Ping Feng

Théâtre 140

8, 9 Mei/Mai/May 20:30
12 Mei/Mai/May 21:00
13 Mei/Mai/May 18:00
14 Mei/Mai/May 15:00
Duur/Durée/Duration: +/- 2:00
Simultaanvertaling/Traduction simultanée/Simultaneous translation: Nl & Fr

Il est peintre, vit à Pékin et entreprend aujourd'hui d'écrire et de mettre en scène pour le théâtre. Un tableau l'inspire, devenu chef-d'oeuvre de l'histoire de l'art chinois, Nuit de banquet chez Han Xizai (Xe siècle). La peinture est un rapport d'espion. Wang Jianwei s'intéresse à son histoire. Que cache-t-elle sous son enduit qui, selon la merveilleuse technique ancienne, superpose les couleurs couche par couche pour lui donner ce persistant brillant ? L'enquête commence et naît Ping Feng, Paravent, qui gratte couche par couche le vernis de cette commande impériale pour faire apparaître, sous la version officielle, par le jeu, le texte, la vidéo et le son, les réalités individuelles. Une radiographie cinglante de l'assujetissement au pouvoir.

Concept en tekst/Concept et texte/Concept and text: Wang Jianwei
Geïnspireerd op het schilderij/Inspiré de la peinture/Inspired by the painting: Gu Hongzong, Avondfeest bij Han Xizai/Nuit de banquet chez Han Xizai/Han Xizai's Night Banquet
Decor/Décor/Set design : Zhang Hui
Kostums/Costumes: Zhang Hui
Licht/Eclairage/Lighting: Zhang Hui
Multimedia ontwerp/Création multimedia/Multimedia design: Wu Ershan
Klank/Son/Sound: Chen Dili
Regie-assistant/Assistant à la mise en scène/Assistant to the director: Zhang Che
Acteurs/Actors: Zhang Che ( Gu Hongzong/an anonymous voice), Man Ting-Wei (Servant/an anonymous voice), Wang Yongjian (Chen Zhiyong), Tang Hui Ching (Zhu Rui), Leong You Lian (Lang Can), Cao Xueqi (Zhou Wenju), Wu Wenguang (peeper)
Productieleiding/Direction de production/Production management: Tang Di
Productie/Production: KunstenFESTIVALdesArts
Coproductie/Coproduction: Brussel/Bruxelles 2000, Brighton Festival
Presentatie/Présentation/Presentation: Théâtre 140, KunstenFESTIVALdesArts

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Né en 1958, dans la province de Sichuan, Wang Jianwei vit et travaille à Pékin. Son brillant talent de peintre lui valut d'être lauréat national du Prix d'Or, la plus grande distinction picturale en Chine populaire communiste. En 1989, il passe à l'installation, puis à la vidéo et au documentaire. Aujourd'hui, il signe sa première mise en scène de théâtre. Voilà pour les faits. La substance de son trajet est beaucoup plus éclairante : « Après le mouvement des étudiants, Wang Jianwei s'est senti trop à l'étroit pour s'exprimer encore dans l'unidimensionnalité de la surface peinte : il s'est radicalement tourné vers la tridimensionnalité de l'installation et s'est mis à recourir à différents moyens d'expression », explique Tang Di, critique d'art, proche du peintre.

Qu'est-ce que créer dans un immense pays centralisé où, de l'empire à aujourd'hui en passant par la révolution culturelle, l'art fut toujours considéré comme un instrument du pouvoir et utilisé pour sa propagande ? Qu'est-ce que l'opinion individuelle dans un contexte où, de tous temps, les cerveaux se sont vu formatés par la pensée officielle sans apprendre à exercer leur libre arbitre ? Qu'est-ce que la conscience du présent quand de l'Histoire ne subsiste qu'un rapport expurgé, qui devient l'unique vérité valant pour l'immortalité ? Qu'est-ce le courage, qu'est-ce la trahison ? « En termes occidentaux, Wang Jianwei est un artiste postmoderne. Mais, pour lui en Chine, être postmoderne signifie anéantir les limites et frontières physiques, géographiques, idéologiques, de disciplines artistiques et de styles et - le plus essentiel - bousculer ses propres confortables certitudes ou sa propre paresse mentale. »

A côté de ses films proposés en mai, Wang Jianwei crée au KunstenFESTIVALdesArts Ping Feng (Paravent), sa première pièce dont il est l'auteur. Elle est inpirée par sa découverte, il y a quelque 20 ans au Musée de la Cité Oubliée (Pékin), de la célèbre Nuit de banquet chez Han Xizai, une peinture voluptueuse et contemplative délivrée en cinq scènes : Ecoute de la musique, Observation de la danse, Repos, Pratique de la musique, Fin du banquet. Sa beauté le captive. Elle maîtrise magistralement la technique sophistiquée qui fonda l'école de la peinture chinoise traditionnelle : superposer les couleurs couche par couche pour obtenir un effet de surface profond, brillant et intense. Plus tard, Wang Jianwei apprend l'histoire du tableau.

Son auteur, Gu Hongzhong, était peintre à la cour impériale de Li Yu, troisième et dernier empereur de la dynastie Tang enracinée dans le Sud. Il fut emprisonné par les armées du Nord qui renverseront son Empire pour faire régner, sur la Chine unifiée, la dynastie Song, celle du Nord. Li Yu mourut empoisonné. La période de la peinture (Xe siècle) est une période troublée où le Sud menacé guette les envahisseurs du Nord. Han Xizai est un nordiste, acquis à la cause du Sud. Pressentant l'irréversible déclin, le brillant stratège militaire s'abandonne aux plaisirs licencieux et ne laisse plus paraître d'intérêt que pour les femmes, la table, la musique et la poésie. Il espère ainsi échapper à toute responsabilité dans les affaires d'état. L'empereur est déçu : il le destinait à la fonction de premier ministre. Li Yu envoie alors Gu Hongzhong espionner la nouvelle vie du haut dignitaire. L'espion ramène son rapport sous la forme d'une peinture, Nuit de banquet chez Han Xizai, qui deviendra l'un des chefs-d'oeuvre de l'histoire de l'art chinoise.

Au départ de cette toile et de son histoire, Wang Jianwei écrit Ping Feng. Dans les intérieurs chinois, le paravent amovible embellit les pièces par ses ornement colorés. Utilitaire, il scinde aussi leurs espaces pour cacher au regard indiscret ce qui doit l'être. Il apparaît également dans le tableau de Gu pour en cloisonner les scènes comme il sert de décor au théâtre traditionnel chinois. Il figurera symboliquement l'apparence et ce qui se cache sous elle et racontera comment une même réalité se déplace et peut changer radicalement selon l'intérêt qui la domine. A l'instar de Peter Greenaway dans Meurtre dans un jardin anglais, Wang Jianwei installe alors, au départ d'une énigme - la prétendue disparition du tableau et de son auteur - , une passionnante et subtile enquête, humaine, philosophique et politique. Derrière ses dialogues d'une lumineuse simplicité se dessinent les falsifications et faux-fuyants. Sur scène, Wang ‘surimpressionne', lui aussi, les niveaux qui donnaient à la peinture ancienne sa profonde intensité, usant pour appréhender son sujet de diverses techniques (théâtre, vidéo, son) et multipliant les approches. Par ces techniques, il gratte les enduits successifs de son sujet et l'érafle jusqu'à ce que le rapport officiel de cette nuit chez Han Xizai, si habilement consacré par les arts, l'histoire et la littérature, régurgite ses questions profondes : celles de la liberté individuelle face au pouvoir.

Dans Ping Feng, au moins six réalités se chevauchent. Les deux lettrés urbains de la Cour et le peintre-gouverneur provincial, qui ont avec Gu fréquenté Han Xizai, étaient représentés dans la peinture historique : Wang les soumet à un interrogatoire individuel effectué par le sbire de l'Empereur. Deuxième niveau : en même temps, une projection fait surgir sur paravent le flash-back de leurs conversations privées. Troisième niveau : les mêmes plus Zhou (qui peignit une autre Nuit de Banquet chez Han Xizai disparue dans les oubliettes de l'Histoire) dialoguent en attendant leur audience et se mentent, prêts secrètement à se vendre pour garder leur place à la Cour. Quatrième niveau : Chen Zhinyong (maître de cérémonies à la cour) et Zhou sont constamment flanqués de leur double-poupée, manipulant et manipulés. Cinquième niveau : une caméra révèle les personnages en action derrière les paravents. Sixième niveau : Gu Hongzhong et le servant de l'empereur, devenus A et B , pinaillent sur la détails de la toile de Gu. Le puzzle est fascinant. Chaque pièce séparée s'y donne avec une désarmante simplicité. C'est dans leur assemblage que l'on découvre la toile contemporaine de Wang Jianwei, son vrai sujet : la guerre ardente qu'il poursuit contre l'assujetissement des intellectuels au politique, et, plus largement, à la tyrannie de l'immédiateté qui s'applique à renforcer l'apparence des évidences. Y apparaît ainsi ce que cachait l'écran des paravents, une radiographie brillante de la nature humaine en proie au désir (im)pitoyable de plaire et d'arriver...

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