Let's Religion

Vanderborghtgebouw / Bâtiment Vanderborght

Vernissage 16/05 – 18:00 - 20:00
Exhibition opening hours:
17, 18, 19, 20/05 – 17:00 - 23:00
Performances every day at 21:45
(±30min)
NL / FR / EN

Bien connu pour sa continuelle réinvention des pratiques théâtrales et son goût pour les collaborations, le collectif bruxellois Transquinquennal unit ses forces avec les plasticiens Denicolai & Provoost pour un projet des plus surprenants. Semblant ranimer la relation privilégiée qui a longtemps uni l’art et la religion, l’équipe nous invite à une forme d’ art fair rassemblant le résultat de commandes sollicitées auprès des responsables de toutes les religions, officielles ou non, présentes en Belgique. Un réquisitoire contre la religion? Fausse piste: réalisées le plus respectueusement possible, ces oeuvres de commande ne questionnent pas la religion mais l’art, cette forme contemporaine de la transcendance. En s’émancipant progressivement de ses relations avec un commanditaire, l’art a-t-il acquis une réelle autonomie? Ou s’agit-il d’un mythe qui, nous berçant dans l’illusion de la liberté, renforce l’idéologie dominante? Let’s Religion ou la promesse d’une sacrée expérience!

Un projet de
Transquinquennal, Denicolai & Provoost

Performances

Bernard Breuse, Simona Denicolai, Stéphane Olivier, Ivo Provoost, Miguel Decleire & autres

Assistant

Léa Mayer

Direction technique

Charles Gohy

Management

Céline Renchon

Présentation

Kunstenfestivaldesarts


Production

Transquinquennal (Bruxelles)


Coproduction

Kunstenfestivaldesarts, Netwerk/centrum voor hedendaagse kunst (Aalst), BUDA kunstencentrum (Kortrijk)

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Panorama

À l'automne 2008, le collectif Transquinquennal met sur pied un projet intitulé Blind Date, qui est décliné sous la forme d'une suite de dix spectacles présentés au Théâtre Varia à Ixelles, d'un blog alimenté en temps réel pendant toute la période de création et de représentation, et plus tard d'une publication. Comme le suggère d'emblée le titre, un des moteurs de ce projet tient au souhait du collectif de faire des rencontres professionnelles improbables, susceptibles de les mettre dans une situation de travail inédite, voire inconfortable, de façon à dynamiser leur processus créatif. Le principe en est le suivant : il consiste pour ce collectif constitué de trois auteurs/acteurs -Bernard Breuse, Miguel Decleire et Stéphane Olivier - à créer un nouveau spectacle chaque semaine, durant dix semaines, sur base d'un sujet qui leur est proposé par un invité surprise, actif dans divers domaines allant de la science à la psychanalyse, en passant par le journalisme. Le lundi matin, ils découvrent l'identité de cet invité surprise, prennent connaissance du sujet que ce dernier a formulé par écrit, et rencontrent également de nouveaux collaborateurs, choisis à leur insu par une personne de confiance, avec qui ils mettent le spectacle sur pied pendant toute la semaine, jusqu'au vendredi soir où a lieu une unique représentation, à 19h. Ces collaborateurs, à la différence des invités qui proposent les sujets, sont essentiellement issus de milieux artistiques, sans pour autant venir exclusivement du monde du théâtre. Un dessinateur de bande dessinée, un cinéaste, ou encore des danseurs se succèdent ainsi auprès du collectif pour donner naissance à une variété de propositions, mettant à l'épreuve les pratiques artistiques de chacun mais aussi les conventions générales de la représentation théâtrale, qui peut subitement apparaître sous les traits d'une sculpture habitée, d'un paysage imaginaire suggéré par une silencieuse et mystérieuse disposition d'objets et de personnages dans l'espace, ou encore d'une série télé psychédélique, démultipliée sur écran et dans la réalité.

Lors de la dixième et dernière représentation du projet Blind Date, Transquinquennal fait la rencontre - toujours sur le même mode impromptu - du duo de plasticiens Simona Denicolai & Ivo Provoost avec qui ils travaillent sur un sujet proposé par la juriste Emmanuelle Bribosia. Ce sujet traite de la complexe question juridique de « l'accommodement raisonnable en matière religieuse », que l'on peut synthétiser comme étant l'expression des difficultés éprouvées par la justice pour parvenir à maintenir une cohérence entre l'égalité en droit et l'égalité en fait. Soit les obstacles à éviter pour faire en sorte que des lois, censées garantir la liberté de tous, ne conduisent fortuitement à la discrimination de certains. Cette cohérence juridique se révèle particulièrement fragile dans le domaine religieux, tout à la fois proche et éloigné du domaine civil, qui peut avoir ses propres et intimes principes n'entrant pas toujours en résonance avec ceux qui sont fonder la société dans son ensemble. Un exemple - le plus médiatique - concerne l'interdiction de circuler masqué en rue, qui suscite l'exclusion de certaines femmes portant le voile intégral en vertu de leur conviction.

Revenus de cette collaboration ponctuelle et s'étant découvert en chemin d'intenses affinités artistiques, spécialement stimulées dans le cadre concentré du projet Blind Date sur le sujet religieux abordé, Transquinquennal et Denicolai & Provoost imaginent une suite à leur collaboration, en lui conférant une dimension supplémentaire.

Sous l'intitulé générique de Let's Religion, ils se proposent d'approfondir les enjeux de société révélés au travers d'une proposition telle que celle de la juriste Emmanuelle Bribosia, en posant un premier geste a priori incongru qui les voit adresser une lettre à toutes les congrégations religieuses disposant d'une interface minimum avec le grand public en Belgique. Dans cette lettre, ils demandent de la façon la plus sincère et la plus respectueuse qui soit : « Quelle serait la commande qu'un culte pourrait passer aujourd'hui à des artistes ? » Les différentes religions, des plus officielles au plus marginales, sont invitées à formuler une commande sur le thème et selon la formulation de leur choix, à laquelle les artistes se proposent de répondre avec leurs propres moyens artistiques - réponses qui sont ensuite présentées à une audience dans le contexte inhabituel d'une « foire/exposition performative ».

Partant du constat que les artistes et les gens de religion sont animés d'une même foi en un absolu, qu'ils ont pu partager pendant des millénaires avant que chacun des deux camps n'en distinguent le sens et la portée, Transquinquennal et Denicolai & Provoost font la démarche de renouer le dialogue, non pas dans le but de postuler une nouvelle forme de création mystique ou transcendantale, mais bien plutôt d'interroger l'idée de croyance et surtout la propension de celle-ci à créer du lien social, sur des bases pour ainsi dire universelles (de la même manière que la justice personnifiée par la juriste Emmanuelle Bribosia tâche, dans sa magnanimité mais sans doute toujours avec une longueur de retard, d'englober toutes les sensibilités sous le couvert d'une même et bienveillante règle). Ce dans une époque qui accentue l'évaporation de la croyance et du lien social.

Cette ambitieuse réunion de l'art et de la religion, résultant de l'initiative de Denicolai & Proost, n'ignore pas pour autant le contexte général dans lequel elle s'inscrit. L'idée n'est pas de créer une individualité de plus, en isolant dans une tour d'ivoire cet hypothétique duo formé par l'art et la religion - n'ayant même pas encore fait retour sur leurs profondes divergences - du reste du monde tel qu'il est aujourd'hui, mais plutôt de les y plonger pleinement, de les mettre à l'épreuve de celui-ci, pour mieux en extraire le précipité espéré. Il faut représenter toute la circonférence du panorama, tel qu'il apparaît par exemple au Musée de Waterloo, où l'on embrasse d'un regard, porté à trois cent soixante degrés, tous les détails du champ de bataille peint sur une toile de cent dix mètres sur douze par le peintre militaire français Louis Demoulin.

Pour que ce panorama soit fidèle à la réalité et qu'il se profile dans le même temps comme l'espace le plus apte à accueillir une diversité de discours, dans l'esprit de la démocratie libérale sur fond de laquelle il se déroule et qui caractérise l'aube de ce XXIe siècle, il importe de trouver un lieu et une formule de nature intermédiaire qui soient susceptibles de convenir à tous. Un lieu et une formule qui soient en somme suffisamment neutres et malléables pour être investis par chacun.

C'est ici que se profilent l'espace de la foire/exposition-performative d'une part, et le principe de la commande de l'autre. La foire/exposition-performative semble être le lieu le plus polyvalent, à la croisée des pratiques artistiques de Transquinquennal et de Denicolai & Provoost, mais aussi des pratiques religieuses et de celles de bien d'autres factions, puisqu'elle ressemble tantôt à un concile, tantôt à un forum internet, à un parlement ou à une foire artistique (à l'instar de la célèbre foire d'ArtBrussels qui a lieu chaque année au Heysel au printemps, et qui est précédée par le salon du mariage et autre salon de l'immobilier), voire encore à un plateau de télévision ou à un shopping center : soit des espaces on ne peut plus familiers, mondialisés. Quant à la commande, elle est ce qui unit historiquement l'art et la religion, sur le plan le plus prosaïque. Elle se révèle être le plus petit dénominateur commun entre ces deux mondes mais aussi le plus concret, et cette relation de commande d'un produit, d'un service (ici artistique) est également ce qui caractérise de manière indéniable un grand nombre d'échanges ayant lieu dans notre monde contemporain. Si la foire/exposition performative et la commande s'affirment comme d'avantageuses formules intermédiaires, elles peuvent aussi être contreproductives si on les considère sous un autre angle.

Let's Religion, conçu par Denicolai & Provoost et Transquinquennal, propose aux spectateurs et à toutes les personnes approchant ce projet, en ce compris ses concepteurs, de prendre conscience de l'ambivalence qui le régit et qui régit également, de façon métaphorique, la société dans son ensemble. Au gré des sensibilités de chacun, des arguments sont développés en faveur ou en défaveur des métaphores de la foire/exposition-performative et de la commande. Certains disent que la foire/exposition-performative est l'exemple même du type d'espace minimaliste et dépersonnalisé qui tend de plus en plus à nous environner (et dont on va jusqu'à deviner à l'avance le dessin et les matériaux). D'autres au contraire estiment que, à l'égal du mobilier intérieur d'une rame de métro, il convient, dans un espace où doivent vivre et circuler un nombre grandissant de personnes, d'aller au plus simple, au plus pratique, au plus résistant.

Quant à la commande, les premiers affirment qu'elle est le symbole de la marchandisation croissante des relations humaines, de notre tendance à imposer à l'autre des contraintes, et par là notre vision du monde, et a fortiori de notre impossibilité à concevoir une relation qui ne serait pas d'ordre économique. Les seconds, quant à eux, soutiennent qu'à l'opposé on peut entrevoir dans le principe de la commande un véritable projet de société. Où la commande introduirait résolument à un débat de fond, concernant les croyances et les opinions. Où la commande et ses contraintes, plutôt que d'étouffer la créativité ou les convictions de chacun, seraient à même de les dynamiser et de les émanciper. Tous les intervenants dans ce projet, des artistes aux congrégations religieuses et jusqu'aux spectateurs, auront entre-temps pris position.

Yoann Van Parys (avril 2012)

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Les plasticiens Simona Denicolai & Ivo Provoost travaillent ensemble depuis 1997. Dans le cadre de l’intimité esthétique et politique de leur processus d’assimilation artistique, la liberté tolérée est chaque fois mise à l’épreuve. Dans leur œuvre réfractaire, le droit d’existence des places offertes aux artistes dans nos dites démocraties occidentales est remis en question par le biais de divers médias et manifestations et sur différents terrains. Denicolai & Provoost explorent les signes et les limites de l’espace public, l’image publique en relation avec l’espace intime, des modes de détournement du réel par la mise en place d’occupations temporaires ; ils interrogent les échanges entre des mondes divers à travers l’utilisation de langages familiers comme les coutumes et les codes populaires. Il s’agit pour eux d’une circulation d’énergies, de la mise en place de systèmes d’échange, sur un mode collectif. Ils s'ouvrent volontiers à la collaboration avec d'autres.

Transquinquennal est un collectif théâtral basé à Bruxelles, initié en 1989 par Bernard Breuse et Pierre Sartenaer. Le travail de la compagnie s’articule autour du présent de la représentation d’une part, et un fonctionnement collectif d’autre part. La représentation théâtrale est considérée comme une réalité partagée par les acteurs et les spectateurs, qui est prise en compte en tant que telle. La dimension collective implique l’autonomie des acteurs et des créateurs du projet, et leur prise en charge de toutes les modalités de la représentation, pour dépasser les conventions et serrer au plus près le présent de la représentation dans une multiplicité de formes. L’enjeu du travail est d’arriver, par la confrontation des propositions, à la plus grande radicalité possible, tant sur la forme que sur le fond. Le collectif explore l’écriture contemporaine, que ce soit en collaboration avec des auteurs (Philippe Blasband, Eugène Savitzkaya, Rudi Bekaert, Oriza Hirata...) ou en expérimentant diverses formes d’écritures collectives. En 2012, le collectif se compose de Bernard Breuse, Miguel Decleire, Stéphane Olivier et Céline Renchon. Projets récents : Capital Confiance (avec le Groupe Toc, 2010), Fishing Around (avec Olga de Soto, 2011), L’Un d’entre nous (de et avec Tristero, 2011), La Estupidez (de Rafael Spregelburd, 2012).

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