Monde.com (Facebook)

Les Brigittines

24, 25, 26, 27, 28/05 – 20:30
FR / NL / EN / ES / Arab (no subtitles)
1h 25min

La saison passée, il a conquis le monde des arts de la scène avec le spectacle plusieurs fois primé Irakese Geesten. Formé au Théâtre national de Bagdad, le jeune metteur en scène irakien Mokhallad Rasem a trouvé, après maints détours, un toit au Monty à Anvers. Mais son pays, c’est le théâtre. Dans Monde.com (Facebook), sa nouvelle création, il réunit des individus d’origines et de parcours multiples autour d’un dispositif cinématographique. De leur propre vie, ils n’ont plus qu’une cassette vidéo : souvenirs d’enfance, moments d’amour ou de souffrance, expériences de guerre ou de solitude… Un abîme culturel les sépare, mais Rasem efface ces différences, sans jamais tomber dans les clichés. Les habitants de Monde.com (Facebook) tentent de réaliser un nouveau montage de leur vie. Les traumatismes peuvent-ils être coupés de la mémoire ? Les souvenirs peuvent-ils être réassemblés ? Pour construire ce spectacle collectif, Rasem raccorde des mots, des images, du son et du mouvement. Monde.com (Facebook) est un questionnement profondément personnel sur les sacrifices à consentir pour réaliser ses rêves…

Mise en scène
Mokhallad Rasem

Assistant mise en scène
Ahmed Khaled

Texte
Mokhallad Rasem & Birsen Taspinar

Avec
Duraid Abbas, Jessa Wildemeersch, Sarah Eisa, Ahmed Khaled, Lore Uyttendaele, Mokhallad Rasem

Musique
Roeland Luyten

Décors
Mokhallad Rasem

Costumes
Jelle Spruyt

Vidéo
Hamdan Saray

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Les Brigittines

Production
Monty (Anvers)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Productiehuis Rotterdam (Rotterdamse Schouwburg), Theaterformen Hannover

Avec le soutien de
Theater Aan Zee (Oostende)

Merci à
Les Brigittines

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Mokhallad Rasem, le 12 avril 2011

Chacun a sa propre cassette vidéo qui restitue le récit de vie. Le film qui se joue quand on croit que sa vie s’arrête. La vie que nous a donnée notre mère, et la vie que l’on mène soi-même.

À quoi ressemblerait le film de ta vie ? Serait-il réaliste ou romantique ? Violent ou drôle ? Peut-être serait-ce un film ennuyeux ? Ou absurde ?

Ton monteur intérieur réunit toutes tes impressions quotidiennes et les différentes voix qui résonnent en toi. À partir de toutes tes références, ton toi dialogique forge un récit de vie. Ce processus de montage nous permet de restituer un ensemble complexe, cohérent et stratifié de nos vies. Des images et des voix de mondes différents se rencontrent à un carrefour. Les tournants soudains sont parfois de véritables chocs dans le for intérieur d’une personne. Mais comment monter toutes ces bribes en un ensemble fluide et continu ?

Qu’aimais-tu couper ? Y a-t-il des passages qu’il faut libérer de leur douleur ? Peut-être aimerais-tu un tout autre ordre de succession ?

Y a-t-il des scènes qui ne peuvent pas porter la complexité dans laquelle tu te trouves ?

Ou bien te demandes-tu comment tu pourrais rendre ton film intéressant si tu estimes qu’il ne s’y passe rien ?

Y a-t-il des passages très calmes, encore porteurs de sens ?

Comment rendre l’intensité d’une vie sans répit ?

Quels effets faut-il utiliser pour transposer les bruits assourdissants en silence ?

Quand on fuit une certaine réalité, quelle qu’elle soit, nous sommes en deuil. Il faut chercher de nouvelles significations, un nouveau langage. Quel langage le film de ta vie a-t-il besoin pour adoucir les conflits qui font rage en toi ?

Il est à présent 20h30 en Belgique, 22h30 au pays où est née la civilisation. Deux heures de décalage horaire, comment peut-on représenter cela ? Comment deux heures de décalage horaire peuvent-elles converger en un seul passage. Ou en une seule personne ? Peux-tu, à partir de ton regard, écrire tes souvenirs à travers mon regard ? Vais-je pouvoir entendre les bruits de la guerre dans ton corps ? Nos lèvres liront-elles les tremblements angoissés ?

Seconde partie anthropologique : Mon film n’est pas achevé. Peut-être peux-tu exercer une influence sur l’émergence de nouveaux passages. Comment puis-je rendre ton image qui se reflète en moi ? Peut-être ai-je peur que tu fasses encore parler une voix inconnue en moi ? Comment puis-je te montrer une seule personne, sans nier les différentes parts de moi-même ? Peut-être n’oses-tu pas regarder mon film ? Comment puis-je te montrer ma vidéo, sans voir ce regard dont je suis fatigué ?

Sans devenir l’autre qui dérange ?

Peut-être entends-tu les cris d’une voix qui s’éteint en moi ? Comment puis-je t’aider à faire subsister Babylone et Sumer dans le film de ma vie, dans les films de nos vies ?

Biographie / parcours

Le metteur en scène Mokhallad Rasem est né à Bagdad en 1981. La passion du théâtre lui a été transmise par son père, le célèbre acteur Rasem Al Jumaily. Lors de sa formation en jeu et mise en scène à Bagdad, l’accent portait sur l’histoire du théâtre européen, depuis les Grecs jusqu’au théâtre contemporain, en passant par Molière, Shakespeare et Brecht. (Que l’histoire du théâtre arabe n’y fût abordée latéralement que dans une seule matière tient vraisemblablement au fait que l’Irak a été sous mandat britannique jusqu’en 1932). C’est au cours de cette même période qu’il fit ses premiers pas au Théâtre National de Bagdad, une maison où se produisaient des metteurs en scène de toutes tendances. Il s’attacha à cette occasion à des œuvres du répertoire occidental, telles que Docteur Faust de Marlowe et Le Songe de Strindberg.

De 2001 à 2005, Mokhallad Rasem intégra la compagnie Fadaa El Timrin El Moustemer (Continuous Training Space Workshop) à Bagdad. Leur spectacle Sorry, Sir, I didn’t mean it remporta en 2004 le prix du meilleur spectacle au International Experimental Theatre Festival du Caire. En 2005, la compagnie fit une tournée en Allemagne à l’invitation de Roberto Ciulli (Theater an der Ruhr, Mülheim). Compte tenu de la situation toujours plus périlleuse en Irak, Mokhallad Rasem choisit de s’installer en Europe. Il atterrit finalement en Belgique, à Anvers, où il trouva refuge au théâtre Monty. Mais sa véritable patrie est et demeure le théâtre. Au cours de la saison passée, Rasem parvint à s’imposer dans le paysage des arts de la scène avec le spectacle primé Esprits Irakiens, une pièce sur les répercussions des récentes guerres irakiennes sur le passé, le présent et l’avenir de la génération de Rasem. Irakese Geesten (Esprits irakiens) a été sélectionné par le Theaterfestival 2010 et a remporté le Prix KBC de la Création au festival Theater aan Zee 2010 pour « la maîtrise et l’énergie avec laquelle une expérience de vie personnelle est donnée en partage à travers des images aussi saisissantes qu’ambivalentes », dixit le jury. Le journal De Standaard qualifia le spectacle de « la surprise – et de loin – de la saison théâtrale écoulée : une déclinaison de la guerre d’Irak en une dizaine de tableaux, tantôt s’apparentant à une cérémonie des Oscars, tantôt à une incommensurable goinfrerie : la thématique censément insaisissable de la guerre met en l’espèce le théâtre véritablement sous tension ».

À la demande du Festival XS du Théâtre National à Bruxelles, Mokhallad Rasem a présenté en mars 2011 un spectacle d’une durée de 25 minutes : (Mijn Paradijs) Ritueel. Droom ((Mon paradis) Rituel. Rêve) Cette pièce lui servira de matrice pour l’élaboration d’un spectacle à part entière dans le courant de la saison 2011-2012, où il créera également un Caligula, d’après l’œuvre d’Albert Camus.

Mokhallad Rasem à propos de Monde.com (Facebook)

« Cette création a une histoire particulière : j’avais déjà utilisé les mêmes données pour deux projets précédents. Fin 2009, le théâtre Monty m’a invité à présenter une demi-heure de représentation dans le cadre de HIT THE STAGE, qui est une vitrine pour des œuvres en chantier. C’était pour moi l’occasion rêvée de me produire en Belgique en tant que metteur en scène. J’ai développé ce projet, qui s’appelait alors BagdadBelgië.com, avec seize performeurs amateurs. Travailler avec des amateurs requiert une autre méthode, une autre approche. On entre en contact avec un monde différent de l’univers professionnel auquel on est accoutumé. C’était une expérience très enrichissante. Le budget pour la réalisation était réduit au minimum, chacun puisait dans son propre enthousiasme. Ce type d’engagement est admirable et alimente un autre régime de créativité. C’est évidemment très bien d’avoir de l’argent, mais ce n’est pas une condition indispensable pour faire bien, pour faire beau. Par ailleurs, l’argent génère d’autres sortes de rapports, d’autres tensions… »

« Le spectacle a été bien accueilli et j’ai eu l’opportunité de poursuivre le travail. De là procède BagdadMonde.com, que j’ai développé avec les acteurs Ahmed Khaled, Jessa Wildemeersch et Sarah Eisa. Cette pièce a été programmée en juin 2010 dans le cadre du festival SIWA et jouée aux Bouffes du Nord, le fameux théâtre parisien de Peter Brook. Pour Monde.com (Facebook), j’ai repris la même équipe avec deux nouveaux acteurs en plus : Duraid Abbas et Lore Uyttendaele. »

« Bien sûr que je veux faire de Monde.com (Facebook) un spectacle aussi fort que possible, mais ce matériau est pour moi avant tout l’occasion d’éprouver et d’approfondir plusieurs variantes d’une méthode. La première représentation a engendré les deux suivantes. Après Monde.com (Facebook), je pourrais reprendre le même processus de travail avec un autre groupe d’acteurs, dans quelque contexte culturel que ce soit. Je pars en effet de la vie réelle des acteurs pour déboucher sur des sujets universels tels que l’amour, la mort, la sexualité, la guerre… On commence par des improvisations puisées dans le bagage physique et émotionnel de chacun. Je travaille également avec un psychologue, qui suit les répétitions et suggère de nouvelles pistes, des questionnements susceptibles de stimuler les acteurs. Tout ce matériau finit par prendre place dans la structure de base que j’ai fixée au commencement des répétitions. »

« Quels épisodes intenses de ton existence remontent en surface ? Quels sont les moments que tu préférerais oublier, effacer, échanger contre d’autres souvenirs ? Quelle sorte de film serait ta vie : un film de guerre ? Une tragicomédie ? Un thriller ? Quels types de clichés sont récurrents dans ta vie ? Ce qui prévaut chez moi et mes amis irakiens, c’est une image de la guerre, d’un pays dévasté, de la vie sous la dictature. Telle est en effet la situation, mais c’est sans doute une vision trop unilatérale de notre pays, de notre vie. La Belgique aussi, c’est tout de même plus que la bière, les frites et le chocolat ? »

« Le changement de titre implique chaque fois aussi un déplacement du sens. BagdadBelgië.com s’attardait sur les différences interculturelles ; BagdadMonde.com aborde plutôt la relation que « nous », Irakiens, avons au monde environnant. Dans Monde.com (Facebook), je veux tout chambouler. En tant que metteur en scène, je me pose de plus en plus de questions concernant ma position vis-à-vis des autres, ma place dans le monde. Le théâtre est finalement une sorte de société miniature. Un metteur en scène coordonne un groupe d’individus, les met à l’épreuve, leur donne du courage et de la confiance. Il peut même arriver que ça vire à la dictature… (rires) »

« L’identité est une donnée récurrente dans mon travail. Il y a un dicton irakien qui dit : ‘Nous sortons tous du même trou.’ La vie s’étend là devant nous, mais le monde ne cesse de changer ta vie. Ta famille, ton pays, ta religion et tant d’autres facteurs concourent à ton identité. Comment s’y prendre ? Dans quelle mesure peut-on changer sa propre identité ? D’où évidemment la référence à Facebook, qui représente pour tant de gens l’outil idéal pour composer librement leur propre identité. Sur scène, nous travaillons également avec des poupées, qui donnent corps à cette panoplie de personnes ou personnages qui cohabitent en chacun d’entre nous. On dit en Irak : ‘Ton ombre est plus sincère que toi’. »

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Mokhallad Rasem était lié au Théâtre national de Bagdad en tant que comédien et metteur en scène. Depuis quelques années, il travaille à Anvers où il crée des productions théâtrales. En 2010, il a présenté Irakese Geesten au Monty, un spectacle sur l’impact des guerres récentes dans son pays sur le passé, le présent et l’avenir de sa génération. Irakese Geesten a été sélectionné pour le Thetarfestival 2010 et a remporté le Prix KBC de la Création du jeune théâtre au festival Theater Aan Zee 2010. La pièce a en outre été nommée pour les Cutting Edge Awards du meilleur spectacle de théâtre 2010.

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