Laaroussa

KVS BOX

4, 5, 7/05 — 20:30
8/05 — 22:00
50 min

Chorégraphes et danseurs tunisiens, Selma et Sofiane Ouissi associent étroitement engagement artistique et social. Pour leur projet Laaroussa, créé au festival, ces frère et soeur se sont plongés dans une communauté rurale centrée sur un groupe de potières. Observant le labeur physique de ces femmes, ils ont inventé une écriture chorégraphique inspirée des gestes répétitifs qu’elles réalisent pour recueillir l’eau, broyer la brique, modeler l’argile… Détachées de la matière, ces particules gestuelles deviennent une chorégraphie abstraite et sensuelle où les mains tiennent le rôle principal. Associant cette mécanique minimaliste de la chair à des images vidéo documentaires, dans un rapport de grande intimité avec le spectateur, Laaroussa interroge le corps comme textualité. Un corps travaillé inconsciemment par son environnement, « soumis aux tâches », qui laisse pourtant entrevoir la possibilité d’un sujet libre et inventeur de ses propres gestes.

De & avec
Selma & Sofiane Ouissi

Vidéo
Cécil Thuillier

Direction photographique & montage
Nicola Sburlati

Composition musicale
Caroline Boë

Scénographie & lumière
Simon Siegmann

Régie générale & régie son
Eric Faes

Costumes & collaboration artistique
Véronique Leyens

Assistance caméra
Pierre Dejon

Ingénieur son (vidéo)
Jonathan Le Fourn

Violoniste
Caridad Martos

Altiste
Victor Portoles Alma

Potière
Chedlia Saïdani

Régisseur tournage
Habib Saïdni

Chargée de production
Aulde Cazorla

Les femmes potières du collectif Laaroussa
Malika Saidani, Naïma Saidani, Najia Saidani, Habiba Saidani, Naziha Jemiï, Hada Riahi, Dalila Riahi, Sabiha Mechergui, Naïma Chatti, Fatma Saïdani, Sassia Riahi, Sabiha Saïdani, Fadhila Saïdani, Dalila Wassila Saïdani, Hanen Saïdani, Halima Maalaoui, Cherifa Riahi, Houda Jemiï, Aïda Jemiï, Aïcha Rebeh Jemiï, Aziza jemiï, Aljia Jmii, Hajer Saïdani, Sassia Saïdani, Fatma Saïdani, Habiba Saïdani, Habiba Saliha Saïdani, Sabiha Ayari, Safia Saïdani, Halima Saïdani, Aljia Saîdani, Jemâa Selmi, Cherifa Saïdani, Lamia Saïdani, Hadda Saïdani, Jannet Ghouili, Salouha Saïdani, Hada Saïda Saïdani, Jannet Saïdani, Hidhba Saïdani, Khaoula Saïdani, Habiba Ayari, Saliha Saïdani, Emna Saïdani, Salha Stili, Naziha Saïdani, Sabiha Saïdani, Maryam Saïdani, Fadhila Saïdani, Tounes Saidani, Radhia Maalaoui, Kaouther Saîdani, Zina Mechergui

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, KVS

Production
Muzaq (France)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Marseille Provence 2013, Communauté d'Agglomération du Pays d'Aubagne et de l'Étoile, L'Art Rue (Tunis), Bonlieu Scène nationale (Annecy), La Bâtie-Festival de Genève in the framework PACT (INTERREG IV A France-Suisse 2007-2013), Zürcher Theater Spektakel

Partenaires
Ambassade de Suisse en Tunisie, Institut Français, Ministère de la Culture et de la Communication français, Ministère des Affaires Etrangères français, région PACA, Ministère de la Culture de Tunisie, Département SATIS/Faculté des Sciences, Aix-Marseille Université

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Un corps libre qui invente son propre geste

C'est l'histoire du corps qui se métamorphose, mû par une formidable énergie vitale, et qui se donne à voir dans un rapport au monde inédit sur le plan chorégraphique, mais en phase avec les interrogations sociales actuelles. Ce rapport au monde est issu de la conjonction de plusieurs facteurs structurants : l'environnement, la maîtrise d'un savoir-faire, l'imaginaire spécifique, les conditions économiques, le facteur temps, et par-dessus tout, une approche holistique du monde. Un terrain où s'élabore naturellement une sémantique du corps, prérequis implicite permettant l'apparition d'un corps singulier.

Les potières de Sejnane sont en permanence dans leur environnement, ce n'est pas ici une question de choix. Ce qu'elles peuvent faire, c'est travailler ce lien avec la matière brute de leurs terres. Leur corps, outil convoqué par leurs tâches quotidiennes et par leur savoir-faire, a cette capacité - travaillée par leurs conditions de vie et leur environnement - à dire le présent de leur monde, à le faire surgir parfois depuis sa face invisible. Leur art est relié aux racines les plus profondes de l'individu, qui colorent un énoncé gestuel. Leur savoir-faire est riche de particules gestuelles échappées du macrocosme en perpétuelle fermentation.

Face à ce champ esthétique, le travail que nous avons mené tous les matins avec les femmes-potières a été pensé pour magnifier et révéler l'imaginaire de leur corps. Ces gestes à répétition qui travaillent à modeler une pièce de poterie, les mouvements impliquant les corps dans le paysage pour recueillir l'argile, l'eau, le pistachier lentisque, les postures adoptées pour broyer la brique, mélanger et modeler l'argile, les longues marches, sont autant de récits corporels dégageant une façon singulière d'être au monde.

Tout geste, eût-il pour fin l'accomplissement d'une activité de survie, est lié à la symbolique du corps. La danse ou le champ chorégraphique y est partout et constamment convoqué, avec la différence qu'ici le corps, surtout le corps en mouvement, est à la fois sujet, objet et outil de son propre savoir. À partir de quoi une autre perception, une autre conscience du monde s'éveille. C'est dire si nous étions en présence de toutes les composantes qu'explore durant des années un danseur pour acquérir un corps « juste ».

A travers nos ateliers nous avons travaillé la prise de conscience des parties isolées du corps, le toucher, l'écoute du corps de l'autre et le ressenti profond des résonances de l'expérience esthétique véhiculées par leur savoir-faire. Ce travail a permis de comprendre l'ensemble des références et gestes qui fondent leurs champs esthétiques et dans lesquels leurs œuvres se créent. De telles expériences de corps amplifient l'échelle des désirs. Il s'est aussi agit de traiter du corps dans un groupe, comme construction de sa propre corporéité à travers la perception du corps de l'autre et de permettre la mise en commun d'expériences intersubjectives. Prendre le temps de fermer les yeux, d'écouter son corps, de le masser, de l'expérimenter en mouvements : un temps que leur corps « soumis aux tâches » ne leur permet pas.

Pourtant ce corps brut, presque naïf, travaillé inconsciemment par le quotidien, nous met en présence d'un corps libre, inventeur de son propre geste. Avec les potières de Sejnane, « l'attitude du sujet » coïncide avec le sujet lui-même et se donne entièrement dans le geste, ce qui fait que toute poétique du geste ouvre dans l'action l'aire d'une présence. Leurs corps parlent comme une textualité reflétant leurs pensées, leurs passés, leurs vies et leur environnement. Ils sont denses, lourds, avec une agilité et une présence singulière pour chacune d'elles. Elles portent par leur corps en mouvement des empreintes ou des traces qui sont autant de reflets d'un corps porteur de cette tradition, ayant déclenché un état, un saisissement, une lumière.

Selma & Sofiane Ouissi

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Les artistes chorégraphes Selma & Sofiane Ouissi, alias Muzaq, sont sœur et frère et dansent ensemble depuis le début de leur carrière. Diplômés du Conservatoire de musique et de danse de Tunis et du Centre national de la danse à Tunis, et titulaires du Diplôme d’État de professeur de danse en France, ils sont considérés comme des figures majeures de la danse contemporaine dans le monde arabe. Collaborant avec des metteurs en scène et chorégraphes de renom (Fadhel Jaziri, Hichem Rostom, Martino Muller ou la Compagnie Michèle Anne De Mey), le duo s’est produit dans de nombreux spectacles diffusés mondialement et festivals d’art vivant (Théâtre de la Ville de Paris, Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, Tanzquartier à Vienne, Danse à Aix, Bouffes du Nord à Paris, Festival de Carthage). Parmi leurs créations personnelles, citons entre autres STOP... BOOM (2004) et Waçl (2007) programmés à plusieurs reprises dans le monde arabe et en Europe. Ils se sont associés à Yacine Sebti, créateur en arts numériques, et ont réalisé avec lui leur dernière pièce chorégraphique Here(s), en tournée sur les deux rives de la Méditerranée depuis 2011. Cette même année, ils ont réalisé, en collaboration avec la réalisatrice Cécil Thuillier, un film chorégraphique inspiré du travail des femmes potières de Sejnane et programmé à la Triennale du Palais de Tokyo à Paris jusqu’en août 2012. En 2007, Selma & Sofiane Ouissi ont également fondé le collectif L’Art Rue dédié à la production et la diffusion de l’art contemporain dans l’espace public en Tunisie, et ont créé la biennale artistique Dream City (la 3ème édition a eu lieu à l’automne 2012).

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