Maintain Your Freedom Before It's Too Late

CentreduFESTIVALcentrum

Ses œuvres sont imprégnées d'un sens profond de l'hospitalité, de l'amusement et d'un rejet de toute forme de hiérarchie. Il invite les visiteurs à les expérimenter non seulement conceptuellement, mais aussi physiquement. Né en Thaïlande où il vit et travaille, Surasi Kusolwong allie harmonieusement la fête bigarrée et la critique acérée de notre société. Il aime à travailler in situ, immergeant le public dans une installation contemporaine, aussi colorée qu'un marché de Bangkok. Il se régale à détourner ludiquement tout objet de consommation. Le Centre du Festival sera son antre où il interviendra en personne. Il y convie le spectateur au dépaysement et à la réflexion humoristique tout en lui donnant accès à des salons de massage thaïlandais et à ses propres recettes culinaires...

Concept:

Surasi Kusolwong

Presentation:

Théâtre National de la Communauté française, KunstenFESTIVALdesArts

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Mars 2006

Forget anything about art and anything else for a while
Surasi Kusolwong

« Quand on lit un livre, on ne se demande pas ce qu'est un livre : on s'abandonne à sa lecture. Quand on s'interroge sur le sens de sa vie, chaque réponse diffère. L'introspection est complexe mais complètement ouverte. Quand on aborde l'art contemporain, il semble toujours qu'il faille le cadrer dans une définition sous-tendue d'attentes (ou d'inattendus) : est-ce de l'art ? qu'est-ce que l'art ? Suis-je face à un objet artistique ? On ferait mieux d'oublier tout cela qui obture l'esprit et d'aborder l'art sans préjugés, de l'absorber en s'y laissant aller... »

Surasi Kusolwong est un nomade transcontinental qui au gré de ses pérégrinations se laisse imprégner par le rythme des paysages modernes, des paysages urbains, rapides ou lents, que le sollicite émotionnellement. C'est exactement ce qu'il essaie de transcrire dans son œuvre au cœur de laquelle le visiteur joue le premier rôle. Il peut suspendre à l'envers une carcasse de coccinelle désormais cocon intime habillé de confortables coussins, disponible à la relaxation rêveuse, comme transformer un musée en marché à la criée où les objets en profusion doivent partir à 1 €. Métamorphoser un espace d'exposition en zone urbaine mêlant circuit automobile, juke-box, station service et distributeur de boissons procède pour lui de la création artistique, qu'il s'amuse à instiller de couleurs criardes et citations d'artistes. Pour découvrir ses territoires où l'espace intime se renverse en espace public, il faut déambuler.

Surasi Kusolwong est un capteur sensible et intuitif de tous les signes extérieurs de la société de consommation et de divertissement trahissant les modes de vie, ici en Occident, chez lui, en Thaïlande. Il savoure leur mélange. C'est aussi un érudit qui, dans chaque pays qu'il investit, glane dans l'univers de ses artistes-penseurs, matière à intriguer le réel. En Belgique, ses propres intuitions rencontrèrent naturellement celles de Marcel Broodthaers dont la poésie contamina sa vie durant les arts plastiques comme la matérialité de notre monde. Un rétif comme lui à toute sacralisation qui fit des objets des « détonateurs de fiction ».

Broodthaers avait ouvert chez lui en 1968 un musée fictif, le Musée D'Art moderne (Section XIXe siècle) Département des Aigles. Se référant à l'autorité mythique de l'aigle comme à sa bêtise notoire, il associait la représentation majestueuse de l'art et la représentation majestueuse de l'aigle. Il avait inscrit le nom du musée sur ses fenêtres et jonché son appartement de caisses de transport, scellées et étiquetées, la caisse valant pour l'œuvre qu'elle était censée contenir : critique des lieux officiels d'exposition, de stockage et de légitimation de l'art. Lui renvoyant la balle, Surasi Kusolwong dispose à l'entrée du Théâtre National une table de ping pong... qu'il parsème de statuettes d'aigles.

A Bruxelles, le Thaïlandais prend possession d'un théâtre neuf au centre de la ville, fait Centre d'un festival, « meeting point », par excellence. Il titre son intervention : Maintain Your Freedom Before It's Too Late, injonction qu'il donne à lire en lettres de vinyle sur la tranche des étages et le soutènement des escaliers. « Ce lieu est agencé pour répondre aux conventions qui conditionne l'accès à un spectacle, j'y lance une incitation à sortir de ses habitudes ».

Travaillant sur le paradoxe, Surasi aime à intégrer dans une atmosphère son opposé ou à souligner du familier l'incongruité. Dans Bruxelles-la-grise et au cœur de l'immaculé Théâtre National, il appelle la chaleur des couleurs de Bangkok. L'escalier et le blanc est dominant dans ce bâtiment : Surasi strie ses rampes et balustrades de centaines de néons bigarrés. « En Thaïlande, on orne ainsi les alentours des temples de tissus chatoyants ou de néons quand s'y préparent une célébration. Le chemin pour voir Bouddha est animé... par les marchés et autres parties de foot... ! »

En réponse à la réglementation anti-tabac qui sévit dans le monde entier dans les lieux publics depuis janvier 2006, le Thaïlandais conçoit à l'étage une « smoking box » : boîte fermée de la taille d'un ascenseur, percée de trous ronds, où l'on peut à l'intérieur s'asseoir pour fumer devant ses photos de voyage, mais à l'extérieur de laquelle on peut aussi fumer debout, pour autant que la cigarette et la tête qui la grille se place à l'intérieur par le trou prévu à cet usage... Surasi intervient ainsi ludiquement à tous les niveaux du théâtre et enchevêtre plusieurs niveaux des mentalités belges et thaïlandaises. Le Belge a-t-il une brique dans le ventre ? Celle-ci, d'un rouge familier, est utilisée pour construire un bas et long muret, comme ramené de l'extérieur, pour devenir longue banquette d'intérieur.

Ça et là, des sculptures d'ampoules en rayonnages, de CD's en étalages, ou de reflets de miroirs. Une caméra est attachée au corps du bâtiment à l'instar de celle que Trisha Brown dansant fixait derrière elle pour devenir spectatrice de sa propre chorégraphie. Des chaises et tables hybrides soigneusement choisies voit s'altérer bizarrement les lignes de leur design. Dans le vestiaire, entre les manteaux, pendent différents uniformes que le public peut choisir d'endosser. Aux étages, un podium est ouvert aux velléités artistiques des artistes comme des anonymes. Et un tapis moelleux sert de salon de massage...

« Les gens associent souvent le massage thaïlandais à l'industrie du sexe. Mais les authentiques massages traditionnels Thaï sont bien loin de tout ça. Les moines les exercent dans les temples pour favoriser la disponibilité à la rencontre avec Bouddha, au même titre que la méditation ou les textes sacrés. Ils sont depuis longtemps considérés comme l'axe central des soins médicaux traditionnels, associés à la pharmacopée, au point que dans certains hôpitaux tout traitement commence par un massage. Il a l'art de connecter celui qui le reçoit, comme celui qui le donne, à l'harmonie de l'univers et à l'énergie universelle. La finalité de toute séance de massage thaï est le bien-être des pieds à la tête et une profonde relaxation. Le massage thaï fait partie du véritable art de vivre thaï. Le banal « comment ça va ? » qui n'est plus qu'une question de forme, il lui redonne du sens en investissant l'attention portée à l'autre. »

Tout est là.

L'œuvre - ses questionnements et toutes les idées conceptuelles qui la modèlent - ne valent rien pour Surasi si elle ne se concrétise pas par un partage. Ses pensées, ses réflexions, ses incitations, il travaille à les traduire de manière tangible afin qu'elles soient éprouvées naturellement par le visiteur. Il dit ce qu'il veut prouver et prouve ce qu'il veut dire. « J'aime confronter les gens à leurs propres comportements et habitudes en les décadrant de leur contexte familier. Le questionnement des changements économiques et socioculturels des deux mondes (asiatique et occidental) est à l'œuvre dans ma proposition mais comme un effet secondaire... »

« Ce qui m'intéresse, c'est la mise en place de points de rencontre, hospitaliers, amusants et non hiérarchisés. Et pour se faire, je mets du chaud là où règne le froid, ou du « clean » là où c'est sale, ou des couleurs là il n'y en pas : j'aime jouer sur les opposés, mélanger des éléments de ma culture thaï avec des éléments de culture occidentale... Ici, j'interviens dans un théâtre dont la fonction sera un mois durant celle d'un meeting point sur trois étages puisque c'est là l'objectif d'un centre de festival. Peut-être que « ceci n'est pas un centre », les apparences pourraient-elles être trompeuses à ce point ? », lance l'artiste qui s'amusa à enfumer (littéralement !) la présentation du programme du KunstenFESTIVALdesArts lors de la conférence de presse, premier signe de sa présence à Bruxelles...

Claire Diez

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Après ses années d'études en Allemagne, l'artiste plasticien thaïlandais Surasi Kusolwong (°1965) retourne à Bangkok où il vit et travaille depuis 1996. Son palmarès d'expositions solos et de groupe est pour le moins impressionnant et varié : ces dix dernières années il a présenté son travail dans divers musées et espaces d'exposition non seulement dans son pays mais aussi au Japon, Corée, Turquie, Europe du nord et du sud, Etats-Unis et Australie. L'année dernière, il a consacré le célèbre Palais de Tokyo à Paris avec une de ses expositions, tout comme au Kunsthalle de Vienne. Il est tout aussi bien représenté dans les festivals internationaux comme les biennales de Sydney, Brisbane et Taipei pour ne nommer qu'eux. Il continue à travailler parallèlement en Thaïlande : à l'été 2001 son travail était présenté à Watou.

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