Macbeth

KVS_BOL

13, 15, 16/05 – 20:00
IT > NL / FR
2h

Deux ans après l’électrochoc causé par son « exposition vivante » Exhibit B, le metteur en scène sud-africain Brett Bailey refait l’événement au Kunstenfestivaldesarts en y créant un cinglant spectacle de théâtre musical. Un groupe de réfugiés fuyant les conflits qui ravagent l’Est du Congo découvrent quelques costumes élimés, un livret jauni et de vieux enregistrements du Macbeth de Verdi. C’est le point de départ d’une réinterprétation de l’histoire ancestrale de la passion et du pouvoir avec en toile de fond l’exploitation du continent africain et de ses habitants. Bailey voit l’opéra de Verdi comme « le mémento délabré d’une ère révolue », aujourd’hui criblé de balles et envahi de plantes grimpantes. Mêlant audacieusement styles théâtraux et musicaux, il confronte ce monolithe culturel de l’époque coloniale aux sanglantes guerres civiles menées pour l’appropriation des ressources naturelles consommées par le « monde développé ». Un Macbeth dérangeant.

Concept, adaptation & mise en scène
Brett Bailey

Musique
Fabrizio Cassol, adapté de Macbeth de Verdi

Chef d’orchestre
Premil Petrovic

Lumières
Felice Ross

Chorégraphe
Natalie Fisher

Macbeth
Owen Metsileng

Lady Macbeth
Nobulumko Mngxekeza

Banquo
Otto Maidi

Chœur
Sandile Kamle, Jacqueline Manciya, Monde Masimini, Siphesihle Mdena, Bulelani Madondile, Philisa Sibeko, Thomakazi Holland

No Borders Orchestra
Mladen Drenic (1er violon), Jelena Dimitrijevic (2e violon), Sasa Mirkovic (viole), Bozic Dejan (violoncelle), Goran Kostic (contrebasse), Jasna Nadles (flûte), Nenad Nesic (clarinette), Milos Dopsaj (basson), Nenad Markovic (trompette), Viktor Ilieski (trombone)

Percussionistes
Cherilee Adams, Dylan Tabisher

Chargé de production
Barbara Mathers

Directeur technique
John Page

Manager
Catherine Henegan

Régisseur en chef
Pule Sethlako

Ingénieur audiovisuelle & assistant technique
Carlo Thompson

Animation
Roger Williams

Photos
Marcus Bleasdale/VII & Cédric Gerbehaye

Sous-titrage
Brett Bailey

Pianiste de répétitions
Jose Diaz

Accessoires
Iron Pear & Cristina Domenica Salvoldi

Costumes
Penny Simpson

Assistante administration & production
Helena Erasmus

Entraineur vocal
Albert Combrink

Copiste
Stephane Payen

Photos publicité
Morne Van Zyl & Brett Bailey

Production internationale
Frans Brood Productions & UK Arts International

Remerciements
Roger Christmann, Artscape, Rockefeller Foundation, Bellagio Institute

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, KVS

Production
Third World Bunfight (Le Cap)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, KVS (Bruxelles), Theaterformen (Braunschweig), The Barbican (Londres), Wiener Festwochen, La Ferme du Buisson/Festival d’Automne à Paris

Avec le soutien de
EU Cultural Fund avec le soutien du Programme Culture de l’Union Européenne, Artscape

Sous-titrage soutenu par
ONDA-Office national de diffusion artistique

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Le conflit dans l’Est de la République Démocratique du Congo (R.D.C.)

À la suite du génocide rwandais de 1994, un million de réfugiés hutus et de génocideurs ont fui en R.D.C., de l’autre côté de la frontière, où ils ont déstabilisé la région et provoqué des tensions ethniques et territoriales de basse intensité. Les guerres subséquentes et la violence continue ont causé la mort de 5,4 millions de personnes – le plus grand nombre de victimes de guerre depuis la Seconde Guerre mondiale. Sans compter les millions de personnes déplacées. Des milices aux affiliations ethniques et nationales se dissolvent et se réalignent. Des seigneurs de guerre émergent et rassemblent malfaiteurs et enfants soldats qui terrorisent les populations civiles. Le viol et l’esclavage sexuel sont un véritable fléau.

L’une des premières causes de la crise continue est l’immense richesse minérale de la région. Des milices rivales s’affrontent pour le contrôle des mines. Ils forcent les locaux, hommes, femmes et enfants à travailler dans les mines sous la menace des armes. Ils les rançonnent quotidiennement et leur laissent à peine de quoi survivre. Quand une nouvelle milice prend le contrôle de la mine, elle massacre, mutile et viole pour asseoir son pouvoir. Les enfants orphelins sont forcés à travailler dans les mines ou enrôlés dans les bataillons. Les taxes collectées servent à financer les opérations, et à acheter des armes et des munitions.

Le système est maintenu en place par des membres de gouvernements voisins et par des sociétés multinationales qui s’approprient les minéraux de la région et réalisent des bénéfices considérables au cours des différents stades de production de biens électroniques et industriels et de bijoux. Ils investissent de l’argent liquide dans la zone de conflit et facilitent le transfert d’armes et de munitions aux milices. Ils sont parfaitement conscients des atrocités commises. Ils voient les flux de réfugiés civils. Ils voient leur déchirement. Mais il s’agit de dommages collatéraux. On ne peut pas être sentimental. Il y a du bénéfice en jeu. Et après tout, ces « habitants primitifs de la forêt congolaise » sont-ils vraiment des humains à part entière ?

La première impulsion à monter ce spectacle est née du désir de situer Macbeth dans un contexte africain, comme je l’avais déjà fait avec Médée et Orphée.

Je suis fasciné par la manière dont les choses (les religions, les philosophies, les modes culturels et les marchandises) échouent ou sont déversées sur les côtes africaines et dont on se les y approprie, les infiltre, les modifie et leur attribue de nouveaux usages.

C’est dans ce même esprit que je voulais prendre l’opéra de Verdi qui parle de sorcellerie, de tyrannie, et de soif de pouvoir et le traiter de la même façon : me l’approprier, l’infiltrer, le modifier. J’ai imaginé l’opéra comme un monolithe architectural du XIXe siècle – une cathédrale coloniale – perdu dans la forêt ou la savane de l’Afrique centrale ; un souvenir d’une époque précédente, aujourd’hui en ruine, criblé de balles, recouvert de graffiti, s’écroulant sous le poids des plantes grimpantes.

Des thèmes récurrents dans mes productions sont les atrocités commises en Afrique par les pouvoirs coloniaux européens rapaces ; l’exploitation sans merci des ressources du « monde en développement » par les multinationales ; le « monde souterrain » dans lequel des millions de personnes suent sang et eau et croupissent dans la misère pour fournir des matières premières et des ressources aux marchés du monde riche ; et l’instabilité que provoquent et attisent dans ces pays des « superpuissances » efficaces.

En tant qu’artiste sud-africain ayant voyagé et travaillé dans de nombreux pays d’Afrique, ces thèmes me collent à la peau.

J’ai pris conscience de la catastrophe dans l’est du Congo, de sa mesure et de sa complexité, depuis plusieurs années déjà. Je suis frappé par le fait que si peu de gens en dehors de la région sont même au courant de la situation : parce qu’elle couve dans un coin sombre de l’Afrique centrale (plutôt qu’au Moyen-Orient), elle est quasi invisible.

Pour Macbeth, j’ai créé une troupe d’acteurs-réfugiés des zones de conflit de l’est du Congo. Ils avaient trouvé un vieux coffre rempli de fourbi (partitions musicales, costumes, etc.) d’une compagnie amateur qui a interprété l’opéra de Verdi dans la région à l’époque coloniale : un lien fascinant entre la situation actuelle et les horreurs perpétrées au nom du profit par l’administration belge.

La troupe s’est servie du matériel de cet ancien Macbeth trouvé dans le coffre pour raconter la situation terrifiante qui dévaste leur pays en ce moment. À l’instar des dizaines de milliers d’Africains qui affluent chaque année en Europe sur des embarcations de fortune ou par avion, mais que l’on considère comme des statistiques anonymes problématiques, ces acteurs ont une histoire désespérée à raconter. Ils sont des émissaires de la région des Grands Lacs venus porter leur histoire avec fermeté sur la scène mondiale.

Enfin, j’ai demandé au compositeur belge renommé Fabrizio Cassol d’arranger la partition de Verdi pour un ensemble restreint.

Brett Bailey

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Le Sud-Africain Brett Bailey est auteur dramatique, scénographe, metteur en scène, concepteur d’installations, et directeur artistique de la compagnie Third World Bunfight. Il travaille dans toute l’Afrique du Sud, au Zimbabwe, en Ouganda, à Haïti, au Royaume-Uni et en Europe. Parmi ses drames iconoclastes très applaudis qui interrogent les dynamiques du monde postcolonial, on peut citer BIG DADA, IPI ZOMBI?, iMUMBO JUMBO, medEia et ORFEUS. Ses installations performances incluent Exhibit A & Exhibit B. Ses œuvres, jouées à à travers l’Europe, l’Australie et l’Afrique, ont remporté plusieurs prix, y compris une médaille d’or pour la scénographie à la Quadriennale de Prague, en 2007. Quatre ans plus tard, il a présidé le jury de cette quadriennale. De 2006 à 2009, il a dirigé la cérémonie d’ouverture du Festival international des Arts de Harare et en 2009, celle du Sommet mondial des Arts et de la Culture à Johannesburg. De 2008 à 2011, il a assuré la programmation du seul festival des arts public en Afrique du Sud, Infecting the City, au Cap. En 2012-2013, il était membre du jury de la compétition Music Theatre Now de l’International Theatre Institute. En 2014, il a prononcé le message de la Journée mondiale du Théâtre de l’International Theatre Institute à l’UNESCO.

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