Fever Room

KVS_BOL
  • 21/05 | 18:00
  • 21/05 | 20:00
  • 21/05 | 22:00
  • 22/05 | 13:00
  • 22/05 | 16:00
  • 22/05 | 20:00
  • 23/05 | 13:00
  • 23/05 | 18:00
  • 23/05 | 20:30
  • 24/05 | 18:00
  • 24/05 | 20:30
  • 25/05 | 18:00
  • 25/05 | 20:30

€ 16 / € 13
1h 30min
Thai > EN

Le ticket donne droit à une entrée gratuite pour l'exposition Memorandum

Dans le cadre de son vaste programme consacré à Apichatpong Weerasethakul, le Kunstenfestivaldesarts présente la première européenne de sa toute première production scénique. Un coup d’essai et un coup de maître, qui permet au réalisateur d’utiliser l’espace et l’appareillage du théâtre pour mener son langage onirique vers un nouveau sommet. Ouvrant le rêve aux trois dimensions de l’espace scénique, Weerasethakul nous renvoie vers ce qu’il considère comme l’origine même de l’imagination cinématographique et théâtrale : la caverne. Un espace où la réalité et la fiction, le passé et le présent se rencontrent dans une torpeur proche du sommeil et de la mort. Jouant d’hypnotiques effets de lumière et de son, multipliant les écrans et les cadres, projetant l’illusion filmée sur du brouillard, l’artiste place le spectateur sur scène, au cœur même des images, et l’immerge dans une expérience mentale et sensorielle troublante, comme dans un état de fièvre, aux confins de l’inconscient…

À voir aussi
Memorandum
Tropical Malady
Master class
About Fever Room

Réalisation & montage
Apichatpong Weerasethakul

Cinéaste
Chatchai Suban

Avec
Jenjira Pongpas, Banlop Lomnoi

Manager production
Sompot Chidgasornpongse

Assistant production
Chai Siris

Directeur de la photographie
Rueangrit Suntisuk

Création lumières
Pornpan Arayaveerasid

Assistant caméra
Thanayos Roopkhajorn

Son
Akritchalerm Kalayanamitr

Création sonore & composition musicale
Koichi Shimizu

Montage son
Chalermrat Kaweewattana

Comptabilité
Parichart Puarree

Post-production
Siripun Sangjun Senior

Coloriste
Passakorn Yaisiri

Colorimétrie digitale
Chaitawat Thrisansri

Digitalisation
Nuttacha Khajornkaitsakul

Superviseur post-production
Lee Chatametikool

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, KVS

Produit par
Kick the Machine Films, Thailand & Asian Arts Theatre, South Korea

Back to top

Fever Room

La caresse d’une douce voix féminine nous emmène dans une chambre d’hôpital désuète, quelque part sous les tropiques. Un banal cube blanc uniquement défini par ses fenêtres donnant sur l’extérieur. Comme les clapotis délicats des vagues, les sons doux de la campagne et la douce narration nous font entamer un voyage dans un entrelacs complexe de temps et de fantaisie. Au rythme somnambulique propre à Weerasethakul, errant à travers ses lieux et éblouissements préférés de sa ville, la narratrice nous guide le long de bribes de souvenirs, ne revenant à l’hôpital que comme à la maison. La maison, Fever Room, où l’esprit dérive entre le ciel cadré par les fenêtres et les pensées d’être sous terre. Retirés entre des murs paisibles, ses résidents sont protégés à la fois ducharme et de la violence du monde extérieur, tandis que la vie et la mort prennent le temps de se parler.

Suivant des parcours fragmentés, nous voyageons à travers des terres et des eaux, témoins de lueurs de relation et de conversation, de regards et de voix. Dans ces longs moments d’émotion et de paysage, se glisse un rappel poignant du contexte social – une statue de Sarit Thanarat, l’un des despotes les plus répressifs qu’ait connu la Thaïlande et qui a imposé la loi martiale – apparaît à côté d’une représentation de Quan Yin. Dans cette référence brève mais puissante au régime militaire thaïlandais, on observe le souci constant du cinéaste à mettre en lumière la situation critique et l’anxiété de sa nation. Le seul refuge d’une préoccupation aussi troublante est la Chambre blanche dans laquelle nous revenons – cette salle d’attente entre le Ciel et la Terre, où le coeur peut s’ouvrir à la fois sur le passé et le présent, sans devoir s’engager dans la course du présent. Regardons-nous à travers les yeux du jeune Weerasethakul contemplant les questions du vaste monde à partir du lieu de travail de ses parents – l’hôpital ?

Le film s’estompe dans l’obscurité et nous restons suspendus dans un silence lourd de sens. À mesure que le temps permet à nos yeux de s’adapter, nous nous retrouvons dans un paysage obscur – un nouvel espace ouvert derrière l’écran, dans lequel le monde cinématographique se fond dans une profonde étendue de brouillard et de pluie. La transition en douceur dans ce monde onirique indéfini ressemble à une sorte de téléportation surnaturelle. Graduellement enveloppés dans un voyage hypnotique de son et de lumière, dans un monde entre sommeil et éveil, nous sommes suspendus entre des consciences dans un espace où seules les ombres d’autres personnes vacillent dans le brouillard distant. Le spectacle de lumière nous emporte dans une croisière dramatique, qui suscite l’impression de découvrir la sensation de voler, à la fois à travers la brume abstraite et profondément en nous-mêmes.

Nous embarquons dans un voyage fantasmagorique à travers une sorte de vide brumeux qui nous aspire de plus en plus profondément vers un retour à l’enfance et dans un monde métaphysique. Tandis que nous nous élevons, seuls et libres, dans des couches de nuages et de fonds marins, nous sombrons dans un espace richement intérieur, diluant les éléments de séparation.

Ainsi nous revenons et nous nous retrouvons assis sur le sol du théâtre – en fait, sur le sol de la scène du théâtre – conversant avec l’odeur moite de la pluie et du brouillard tourbillonnant, hypnotisés par ce monde de son et de lumière. On est débordé par une sensation étrange de solitude autonome, une conscience de lien profond et de petitesse extrême. Étendant à la fois les vocabulaires du cinéma et du théâtre avec une liberté calme, Weerasethakul ouvre littéralement le cinéma, transgresse ce qui est considéré comme ses limitations et permet au spectateur de voyager à travers sa propre imagination, nourrie par la création méticuleuse du cinéaste. Avec la grâce qui lui est propre, il nous ramène à une sensibilité primitive. Savourant le plaisir de la lenteur à notre époque d’immédiateté superficielle, le sanctuaire du théâtre procure une réhabilitation des sens. On garde une sensation profonde de soulagement à mesure que le voyage nous entraîne dans une dimension plus profonde de l’existence.

Fever Room, une œuvre qui défie toute définition ou catégorisation, met l’accent sur les senteurs et les nuances qui s’infiltrent dans nos cellules, touchant à notre compréhension naturelle et à notre aspiration d’une expression non linéaire, alors que les dimensions de temps et d’espace s’accroissent, se courbent et se fragmentent, adoptant des formes organiques irrégulières. Immergés dans les échos des contes murmurés et des ombres dansantes de la caverne de Platon, on nous rappelle doucement les fissures des réalités dans lesquelles nous vivons. Un chef-d’œuvre expérimental et un témoignage de la grâce et de la sagesse d’Apichatpong Weerasethakul.

Angela Reynolds (SCAI the Bathhouse)
ACC Theater Opening Festival 2015
Traduction : Isabelle Grynberg

Back to top

Apichatpong Weerasethakul (1970) est né à Bangkok et a grandi à Khon Kaen, au nord-est de la Thaïlande. En 1994, il commence à réaliser des courts-métrages et des vidéos expérimentales. Et, depuis 1998, il monte des expositions et des installations dans de nombreux pays. Souvent non linéaires et dotées d’un sens aigu du bouleversement, ses oeuvres traitent de la mémoire et abordent de façon subtile des questions sociales et politiques. Ses projets artistiques et ses longs-métrages lui ont valu une reconnaissance internationale et plusieurs récompenses, dont deux prix au Festival de Cannes. En 2005, le ministère thaïlandais de la Culture lui a décerné l’un des prix thaïlandais les plus prestigieux, le Silpatorn . En 2008, le ministre français de la Culture lui a remis l’insigne de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres et trois ans plus tard, en 2011, il recevait l’insigne d’Officier du même ordre. Son film Syndromes and a Century, achevé à la fin de l’année 2006, était le premier film thaïlandais à être sélectionné pour la Mostra de Venise. Apichatpong Weerasethakul est également l’un des 20 artistes et cinéastes internationaux à qui le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies a commandé un court-métrage pour marquer le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. En 2009, le Musée du Cinéma autrichien a publié, en anglais, une monographie majeure sur son œuvre. Son projet de 2009, Primitive, se compose d’une installation vidéo de grande envergure, d’un livre d’artiste et d’un long-métrage, Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures . En 2010, le film a gagné la Palme d’Or du 63e Festival de Cannes, devenant ainsi le premier film du Sud-est asiatique (et le septième film asiatique) à remporter la récompense cinématographique la plus prestigieuse du monde. En 2012, Weerasethakul était invité à participer à la célèbre exposition quinquennale documenta (13), à Kassel, en Allemagne. L’année suivante, Apichatpong Weerasethakul a obtenu le prix de la 11e Biennale de Sharjah, aux Émirats arabes unis, ainsi que le prix Fukuoka, au Japon. À la fin de l’année suivante, il s’est vu remettre le Prix Yanghyun, en Corée du Sud. En 2016 une rétrospective de l’ensemble de ses films est présentée à la Tate Britain (UK). Apichatpong Weerasethakul vit et travaille actuellement à Chiang Mai, en Thaïlande.

Apichatpong Weerasethakul au Kunstenfestivaldesarts
2005 : Worldly Desires

Back to top