In Real Time

Rosas Performance Space / P.A.R.T.S.

18, 19, 20, 21, 24, 25, 26, 27 Mei/Mai/May 20:00
Taal/Langue/Language: Nederlands, français, English

« Quelles sont tes angoisses pour le nouveau millénaire ? Et tes espoirs ? » Gerardjan Rijnders pose les questions. Vingt-deux voix y répondent, contrastées: celles des danseurs de Rosas, compagnie d'Anne Teresa De Keersmaeker, celles des acteurs de STAN, celles des musiciens d'Aka Moon. ‘En temps réel', le spectacle se construit: pour la première fois, les trois groupes d'artistes créent ensemble au départ d'une page blanche. In real time explore sans filet la rencontre égalitaire entre trois disciplines : danse, théâtre et musique, du point A des premières discussions au point Z de la représentation. Un auteur les accompagne pour en générer le texte. Trois méthodes de travail s'y confrontent et se ressourcent à leurs différences.

Gecreëerd en gespeeld door/Créé et interprété par/Created and performed by: Tg STAN & Rosas
Choreografie/Chorégraphie/Choreography: Anne Teresa De Keersmaeker
Tekst/Texte/Text: Gerardjan Rijnders
Muziek/Musique/Music: Fabrizio Cassol & Aka Moon
Acteurs/Actors Tg STAN: Jolente De Keersmaeker, Sara De Roo, Damiaan De
Schrijver, Frank Vercruyssen
Dansers/Danseurs/Dancers Rosas: Iris Bouche, Marta Coronado, Anne Teresa De Keersmaeker, Alix Eynaudi, Fumiyo Ikeda, Martin Kilvády, Oliver Koch, Cynthia Loemij, Roberto Oliván de la Iglesia, Ursula Robb, Taka Shamoto, Clinton Stringer, Rosalba Torres, Jakub Truszkowski
Muzikanten/Musiciens/Musicians Aka Moon: Fabrizio Cassol, Fabian Fiorini, Stéphane Galland, Michel Hatzigeorgiou
Productieassistente/Assistante de production/Production assistant: Anne Van Aerschot
Repetitor/Répétiteur/Rehearsal director: Mark Lorimer
Decor/Décor/Set design: Thomas Walgrave, TgSTAN & Rosas
Licht/Eclairage/Lighting: Thomas Walgrave
Assistant licht/Assistant éclairage/Assistant lighting: Guy Peeters
Kostuums/Costumes: Anke Loh
Geassisteerd door/Assisté par/Assisted by: Inge Büscher, Nathalie Douxfils
Productie/Production: Tg STAN (Antwerpen), Rosas & De Munt/La Monnaie (Brussel/Bruxelles)
Coproductie/Coproduction: Théâtre de la Ville (Paris), Tanztheater International/Expo 2000 Hannover
Met dank aan/Remerciements à/Special thanks to: Chrysa Parkinson, David Zambrano
Presentatie/Présentation/Presentation: De Munt/La Monnaie, KunstenFESTIVALdesArts
In het kader van/Dans le cadre de/In the context of: Brussel/Bruxelles 2000

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Page blanche. A la table, treize danseurs de Rosas, la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker, quatre acteurs du collectif de théâtre STAN et les quatre musiciens d'Aka Moon. Un auteur est là, qui les écoute : Gerardjan Rijnders. Il lance quelques questions : « Quelles sont tes angoisses pour le prochain millénaire ? Quels espoirs fait-il naître en toi ? Qu'est-ce que l'on quitte ? Vers quoi nous dirigeons-nous ? Par quoi une harmonie peut-elle être troublée ? Si tu devais t'écrire un rôle à jouer, quel type de personnage inventerais-tu ? »

L'auteur prend des notes. Dans les réponses, les angoisses affleurent plus vite que les espoirs plus difficiles à formuler. Les acteurs sont dans leur élément : le mot. Ils arrivent parfois avec des fragments de textes qu'ils aiment et qui les concernent. L'esprit rompu à la discussion, leurs termes sont précis, leur expression aisée. Le langage pour eux, c'est une arme. Cela se sent. Aucun mot n'est présumé innocent.

Ils s'appellent Frank Vercruyssen, Damiaan De Schrijver et Jolente De Keersmaeker. Ils ont formé leur compagnie d'acteurs STAN en 1989, au sortir du Conservatoire d'Anvers, rejoints plus tard par Sara De Roo. Réfractaires à l'idée d'un metteur en scène omnipotent, ils se sont toujours dirigés eux-mêmes, exploitant leurs failles comme leurs forces. Pour eux, choisir un texte est un acte politique qui se mesure à l'engagement acéré d'un auteur dans son temps. Plus que de le servir au sens traditionnel du terme, ils dialoguent avec lui. Sur scène, aucun d'eux ne se prive de partager son point de vue et leurs visions contrastées engagent, en amont du texte, une discussion qui met à jour ses multiples interprétations et ses possibles contradictions. Pour eux, le sens unique n'existe pas. STAN (Stop to Think About Names) est allergique aux dogmes. Le collectif préfère associer le public à la richesse du débat qui existe en répétitions plutôt que de lui proposer un résultat bien léché et bouclé. Il n'existe d'ailleurs pas en tant que collectif fermé : les spectacles de STAN invitent souvent en hôtes des acteurs d'autres compagnies belges et étrangères.

L'auteur écoute encore. La parole des danseurs est plus pudique, plus timide et les mots qui viennent, intenses, ont parfois la maladresse d'une émotion difficile à verbaliser. Les langues se mélangent : ce sont des nomades, leurs origines et cultures sont différentes. Ils aiment la poésie des petites histoires qui valorisent un coin de leur mémoire.

Ils sont partenaires de plus ou moins longue date du parcours d'Anne Teresa De Keersmaeker, créateurs actifs dans la naissance du matériel ‘mouvement' qui sera resserré et recomposé par la chorégraphe. Au fil des spectacles, ce vocabulaire est né de ce que chacun était capable techniquement de danser. En quelque 20 ans de création, le groupe s'est enrichi de danseurs de plus en plus virtuoses avec d'excellentes bases classiques. Inspirée par la mine de procédés de composition que propose la musique écrite, la chorégraphe a travaillé à inventer d'infinies variations au départ de ‘phrases' initiales et à complexifier la simultanéité de leurs combinaisons. Sa rigueur est parvenue à ordonnancer magistralement les tensions de cet apparent chaos. Le texte fit toujours partie de ses préoccupations. Il resurgit récemment, sous une approche nouvelle. Dans Just Before (1997), sous la forme de récits anecdotiques et personnels livrés par les danseurs. Dans I said I (1999), à travers les pages du journal de Peter Handke. Dans Quartett (1999) de Heiner Müller (un acteur et une danseuse en scène), il prédominait et la collaboration théâtrale entamée avec Jolente De Keersmaeker et STAN intensifiait les premiers jalons d'une quête au-delà de la juxtaposition des différentes disciplines : « Est-ce que le texte peut servir de sous-texte à un mouvement dansé ? Qu'est-ce qui se passe si un acteur livre un texte en pensant à un mouvement ou en donnant à voir la mémoire physique qu'il a de ce mouvement ? »

A la table, l'auteur continue à questionner, suscite puis transcrit ce qui lui est proposé. Les musiciens observent et se mêlent à l'échange. Leurs réponses sont plus désinvoltes et baignées d'énergie optimiste. Ce sont des improvisateurs, prompts à réagir aux ondes et à leurs influx rythmiques. Ce sont des voyageurs. Au fil de leurs séjours en Centre-Afrique, au Sénégal ou en Inde, leur manière s'est nourrie de confrontations avec des expressions musicales traditionnelles dont la transmission orale entretient, vivace, la relation au présent. Ils se « chargent de contenu », heureux d'être là pour partager dès les prémisses du spectacle à venir.

Fabrizio Cassol (sax alto), Michel Hatzigeorgiou (guitare basse), Stéphane Galland (percussion) et Fabian Fiorini (claviers) allient l'esprit jazz (à l'origine jazz up est synonyme d'émoustiller, barioler, habiller, moderniser) à leur faculté de récepteurs-émetteurs sensibles à toutes les musiques du monde. Ils jonglent avec les polyrythmies et les polyphonies. Leur groupe Aka Moon se soude à la suite d'un voyage chez les Pygmées Aka en Centre-Afrique. Ce sont des cosmiques, rivés aux énergies vitales. Avant chaque concert, ils s'accordent sur leur matériau musical de base et s'attribuent des terrains d'interventions pour que, sur scène, leurs improvisations puissent surgir au gré des intuitions, sans détruire l'impulsion de l'ensemble. Ils aiment les rencontres contrastées et se produisent tant avec Umayalpuram K. Sivaraman (Inde), Doudou N'Diaye Rose (Sénégal), Marie Daulne (Zap Mama), David Linx qu'avec Kris Defoort, Ictus, Philippe Boesmans... En solo, Fabrizio Cassol laissait funambuler le souffle de son saxo face à Ictus et au DJ Grazzhoppa dans I said I (1999), mis en scène par Jolente De Keersmaeker et chorégraphié par Anne Teresa. Aujourd'hui, Aka Moon n'est plus ‘en face de' ou ‘à côté de' mais ‘à l'intérieur', force constituante de cette rencontre à trois.


Page blanche. De séance en séance, Gerardjan Rijnders revient avec des fragments de textes. Exemplaire de souplesse, il est plus qu'un passeur de l'oral vers l'écrit. A sa manière très personnelle, il crée les premières lignes d'un récit. Il aura son fil rouge - deux personnages, « elle » et « lui » - et en creux de leurs dialogues viendront se glisser les pensées polyphoniques des autres interprètes. Le spectacle porte le titre In real time (en temps réel), parce qu'ici, pour la première fois, cette rencontre du texte, de la danse, du théâtre et de la musique ne repose sur rien de préalablement écrit. Rien n'y préexiste sauf trois créativités extrêmement différentes et trois expériences de performers qui chacun dans leur discipline ont acquis force de maturité.

« Le but n'est pas de changer les rôles : que les acteurs deviennent danseurs ou les musiciens, acteurs. Il faut que chacun s'épanouisse dans ce qui lui est propre, fort de la compréhension profonde des méthodes de l'autre. Le mouvement ne naît pas de la même manière chez Rosas, que le jeu chez STAN ou le concert chez Aka Moon. C'est cette écoute et cette confrontation qui nous intéresse. L'expérience est lancée, l'alchimie de ses réactions nous en fera découvrir le résultat, en même temps que le public. »

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