Het Bewijs & The Notebook

Différents lieux dans la ville

Het Bewijs
Kaaistudio's
19, 22, 23, 25 Mei/Mai/May 20:30
Duur/Durée/Duration: 1:30
Taal/Langue/Language: Nederlands/néerlandais/Dutch
Simultaanvertaling/Traduction simultanée/Simultaneous translation: Fr


The Notebook
Theatre Les Tanneurs
20, 21 Mei/Mai/May 20:30
Duur/Durée/Duration: 1:40
Taal/Langue/Language: Engels/anglais/English
Simultaanvertaling/Traduction simultanée/Simultaneous translation: Nl & Fr
Première Engelse versie/Première version anglaise/Première English version

En 1998, De Onderneming montait Het Dikke Schrift (Le Grand Cahier), de la Hongroise Agota Kristof, qui mit quarante ans avant d'écrire, dans la langue de son exil, le roman de sa déchirure. En plein tourment de guerre, des jumeaux unis comme un seul être y consignaient leurs rigoureux exercices pour contrôler la douleur et le sentiment. C'était des enfants, touchants et effrayants. Au KunstenFESTIVALdesArts 2000, De Onderneming remonte ce bijou théâtral en version anglaise, The Notebook. Parallèlement, il crée en un seul spectacle les 2e et 3e volets de cette trilogie des jumeaux, La Preuve et Le Troisième Mensonge, où l'auteur expose avec la même sobriété l'écheveau du récit des enfants séparés, maintenant adultes en quête de l'autre part d'eux-mêmes et de leurs souvenirs.

Het Bewijs

Tekst/Texte/Text: Agota Kristof, La Preuve & Le Troisième Mensonge
Spel en bewerking/Jeu et adaptation/Acting and adaptation: Robby Cleiren, Günther Lesage, Ryszard Turbiasz, Carly Wijs
Dekor en licht/Décor et éclairage/Set design and lighting: Stef Stessel
Kostuums/Costumes: Charlotte Willems
Techniek/Technique/Techniques: Richard Kerkhofs
Productie/Production: De Onderneming (Antwerpen)
Coproductie/Coproduction: KunstenFESTIVALdesArts
Met dank aan/Remerciements à/Special thanks to: Kaaitheater (Brussel/Bruxelles) Presentatie/Présentation/Presentation: KunstenFESTIVALdesArts

The Notebook

Tekst/Texte/Text: Agota Kristof, Le Grand Cahier
Spel en bewerking/Jeu et adaptation/Acting and adaptation: Robby Cleiren, Günther Lesage, Ryszard Turbiasz, Carly Wijs
Kostuums/Costumes: Charlotte Willems
Techniek/Technique/Techniques: Richard Kerkhofs
Productie/Production: De Onderneming (Antwerpen)
Presentatie/Présentation/Presentation: Théâtre les Tanneurs, KunstenFESTIVALdesArts

De Onderneming geniet de steun van/bénéficie du soutien de/is supported by: De Vlaamse Gemeenschap.

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J'essaie d'écrire des histoires vraies mais, à un moment donné, l'histoire devient insupportable par sa vérité même, alors je suis obligé de la changer. J'essaie de raconter mon histoire, mais je ne le peux pas, je n'ai pas le courage, elle me fait trop mal. Alors j'embellis tout et je décris les choses non comme elles se sont passées, mais comme j'aurais voulu qu'elles se soient passées.
(Aveu de Lucas dans Le Troisième Mensonge, d'Agota Kristof, Ed. du Seuil, 1988)


Une mère et son mari journaliste veulent protéger leurs enfants de la guerre. Les jumeaux sont déposés dans un village-frontière, chez la grand-mère un peu ‘sorcière', dure et solitaire. Unis comme un seul être, ceux-ci grandissent chez elle, livrés à eux-mêmes. Ils s'érigent, pour chaque acte de la vie quotidienne, une discipline de fer. Se contraignant méthodiquement à une multitude d'exercices d'insensibilité, ils atteignent le total contrôle mental de leurs émotions, sans distinction ni du bien, ni du mal. Forts de leur « ultra-objectivité », ils traversent sans souffrir les atrocités qui les entourent : aucun sentiment n'altère plus désormais leur clinique et implacable perception de la réalité. Dans un style à la cruelle simplicité enfantine, ils consignent, par le menu, chaque événement de leur existence dans un Grand Cahier.

C'est le premier roman d'Agota Kristof, écrivain hongroise (1935) qui s'enfuit de son pays vers la Suisse en 1956, quand les chars russes vinrent écraser la révolution hongroise. Quarante ans plus tard, isolée, dans son petit appartement de Neuchâtel, la romancière écrit en français le premier volet de sa ‘trilogie des jumeaux', immédiatement distingué par le Prix de l'Association des Ecrivains de Langue Française.

En 1998, De Onderneming - Ryszard Turbiaz et Gunther Lesage - rejoint par Carly Wijs et Robby Cleiren (De Roovers) en crée une jubilatoire adaptation. Ils la restituent dans un style théâtral désarmant de simplicité qui rend avec une incroyable intelligence scénique la sobriété, l'âpreté et l'épouvantable candeur du roman. Leur Dikke Schrift est un bijou incisif, doux-amer et truffé de surprises de jeu. A la demande du KunstenFESTIVALdesArts, les acteurs reprennent cette petite perle que seul le public néerlandophone a pu apprécier et en crée une version en langue anglaise, The Notebook, surtitrée, selon la tradition au Festival, en français et en néerlandais.

Sur une scène nue, les inséparables jumeaux, Claus et Lucas (Robby et Gunther), y livrent avec un surprenant détachement le récit de leurs expériences du monde dévasté. Mêlant la fragilité de l'enfance à une effrayante maturité, ils sont vêtus de simples singlets et caleçons blancs. Les adultes abruptement campés sont joués par un même acteur (Ryszard) - tour à tour grand-mère, curé, soldat allemand, savetier juif - et par une même actrice (Carly), interprétant notamment la libraire. Y apparaît déjà l'obsession de la trace, puisque, dans les romans d'Agota Kristof, écrire devient plus beau que vivre, puisque rien - et surtout pas l'humain - ne revêt plus de vérité que ce qui s'inscrit à l'encre sur le papier.

« En travaillant Le Grand Cahier, il nous paraissait de plus en plus évident que nous allions monter sa suite : La Preuve et Le Troisième Mensonge. Leur adaptation au théâtre nous permettrait d'explorer le récit sous-jacent de l'histoire réelle - ou de la métaphore - des jumeaux, d'entrer dans leur énigme qui va croissant, d'esquisser plus loin l'image impressionnante de ce jeu innocent et blessé entre la vérité et la falsification, l'être et le désir d'être, l'identité et la perte de soi, la volonté d'autonomie et l'extrême solitude. »

Dans Le Grand Cahier, le récit des jumeaux, jeunes, est construit selon un développement narratif cohérent. Il se termine sur la séparation des frères : ils envoient leur père sauter sur une mine pour permettre à l'un d'eux, qui l'a suivi, de passer de l'autre côté des barbelés. Dans La Preuve, la guerre est finie et l'armée de libération tient le pays sous occupation. En filigrane, sans être nommées, affleurent les années noires du stalinisme. Lucas, adulte, est resté seul. Il ne parvient pas à donner sens à sa vie, béante de l'absence de son jumeau. Les seuls êtres dont il prend soin finissent par disparaître, éloignés, arrêtés ou suicidés. La frontière ouverte, Claus revient pour retrouver son frère mais Lucas s'est évanoui sans laisser de trace. La seule trace de leurs identités distinctes et de leur lien fraternel est ce ‘grand cahier' rédigé à deux pendant les années d'enfance. Quand la police l'expertise, ‘la preuve' s'effondre : la graphologie l'affirme écrit par une seule main et de la même encre. Le Troisième Mensonge complexifie encore la gemellité du récit. Lucas réapparaît, malade et en prison. Il se fait appeler Claus. Il livre sa quête fiévreuse, traversée de rêves et de cauchemars, pour retrouver son frère.

Devenu écrivain, le vrai Claus publie sous le pseudonyme de Klaus Lucas. Dans une ultime et brève rencontre, celui-ci refuse sciemment de reconnaître son jumeau : par ce mensonge, le dernier, Claus fracasse la quête de Lucas.

« Ces deux romans d'Agota Kristof brouillent les pistes du premier, un souvenir en réfute un autre, lui-même renversé par une nouvelle version des faits. On pourrait y lire la métaphore de son propre exil tant géographique qu'intérieur, comme si l'histoire des jumeaux trahissait sa propre déchirure de vivre physiquement dans un nouvel ici alors que tout son être aspire à là-bas, en cultive le souvenir, le transforme avec la distance. Passe le temps, une page se tourne, puis une autre qui prend sa place. Et quand l'on revient, est-on toujours le même ? Les autres sont-ils encore ceux-là auxquels on a tellement pensé ? »

« Dans les trois romans, les livres occupent une place symboliquement centrale. Peut-être est-ce le fil rouge de cette double suite et de ses récits contradictoires. On peut s'imaginer que, pour Agota Kristof, chaque livre est le reflet d'un être. Détruit, se brise avec lui le miroir d'une vie. Sur scène, nous avons monté Le Grand Cahier en acérant sa terrifiante simplicité. Nous adaptons La Preuve et Le Troisième Mensonge en un seul spectacle, Het Bewijs, en essayant de préserver leur énigme, en dégageant quelques lignes de force pour immerger le public dans la trouble et captivante schizophrénie des deux romans. Ceux-ci n'expliquent rien, ne jugent rien mais forcent la crédulité du lecteur, soudain le dessillent, puis l'égarent... avant de le questionner profondément sur les racines de ces existences arrachées à leur vérité. »

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