Off The Map

Théâtre la Balsamine

55min

26/05 – 20:30
27/05 – 20:30
28/05 – 20:30
29/05 – 20:30

Su Wen-Chi fait partie d’une jeune génération d’artistes taiwanais qui, en développant des formes expérimentales au croisement de la danse et des nouveaux médias, traduisent l’identité complexe d’une société écartelée entre la force de la tradition et l’hypermodernité technologique. Dans Off The Map , la scène devient un miroir déformant de la réalité, un espace virtuel instable et désorientant. Seule sur scène, la danseuse se déplace avec lenteur et précision, tandis qu’une bande sonore chuchotée semble tracer la cartographie d’un monologue intérieur. Face à une société de l’impermanence et de la démultiplication, la dérive, le flottement, le lâcher-prise pourraient-ils devenir des stratégies pour continuer à avancer ? Confrontant sa corporalité irréductible à un environnement dématérialisé, Su Wen-Chi traduit avec subtilité et raffinement la vulnérabilité de l’être humain à l’ère post-industrielle.

Concept, chorégraphie & danse
Su Wen-Chi

Texte
Chou Man-Nung

Son
Wang Fu-Jui

Scénographie
Wu Chi-Tsung

Lumières
Jan Maertens

Assistant lumières
Liu Po-Hsin, Chang Yi-Chin

Associé technique nouveaux médias
Yang Chen-Han

Assistant son
Lu Yi

Traduction
Ker Nai-Yu

Associé production
Sun Ping

Régisseur général
Wu Ko-Yun

Assistance production & répétitions
Hsieh An-An, Chen Yi-Ting

Photographe
Hsu Ping, Lee Hsin-Che (MOT TIMES)

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre la Balsamine

Commissionné par
National Performing Arts Center, National Theatre & Concert Hall (Taïwan)

Remerciements spéciaux
Ministry of Culture (Taïwan), Centre Culturel de Taïwan à Paris

Représentation à Bruxelles avec le soutien de
Taipei Representative Office in the EU and Belgium

Back to top

Le double silencieux qui écoute

La scénographie minimaliste représente l’éternel miroitement de l’eau. Seule et nue, n’ayant nulle part où se cacher, Su Wen-Chi semble couchée sur le lit d’une rivière, baignée dans les flots du temps. Les lumières vives, comme les rayons brûlants du soleil en plein midi, purifient tout. Au lieu de la vue, c’est le bruit, alternativement puissant et faible, qui évoque une transformation minime mais continue de l’espace. Comme dans un vide, dans lequel seules les oreilles perçoivent un bourdonnement, des vagues de néant caressent l’existence solitaire.

Su Wen-Chi infuse une nouvelle pensée à son style de danse qui distingue son spectacle d’un étalage pur et simple de mouvement, de rythme et de posture. L’immobilité et la lenteur qu’elle incarne suggèrent le dilemme du corps physique : tout ce que le corps ressent et désire est rejeté et réduit au silence par l’inertie du monde extérieur. Dans Off The Map, le tumulte de ce monde est ramené à sa vacuité impeccable. Il se pourrait bien que pour les êtres humains que nous sommes, se tenir immobile soit plus difficile que marcher.

En quête d’une force stable pour l’introspection

Combinant danse et technologie, Off The Map examine la période de transformation pendant laquelle des artistes amorcent leur introspection. Su Wen-Chi croit que cela requiert une compréhension à la fois cohérente et mature de l’humanisme et du potentiel créatif. Adaptant la logique théâtrale, elle travaille avec Wu Chi-Tsung et Wang Fu-Jui à la construction d’un espace concentré qui représente une tranche de vie, de façon à permettre au public d’être témoin de l’état introspectif et du processus de ce retour sur soi.

L’artiste acoustique Wang Fu-Jui oriente son expérience par un bruit blanc. Se libérant des contraintes de la mélodie, il tente de réévaluer la manière dont le son peut définir l’espace. À travers un assemblage de sons, Wang insuffle une nouvelle vie à l’esthétique générale. L’usage d’un haut-parleur directionnel dans Off The Map aide à stimuler le choc entre le corps et l’atmosphère, offrant un sens de l’espace. Dans une cascade de fréquences sonores hautes et basses, la voix off résonne comme le murmure qui perdure dans le cœur ; elle crie et accuse comme une complainte qui ne cesse de s’amplifier.

L’œuvre du plasticien Wu Chi-Tsung met en lumière les fonctionnements de la perception et ses ambivalences. Par le biais de différents matériaux et dispositifs visuels, Wu affronte le public au moment de la perception. Les sons répétitifs suggèrent un microcosme d’un monde immémorial. Pour Su Wen-Chi, l’œuvre de Wu « permet au spectateur de percevoir la relativité du temps à travers le regard, comme si le temps avait disparu, ou se dissipait lentement ». La tentative qu’entreprend Wu de dévoiler un état de confusion correspond au thème principal d’Off The Map.

L’ineffable narration aléatoire

Le lien entre la vie humaine et la création artistique va de pair avec la mort et sa signification symbolique. Su Wen-Chi et ses collègues artistes se servent de « moments précédant la mort » comme points de mire pour examiner différentes approches interprétatives et formelles.Off The Map représente la première tentative de Su d’incorporer du matériau textuel à une de ses créations. D’une part, le texte de Chou Man-Nung apporte une musicalité sonore et soutient la construction de l’espace ; d’autre part, il permet à Su d’étudier la façon dont le corps peut et ne peut pas être interprété. Elle se sert alors du langage du corps pour remettre en question les conventions de la danse. « Hasard et désorientation » deviennent ainsi les points centraux du spectacle de danse. À travers le reflet des deux matériaux dont se compose la scène,Off The Map présente un espace imaginaire sans limites. Dans son propre reflet sur scène, Su Wen-Chi trouve un compagnon qui l’accompagne tout au long de son solo de danse. Quand elle se recroqueville ou se traîne sur scène, on a l’impression qu’elle et son double s’alternent et s’intervertissent. La scène lui permet de créer sa propre image en miroir, alors que le corps, enveloppé par la conscience, examine avec minutie l’autre soi.

Le double dialogique dans le vide

Le texte s’appuie sur le concept du « vacuum » et explore le moment qui précède la mort. Ce moment de clarté peut être difficile à atteindre, mais le spectacle de danse répond à l’imagination de l’artiste en matière de temporalité et de conditions à l’approche de la mort. Su Wen-Chi se rappelle avoir pris contact avec IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) et y avoir visité la chambre anéchoïque quand elle était en résidence d’artiste à Paris : « Il régnait un silence absolu. Mais je me souviens avoir entendu deux fréquences sonores. On m’a dit que c’est le résultat d’un corps qui entre en contact avec l’espace, que cela provient du sang et des ondes du cerveau. »

Pour Su Wen-Chi, la mort permet aussi d’examiner la bio-politique. Un décès auto-infligé est un moyen extrême de démontrer sa ferme volonté. Quand on rencontre des incidents de ce type, on est forcé d’assumer sa propre peur. « Notre tentative de donner un sens à la mort peut être l’expression du mécanisme d’auto-défense, afin que l’inconscient ne devienne pas une déferlante. » Su se souvient de la série d’introspections pratiquées quand son ami s’est suicidé : « Tout au long du processus, j’ai petit à petit pris conscience que cette personne étant partie, je n’aurai jamais de véritable réponse à ma question. La façon de donner sens à la situation révèle ce que la personne pense de sa relation aux autres. »

Voilà pourquoi la mort auto-infligée d’un humain, ou plus précisément le suicide, peut être une sorte de rejet d’interprétation. Su Wen-Chi renonce à un vocabulaire gestuel intense, mais opte pour un solo de danse plus réservé qui permet au spectateur de regarder et d’écouter attentivement. Su n’a jamais pensé que la danse puisse se composer exclusivement de mouvements constants. « Les postures simples peuvent aussi laisser une impression forte et mon intention est de capturer cette profondeur. »

Chow Ling-Chih

Back to top

Su Wen-Chi est danseuse, chorégraphe et artiste média. Elle vit et travaille à Taïwan et à Londres. En 2005, Su a fondé YiLab. à Taïwan, un groupe expérimental d’artistes de la performance et des nouveaux médias cherchant à intégrer les nouvelles technologies aux arts du spectacle vivant et à les présenter selon de nouvelles formules. La philosophie de YiLab. est la suivante : dans une œuvre, il n’y a pas juste un média dominant, seulement des concepts qui semblent similaires, mais qui en fait se heurtent ; chaque artiste associé est une entité indépendante qui peut avancer librement différents points de vue et entreprendre une exploration approfondie du sens essentiel du thème. Avec ce concept qui sous-tend le travail de l’équipe, Su Wen-Chi s’intéresse à la façon dont l’être humain a modifié sa compréhension de la perception à travers l’histoire de l’innovation technologique et à ce que demeure le corps physique. Elle est également curieuse de savoir si l’objectif ultime des nouvelles technologies vise à un meilleur avenir ou passé.

Back to top