Las Ideas

Kaaistudio's

1h
ES > FR / NL

22/05 – 20:30
23/05 – 20:30
24/05 – 18:00
25/05 – 18:00
27/05 – 20:30
28/05 – 20:30
29/05 – 20:30
30/05 – 20:30

Le public bruxellois connaît Federico León, figure de proue de la scène argentine d’avant-garde, tant à travers ses films théâtraux que ses spectacles de théâtre étonnamment filmiques. En 2015, le metteur en scène et réalisateur revient au Kunstenfestivaldesarts avec la première mondiale d’une nouvelle création. Las Ideas nous fait pénétrer dans la vie et l’univers mental d’un artiste. Nous assistons de l’intérieur à la transformation d’une idée en œuvre : comment elle reçoit une forme, grandit et acquiert une expression définitive. Parfois, la vraie vie fait irruption dans le processus de création, mais tout aussi souvent, ce sont les expériences artistiques qui déteignent sur le quotidien. Idées abstraites et événements concrets s’influencent mutuellement comme dans une partie de ping-pong endiablée. Las Ideas est un spectacle captivant sur les commencements et les recommencements. La mémoire de l’artiste est notre seul fil rouge. Jusqu’à ce qu’elle se mette à douter…

Textes & mise en scène
Federico León

Performeurs
Julián Tello & Federico León

Performeurs (vidéo)
Alejandra Manzo, Maitina De Marco, Pablo Gasloli, Alejandro Ini, Barbara Irisarri, Ana Maria Monti, Patricia Russo, María Laura Santos, José Maria Seoane, Alfredo Staffolani, Martín Tchira, Emanuel Torres, Antonella Querzoli, Gabriel Zayat

Assistance mise en scène
Rodrigo Pérez, Rocío Gómez Cantero

Production
Rodrigo Pérez, Rocío Gómez Cantero

Assistance générale
Melisa Santoro Aguirre

Scénographie
Ariel Vaccaro

Musique & création sonore
Diego Vainer

Création lumières
Alejandro Le Roux

Costumes
Paola Delgado

Coordination technique
Matías Iaccarino

Casting
Maria Laura Berch

Photographie
Ignacio Iasparra

Performeur pour les répétitions
Ignacio Rogers

Caméra & photographie
Guillermo Nieto

Directeur artistique vidéo
Mariela Ripodas

Fabrication objets
David D’Orazio

Son vidéo
Diego Vainer

Montage
Andres Pepe Estrada

Assistance vidéo
Malena Juanatey

Gaffer
Guillermo Saposnik

Post-production
Alejandro Soler

Conseillé technique
Paula Cotton, Agustin Genoud

Agents
Judith Martin, Carlota Guivernau

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Kaaitheater

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Iberescena (Espagne), El Cultural San Martín (Buenos Aires), FIBA Festival Internacional de Buenos Aires, Fundación Teatro a Mil (Santiago de Chile), La Bâtie – Festival de Genève, Festival D’Automne à Paris – Théâtre de La Bastille, La Villette - résidence d’artistes (France)

Sous-titrage soutenu par
ONDA

Back to top

« Pendant un instant, nous pouvons entrer dans la tête d’un artiste, nous immerger dans ses idées à travers le prisme de son ordinateur. Nous voyons comment il écrit, efface, corrige, navigue sur internet. Nous découvrons ses archives, ses mécanismes d’association,d’organisation, de mise en ordre autant que de désordre. » (Federico León)

Avec Las Ideas, Federico León nous invite à partager l’intimité d’un processus de création, à plonger au cœur des mécanismes de décision et de sélection qui conduisent à produire un spectacle. S’agit-il de lui, de ses idées, de ses questionnements ? Alors qu’il se met en scène et paraît jouer son propre rôle, la réponse pourrait sembler évidente. Toutefois, l’origine du travail nous en apprendra plus que la recherche d’une solution un peu vaine à cette question d’identité. Travaillant sur la dynamique de l’autoportrait, León crée cette pièce en étroite relation avec le travail pédagogique mené dans les ateliers qu’il anime depuis plusieurs années. Fondés sur l’auto-observation, sur le débriefing systématique des situations en train de se jouer, de se composer, ces ateliers de théâtre cherchent avant tout à faire réfléchir leurs participants sur le processus de représentation, sur la place singulière que chacun occupe au cœur d’un mécanisme de création théâtrale. Le travail en profondeur de la répétition en tant qu’événement, la saisie et la reprise d’un matériel spontané propre à l’improvisation, qu’il s’agisse de gestes ou de textes, sont des fondamentaux du processus créatif qui l’anime depuis ses premières pièces. Souvent qualifié de « cru » (fait d’autant de cruauté que de crudité d’ailleurs), le théâtre de León a invariablement travaillé la mise en scène de matériaux non spécifiquement théâtraux (1500m sobre el nivel de Jack ; El Adolescente ; Museo Miguel Angel Boezzio ; Yo en el futuro, …). Faisant comme un pas en arrière par rapport à sa propre pratique, Federico León s’offre du recul et s’amuse – autant qu’il donne à réfléchir – de cette mise en situation d’auto-analyse « sous contrainte ». Car si l’atelier pédagogique est un lieu protégé, sans risque, où aucun résultat n’est attendu, il décide de « faire spectacle » de ce principe d’observation dialectique. Inévitablement, puisqu’il s’agit de théâtre, la question cruciale qu’il s’agit une nouvelle fois de débattre sera celle de la représentation.

« L’artiste et son collaborateur se soumettent à des épreuves par lesquelles ils cherchent à déterminer ce que devrait être le réel dans une pièce, ou ce qu’il est nécessaire de générer afin que la pièce paraisse réelle. » (Federico León)

Avec (beaucoup d’) humour et (beaucoup d’) intelligence, León met en scène la présentation supposée d’une fiction en train de se matérialiser. Les idées se relancent, s’enchaînent, s’annulent ou en entraînent une autre. Du tac au tac, comme au tennis de table. Constamment, il titille la frontière de la réalité et de la fiction par un jeu d’allers-retours entre ce qui est dit et ce qui est en train de se faire, entre ce qui est montré et ce qui est en train d’être enregistré. Par un mécanisme d’entonnoirs successifs, la pièce rend compte du travail de mise en abyme du réel que provoque le passage progressif vers la fiction. « Dans une scène où on boit du whisky, est-ce qu’il est préférable que ce soit du vrai whisky ou vaut-il mieux boire du thé qui passe pour être du whisky ? », se demande León. Et on se demandera en effet de quelle nature est le whisky qui est bu ! Car il est en définitive délicieux de se perdre dans les méandres de cette parabole qui, à force de présenter ce que pourrait être une fiction, finit bien sûr par la représenter… Si on voulait faire sérieux, on dirait que Federico León s’attaque ici à la figure ancestrale d’un théâtre qui interroge sa propre essence mimétique, et que, sans jamais les nommer, il remet sur le métier les facteurs du vraisemblable et du nécessaire qui guidaient la mimésis aristotélicienne. On dirait encore qu’en jouant avec les codes les plus contemporains, qui ont parfaitement intégré les notions de présence ou de présentation (en soi déjà de « vieilles affaires » transgressives des années 1960 et 1970), il finit, sans avoir l’air d’y toucher, par nous rappeler l’un des plus grands drames sémantiques de l’histoire du théâtre occidental. À savoir que l’opsis (spectacle, performance théâtrale) et la mimésis (imitation du réel) ont souvent trouvé à se réduire dans la même traduction univoque : la représentation. Or c’est bien dans un traitement différencié, mais l’un servant l’autre, que León parvient à faire spectacle de sa relation au réel. Mais si tout cela est peut-être vrai, ce n’est peut-être pas la bonne approche. Car León fait simple, il fait bref, et en plus il fait rire. L’économie du mot, du geste, de l’image suffit à ouvrir l’espace de réflexion de chacun.

« Lui : Pour moi, peu importe de savoir si ça existe ou si ça n’existe pas. L’important, c’est que ce soit vraisemblable. Que tu puisses le croire. Cela me plairait que ce soit une vidéo qui paraisse réelle mais qui ne soit pas réelle. Tout ça est mis en scène mais on pourrait la montrer comme une vidéo qui existe, sur internet. D’ailleurs, nous pourrions la charger sur internet pour de vrai. Mettons-la maintenant sur YouTube, afin qu’elle existe. » (extrait de la 1re scène de Las Ideas)

Quand YouTube devient le vecteur d’un accès à l’existence, on se rappelle alors que Federico León est metteur en scène de théâtre autant qu’il est vidéaste et cinéaste. Les procédés scéniques qu’il développe ici sont enrichis d’une pratique de l’image maîtrisée depuis le point de vue d’un réalisateur. La mise en image, sa manipulation et son utilisation ajoutent à l’emboîtement des perceptions du réel, au déguisement de celui-ci. C’est d’ailleurs le mécanisme du déguisement, en tant qu’il est filmé et puis immédiatement dévoilé, qui ouvre le spectacle et thématise une grande partie de celui-ci. Le pouvoir des images en tant qu’outil de transformation autant que de révélation de la vérité se trouve littéralement théâtralisé. Double conséquence. Non seulement il en sort encore renforcé, parce que souligné, mais ce poids de l’image devient lui-même l’enjeu d’une confrontation perceptible, physique, au contact d’un spectateur mêlé au dispositif devant et derrière de la caméra. Cependant, l’ironie, encore, et la virtuosité technique présentée comme telle empêchent León de tomber dans une « simple » démonstration intellectuelle, comme elles le dédouanent de toute prétention.

« Lui : Bon, et maintenant nous sommes en train de visionner des images dans lesquelles on nous voit nous en train de visionner d’autres images. Et en même temps, nous sommes en train de filmer le tout. Qu’est-ce que ça donnerait ? Ça me donne la nausée. » (extrait de la 1re scène de Las Ideas)

Cet écœurement dont est victime l’avatar de chair et d’os que se donne Federico León trouve sa résolution dans l’intervention du troisième personnage de la pièce. Machine devenue autonome, l’ordinateur déploiera sa propre syntaxe. Ignorant des règles du vraisemblable, il rompt avec les frontières du réel que s’étaient imposées l’artiste et son collaborateur. Après avoir matérialisé les circuits erratiques de ce qui pourrait être un cahier de mise en scène grandeur nature, Federico León donne toute liberté à un imaginaire qui aura le dernier mot. Après tout, nous sommes encore au théâtre… Derrière un quatrième mur depuis longtemps tombé, mais dont l’éternelle conscience de la chute crée peut-être une cinquième voire une sixième barrière au fil des générations critiques, le public assiste, complice, à l’explosion de la bulle des Idées. Une fois de plus, tout est à recommencer...

Back to top

Federico León (1975) est né à Buenos Aires. Il a écrit et mis en scène Cachetazo de campo (Gifle de campagne), Museo Miguel Ángel Boezzio (Musée Miguel Ángel Boezzio), Mil quinientos metros sobre el nivel de Jack (Mille cinq cents mètres au-dessus du niveau de Jack), El adolescente (L’adolescent), Yo en el Futuro (Moi dans le futur) et Las Multitudes (Les multitudes). Il a écrit le scénario, réalisé et interprété son premier longmétrage, Todos juntos (Tous ensemble). En 2007, il a écrit et mis en scène avec Marcos Martinez Estrellas (Étoiles), son deuxième film. En 2009, il a écrit et mis en scène avec Martín Rejtman Entrenamiento elemental para actores (Entraînement élémentaire pour acteurs), son troisième film. En 2014, il a réalisé La última película (Le dernier film), une série d’interventions dans d’anciens cinémas, transformés en parking. Ses œuvres ont remporté beaucoup de prix ; ses spectacles de théâtre et ses films sont présentés dans des théâtres et des festivals internationaux : en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Autriche, en Italie, au Danemark, en Écosse, au Canada, en Belgique, en Espagne, au Brésil, aux États-Unis, au Japon et en Australie. En sa qualité de professeur de théâtre, il anime des ateliers en Espagne, en France, en Belgique, au Costa Rica, en Bolivie, en Grèce et en Argentine. Certaines de ses pièces et le scénario de Todos juntos , ainsi que des critiques, des interviews et des textes de fond sur le processus créatif de son oeuvre ont été publiés dans l’ouvrage Registros (Registres). Federico León est un hôte récurrent du Kunstenfestivaldesarts.

Back to top