He Fengming

05/05>18:00 (VERNISSAGE),
6>27/05>12:00, 14:10, 16:20
CN>SUBTITLES NL/FR
50"

A 37 ans, Wang Bing bénéficie d’une époustouflante reconnaissance internationale à la suite de la sortie de son documentaire long de 9 heures, A l’ouest des rails. En solitaire, il filme en DV pendant deux ans la dissolution d’un gigantesque complexe industriel, en mettant ses pas dans ceux des derniers hommes et femmes encore présents pour atteindre une plastique sonore et visuelle à la fois poétique et fantastique. Le voici engagé dans un autre témoignage de la mutation chinoise. Il accompagne He Fengming, militante en 1949 pour la construction de la nouvelle Chine populaire, déportée longtemps comme suppôt de la droite dans un camp de « redressement idéologique par le travail », puis réhabilitée. Une traversée pudique de son existence et des lieux désormais fantomatiques de sa souffrance.

Concept:

Wang Bing

Présentation:

De Markten, KunstenFESTIVALdesArts

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Wang Bing à propos de He Fengming, témoignage de la répression en Chine au 20e siècle.

“ En 1949, après l’établissement de la République populaire de Chine, une femme de 17 ans du nom de He Fengming se lance corps et âme dans la construction de la nation nouvelle, une entreprise appelée ‘Construction socialiste en Chine’. Avec son mari, elle travaille pendant de nombreuses années comme journaliste pour un journal de province. En 1957, après la campagne anti-droitière du Parti communiste chinois, le mari de He Fengming est accusé d’être de droite sur base de trois articles qu’il a écrits pour le journal. Pour la simple raison qu’elle est sa femme, He Fengming est rapidement impliquée à son tour. Elle est stigmatisée comme appartenant à la droite et elle subit des mois de lutte et la dénonciation. Incapable de supporter la persécution, He Fengming, tourmentée, fait plusieurs tentatives de suicide qui échouent. Un soir, elle a la permission, enfin, de retourner chez elle, auprès de son mari. Il la prend dans ses bras et fond en larmes; c’est la première fois qu’elle le voit pleurer. Malgré leur situation désespérée, l’amour qui les unit reste inébranlable. Envers et contre tout, leur souffrance ne peut que les rapprocher.

En avril 1958, He Fengming et son époux sont envoyés dans des camps de travail différents en Chine occidentale pour une ‘réforme idéologique par le travail’. Pendant les deux années et demie qu’elle passe dans le camp, He Fengming endure un labeur physique à briser les reins, la faim, la mort de plusieurs de ses compagnons d’infortune et toute une série d’autres indignités et humiliations. En 1960, elle reçoit une lettre de son mari dans laquelle elle apprend qu’il est en train de mourir à cause du manque de nourriture. Utilisant tous les moyens à sa disposition, elle parvient à rassembler de la nourriture, elle affronte les tempêtes de neige de l’hiver et fait le long trajet qui la sépare du camp de travail où son mari est prisonnier. Mais quand elle arrive, il a déjà succombé à la faim. Pendant les vingt années qui vont suivre, He Fengming et ses deux jeunes enfants – toujours taxés d’être de droite et donc consignés en marge de la société – luttent pour subsister. Ce n’est qu’en 1979 que He Fengming est enfin ‘réhabilitée’ et que toutes les charges contre elle sont abandonnées. En 1991, espérant trouver la tombe de son mari, He Fengming retourne sur le site du camp de travail où il est mort, mais elle ne parviendra jamais à localiser sa tombe.

He Fengming consacre ses dernières années à écrire l’histoire de sa vie. Sans se laisser intimider par les pressions extérieures, elle se sert de sa plume et de ses larmes pour faire état des souffrances qu’elle a endurées et dont elle a été témoin.

He Fengmin est une femme très ordinaire qui a toute une vie de frustrations derrière elle et ne craint pas toutes sortes de pressions lorsque, à un âge avancé, elle rédige tout ce qu’elle a vécu. Elle a fait preuve d’un courage et d’une force extrêmes. Son histoire m’a profondément touché.

Nous nous connaissons depuis longtemps et je vais souvent lui rendre visite. Nous nous entendons très bien. Quand je lui ai dit que je voulais faire un film sur elle, elle a tout de suite approuvée, contente. “

He Fengming est une coproduction du KunstenFESTIVALdesArts, la première a lieu le 5 mai 2006.


A l’Ouest des Rails (1999-2002), un close up de la fin d’une ère, et la carte de visite du cinéaste Wang Bing.

Fruit d’un tournage de plus de deux ans durant lequel le cinéaste à partagé au jour le jour la vie de ses sujets, A l’Ouest des rails est consacré à la dislocation d’un gigantesque complexe industriel situé dans le nord-est de la Chine, à Shenyang. Edifié en 1933 par l’armée d’occupation Japonaise pour produire du matériel de guerre, reconverti lors de l’instauration de la République populaire en 1949, ce complexe fonctionnait encore à plein régime dans les années 80, où un million de travailleurs faisaient tourner la centaine d’usines en activité. Les mutations économiques et industrielles de la Chine vont cependant conduire, au début des années 1990, à son inexorable désaffection, les usines fermant les unes après les autres. C’est l’aboutissement de ce processus que filme Wang Bing de 1999 à 2001, en superposant à cette chronique de fin d’un monde un enjeu proprement esthétique : requalifier le passage de l’argentique au numérique comme la transformation d’une forme épique à une forme élégiaque du cinéma, plutôt que comme le déplacement de sa vocation du collectif vers l’intime.

Le réalisateur ne se tient plus en retrait et s’implique complètement jusqu’à fumer, boire, avoir froid et courir avec les habitants. En somme, Wang Bing s’affranchit avec bonheur de tous les impératifs du documentaire, pour s’autoriser des licences enthousiasmantes.

Les données statistiques, économiques ou politiques sont réduites à leur strict minimum. Pas davantage d’entretiens ni de voix off explicative. Cette indifférence assumée à l’instrumentalisme pédagogique et à la maîtrise du discours, qui sont encore la loi du genre, permet à ce documentaire, d’atteindre un autre horizon, celui d’une étrangeté d’ordre fantastique, d’une expérience sensorielle, d’une vitalité poétique née de la ruine.

La grande force de ce film résolument tourné du côté des hommes, de leur souffrance comme de leur résistance, est qu’il emporte avec lui toute l’histoire de XXe siècle, qui aura été, comme jamais dans l’histoire humaine, celle de l’asservissement et de l’anéantissement industriel de l’homme par les systèmes. Et lorsqu’à cette dimension tout à la fois artistique et politique s’ajoute une aura mythologique – la lutte immémoriale des hommes contre l’indifférenciation de la matière – , force est d’admettre qu’on a bien affaire à un chef d’œuvre.

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Le réalisateur chinois Wang Bing (°1967) a étudié la photographie à l'Académie des Beaux-Arts de Lu Xun avant de se spécialiser dans la photographie de cinéma à l'Académie de Pékin. Après quelques années de travail comme caméraman, il commence sa carrière de réalisateur indépendant en 1999. Sa première grande production est un coup de maître : le documentaire DV en trois parties TIE XI QU (À l'ouest des rails), qui dure neuf heures, a été projeté en première au Festival international du Film de Berlin, puis au Festival du Film de Rotterdam, avant d'entamer une tournée mondiale des festivals. Les prix pleuvent. En 2004, TIE XI QU sort même dans des salles parisiennes. En 2003-2004, Wang Bing a écrit le scénario du long métrage Black Iron Days, produit avec le soutien du Huber Bab Fonds (Rotterdam, 2003) et du Festival de Cannes 2004.

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