Lugares Comunes

25.26.27/05>20:30

Lieux communs, partagés par tous, menacés d'usure, à réinvestir. Chorégraphe, Benoît Lachambre (100 rencontres Bruxelles, 2003) nous reconnecte avec son sujet de prédilection : la confluence, ce territoire de jonction entre l'un et l'autre - 10 danseurs et des spectateurs, une scène et une salle, l'être et le collectif dans lequel il s'ancre. Il y a toujours un tissu pour séparer et unir les organes. On le dit conjonctif. Matérialiser cet espace commun : muer ses intérieurs en extérieurs, lui injecter du sens par tous les sens, créer des incursions qui soient... excursions. Aussi frivole qu'une comédie musicale futuriste, Lugares communes courtise l'audace d'une science-fiction pour activer les notions de corps énergétique, d'empathie, d'influence et de cohabitation. Son essence est l'utopie.

Direction:

Benoît Lachambre

Dramaturgie:

Myriam van Imschoot

Danse et chorégraphie:

Germana Civera, Daelik, Hanna Hedman, Saskia Hölbling, Ziyian Kwan, Moravia Naranjo, Fabrice Ramalingom, Andrea Stotter, Stephen Thompson

Conception de l'espace et des costumes:

Nadia Lauro

Musique:

Laurent Maslé

Conception lumières:

Jean Jauvin

Régie scène:

Olivier Even

Son:

Kenan Trévien

Régie lumières:

Jean Jauvin & Frédéric Roudaut

Production:

Par B.L.EUX

Coproduction:

cie.DANS.KIAS (Vienna), ImPulsTanz (Vienna), Kaaitheater, PACT Zollverein (Essen), Le Quartz, Scène nationale de Brest, Tanz im August (Berlin), Théâtre de la Ville (Paris), Usine C (Montréal)

Remerciements à:

Le Conseil des Arts du Canada, Conseil des arts et des lettres du Québec, Le Conseil des Arts de Montréal, Le Ministère des Relations internationales du Québec et le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada de leur appui financier

Benoît Lachambre est chorégraphe associé au Quartz, Scène nationale de Brest

Présentation:

Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts

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I

Lugares Comunes , ça pourrait être... le nom d'un mouvement de résistance clandestin. Ou bien, le titre d'un journal qui rapporterait les faits et gestes d'une société, au-delà de nos points de repère spatio-temporels familiers ? Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'une excursion néo-scientifique aux plans du possible, là où le virtuel et le réel ne sont qu'à un battement d'aile l'un de l'autre.

Benoît Lachambre nous reconnecte avec son sujet de prédilection : la confluence, ce territoire de jonction entre l'un et l'autre, 10 danseurs et des spectateurs, une scène et une salle, l'être et le collectif dans lequel il s'ancre. Il y a toujours un tissu pour séparer et unir les organes. On le dit conjonctif. Matérialiser cet espace commun : muer ses intérieurs en extérieurs, lui injecter du sens par les sens, créer des incursions qui soient... des excursions.

Aussi frivole qu'une comédie musicale futuriste, Lugares Comunes courtise l'audace d'une science-fiction pour tisser les notions de corps énergétique, d'empathie, d'influence et de cohabitation au fil rouge de la pensée utopique.

II

Le chorégraphe, danseur et pédagogue canadien Benoît Lachambre élabore depuis une quinzaine d'années une profonde philosophie du mouvement et une pratique corporelle axée sur un alignement physique et psychique réparateur. Celle-ci privilégie l'énergie et ses connections avec le réel et l'imaginaire. Son travail s'attache aux fluctuations de notions spatiales en relation avec ce qui existe entre les espaces du corps et son environnement. Lachambre transpose les principes sensoriels de sa pratique pédagogique reconnue au cœur même de Lugares Comunes. Sa création active un transfert de notions vers le spectateur par une danse intuitive, par la mise en place polyglotte de textes porteurs d'images connectives au cœur du dispositif scénique d'une salle de conférence aux propriétés magnétiques.

Accompagnée par le processus qu'implique les actions créatrices visionnaires des dix danseurs/chorégraphe et de la dramaturge Myriam van Imschoot, Nadia Lauro conçoit le visuel de ce lieu éclairé par Jean Jauvin. Laurent Maslé occupe l'espace par sa composition électro-acoustique. Ensemble, ils englobent les spectateurs par vagues. Ils offrent le processus du rêve en gardant tout corps, aussi singulier soit-il, comme mesure de fluctuation.

Après avoir initié et conduit des performances/installations comme Not to Know (avec Andrew Harwood, Lauro et Jauvin) et 100 Rencontres , et co-créé le trio intimiste, internationalement acclamé, FORGERIES, LOVE AND OTHER MATTERS (avec Meg Stuart et Hahn Rowe), Lachambre emmène cette fois un groupe de 14 collaborateurs face au public dans le cadre d'un théâtre traditionnel. Plus que de souligner la différence et la séparation entre la scène et la salle, Lugares Comunes investit le confluent même de la rencontre : qu'est-ce que la communauté ? quel est le tissu conjonctif de notre ancrage au monde ?

III

Quel fut l'expérience ou la réflexion qui déclencha l'idée de votre création ?

L'observation, lors d'ateliers que j'eus la chance d'enseigner, des transformations qui s'opéraient auprès de ses participants. Parfois, il émanait d'eux une telle sensation de bien-être que je finis par être convaincu que ce processus pouvait, en soi, se transmettre. Si les spectateurs pouvaient arriver à vivre le quart de ce que les participants aux ateliers ressentent ou s'ils pouvaient arriver à la conclusion qu'il existe plusieurs moyens non artificiels pour s'induire en état de captation, de transe et d'éveil dans un but de bien être, sans exploitation qui soit néfaste au corps et à son environnement, alors l'œuvre serait un succès.

C'est une idéologie suffisamment importante pour que ma carrière s'oriente dans cette direction.

Le projet s'inscrit-il littéralement ou métaphoriquement dans le contexte de société dans lequel vous vivez ?

Sans aucun doute. Lugares Comunes s'approche d'un acte de résistance à l'assimilation des corps par la force-doctrine des médias comme par les efforts de normalisation et de standardisation des individus, au sein d'une logique sociale qui prétend valoriser l'individualisation. L'utopie de cette œuvre réside dans le fait que rien ne pourrait y être représenté sans être, pour ainsi dire, pratiqué. Ils nous arrivent de nous dire en rigolant que tout cela relève plutôt de la post-utopie !
Personnellement, j'ai la sensation d'entrer dans une période de changement et cet état bouscule beaucoup d'habitudes de dépendance ou d'interdépendance. L'utopie à laquelle je fais face est vivante. Il se peut qu'elle bouleverse ma vie mais le bien-être et la clarté d'esprit que cet état me procure en vaut la peine. Même si, pour éviter de tomber dans un comportement sectaire aveuglant, nous nous amusons de nous-mêmes comme de ce processus et des états qu'il engendre.

Comment s'organise le paysage des arts de la scène dans votre pays ?

La question à poser serait plutôt : comment s'organise le paysage des arts et de la scène dans le monde ? et comment votre pays peut-il offrir la possibilité d'intervenir contre la dictature qu'impose l'adhésion à un système hiérarchisé d'opinions et de mise en pratique de celles-ci en tant que fonctionnement absolu, système qui me semble ré-institutionnaliser un comportement néo-colonialiste.

Mon pays a évidemment une histoire très colonialiste. Si on arrive à en avoir le courage et l'humilité, la conscience des conséquences et des réalités historiques de ce passé-là a l'avantage d'ouvrir à des pensés progressistes et égalitaires.

Où vous situez-vous dans ce paysage ?

Dans un mouvement désireux d'apprendre, décidé à s'investir dans un développement égalitaire qui respecte les différences et l'inter-national, dans la conviction d'une transparence de ses définitions. Je serais aussi de ceux qui adhèrent au défi d'accepter d'être bousculé, si cela s'avère nécessaire.

Quel est le fil rouge de votre projet chorégraphique ?

La pratique d'ouverture des sens.

Quelles sont les pistes de travail que vous envisagez pour transmettre au public de la manière la plus juste le contenu de votre projet ? En d'autres mots, qu'est-ce qui vous apparaît important ici à explorer dans la forme de ce projet ?

La transmission du travail d'éveil des sens, sans avoir à prendre en otage ou à faire participer les spectateurs de façon trop explicite.

A quels moyens faites-vous appel ?

À l'amplitude d'une salle de spectacle et à sa capacité de réunir un grand nombre d'individus. Il me semble qu'à force de s'adresser (comme dans mon travail passé) à un nombre réduit de spectateurs, on en vient à produire un certain élitisme qui pourrait avoir pour corollaire un fonctionnement forcément hiérarchisé et protectionniste.

Qu'est ce que vous détestez sur un plateau ?

Son aspect normalisateur et restrictif.

Qu'est-ce qui vous fait fondre, qu'est qui vous y séduit ?

Lorsque je sens que l'on donne la chance au spectateur d'exister et de respirer. Lorsque je sens que l'immobilité « restraignante » ressentie dans les sièges donne place à la mobilité.

Quelle est la relation que vous souhaitez installer avec le public ?

Un rapport emphatique conscient ou inconscient.

Quel est le rôle que doit idéalement jouer la danse pour vous dans une société contemporaine ?

Questionner ses propres pièges et ses habitudes acquises.

Pourquoi avez-vous choisi spécifiquement le corps comme moyen d'expression ?

Parce que tout a un corps.

Qu'appréciez-vous le plus dans la nature humaine ?

La nature.

Que détestez-vous le plus ?

L'égoïsme, la division illusoire du corps à l'esprit, l'adhésion à la douleur comme valeur absolue.

Que considérez-vous comme le niveau le plus bas de la misère ?

L'ignorance, l'indifférence et le superflu.

Votre occupation favorite ?

L'éveil dans le rêve.

Comment voyez-vous notre monde ?

Comme un système qui nécessite d'accepter de changer en devenant en accord avec ce que peut devenir un environnement sain.

Tout ça semble plutôt utopique, mais même l'utopie se pratique et s'apprend.

Benoît Lachambre et Myriam Van Imschoot

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Évoluant dans le milieu de la danse depuis les années 1970, Benoît Lachambre découvre en 1985 le releasing dont l'approche kinesthésique du mouvement et la part d'improvisation viennent fortement imprégner son travail de composition chorégraphique. Il s'investit alors totalement dans une approche exploratoire du mouvement et de ses sources dans l'idée de retrouver l'authenticité du geste. Benoît Lachambre développe ainsi un langage qui s'investit dans le temps présent et dans le devenir d'une conscience plus authentique. Parmi ses plus fortes influences Benoît Lachambre aime citer Meg Stuart, avec laquelle il collabore régulièrement, mais aussi Amelia Itcush pour son travail sur la dispersion de poids dans le corps. En dehors de son travail de chorégraphe et d'interprète, Benoît a acquis une grande notoriété en tant qu'enseignant au travers des classes et ateliers de formation qu'il donne partout dans le monde depuis 15 ans. En 1996, il fonde à Montréal sa propre compagnie, Par B.L.eux. Il multiplie ainsi les rencontres et les échanges dynamiques et collabore ainsi avec de nombreux chorégraphes d'envergure internationale et artistes provenant de disciplines différentes : Boris Charmatz, Sasha Waltz, Marie Chouinard, Louise Lecavalier ou encore Meg Stuart et le musicien Hahn Rowe avec lesquels il crée en 2003 une de ses pièces majeure Forgeries, love and other matters pour laquelle ils reçoivent en 2006 le prestigieux Bessie Award. Artiste/chorégraphe majeur de sa génération, Benoît Lachambre a créé 16 oeuvres depuis la fondation de Par B.L.eux (Délire Défait en 1999, 100 Rencontres en 2005, Is you Me en 2006), a participé à plus de 20 productions extérieures et reçu 25 commandes chorégraphiques.

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