LKN Confidential

Brussel behoort ons toe / Bruxelles nous appartient

Vernissage
8/05 - 18:00
9/05 - 14:00 > 18:00
14, 15/05 - 14:00 > 20:00
16/05 - 14:00 > 18:00
21, 22/05 - 14:00 > 20:00
23/05 - 14:00 > 18:00
28, 29/05 - 14:00 > 20:00
NL / FR
Video (loop): 20mi

Le collectif italien ZimmerFrei réalise depuis plusieurs années des portraits audiovisuels de villes. En mai 2010, les trois artistes infiltrent une rue entière à proximité du centre du festival. Dans la rue de Laeken on trouve des galeries d’art à côté de comptoirs chinois de plats à emporter ou de bars à tapas ; une droguerie à l’aspect intemporel en face des grandes portes en verre de laveries automatiques à l’odeur de chaleur moite. ZimmerFrei tente un portrait de rue en filmant et interviewant ses habitants et commerçants, en jetant un coup d’oeil dans leur espace de travail et dans leurs rêves. LKN Confidential est une installation vidéo autour de la vie intime de la rue de Laeken, qui trouve un prolongement dans la rue elle-même, chez le fleuriste, entre les néons publicitaires, à la vidéothèque… Par le biais de légères interventions, de détails dans les vitrines, de traces sonores dans les magasins, toute la rue devient une installation temporaire. Une invitation à (re)découvrir une tranche de vie bruxelloise.

Concept & réalisation
ZimmerFrei

Interviews
Anna Rispoli

Camera & montage
Anna de Manincor

Son
Massimo Carozzi

Consultants
Helga Baert, Séverine Janssen

Assistant caméra
Chiara Balsamo

Traduction
Helga Baert, Marieke Van Rooy

Avec la participation des commerçants de la rue de Laeken
Militaria, Boulangerie La Palette Gourmande, Fleuriste Jettie, Wash Club, Aquarium Desbarax, Articles Cadeau, Rotor, DVD Shop / Chichina, Galerie Athena, Patisserie Michel, Neon Signs, Droguerie Le Lion, Coiffure International Tonino, Café Che, Restaurant Stella Solaris, Buvette Chez Henry, A. Jurisse - Suprème Conseil de Belgique, Musée Belge de la Franc-Maçonnerie

Avec les chiens
Falco, Darko, Lili, Lana

Et leurs maîtres
Thierry Peckl, Karine Decamps, Julien Poumay

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles nous appartient/Brussel behoort ons toe

Production
Mokum (Brussels)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles nous appartient/Brussel behoort ons toe

Avec le soutien de
Vlaamse Gemeenschapscommissie

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LKN Confidential

ZimmerFrei est un collectif de trois artistes : Anna de Manincor, Massimo Carozzi et Anna Rispoli. Le 3 avril dernier, Lars Kwakkenbos s’est entretenu avec Anna Rispoli à propos de l’idée principale qui sous-tend LKN Confidential.

Quel type de portrait de la rue de Laeken ZimmerFrei souhaitait-il présenter en réalisant LKN Confidential ?

LKN se plonge en profondeur dans la rue de Laeken et sa vocation commerciale. Nous voulions découvrir la richesse et la diversité des personnes et des biens en demandant aux commerçants d’être nos guides pour ce parcours.

Le film traite du présent et du passé de la rue : bien des magasins ont fermé aujourd’hui, mais d’autres s’ouvrent.

Une fois que nous avons isolé ce petit morceau de Bruxelles, nous avons senti comme un appel souterrain. Ou si vous voulez, comme l’appel à partir en quête d’une source de connaissance cachée. Nous avons imaginé la rue de Laeken en ley line (ligne de force ou alignement astronomique). Le concept du ley line nous vient de l’archéologue Alfred Watkins qui l’a formulé au début des années 1920. Selon ce concept, aux accents quelque peu mystiques, des monuments ou des lieux d’une importante densité énergique sont reliés par des lignes droites, véhiculant une force imaginative d’un lieu à un autre. L’un de ces lieux d’énergie dense pourrait être le Parc 58, le symbole du rêve d’une Bruxelles moderne. À l’autre bout de la rue, il y a la « friterie », un point d’ancrage de l’identité belge, qui se situe à la limite de Bruxelles et de la route menant vers la Flandre, où de nombreux locataires aimeraient habiter.

Perché en haut du Parc 58, on voit la rue comme une ligne droite, d’un point de vue de la fin des années 50 et 60. Cette perspective reflète la foi en l’avenir, le développement du commerce et de l’économie et la prospérité. Cette « belle époque » est souvent évoquée dans les conversations avec les commerçants de la rue. Parmi les plus âgés d’entre eux, la plupart ont commencé par dire que la rue n’est plus ce qu’elle était. En mentionnant cela, ils ont mythifié l’époque et brossé le tableau d’une merveilleuse vision fantomatique : chic, éclatante, une rue où tout le monde venait, qui comptait trois fleuristes…

Vous avez interviewé ces personnes. Que leur avez-vous demandé ?

On leur a demandé de nous parler de l’avenir. De beaucoup en parler. Et nous leur avons demandé s’ils ont volé quelque chose au passé. De multiples commerces se transmettent de générations en génération. Certains d’entre eux sont très anciens. Nous étions curieux de la relation entre les différentes générations.

Notre objectif n’était pas de réaliser un documentaire du passé et du présent commercial de la rue. Nous souhaitions donner une perspective différente, en ayant des conversations plus intimes, plus confidentielles avec les commerçants. En tant que client, on n’a généralement pas de temps à perdre dans un magasin. Pourquoi y rester ? Il nous faut acheter quelque chose, on entre, on l’achète et on sort. Dans notre film, le temps s’allonge afin que l’on puisse respirer et absorber l’atmosphère du lieu. Nous voulions accéder à cette dimension privilégiée et la partager avec le public. C’est dans cette dimension de temps étendu que se situe la seule possibilité de parler de la vie et de poser des questions auxquelles on ne peut pas répondre. Dans une certaine mesure, on utilise l’expérience des commerçants pour notre propre recherche, pour voyager à travers la sagesse très particulière de la rue de Laeken. Chacun nous apprend quelque chose, ou nous révèle un secret, même s’il n’en est pas conscient.

La plupart des projets de ZimmerFrei se caractérisent par un concept complexe du temps. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept dans LKN Confidential ?

Dans ce film, le temps flotte. Nous tentons d’effacer l’excès de réalité environnante, pour révéler une dimension cachée. Nous aimerions découvrir un lieu secret. Peut-être qu’il n’y en a pas, mais nous partons de la prémisse qu’il y en a. L’idée est que pour un moment, le temps est suspendu dans la rue de Laeken.

Une personne que nous avons interviewée a cité Bergson : les êtres humains sont différents des animaux parce qu’ils sont conscients du temps et de la mort. C’est bien entendu un point de vue très occidental, mais quand on s’approche la rue de Laeken, cela donne une perspective intéressante de son passé et de son présent. Le commerce incarne l’action, l’argent, les objets, les choses, les relations, le progrès. On croit que les choses iront mieux et l’on travaille pour qu’elles aillent mieux.

Dans les années 60, le rêve semblait parfait. Aujourd’hui, nous exprimons des idées différentes. La foi de voir le rêve s’exaucer ne paraît plus aussi intacte, elle donne l’impression de s’ébranler. Nous avons cependant constaté avec fascination que le rêve est toujours présent, malgré tout. Quand on veut croire à l’avenir, espérer qu’il y aura du progrès et que les enfants auront une meilleure vie, c’est la seule chimère à laquelle on puisse facilement s’accrocher. Quand Bergson suggère que nous sommes singuliers parce que nous sommes capables de concevoir notre mort, nous tentons d’imaginer la rue de Laeken comme l’incarnation de cette sagesse. Que se passe-t-il si le temps s’arrête ? Si soudain le temps n’existe plus, s’il n’évolue plus de manière linéaire ?

Une autre question que nous avons tenté de poser – et celle-ci était très difficile – est la suivante : pouvez-vous imaginer votre monde sans vous ? Pouvez-vous imaginer que ce monde existera et évoluera sans vous ? Continuera-t-il à exister, disparaîtra-t-il ? C’est bien sûr une question difficile à poser, car elle évoque le grand tabou de la mort. Ce n’est toutefois pas la mort en tant que telle qui nous intéressait. Ce qui nous intéresse, ce sont les traces. La résistance collante du temps. Le fait que votre passage laisse des traces, que vous avez fait évoluer des choses, que vous les avez changées. Comment votre existence peut-elle devenir une vue de l’esprit, et comment celle-ci peut-elle être reprise par quelqu’un d’autre ?

À deux reprises, vous avez évoqué l’aspect fantasmagorique. Qu’entendez-vous par là ?

Les traces du passé, et des projections d’avenir. Pour moi, la foi en l’avenir est chimérique. C’est comme donner des noms à des apparitions, pour y projeter sa force morale, ses espoirs, ses désirs, son imagination… Comme des visions sur lesquelles on projette des choses immatérielles.

Cela nous amène au sujet du film.

Je ne suis pas sûre que les commerçants se reconnaîtront dans le film. On y voit ce qu’on n’a d’habitude pas le temps d’observer dans leur boutique. Et nous mettions des lunettes de soleil très particulières (rires). En fait, c’est devenu un film de fiction. On entre dans un autre univers. Nous ne réalisons pas des documentaires traditionnels. Nous ne disons pas la vérité, nous sommes des menteurs. Notre stratégie est poétique.

On dirait que vous voulez transformer la réalité de la rue de Laeken en un rêve. Celui-ci, pourrait-il avoir un pouvoir social ? Peut-il contribuer à changer la société ?

Non, bien sûr que non. Quiconque se plonge dans cette réalité voit une perspective différente.

L’année passée, en transformant la façade de deux immeubles à côté des Brigittines en concert de lumières, en invitant les habitants à allumer et éteindre la lumière, on avait aussi l’impression que vous désiriez changer une petite part de la société.

Vous parlez d’une réalisation d’Anna Rispoli. Les productions de ZimmerFrei sont différentes. En premier lieu à cause du média avec lequel nous travaillons. Le film est différent de l’art public. Deuxièmement, parce que nous sommes un collectif, ce qui signifie que les émotions qui influencent notre œuvre sont différentes, elles aussi. Un projet de ZimmerFrei est moins un face à face, il s’appuie donc moins sur l’intuition et est plus travaillé. Et pour finir, nous ne créons pas d’œuvres qui engagent directement le public.

Nous avons formé un collectif à partir d’une expérience politique que nous avons partagée tous les trois. Nous squattions ensemble et menions des actions politiques et sociales. Parce que nous militions, notre art n’avait pas besoin d’être politique. Dans l’Italie des années 90, les Centri Sociali étaient les principaux lieux de création de culture underground. À l’époque, il fallait séparer les choses. Si l’on ne le faisait pas, les pratiques artistiques pouvaient facilement adopter les messages politiques des autres. Aujourd’hui, la situation a complètement changé, mais ZimmerFrei ne produit toujours pas d’art politique.

Vous ne changez pas la société avec les œuvres de ZimmerFrei. Mais changez-vous la réalité ?

Oui, absolument.

Aimeriez-vous encore dire quelque chose à propos du projet ?

Oui. Bien qu’il soit un centre d’archives sonores, Bruxelles nous appartient/Brussel behoort ons a accepté de coproduire et d’accueillir LKN Confidential, qui contient aussi de la vidéo. Nous avons eu un bel échange au sujet de l’histoire orale d’une ville et j’étais très touché par la sensibilité du travail qu’ils ont réalisé jusqu’à présent. Avec des images, on peut aller vite. Avec le son, c’est impossible. Si le son est trop rapide, on perd le fil. L’histoire orale incarne une forme de résistance.

Interview de Lars Kwakkenbos

Avril 2010

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ZimmerFrei – le collectif formé en 2010 par Anna de Manincor, Massimo Carozzi et Anna Rispoli – explore les territoires réels comme les ambiances imaginaires, où le mental et le physique se fusionnent pour créer une représentation cohérent de l'expérience humaine. Le groupe a participé à la 50ème Biennale de Venise, et à Reaction EXTRA 51 – Biennale de Venise. Le commissaire d'exposition Adam Budak a invité le collectif à Manifesta07 et Robert Storr a exposé une de leurs vidéos dans le cadre de la Biennale de Valencia. Pour le semestre 2008-09, ZimmerFrei étaient en résidence artistique chez ISCP à New York.

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