Present Absence

Kaaistudio's

21, 22, 23, 24, 25/05 > 20:30
Language: EN

« On a tellement fait avec les corps et sur les corps dans l’avant-garde new-yorkaise qu’il en résulte aujourd’hui une espèce de torpeur et de stagnation », estime Claude Wampler, performer et artiste plasticienne. «Dans Present Absence, je pars de l’inverse: l’absence d’un corps que je m’efforce de rendre aussi tangible qu’une présence. » A la lisière de l’installation et de la représentation, l’excentrique New-yorkaise s’amuse à pervertir la distinction entre l’objet d’art et l’art vivant, l’animal et l’animation. Elle rappelle en clin d’oeil ses classiques et ses modernes made in USA : L’Homme invisible, Sunset Boulevard, BOOM !, Beauty de Andy Warhol, les sculptures de Rube Goldberg, les shows de Broadway et autres défilés de mode. Quelles relations existe-t-il entre vie, mort et perte de gloire ?

Par/Door/By: Claude Wampler

Dramaturgie/Dramaturgie/Dramaturge: Bruce Hainley

Eclairages/Lichtontwerp/Lighting design: Yves Godin

Compositeur/Componist/Composer: Christof Migone

Accessoires/Rekwisieten/Properties Construction: Harry Binns

Production et présentation/Productie en presentatie/Production and presentation: Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts

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" J’ai grandi dans une ferme de Pennsylvanie avec les chèvres pour meilleures amies. ", sourit-elle. Claude Wampler étudie l’opéra à Carnegie Millon puis le théâtre à l’université de Columbia. Elle entame un parcours normal d’actrice. Auditions et interviews auprès des producteurs de télévision et agents de casting. " Je devais marcher dans une pièce et ils me disaient : ‘Tournez-vous. Vos cheveux sont trop frisés...’ J’étais fracassée. Pour moi, être acteur, c’était un art ! " Dégoûtée par le show-business, elle ne veut plus être ni actrice ni chanteuse. Elle travaille avec la Doug Elkins Dance Company, avec Suzan-Lori Parks et Richard Foreman.

Elle s’envole pour Tokyo pendant deux années intenses où elle intègre la Hokutobo Butoh Company, fondée par Hijikata Tatsumi qui la transmit ensuite à Ashiwaka Yoko, sa plus remarquable danseuse et sa muse. Le Butoh était en rupture de conventions avec les règles de la Modern Dance occidentale importée au Japon dans les années ’40 et ’50. Ashiwaka Yoko poursuivit le style de son maître Tatsumi : genoux fléchis, proximité rampante avec le sol, corps tellement caméléon avec le milieu ambiant qu’il est capable de s’identifier aux fleurs de cerisier, aux poules, aux vagues, aux fantômes... Claude Wampler approfondit également les techniques du yoga en Inde. Curieuse de tout, éclectique et allergique aux cloisonnements, elle emprunte dès 1994 la voie du solo composé d’expressions artistiques protéiformes où elle bouscule les frontières de la performance et des arts visuels. " Definitions are my enemy ! "

Trans’ comme transgression, transfert, transmutation, transsexualité, transversalité, transition, l’artiste se passionne pour tout ce qui concerne le passage d’un état à un autre, la confusion des limites, les déviations et les transformations. Elle croit d’ailleurs en la réincarnation : un homme aujourd’hui peut être femme demain, ou même chien. Evidemment, ça change un brin la perception du monde ! Dans ses installations-performances, elle est plutôt d’humeur dadaïste et cultive les frasques surréalistes. " A un moment, je suis obsédée par une idée, je commence à générer des images, des mouvements et des objets intrinsèquement liés à l’obsession de cette idée. Mon travail n’est pas rigoureusement structuré mais quand je commence quelque chose, je m’y engage à fond en sachant très bien où je vais et de quoi je parle. Je travaille comme une artiste visuelle. Je pense plus en termes d’esthétique qu’en me demandant quelle émotion, quelle sensation ou quelle impression va naître de ma proposition. Je tiens le public responsable de toutes ses interprétations ! "

Jusqu’au-boutiste, Claude Wampler l’est, une autre manière de faire reculer les frontières. Rien n’arrête cette farfelue, rusée et exubérante. En 1995, elle crée cinq kimonos et cinq courtes danses qui explorent le phénomène biologique des ‘phérormones’ (secrétion glandulaire comparable aux hormones rejetées hors de l’organisme par les animaux) et le phénomène culturel de la geisha. Cela s’appelle Geisha Secretia or Panda’s Glands. En 1996, dansKnitease, au son du 45 T de la chanson de Danny Rose, ‘The Stripper’ (L’effeuilleuse), elle se tricote consciencieusement pendant quatre heures une nouvelle robe avec le fil de laine de la robe qu’elle a sur elle. 1997, pour Muffle (assourdir), elle s’installe quatre jours et quatre nuits dans une chambre du Gramercy Park Hotel avec son amant : une ronronnante motocyclette ! Dans Painting, the movie (2000), le public découvre cinq petites boîtes placées sur des socles devant une peinture minimaliste. Si on se dirige vers une boîte, elle devient opaque et empêche de distinguer nettement son contenu. Si on recule, le verre redevient transparent. Pour la peinture, c’est l’inverse : à distance surface blanche et opaque, elle devient, si on met le nez dessus, fenêtre claire donnant sur une installation-performance tri-dimensionnelle.

Claude Wampler aime à s’amuser des transgressions, crée la surprise, voire le scandale. Fi de la frontière entre un public spectateur passif et performer actif. De temps à autre, elle engage des figurants pour fulminer : " Ceci n’est pas de l’art ! ". Elle projette de créer une performance-incident (Ambulance) où le public, invité à découvrir sa nouvelle pièce multimédia, deviendrait le témoin d’une monstrueuse dispute entre les techniciens et l’artiste, qui dégénérerait en casses multiples dans la galerie et se terminerait par l’arrivée d’une ambulance obligée d’embarquer l’artiste hystérique, le nez ensanglanté... Dans Blanket, the surface of her (1999), elle offre à huit artistes qu’elle estime son propre corps à utiliser comme l’instrument d’une création de 10 minutes : I’m yours and I do anything you tell me to do ! " Je voulais voir ce qui se passe quand on propose à quelqu’un la liberté totale de dire à un autre ce qu’il doit faire. Je pensais qu’ils allaient trouver cela rigolo et stimulant. Mais la plupart étaient intimidés de se voir accorder tant de pouvoir. " L’une après l’autre, la suite sans suite de ces huit séquences s’emmanche comme les ‘cadavres exquis’ surréalistes.

Dans Bucket, the working title (1999), qu’elle présenta comme Blanket au Kaaitheater à Bruxelles, elle désintègre tous les éléments d’un opéra : livret sur écran, musique à part sur bande-son, histoire en vidéo, costumes debout comme des sculptures indépendantes des corps. Le spectateur n’a plus qu’à le reconstituer à sa propre sauce. Au Kaai encore, elle déploie une autre installation-performance où elle se met dans la peau de Cake Fur, son inséparable complice canin. Imprégnée par toutes les questions que posent les transsexuels avec leur besoin de changer de genre, elle explore un terrain où l’on peut être à la fois l’un et l’autre, homme et chien, par exemple : ce qui soudain transformera un stylo en objet à mâchonner, un excrément répugnant en tas d’infos à lire avec le nez... Sa manière d’enjamber les spécificités et d’aller voir de l’autre côté.

En mai 2001 à Bruxelles, elle fait un pas de plus. " On a tellement fait avec les corps et sur les corps dans l’avant-garde new-yorkaise qu’il en résulte aujourd’hui une espèce de torpeur et de stagnation ", estime Claude Wampler. " Dans Present Absence, je pars de l’inverse : l’absence d’un corps que je m’efforce de rendre aussi tangible qu’une présence. " A la lisière de l’installation et de la représentation, l’excentrique New-yorkaise s’amuse à pervertir la distinction entre l’objet d’art et l’art vivant, l’animal et l’animation. Elle rappelle en clin d’oeil ses classiques et ses modernes ‘made in the USA’ : L’Homme invisible, Sunset Boulevard, BOOM !, Beauty #2de Andy Warhol, les sculptures de Rupe Goldberg, les shows de Broadway et autres défilés de mode. Quelles relations existe-t-il entre la vie, la mort et la perte de gloire ?

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