Gatz

23/05>20:30, 3H (PART1),
24/05>20:30, 3H (PART2),
25/05>16:00, 2X3H (PART1&2),
26/05>18:00, 2X3H (PART1&2)
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Six heures de lecture avec pause-repas pour plonger dans l'intégralité des pages de Gatsby Le Magnifique. Comme par inadvertance, le roman-culte de l' «american dream», imaginé par F. Scott Fitzgerald prend vie dans l'officine désenchantée d'employés de bureau. Isolé, l'un d'eux lit à haute voix la saga captivante du mystérieux Gatz, fabuleusement riche au sortir de la Grande Guerre. Progressivement, ses collègues affairés semblent endosser les personnages du roman. Hallucine-t-il ? Les performers new-yorkais de Elevator Repair Service (ERS) réinventent ici subrepticement le chef-d'œuvre de la littérature américaine.

Mise en scène:

John Collins

Avec:

Scott Shepherd, Jim Fletcher, Kate Scelsa, Susie Sokol, Robert Cucuzza, Tory Vazquez, Vin Knight, Aaron Landsman, Laurena Allan, Ben Williams, Annie McNamara, Mike Iveson, Ross Fletcher

Assistant metteur en scène:

Steve Bodow

Décor:

Louisa Thompson

Lumière:

Mark Barton

Son:

Ben Williams

Costumes:

Colleen Werthmann

Régie générale:

Daya Wolterstorff

Company Manager:

Ariana Smart Truman

Production:

Elevator Repair Service Theatre

Avec le soutien de:

l'Ambassade des Etats-Unis d'Amérique

Présentation:

Théâtre National de la Communauté française, KunstenFESTIVALdesArts

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Note du directeur : Une histoire d'ERS et deThe Great Gatsby, et de Gatz

Peu d'étudiants américains quittent les bancs de l'école sans avoir lu The Great Gatsby (Gatsby le Magnifique) de F. Scott Fitzgerald. Ce roman a reçu à l'unanimité le statut de The Great American Novel. Hollywood en a fait plusieurs films, dont le plus connu avec Robert Redford dans le rôle principal. Ce livre occupe une place symbolique dans la culture américaine et chacun, en Amérique, le connaît de près ou de loin, mais la plupart s'en souvient comme d'une description haute en couleurs des « Roaring Twenties » et a oublié ce qui en fait un chef d'œuvre littéraire et non un simple artefact de l'Age du Jazz : la prose toute en richesse et en beauté de Fitzgerald.

1993

Elevator Repair Service a rencontré Gatsby pour la première fois en 1993, au cours de recherches pour une pièce sur le comédien Andy Kaufman. Kaufman, bien connu pour ses outrageuses lubies avant-gardistes, accaparait parfois la scène d'un théâtre et affolait le public en se mettant à lui lire The Great Gatsby. Il apparaissait vêtu d'une veste de smoking, il commençait la lecture à la première page, articulant avec la prétention d'une voix de la haute, et le public commençait par rire jaune puis quittait la salle ou huait l'acteur pour le faire décamper, quand il devenait clair qu'il ne s'arrêterait pas avant la dernière page.

En 1993, ERS s'intéressait plus à Kaufman qu'à Fitzgerald (même si des fragments de Gatsby se sont glissés dans la pièce - Language Instruction : Love Family vs Andy Kaufman - sous forme de bribes de texte marmonnées dans le dernier morceau de danse). Mais The Great Gatsby a resurgi en 1999 quand un membre de la compagnie l'a suggéré comme matériau pour la prochaine production. Nous avons acheté quelques exemplaires du livre et nous avons tenté de trouver le moyen d'en faire une œuvre théâtrale viable.

1999

C'est le problème fondamental de la forme qui nous a intéressés avant tout : comment mettre un roman en scène sans en faire une pièce de théâtre ? Pouvions-nous créer un événement live sans dénaturer le livre ? Nous avons expérimenté diverses stratégies pendant les premières répétitions, mais chaque fois que nous tentions de substituer l'action scénique au profit de la description littéraire, ou même d'écarter certaines expressions jugées superflues (par. ex. « dit-il »), nous nous sentions spoliés. Un mystérieux pouvoir dans le style de Fitzgerald, ou dans le genre d'événement auquel nous étions confrontés, était anéanti quand l'intégrité du texte était compromise, et nous avons compris que la seule démarche satisfaisante serait de lire le livre mot à mot.

En un sens, nous étions revenus au coup d'éclat du Gatsby d'Andy Kaufman, avec pour différence notoire que nous ne cherchions pas à provoquer les huées du public.

En 1999, nous avons initié un début prometteur, avec une table pleine de marionnettes en objets recyclés et plusieurs acteurs qui arpentaient la scène au pas de course, livres en main, mais le projet a subi un coup dur quand le Fitzgerald Estate nous a refusé l'autorisation d'utiliser le texte. Un film pour le petit écran, avec Mira Sorvino, était en chantier, le livre était devenu chasse gardée. Nous avons essayé de poursuivre le projet avec un autre roman de Fitzgerald, The Last Tycoon (Le dernier nabab), mais sans résultat. Finalement, nous avons abandonné l'idée du roman sur scène pour élaborer une pièce basée sur Les Bacchantes d'Euripide intitulée Highway To Tomorrow, avec pour vedette une des marionnettes de Gatsby (un thermos en aluminium avec deux yeux en plastique collés sur le bouchon).

2003

Ce n'est qu'en 2003 que j'ai décidé de reconsidérer l'idée de mettre Gatsby en scène. J'ai organisé quelques répétitions avec deux acteurs, dont Scott Shepherd qui joue le rôle de Nick, dans un bureau miteux au-dessus d'un petit théâtre au centre ville. Nous avons pris le parti de planter la lecture du livre dans le décor imaginaire de ce local minable. Les acteurs jouaient le rôle de deux employés dans le bureau et le caractère de Scott, nous en avions décidé ainsi, serait victime d'une obsession compulsive qui le pousserait à lire à voix haute The Great Gatsby en travaillant. Nous nous sommes concentrés sur certaines parties du livre où figuraient Gatsby et Nick (le narrateur) et nous avons recherché des moyens d'établir des connexions entre ces caractères et ceux évoluant dans notre univers de bureau.

Cela a donné lieu à une pièce de 20 minutes avec quatre acteurs, nous l'avons travaillée en ateliers fin 2003. Elle s'articulait en trois sections distinctes (des chapitres 1, 4, et 5), et était plantée dans le décor du petit bureau. Elle incorporait même une partie du matériau que nous avions élaboré en 1999. Evidemment, nous avons sauté du texte entre les sections retenues, mais les sections elles-mêmes n'étaient pas abrégées, et cette petite pièce nous procurait un modèle pour la mise en scène du livre complet.

2004

En été 2004, nous avons terminé la mise en scène de la première moitié du livre et nous l'avons présentée comme une pièce en chantier de 3 heures. Les acteurs étaient presque au complet. A ce stade, nous avons vraiment compris les rythmes plus longs qui seraient fondamentaux pour notre performance de longue haleine, avec le point de mire imaginaire plongeant intégralement dans l'histoire de Fitzgerald pour refaire surface dans la réalité plus terre-à-terre de notre bureau minable.
Entre-temps, nous avions repris contact avec le Fitzgerald Estate au sujet des droits. Une fois encore, nous avons découvert qu'un projet concurrent nous avait devancés. Plus à Hollywood, mais à Broadway. Façon de parler. Un dramaturge en Californie avec écrit une version théâtrale de The Great Gatsby et ses producteurs avaient acquis une option sur le livre, avec l'intention manifeste de mettre sur pied une production commerciale de grande envergure pour Broadway et le West End.

Toutefois, notre contact à l'agence qui représentait l'Estate nous a assurés que cette option commerciale ne constituait pas un arrangement exclusif et il nous a encouragés à poursuivre. Il avait l'air persuadé que nous obtiendrions une autorisation spéciale pour un projet de plus petite envergure qui assurait une lecture intégrale. « Je vais leur recommander de vous donner le feu vert, » a-t-il dit.

Ensuite, fin 2004, notre contact a brusquement quitté l'agence, sans un mot d'explication. Au début, c'était la confusion, nous ne savions pas à qui adresser notre proposition, et puis, une dizaine de jours avant la première programmée du Gatz intégral - le décor était déjà monté sur scène et le spectacle annoncé publiquement - nous avons reçu la décision finale de l'Estate nous signifiant qu'ils ne nous accordaient pas l'autorisation de mettre le roman en scène.

2005

Nous n'avions pas le choix, nous avons annulé le spectacle, du moins publiquement. Nous avons annoncé que les représentations étaient annulées et nous avons lancé une campagne de dernière minute par e-mails pour inviter nos amis et des programmateurs européens et américains à venir assister à des répétitions privées. Ces spectacles underground suscitaient un sentiment grisant de clandestinité, les spectateurs traversaient un blizzard avant de pénétrer dans un bâtiment anodin dans le centre de Manhattan, leurs noms étaient vérifiés à l'entrée sur une liste exclusive d'invités, pour écouter pendant six heures dans un garage mal chauffé The Great American Novel.

En fait, nous avons reçu de vifs reproches de la part de l'agence de l'Estate qui avait eu vent de ces représentations secrètes, mais les dés étaient jetés. Les réactions des spectateurs privilégiés de Gatz étaient fabuleuses et plusieurs programmateurs en Europe et aux Etats-Unis voulaient le produire.

Ces offres fermes du monde entier nous ont poussés à relancer les négociations avec l'Estate pour obtenir un accord, et vers la mi-2005, nous avons signé un contrat nous autorisant à jouer Gatz partout en-dehors des Etats-Unis et du Royaume-Uni, l'Estate se réservant le droit d'accorder ou de refuser l'autorisation au cas par cas.

2006

Depuis, nous avons contracté des engagements dans plusieurs villes dont Bruxelles, Amsterdam, Paris, Minneapolis, Zurich et Oslo. Et l'ironie du sort veut que la seule ville pour laquelle l'Estate s'obstine à nous refuser l'autorisation de jouer Gatz, soit New York, le port d'attache d'ERS et le cadre dans lequel se déroule une grande partie de The Great Gatsby. Après avoir rejeté deux propositions isolées d'une production à New York - la première au New York Theater Workshop, la seconde au Public Theater - l'agence de l'Estate nous a intimés l'ordre explicite de nous tenir à l'écart de New York tant que l'adaptation commerciale de Gatsby a des visées sur Broadway.

Malgré les tentatives de l'Estate d'imposer un clivage géographique entre Gatz et le Gatsby commercial, les premières américaines des deux productions se feront à Minneapolis, à deux mois d'écart! Heureusement pour nous, au moment où le Guthrie Theater planifiait The Great Gatsby pour l'ouverture de sa saison 2006, nous avions déjà reçu l'accord de l'Estate pour notre première au Walker Art Center en septembre.

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La troupe de théâtre new-yorkaise Elevator Repair Service a vu le jour en 1991 ; elle est synonyme de spectacles originaux basés sur la littérature, le cinéma, la télévision et autres textes. Le style du ERS associe le théâtre traditionnel avec des comédies burlesques, le design high-tech et low-tech ainsi qu'une approche très raffinée et particulière de la chorégraphie. Les œuvres les plus récentes de la compagnie s'intéressent à la littérature classique, avec d'abord une adaptation du Turn of the Screw de Henry James et maintenant celle du célèbre roman The Great Gatsby de F. Scott Fitzgerald. Sous la direction artistique de ses deux metteurs en scène John Collins et Steve Bodow, la compagnie s'est produite un peu partout à New York et a fait d'importantes tournées en Europe et en Amérique du Nord. Devenu une valeur sure dans l'histoire du théâtre expérimental de New York, ERS est souvent encensé par la presse américaine et étrangère. En 1998, ERS a déjà été l'invité du Kunstenfestivaldesarts avec Cab Legs, un spectacle vivement applaudi par le public comme par les critiques.

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