manger

Paleis voor Schone Kunsten / Palais des Beaux-Arts

1 h

29/05 – 23:59
30/05 – 18:00


Boris Charmatz travaille la scène comme un laboratoire pour les idées et un terrain de jeu pour les corps. En tant que chorégraphe et directeur du transgressif Musée de la danse, il met continûment à l’épreuve les bases de la danse contemporaine. Après avoir créé d’amples chorégraphies de groupe en 2011 et 2012, Charmatz adopte aujourd’hui une tout autre approche du corps. Son dernier projet est une installation mouvante qui dirige le regard vers l’intérieur et explore l’acte quotidien de manger. Comment mangeons-nous ? Comment digérons-nous la réalité ? La bouche est un carrefour de circulation où se rencontrent et s’échangent l’intérieur et l’extérieur, le moi et le monde. Charmatz sert au public une délectable sculpture vivante. Quatorze corps mâchent, croquent, recrachent, ingèrent, régurgitent, éructent, parlent, chantent, dansent… Une chorégraphie péristaltique. manger, ou un réel avalé, une utopie déglutie, une lente digestion du monde. Goûtez-y !

Chorégraphie
Boris Charmatz

Avec
Or Avishay, Matthieu Barbin, Nuno Bizarro, Ashley Chen, Olga Dukhovnaya, Alix Eynaudi, Julien Gallée-Ferré, Peggy Grelat-Dupont, Christophe Ives, Maud Le Pladec, Filipe Lourenço, Mark Lorimer, Mani A. Mungai, Marlène Saldana

Lumières
Yves Godin

Création sonore
Olivier Renouf

Arrangements & entraînement vocal
Dalila Khatir

Assistant chorégraphie
Thierry Micouin

Régisseur général
Mathieu Morel

Habilleuse
Marion Regnier

Production
Sandra Neuveut, Martina Hochmuth, Amélie-Anne Chapelain

Diffusion
Clémence Sormani

Musique
Ticket Man, The Kills ; Hey Light, Animal Collective ; King Kong, Daniel Johnston ; Leisure Force, Aesop Rock ; Je t’obéis, Sexy Sushi ; La Folia, Arcangelo Corelli ; Symphony n°7, Ludwig van Beethoven ; Qui habitat, Josquin des Prez ; Three Voices, Morton Feldman ; Lux Alternae, György Ligeti

Texte
Le bonhomme de merde dans L’Enregistré, Christophe Tarkos, P.OL., 2014

Présentation
Kunstenfestivaldesarts

Production
Musée de la danse/Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne
Direction : Boris Charmatz
Association subventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles / Bretagne), la Ville de Rennes, le Conseil régional de Bretagne & le Conseil général d'Ille-et-Vilaine

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Ruhrtriennale – International Festival of the Arts, Théâtre National de Bretagne (Rennes), Théâtre de la Ville & Festival d’Automne à Paris, steirischer herbst (Graz), Holland Festival (Amsterdam), Künstlerhaus Mousonturm (Francfort)

Représentation à Bruxelles avec le soutien de
Institut français

Remerciements
Alexandra Vincens, Imane Alguimaret, Marguerite Chassé, Noé Couderc, Lune Guidoni, Hypolite Tanguy, les étudiants de P.A.R.T.S. (Bruxelles) et du Master-Studiengang Performance Studies (Université d’Hambourg), Baiba Bartkevica

Créé à la
Ruhrtriennale – International Festival of the Arts 2014

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À propos de manger

« La danse a inventé l’anorexie. Les marathoniens s’alimentent en courant. Les prisonniers font la grève de la faim. Le rituel du repas tend à disparaître. Un enfant mange en dansant. Je danse la bouche pleine. Tu manges couché. Elle dort debout. On digère les informations. Il danse en mâchant. Il mâche en dansant en chantant. Nous attaquons le mouvement à partir de la bouche. Des lèvres. Des doigts que nous suçons. Des pieds qui touchent la nourriture au sol. La danse est du ventre. La danse est du palais. La danse est des dents. La danse est de la langue. Nous enlevons table et chaises et nappe. Nous imaginons une sorte de repas en mouvement, nous mangeons tout, nous mangeons de tout, tout le temps. Nous sommes un orchestre en mouvement, autoalimenté. Écosystème spéculatif. La longue chaîne de nourriture passe en accéléré de bras en bras, la nourriture disparaît finalement dans les corps. Il y a toujours quelque chose à sauver dans les restes. Le décor devient invisible, il a été léché jusqu’à totale transformation. Chorégraphie des sucs. La chorégraphie des gens devient aussi la chorégraphie des aliments qui traversent l’espace et le corps par l’intérieur. Perméabilité totale. Le corps est ouvert sur une nourriture sur lequel il se referme. L’essentiel est enfoui dans la gorge. Vous ne voulez pas mourir étouffés. Vous avalez le message sans l’avoir lu. Vous avalez le réel. Vous digérez les conflits. Ils mangent au sens large. Réel avalé.

… Manger couché Dormir debout Digérer les informations Danser la bouche pleine Chanter en mâchant Mâcher en dansant Danser en pensant en chantant en avalant Attaquer le mouvement à partir de la bouche Des Lèvres Des doigts que l’on suce Des pieds qui touchent la nourriture au sol Enlever la table Les chaises La nappe Enlever le rituel du repas Imaginer un dîner mobile Un repas mobile infini Manger tout De tout Tout le temps Longue chaîne de nourriture qui se dérobe Disparition du décor Invisibilité de l’essentiel enfoui dans la gorge Ne pas mourir étouffé Grève de la faim Corps-objet-de-grève Avaler le message Ingérer le réel Digérer les conflits en avalant le réel Réel avalé Enfant mangeant dansant Orchestre humain auto-alimenté Donner une friandise à l’autre pour qu’il continue à bouger Danse du palais Des dents De la langue et surtout sans fin…

nous mangeons couché nous dormons debout nous digérons les informations nous dansons la bouche pleine nous chantons en mâchant nous mâchons en marchant nous dansons en pensant en chantant en avalant nous attaquons le mouvement à partir de la bouche des lèvres des doigts que nous suçons des pieds qui touchent la nourriture au sol la danse est du palais la danse est des dents la danse est de la langue nous enlevons table et chaises et nappe nous enlevons le rituel du repas nous imaginons une sorte de repas en mouvement nous mangeons tout nous mangeons de tout tout le temps longue chaîne de nourriture passées de bras en bras la nourriture disparaît dans les corps le décor devient invisible la chorégraphie des gens devient aussi la chorégraphie des aliments qui traversent l’espace puis le corps par l’intérieur l’essentiel est enfoui dans la gorge nous ne voulons pas mourir étouffé nous faisons la grève de la faim notre corps devient un objet de grève nous avalons le message nous avalons le réel nous digérons les conflits un enfant mange en dansant ».

Boris Charmatz

Chorégraphe et directeur du Musée de la danse – institution hybride qui digère les formats et décadre les corps –, Boris Charmatz soumet la danse à des contraintes formelles qui redéfinissent le champ de ses possibilités : canon potentiellement infini de gestes dans Levée des conflits, corps d’enfants inertes, animés par des adultes dans enfant… La scène lui sert de brouillon où jeter concepts et concentrés organiques, afin d’observer les réactions chimiques, les intensités et les tensions naissant de leur rencontre. Avec manger, c’est le centre de gravité du mouvement qui se trouve déplacé : comment mouvoir le corps non à partir des yeux, des membres, mais de la bouche ? Faire de cette béance un cadre perceptif à part entière ? Carrefour où se mélangent nourriture, voix, souffle, mots, salive, la bouche est un lieu de circulation où l’intérieur et l’extérieur, le moi et l’altérité se rencontrent, se goûtent, se jaugent, s’échangent, s’ingèrent. En saisissant cette métaphore comme moteur chorégraphique, Boris Charmatz balise un champ général de l’oralité : pâte mâchée, avalée, la matière physique se fait mixture proliférante. Ça bouffe, ça chante, ça se goûte, s’entremêle, ça rayonne de bouche en bouche jusqu’à envahir tout l’espace. Dans ce mouvement continu d’ingestion surgissent des mélodies mastiquées, des tableaux de chair, des sculptures de voix, de nourriture et de peaux, esquissant un horizon collectif et sensuel. À la frontière de l’installation mouvante et de l’objet sonore indéterminé, manger est un « réel avalé », une utopie déglutie : une lente digestion du monde.

Gilles Amalvi
Texte extrait du programme du Festival d’Automne à Paris, et du Théâtre de la Ville-Paris

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Danseur et chorégraphe, Boris Charmatz (1973) a signé une série de pièces qui ont fait date, d’ Aatt enen tionon (1996) à manger (2014). En parallèle, il poursuit ses activités d’interprète et d’improvisateur (notamment avec Médéric Collignon, Anne Teresa De Keersmaeker et Tino Sehgal). Directeur du Centre chorégraphique national de Rennes et de Bretagne depuis janvier 2009, Boris Charmatz propose de le transformer en un Musée de la danse d’un genre nouveau. Un manifeste est à l’origine de ce musée qui a accueilli notamment les projets préfiguration , expo zéro , rebutoh , brouillon , Jérôme Bel en 3 sec, 30 sec, 3 min, 30 min, 3 h , Petit Musée de la danse, Fous de danse et s’est déplacé à Saint Nazaire, Singapour, Utrecht, Avignon, New York, Londres et Bruxelles. Artiste associé de l’édition 2011 du Festival d’Avignon, Boris Charmatz crée dans la Cour d’honneur du Palais des papes enfant , pièce pour 26 enfants et 9 danseurs, et propose Une école d’art , un projet Musée de la danse – Festival d’Avignon. Invité au MoMA (New York) en 2013, il y propose Musée de la danse: Three Collective Gestures , projet décliné en trois volets et visible durant trois semaines dans les espaces du musée. Après une première invitation en 2012, Boris Charmatz a été nouveau présent cette année à la Tate Modern (Londres) avec le projet If Tate Modern was Musée de la danse? comprenant des versions inédites des projets chorégraphiques À bras-le-corps , Levée des conflits , manger , Roman Photo , expo zéro et 20 danseurs pour le XX e siècle . En résidence au Centre national de la danse (2003-2004), il initie Bocal, école nomade et éphémère, qui réunit une quinzaine d’étudiants d’horizons divers. Professeur invité à l’Université des Arts de Berlin, il participe à l’élaboration d’un nouveau cursus en danse qui voit le jour en 2007. Il cosigne avec Isabelle Launay Entretenir/à propos d’une danse contemporaine (Centre national de la danse/Les Presses du réel, 2003), signe « Je suis une école » aux Éditions Les Prairies ordinaires et cosigne avec Jérôme Bel Emails 2009-2010 (2013, ed. Les Presses du réel en partenariat avec le Musée de la danse).

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