Lac deS Singes & Our circumscribed days

Différents lieux dans la ville

Danse/Dans/Dance
Lac deS Singes
20, 21, 25/05 20:30
24, 26/05 > 18:00
Rosas Performance Space

Film
Our circumscribed days
13/05 > 20:30 (première)
Parking Dansaert
16/05 > 21:00
8, 20, 24, 26/05 > 18:00
17, 19, 23, 25/05 > 13:00
Cosy Media

Language: English

« Bizarre être humain, voyeur sans scrupule ! » Suite à une inconfortable sensation devant la cage des chimpanzés au Zoo d’Anvers naît l’idée de Lac deS Singes où se déploie la métaphore brutale de l’humain comme animal politique. Hans Van den Broeck vient à la danse, après sa licence en psychologie et une pratique en milieu psychiatrique. Chorégraphe du noyau des Ballets C. de la B., il fait ses débuts avec Alain Platel. Il aime la logique du rêve qui révèle, aiguisés, les conflits quotidiens les plus refoulés. Lui les donne à lire sur nos corps. Rien d’étonnant à ce que ce fin observateur emprunte également les voies du cinéma. La création Lac deS Singes voisinera avec la première de son moyen métrage, Our circumscribed days, tourné à Moscou : chronique poétique d’une ville vacillante.

Lac deS Singes

Mise en scène/Regie/Direction: Hans Van den Broeck

Assistant/Assistent/Assistant: Mette Edvardsen

Créé avec et dansé par/Gecreëerd met en gedanst door/Created with and danced by: Carole Bonneau, Gianfranco Celestino, Antonella Cusimano, David Ferrasse, Harold Henning, Ellen Meijer, Gustavo Miranda, Kevin Taylor

Installation sonore/Klankinstallatie/Sound installation: Dirk De Hooghe

Concept Musique/Concept Muziek/Concept Music: Nic Rosseeuw, Dirk De Hooghe

Musique/Muziek/Music : Nic Rosseeuw

Costumes/Kostuums/Costumes: Hilde Schamp, Dorine Demuynck

Concept décor/Concept decor/Concept set : Dirk De Hooghe

Construction du décor/Decoropbouw/Set construction : Dirk De Hooghe, Kris Van Oudenhove, Hans Valcke

Eclairages & Régisseur de scène/Lichtontwerp & Toneelmeester/Lighting design & Stage manager : Jenn Ryan, Iain Robert Anderson

Son/Klank/Sound : Maarten Mees

Photographie/Fotografie/Photograpgy : Chris Van der Burght

Directeur de production/Productieleiding/Production manager: Ingrid Lammerant

Production/Productie/Production: Les Ballets C. de la B. (Gent)

Coproduction/Coproductie/Coproduction: Kunstencentrum Vooruit (Gent), Théâtre de la Ville (Paris), La Rose des Vents (Villeneuve d’Ascq), Tanztheater Internationaal (Hannover), Schaubühne am Lehniner Platz (Berlin), Stad aan zee Oostende – Dienst Toerisme (Oostende), KunstenFESTIVALdesArts

Agent: Frans Brood Productions

Avec le soutien de/Met de steun van/Supported by: Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap, Provincie Oost-Vlaanderen, Stad Gent, Nationale Loterij/Loterie Nationale

Présentation/Presentatie/Presentation: Rosas Performance Space, KunstenFESTIVALdesArts


Our circumscribed days

A film by: Dirk De Hooghe, Georgii Michailovski, Hans Van den Broeck, Martine Van Hecke, Benoit Vivien

Filmed in Moscow, August 1999

Production: Les Ballets C. de la B.

Presentation: KunstenFESTIVALdesArts

Language: EN

Duration: 1:16

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" J’ai pensé : ‘Si je deviens fou, j’aimerais bien qu’ils me placent ici.’ C’était un lieu irréellement beau. Devant la façade du château, un immense gazon et beaucoup de sièges de jardin, épars. Une personne assise semblait attendre, seule. L’endroit s’appelait La Borde et accueillait les pensionnaires d’une communauté psychiatrique. Le réceptionniste était un psychotique léger, lent, doux et distrait. Quelque part, dans l’un de ces beaux châteaux de la Loire, près de Blois, il était des soignants qui considéraient avec leurs patients que ‘le monde est fou’. Cette donnée tacite levait d’emblée le tabou qui pèse sur les fragilités mentales et les comportements étranges. L’humour était omniprésent. Le simple fait de sentir que leur perception particulière des choses était acceptée, de savoir qu’ils pouvaient, sans honte, laisser sortir leur pathologie, donnait à ces gens une force rassérénante et calmait déjà une grosse part de leurs angoisses. Cette expérience m’a beaucoup influencé. "

Hans Van den Broeck est chorégraphe et appartient, avec Alain Platel, Koen Augustijnen et Christine Desmedt, au collectif artistique des Ballets C. de la B. (entendez Contemporains de la Belgique), basé à Gand. Début des années 80, il étudie la psychologie à l’université de Leuven dans ces années où le Stuc (Centre d’art, initialement Studenten Centrum) invite la crème des pionniers de la danse contemporaine américaine. Steve Paxton y donne ses stages de ‘contact-improvisation’. Jan Fabre y réalise ses auditions-ateliers et y installe son deuxième travail théâtral, un spectacle de huit heures, Le Pouvoir des folies théâtrales (1984). " Grâce au Stuc, nous avions la chance d’être en contact direct avec ces artistes, nous nous immergions dans les coulisses de leur travail. Je suivais les ateliers en cours. Jan Fabre nous acculait à outrepasser nos limites, à abandonner nos masques, à nous exposer. C’était outrecuidant et douloureux mais, au final, très intense, car le théâtre est cruauté et tire sa beauté de cette cruauté. La psychologie a beaucoup à voir avec le théâtre et la dramaturgie. J’hésitais entre poursuivre mes études et tout lâcher pour me lancer dans le théâtre. Je poursuivis la psychologie et commençai mes stages en milieu psychiatrique avec des psychotiques : impressionnante confrontation ! Tout ce qui se passait à l’extérieur avait chez eux des répercussions intérieures et physiques immédiates. Leur moi était le monde. Leur corps en trahissait le moindre tumulte. L’angoisse les submergeait quand ils vivaient le sentiment de n’avoir plus aucun repère. Je pratiquais avec eux des ateliers ‘mouvement’ qui me mobilisaient entièrement mais je sentais trépigner en moi l’envie de revenir au théâtre. "

1988, rencontre avec Alain Platel, lui-même orthopédagogue venu à la danse, et naissance d’une petite pièce, Alchemie. Mais la bourse de ‘thérapie-danse’, qu’il avait sollicitée dans la foulée de sa formation, l’amène à l’Université de New York. Sur place, il court-circuite son cursus et s’inscrit aux cours de scénario dispensés par le département cinéma. Ils sont fréquentés tant par des débutants que par les scénaristes d’Hollywood qui viennent y tester l’efficacité de leur écriture. Là, Hans expérimente les règles coercitives de la logique narrative américaine alors que, dans les salles bondées, il découvre la passion fébrile du public américain pour le cinéma hors norme de Cassavetes et Chantal Akerman. " Ce n’étaient pas des années perdues. Même si je me sentais en décalage profond avec cette technique rigide de scénario qui minute, selon la fatigue potentielle du public, ce qu’est un temps d’exposition, une relance de tension, la nécessité d’un effet de surprise..., tout ce travail d’écriture me ramenait à traiter des situations de conflit s’appuyant sur la construction de personnages, donc sur les ressorts du comportement humain. Cela me passionnait : le monde n’est pas en harmonie et, pour moi, le théâtre ne pouvait surgir que s’il laissait affleurer les torsions de notre étrange réalité. "

De retour à Bruxelles, Hans poursuit un temps le compagnonnage avec Alain Platel (O Boom, Mussen, Bonjour Madame) puis commence dans le creuset des Ballets C. de la B. son propre travail de ‘danse-théâtre’ avec How to approach a dog (1992), Everyman (1994), (They feed we) Eat Eat Eat (1996), La Sortie (1999), qu’il jalonne d’autres créations : installations-vidéos, performances-happening dans des lieux publics et films. Son terreau d’inspiration : l’être humain et les signes physiques qui trahissent son état intérieur et ses réactions dans un environnement qui interagit avec lui. " Je me méfie des mots, ils cadenassent le sens. Je préfère peindre – je peins beaucoup depuis que je suis étudiant – ou travailler sur une langue du corps très concrète mais qui parvient à traduire plus immédiatement des sensations difficiles à formuler. Je suis fasciné par les histoires mais je ne construirai jamais un récit logique. La ‘danse-théâtre’ me convient car elle permet d’explorer les comportements humains, les relations entre les êtres d’une manière physique, en deçà du contrôle de la conscience. "

2001, naissance de Lac deS Singes. " Il y a quelque temps, je me suis retrouvé au Zoo d’Anvers devant la cage vitrée des chimpanzés. J’avais le sentiment qu’ils avaient le sentiment... que nous sentions eux et moi combien il est absurde et cruel d’enfermer ainsi une existence dans une cage de verre, offerte en pâture aux regards indiscrets. Je ne parvenais pas à décoller de là, rivé à leurs yeux, me souvenant tout à coup de la stupéfiante beauté des hommes-singes de 2001 Odyssée de l’Espace. Les chimpanzés m’impressionnaient à m’observer ainsi patiemment. Les rôles étaient inversés : moi épié par eux avec mon attitude d’être humain les regardant. Bizarre genre humain, voyeur sans scrupule. Cette confrontation inconfortable a décidé de la direction de ma nouvelle création. "

Lac deS Singes n’a donc rien d’une parodie de ballet romantique même si le titre naquit à l’occasion d’un lapsus de Hans, néerlandophone, face à des étudiants qui l’interrogeaient en français sur son background en danse classique. Hans poursuit : " Les zoos s’enorgueillissent souvent de faire survivre telle ou telle espèce animale. Mais qu’est-ce que cette survie ? Le chimpanzé nous est l’animal le plus proche dans l’échelle de l’évolution : son comportement a beaucoup de traits communs à l’humain, en plus brut, en plus cru, le raffinement psychologique en moins, avec son lot de sophistications positives comme négatives. Aristote décrivait l’homme comme un animal politique, capable de stratégies qui font des uns les manipulateurs et des autres, les manipulés. Machiavel décrit très bien ces raffinements. Ce matériau est mon point de départ. A nous maintenant d’en restituer physiquement les dialogues et le conflit et surtout d’infiltrer l’espace de rythmes justes. Le rythme d’une personne raconte énormément sur elle-même : il dévoile son état. Face aux acteurs-danseurs, il y aura un orchestre de poupées, comme un public de juges, un public cruel dont la bouche et les yeux seront fortement soulignés. Si Lac deS Singes devient une symphonie, les instruments en seront les corps, sa polyphonie sera spatiale, ancrée dans le réel, selon la logique du rêve... "

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