La Dérive Des Sentiments

11/05>18:00-21:00,
12.13.14.16.17/05>10:00-18:00
40''

Mon destin n'est plus écrit dans le ciel, mais dans le beau rubis de tes lèvres... L'amour, ses incendies et ses crimes à travers quatre couples mythiques, ravageurs ou ravagés, issus des fabuleux livrets de Busenello. A l'écran, des acteurs endossent leurs dialogues d'opéra et, comme en écho, des anonymes témoignent de leur passion, aujourd'hui, ravageuse ou ravagée. Après leur incandescente installation sonore et visuelle au départ de la Didone de Busenello/Cavalli (Affetti , 2004), les frères Van der Avoort poursuivent leur immersion dans les tréfonds du baroque. En contrepoint de cette déferlante affective, il enregistrent les observations de spécialistes du cerveau. A la manière, expérimentale, de Resnais dans Mon Oncle d'Amérique .

Concept:

Boris & Aliocha van der Avoort

Avec:

Anne Mousselet, Robby Cleiren, Kate Mcintosh, Jan Hammenecker

Avec la collaboration de:

Isabelle Boyer, Pascale Gigon

Avec les promeneurs du bois de la Cambre:

Nicole Delhougne & Daniel Leuridan, Gilles Segers, Louise & Isabelle Dewulf,

Rachel Mavakala & Jos Dewint, Henri Roanne Rosenblatt & Gladys Bazin,

Philippe Lemaitre & Anneleen Erlingen, Myriam Ygal & Bill Ygal,

Philippe & Poupounet.

Production:

Family Footage, KunstenFESTIVALdesArts

Merci à:

Mikou Breakmans, Daniel Bonnert, Jean-Albert Glatigny, Anne-Sophie Augustyniak, Isabelle Dierckx, Thierry De Mey, Martine Bonhomme.

Présentation:

Paleis voor Schone Kunsten / Palais des Beaux-Arts, KunstenFESTIVALdesArts

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Mars 2006

Extérieur jour. Côté instant. Interview-réalité. Un dimanche après-midi au Bois de la Cambre. Mars 2004. Le soleil darde sous les arbres encore nus. S'ébrouant de l'hiver, des couples, jeunes, vieux, avec ou sans enfant, viennent chercher l'air et la lumière, s'abandonnent à la flânerie. Un divan incarnat imprimé de fleurs est posé là dans le bois. Boris et Aliocha Vanderavoort détourne un moment les passants, les invitant à évoquer pour leur caméra, le moment de leur rencontre et le cours de leur amour. Rires, pudeurs, témoignages furtifs de quidam, étonnés, amusés.

Intérieur studio. Côté théâtre. Artifice réaliste. Deux acteurs - Anne Mousselet (ex-danseuse de Rosas) et Robby Cleiren (De Roovers, De Onderneming) - s'échangent les répliques du film qui fut d'abord une série télévisée, Scènes de la vie conjugale d'Ingmar Bergman (1973). Sans tout à fait les vivre, à la lisière du dit et du joué. Sobres et économes, ils recomposent le feu d'une passion naissance, la fusion des épousailles, la flétrissure de l'habitude, la trahison et la séparation, jusqu'aux retrouvailles douces-amères. Miroirs du quotidien, contemporains.

Extérieur jour. Côté instinct. Réel volé. Crabes géants, oiseaux, poissons, papillons, escargots, scorpions, araignées de Camargue ou de Madagascar, éléphant de mer ou souris... Partout, toujours, l'animal vit pour s'unir et s'unit pour survivre. De vieilles légendes humaines se plaisent à colporter que, depuis l'origine, la variété de comportements amoureux gît en premier dans la nature, de la parade agitée de la séduction à la cruauté la plus fatale... Frivolité, bestialité.

Intérieur son. Côté lyrique. Artistique artifice. Aux oreilles, droit au cœur, nous arrivent la musique des passions, pures émotions, des opéras baroques de Monteverdi et Cavalli (17e siècle), sublimes incandescences, qui tirent vers les sphères célestes, les terrestres élans, appétits et trahisons, gisant dans les livrets de Busenello. On entend Cléopâtre se pâmer devant le portrait de César, Iarba se consumer vainement pour Didon, Enée la quitter pour fonder Rome, Procris exhaler sa douleur béante d'avoir été délaissée pour Aurore, déesse et rivale... Trivialité ou poésie, la musique magnifie chaque affect de l'amour, les aspirant vers des sommets de beauté. Les chants les beaux sont les plus désespérés...

Artiste de l'image et du son, Boris et Aliocha Van der Avoort sont avant tout des monteurs, enchevêtreurs, entretisseurs de matériaux visuels et sonores, souvent hybrides, dont le sens ne surgit qu'au détour de leurs associations, par un mobile processus de contamination. Après Affetti qui plongeait le spectateur dans l'incandescence tumultueuse du début de La Didone de Cavalli/Busenello, dans la guerre et son envers - la blessure, dans l'amour et ses revers - la douleur, les vidéastes élargissent leur champ d'investigation à tous les livrets du Vénitien baroque, Busenello, avocat et poète. D'emportés qu'ils étaient aux tréfonds des Affetti, ils se font rapporteurs d'une espèce humaine en proie à l'irrésistible cycle de l'attraction du sexe opposé... Une approche inversée où l'immersion cède la pas à l'irrigation.

Au centre de leur propos, l'amour et ses tourments, bien sûr, exaltés par les baroques, mais surtout le couple, non pas en tous ses états - intimes - mais en tous ses comportements - observables. Pour ce faire, le recul leur était nécessaire. Le regard n'est plus « dans » mais « hors ». Il organise subrepticement une collection d'indices, une juxtaposition hybride des attitudes suscitées par l'aimantation de deux pôles contraires et complémentaires - homme et femme comme mâle et femelle... - en prise avec leur milieu, leur époque, leurs instincts, leurs pensées, leurs modèles. La dérive des sentiments scrute bien la tectonique du couple, la structure de son écorce, plus que la sève qui l'irrigue.

La dérive des sentiments est une mosaïque qui prélève ses éléments apparemment épars au fil de l'histoire, commentent Boris et Aliocha, qui l'emplisse de contrastes en télescopant insidieusement trois époques-charnières : naissance de l'opéra - au temps instable de la licence baroque d'une Venise libertine où l'intrigue politique teintait les intrigues amoureuses de dieux, rois et reines ramenés de l'antiquité ; naissance de la télévision - au temps prospère d'une Amérique d'après-guerre qui diffusait par petit écran interposé la propagande du couple modèle entouré d'enfants joyeux sur lesquels veillait une maman moderne épanouie dans les tâches ménagères facilitées par le progrès et un père trouvant après le travail le réconfort de sa famille ; éclatement de la cellule familiale modèle - et bourgeoise - dans les années '70, moment où Bergman propose pour la télévision son film austère sur la désagrégation du couple...

Mais les vidéastes ne se contentent pas d'enchevêtrer mœurs et faits moraux choisis sur le fil de l'histoire, ils s'amusent aussi à décliner des documents d'anthropologues (portraits de femmes surgissant de tous les continents, maquillées, peintes, tatouées, altérées pour attiser la séduction), de zoologues, de cinéphiles (petite anthologie des « décharges » émotionnelles de l'amour), ils scannent le cerveau, siège des émotions et de la pensée. Dans les ardeurs de l'espèce humaine, ils injectent les ébats amoureux de l'espèce animale, tout un bestiaire agité par le désir de survivre et de procréer. Des ciels s'incendient, des lunes s'argentent....

« Je te regarde, je te veux »... « Je rêve et délire »... « Tu me cherches en vain »... Mon destin n'est plus écrit dans le ciel mais dans le beau rubis de tes lèvres »... « O portrait magnifique, visage adoré, beau résumé et cher extrait des grâces de la nature »... « Étaient-ils doux les baisers de ma bouche ? »... « L'amour n'est pas parfait s'il n'est pas éternel »... « Je te regarde, je te veux, je t'étreins, je t'enchaîne, plus de souffrance, plus de mort, ô ma vie, ô mon amour »... « Reviens sur tes pas, bel assassin de ma fidélité »... « Sommes-nous totalement égarés ? ». Des mots de Busenello jamais mis en musique - Giulo Cesare - ou s'élevant des opéras de Monteverdi - L'Incoronazione di Poppea - et de Cavalli - D'Appollo e di Dafne, La Didone...

Des mots parlés, des mots chantés issus des livrets baroques tissent le fil du sens, confrontés à d'autres mots joués ou réels, plus actuels. Houle de fond venant se briser sur les berges de l'émotion, la musique, elle, tire sur le fil des sens. Et ce tourbillon d'images hybrides - tournées et d'archives - qui tel un vent malin semble se jouer du sens et de nos sens...

Dans l'écrin de leur installation visuelle et sonore, le principe de juxtaposition n'est pas à l'œuvre uniquement dans la succession d'images entrelacées de musique. Mais aussi dans l'espace qui les révèlent : plusieurs écrans reçoivent leur lumière, tulles transparents, qui l'un devant l'autre, offriront au regard la superposition d'un avant et d'un arrière plan - la sensation d'une troisième dimension, un relief, une distance, une profondeur...

Claire Diez

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Boris Van der Avoort

Boris Van der Avoort (°1967) a suivi une formation en photographie à l'École Supérieure des Arts Visuels de La Cambre et une formation en techniques de montage à l'INSAS. Dès 1990, son œuvre de photographe est présentée dans des expositions personnelles et collectives en Belgique et à l'étranger. Il a réalisé quatre courts métrages, montrés dans plusieurs festivals nationaux et internationaux : Matière végétale, J'espère que vous allez bien, Space et Lens. 40 Portraits, une installation à trois écrans réalisée dans le cadre de l'exposition Rosas XX au Palais des Beaux-Arts, a fait le voyage jusqu'à Athènes (2002-2003). Suivra une deuxième installation, cette fois avec neuf écrans, Un à un (2003). Il a également co-réalisé avec son frère Aliocha Small Hands et Once, deux films vidéo sur les répétitions et les représentations des chorégraphies du même nom de Anne Teresa De Keersmaeker. Il s'est également chargé du montage de nombreux films de danse de cette dernière ainsi que de Thierry De Mey. En 2004, les deux frères se sont à nouveau associés pour créer Affetti, une installation vidéo qui a été présentée en première au Kunstenfestivaldesarts, puis à Parme et à Majorque.

Aliocha Van der Avoort

Aliocha Van der Avoort (°1966) a étudié l'image à l'INSAS (Bruxelles), puis l'électroacoustique au Conservatoire de Mons. Il a collaboré à divers films de danse de Anne Teresa De Keersmaeker, Thierry De Mey et Wim Vandekeybus et réalisé avec son frère Boris les vidéos Small Hands et Once, sur des chorégraphies de Anne Teresa De Keersmaeker. Il a également été caméraman pour des installations vidéo de Marie-José Burki et a composé la musique pour une installation de Marie-Jo Lafontaine. Depuis 1997, il poursuit ses recherches dans son propre studio, où il compose entre autres Tropisme (1er prix de composition du concours Métamorphoses en 2000). Il continue par ailleurs d'apporter son concours à divers projets : l'installation Unfinished Stories de Jorge León (Kunstenfestivaldesarts 1998), la pièce de théâtre La théorie de Rosenfeld de Jean-Luc Ducourt (1999), Highway 101 et Alibi de Meg Stuart. En 2002, il réalise Vocabularium, une installation vidéo présentée à l'exposition Rosas XX. En 2002 et 2003, il crée la musique et la vidéo de spectacles de Lilia Mestre et Davis Freeman. Au Kunstenfestivaldesarts 2004, il présente Affetti, en collaboration avec Boris. Plus récemment, en 2005, il a composé la bande son de Modify, une performance dansée de Thomas Hauert.

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