Le Capital et son Singe

Théâtre National

2h 30min
FR > NL

14/05 – 20:15
15/05 – 20:15
16/05 – 20:15

Érigeant la forme de la réunion humaine en forme scénique, le théâtre « à table » de Sylvain Creuzevault est un théâtre de la parole et de la prise de parole. Fondés sur une pratique associant élaboration collective, improvisation et écriture au plateau, ses spectacles érudits et pourtant singulièrement vifs questionnent ces moments où l’Histoire nait d’une assemblée d’hommes et de femmes. Sa dernière création, Le Capital et son Singe, librement inspirée du Capital de Karl Marx, plonge le public au centre de discussions enflammées entre les révolutionnaires français de 1848. Avec un mélange de plaisir ludique, de hargne politique et de décontraction bon enfant, les quatorze acteurs virtuoses s’appuient sur des faits et des personnages historiques pour s’abîmer avec un naturel désarmant dans un débat sur le capitalisme, le système de la valeur et la place du travailleur, un continent de pensée militante dont nous sommes les lointains héritiers. Le théâtre comme modèle de démocratie en action !

À partir du texte
Le Capital de Karl Marx

Mis en scène par
Sylvain Creuzevault

Interprété par
Vincent Arot, Benoit Carré, Antoine Cegarra, Pierre Devérines, Lionel Dray, Arthur Igual, Léo-Antonin Lutinier, Frédéric Noaille, Amandine Pudlo, Sylvain Sounier, Anne-Laure Tondu, Julien Villa, Noémie Zurletti

Lumière
Vyara Stefanova, Nathalie Perrier

Scénographie
Julia Kravtsova

Costumes
Pauline Kieffer, Camille Pénager

Masques
Loïc Nébréda

Régie générale
Michael Schaller

Administration de tournée
Edouard Chapot

Production & diffusion
Élodie Régibier

Presentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre National de la Communauté française

Production
Le Singe

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre National de la Communauté française (Bruxelles), Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, Nouveau Théâtre d’Angers, Théâtre national de la Colline (Paris), Festival d’Automne à Paris, Comédie de Valence, La Criée – Théâtre national de Marseille, Le Parvis – Scène Nationale Tarbes-Pyrénées, Printemps des comédiens (Montpellier), MC2 (Grenoble), La Filature – Scène nationale (Mulhouse), Théâtre de l’Archipel – Scène Nationale de Perpignan, Le Cratère – Scène nationale d’Alès, Grec 2014. Festival de Barcelona

En collaboration avec
Théâtre Garonne (Toulouse), Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées

Avec le soutien de
Direction générale de la création artistique du Ministère de la Culture et de la Communication

Représentation à Bruxelles avec le soutien de
Institut français

Projet coproduit par
NXTSTP, avec le soutien du Programme Culture de l’Union Européenne

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Le Capital et son Singe

Notre pièce a pour objet de farce les progrès de l’aliénation sociale obtenus par le mode de production capitaliste, sa société marchande. Son point de départ est à la croisée de la révolution politique de la fin du XVIIIe siècle et de la grande révolution industrielle du XIXe. Trois œuvres de Karl Marx nous servent d’aiguillons, deux textes politiques, Les Luttes de classes en France, Le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, et évidemment Le Capital, tome 1, critique de l’économie politique. Notre volonté est de faire apparaître l’arc de tension surgissant de deux grands concepts développés par Marx, nous pourrions dire deux histoires : histoire célèbre des luttes de classes, où des lignes de partage traversent la société et séparent les individus en corps, en groupes, selon des intérêts propres ; et histoire mystérieuse du caractère fétiche de la marchandise, ou comment les producteurs se soumettent à leurs propres productions. Deux histoires liées entre elles par leur lieu de naissance : le ventre du mode de production capitaliste.

Le passage 1848
Nous sommes le 13 mai 1848 à Paris, rue Transnonain, dans le Club des Amis du Peuple, ouvert par Vincent-François Raspail après la Révolution de février. Les personnages reviennent de la première manifestation organisée depuis la réunion, le 4 mai, de la nouvelle assemblée constituante française, élue au suffrage universel (masculin) direct, le 23 avril précédent, et proclamant la deuxième République. C’est la première fois dans l’histoire des formes sociales que 9 millions d’hommes sont appelés à un scrutin de liste – jusque-là en France, les élections du corps législatif étaient organisées au cens, un seuil d’imposition qui conditionne le droit de vote et l’éligibilité des citoyens. Depuis février et le renversement de la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe, le peuple parisien veille à ne pas se voir confisquer le mouvement révolutionnaire au cours duquel la question sociale du travail a surgi dans la sphère politique. La scène se tient avant le déchirement social qui trouvera sa forme dans la guerre civile en juin dans les rues de Paris.

Le passage 1919
La scène se tient après le déchirement social qui a trouvé sa forme dans la guerre civile en janvier dans les rues de Berlin. Nous sommes le 13 juin 1919 à Berlin, pendant les noces de Karl et Johanna. Dehors, un cortège funèbre défile dans les rues en hommage à Rosa Luxembourg. La chef du parti révolutionnaire avait disparu depuis les émeutes de janvier, son corps vient d’être retrouvé dans le Landwehrkanal. Cette remémoration trouble la fête et les noces sont à ce point hantées par le passé récent de l’Allemagne qu’elles sont rendues comme impossibles, auront-elles jamais lieu ? Depuis la Révolution de novembre 1918 et la proclamation de la République, l’Allemagne, gouvernée par la social-démocratie, est, au soir de notre situation, en attente de la constitution de Weimar et du traité de Versailles qui décidera de son sort.

Les procès politiques de Bourges et d’ailleurs
La scène finale s’ouvre sur les procès politiques des figures marquantes de 1848 et de 1919, en s’inspirant de leurs déroulements minute par minute. Puis l’écriture fracture le continuum historique en passant d’une époque à l’autre, en faisant aller et venir les masques. Marx : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. » Il a oublié d’ajouter : « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. »

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