la répétition, on réalise qu'on est embarqué dans une sorte de va-et-vient incessant entre représentation et perception, découverte et reconnaissance.
EMK : J'adore susciter ce genre de processus chez les spectateurs et les acteurs, pour qu'on puisse tester des choses ensemble. On pose la question : « Que se passerait-t-il si ...? » Ou alors on produit des mouvements qui vont avoir des répercussions sur celui ou ce qui les a déclenchés. L'état de flottement qui résulte de ces interactions est une affaire très technique et fonctionnelle, mais revêt aussi une dimension métaphorique. Quand les objets sont tirés ou mus par des ficelles, ils sont placés dans un nouveau contexte qui leur confère des significations tout à fait inédites, tandis que nous-mêmes prenons conscience de la perception.

Est-ce que, malgré ce caractère expérimental échappant à toute classification, Pulling Strings s'inscrit dans une tradition précise ?
EMK : Davantage que tous mes autres travaux, Pulling Strings pourrait peut-être se définir comme une chorégraphie (rires). Il s'agit de danse et de mouvement. Nous en sommes conscients à tout moment. Et ce dans les trois variantes performatives qui ont été conçues pour ce travail : que ce soit en version vidéo, en tant qu'installation ou en tant que performance théâtrale, Pulling Strings explore toujours les possibilités de la chorégraphie. De plus, c'est un travail « in situ ». Dans chaque nouveau lieu, nous étudions l'espace concret, physique et nous utilisons seulement les objets que nous trouvons dans le lieu ou le théâtre concerné. Dans la version vidéo, nous nous intéressons plutôt au quotidien domestique : la cuisine, le nécessaire à couture, les tables et les verres. Nous élaborons des schémas de mouvement, donc des chorégraphies au sens strict. Pour Flack Newtech à Bremerhaven et à Khartoum/Afrique, nous avons prévu des installations qui entrent en résonance avec les données spatiales existantes. Même lorsque nous sommes en tournée dans des théâtres, nous développons à chaque fois une nouvelle approche. Les trois versions de Pulling Strings ne se nourrissent donc pas seulement de nos inventions chorégraphiques, mais aussi de notre esprit de découverte et de notre désir d'expérimenter. Ensuite, c'est grâce à l'imagination des spectateurs que la performance devient spectacle. On pourrait dire qu'on travaille sur une représentation commune, au sens littéral du terme. À chaque performance nous faisons de nouvelles découvertes et explorons, ensemble avec les choses, de nouveaux contextes, de nouvelles significations et associations d'idées. D'autre part, la musique vient aussi contribuer à la dimension chorégraphique. À la banalité des objets nous opposons de la musique de ballet classique, comme par exemple Le Sacre du Printemps de Stravinsky, Roméo et Juliette de Prokofiev ou alors de la musique de film, dont celle de Vertigo. La musique apporte aussitôt un niveau de signification supplémentaire qui lui est propre et déclenche des associations d'idées et des projections liées aux objets et aux processus en cours. Mais la particularité de Pulling Strings, c'est que les objets qui sont ainsi chargés de signification n'ont généralement qu'une fonction utilitaire. On pourrait dire qu'on rend justice aux outils qui servent à monter des performances ou des représentations théâtrales : voilà qu'eux-mêmes deviennent dignes de considération.

Au niveau des mouvements, Pulling Strings établit aussi une certaine équivalence entre l'homme et l'objet. Peux-tu nous expliquer ce rapport non hiérarchique entre des interprètes humains et des choses ?
EMK : Les choses ont leur propre présence et leurs propres options de mouvement. Elles définissent l'espace, le rendent visible et font qu'on peut l'appréhender concrètement. Les choses orientent le regard. Du coup, ces mouvements du regard créent sans cesse de nouvelles relations spatiales et tracent dans l'espace toutes sortes de lignes invisibles, dont des diagonales, des lignes droites. Et dans Pulling Strings, les ficelles donnent à voir cette géométrie de l'espace invisible. Dans la vie quotidienne en revanche, les déplacements d'objets sont associés à une certaine logique et fonctionnalité. Les choses sont à leur place et on les utilise. C'est la même chose pour les objets du quotidien présents dans un théâtre. Avec notre projet nous intervenons donc dans le quotidien scénique des choses. Pas question d'accumuler des accessoires sur scène. La simple accumulation de choses ne m'intéresse pas. Ici, c'est le contraire. Nous détournons les objets, les faisons intervenir de manière inhabituelle, si bien qu'ils n'ont plus rien d'utilitaire. Les objets de scène deviennent des partenaires, et donc eux-mêmes des acteurs. Hommes et objets se partagent l'espace. Dans la foulée, nous nous intéressons aussi aux sons et aux bruits que font les choses pendant le montage et le démontage de cette scénographie. Quant à la musique de ballet, elle crée un univers iconographique qui nous fait pénétrer dans un espace ouvert aux associations d'idées collectives.

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Eva Meyer-Keller (°1972, Allemagne/Suède) vit et travaille à Berlin. Son œuvre se situe à la croisée des arts de la scène et des arts plastiques. Ses créations sont exposées dans des galeries et figurent à l’affiche de festivals et de théâtres à travers toute l’Europe, à New York, et même en Australie. Avant de suivre quatre ans de formation de danse et de chorégraphie à la SNDO à Amsterdam, elle a étudié la photographie et les arts plastiques à Berlin (Hochschule der Künste) et à Londres (Central Saint Martins, Kings College). Les activités d’Eva Meyer-Keller sont diverses. Elle présente ses spectacles au niveau international, développe des projets avec d’autres artistes et compagnies, danse avec d’autres chorégraphes et réalise des vidéos. Elle enseigne la chorégraphie/composition aux étudiants qui préparent la maîtrise Solo/Dance (2010, 2011) à la HZT à Berlin, la maîtrise Autonomous Actor (2010) et le baccalauréat de danse (2011) à la DOCH, à Stockholm. Elle a participé à des projets de Baktruppen, Jérôme Bel et Christine De Smedt/les Ballets C de la B. Au mois d’octobre et novembre 2010, elle a pris part, avec sept autres artistes, au projet pilote Open Art W.I.S.P. (Women in Swedish Performance Art). Son œuvre personnelle comporte, entre autres, les spectacles Bauen nach Katastrophen (avec Sybille Müller, 2009), Good Hands (2005), Death is Certain (2002) et Ordinator (2002) ; les installations Volksballons (2004) et Himmelskörper (2001) ; l’audio-tour Hearsay(2002) ; le jeu performatif Schattenspiele (2008) ; les vidéos Death is Certain (2002), Handmade (2007) et Von Menschen gemacht (avec Sybille Müller, 2010).

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