Extended Play

KVS BOX
  • 18/05 | 20:30
  • 19/05 | 20:30
  • 20/05 | 20:30
  • 21/05 | 20:30

€ 16 / € 13
1h 15min

Rencontrez les artistes après la représentation du 19/05

Après Kinshasa Electric (2014), la chorégraphe Ula Sickle et l’artiste plasticienne Daniela Bershan (Baba Electronica) poursuivent leur parcours commun, toujours curieuses de ce qui se déroule en dehors des canons de la danse contemporaine. Pour Extended Play, Sickle et Bershan étendent l’aire de jeu de la danse à la culture pop mondialisée – non seulement sur le plan musical, mais en tant que toile de références, de tonalités, de tendances, d’intonations et d’inflexions, d’attitudes et de gestes. Cinq performeurs reprennent le rôle du DJ : ils partent de références concrètes, échantillonnent et remixent des sons, des images, des matériaux et des mouvements qu’ils transposent en signes abstraits. Tout se déroule en direct. Extended Play n’est pas un album. C’est une accumulation d’échantillons, de mouvements, de pistes, de chansons et de remix. En dépouillant la pop jusqu’à ses mécanismes de base, Extended Play crée un espace ou les tensions et les codes de la culture contemporaine sont sculptés, interprétés et disséqués. La pop est une machine socio-émotionnelle qui nous entraîne dans le jeu. Mais sommes-nous les joueurs ou se joue-t-on de nous ?

Concept, chorégraphie, musique
Ula Sickle & Daniela Bershan

Création, performance
Popol Amisi, Emma Daniel, Zen Jefferson, Andy Smart, Lynn Rin Suemitsu

Dévelopement app
Black Adopo

Samples, composition
Daniela Bershan

Son
Nicolas Vanstalle

Lumières
Ula Sickle, Elke Verachtert

Costumes, stylisme
Sabrina Seifried

Assistante costumes
Heidi Ehrhart (KVS)

Coaching voix
Didier Likeng

Regard extérieur
Matt M. Hare

Remerciements
David Helbich, Agnès Gayraud, Jeannot Kumbonyeki Deba, Joel Makabi Tenda, Laure Ferraris, PAF, Margareta Andersen, Jan Goossens, Danny Op de Beeck & l'équipe du KVS, Christophe Slagmuylder & Kunstenfestivaldesarts

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, KVS

Production exécutive
Caravan Production (Bruxelles)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, KVS (Bruxelles), La Villette – Résidences d'artistes 2016 (Paris)

Avec le soutien de
Vlaamse Overheid, Vlaamse Gemeenschapscommissie

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Extended Play

Bon, dîtes-moi, vous avez déjà considéré la pop comme une machine capable de nous relier à un paysage émotionnel abstrait déferlant derrière le rideau de la perception ? Ok, c’est idiot. C’est aussi la seule explication raisonnable. La pop comme démiurge bienveillant. Mais alors, qu’est-ce qu’elle cache cette pop dans ses recoins ? Pourquoi est-ce qu’elle continue de se défiler, alors que ce que nous voulons, c’est l’aimer ?

On connaît la chanson. Quelque part au milieu du riche siècle passé, un hurluberlu a connecté un circuit imprimé à une guitare, et un monstre est né. Apparemment sans crier gare, des loups hurlants et des hanches ondulantes sont apparus, des flux libidineux jusque-là inconnus se sont harnachés dans une vaste architecture de production de joie. Le courant, fétiche moderne, recevait une incarnation culturelle : un million de cosmonautes se gavaient de soleil électrique. Après l’électrique, l’électronique, suivies du numérique. Les choses sont vraiment devenues bizarres. Comme tout bon mode de production, la pop s’est automatisée, a dépassé notre compréhension, et très rapidement, on s’est dit: on hallucine ? Est-ce que ce gars à la télé chante une chanson à travers une voix de robot tout en boxant contre mille lumières ? Et peut-il être notre plus grand artiste vivant ?

Pourtant, pourtant… Quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire. La pop n’a jamais été rien qu’une question de production, comme elle n’a jamais été ‘juste’ ceci ou cela. La pop est extatique, triste, joyeuse et ennuyeuse, c’est une culture de masse et une sous-culture, son artificialité n’a d’égale que sa sincérité, elle se débrouille pour être indifférente et totalement indigente à la fois. Quelque chose nous inquiète à son égard, mais nous ne saurions vivre sans. Il y a une urgence que nous n’avons pas encore saisie.

À ce stade, Extended Play plante son décor et se met à l’œuvre. L’opération initiale est simple. On prend la dynamique abstraite du paysage pop et on la localise sur cinq corps mutables. Les conséquences ne le sont cependant pas du tout. Concoctée avec une abondance de matériel, de recherche, de samples et de superpositions, on remue notre drôle de potion et on espère nous surprendre nous-mêmes. Une main est une percussion qui est un synthé qui est un fader. Une voix gémit comme une mouette électrique. Sites d’échange en apesanteur. Le mixage se fait en direct. MC Escher 2016 ! Quoi qu’il arrive, on fait confiance à nos tripes. Une chose est sûre à propos de la pop : quand elle y est, tu la reconnais.

On a l’air de s’emmêler volontairement les pinceaux hein ? Parfaitement. La pop n’est plus ce qu’elle était, impossible de reformer le groupe. Si on veut un mode de performance adéquat à tout ce que la pop est aujourd’hui, il va falloir assurer nos arrières, être impeccables et plonger : let’s set the frazers on stun, the eyebrows on fleek and take a plunge. Ceci est une des raisons pour lesquelles les performeurs sont aux platines. Les samples sont chargés et prêts à être lancés. Les danseurs contrôlent la fête, ils se remixent les uns les autres, enregistrent, contextualisent, coupent et collent. Nous entrons dans une dimension où nous ne savons plus qui sample qui, si le dispositif est une extension du corps ou si le corps est une extension du dispositif. Les performeurs produisent des producteurs qui performent. Dans le monde, tout est exactement pareil et rien ne l’est. La chorégraphie devient une sculpture pop.

Tout cela est, bien sûr, impossible. Voilà pourquoi c’est une bonne idée. Nous aimerions libérer la pop de sa véritable instanciation dans l’identité, la production et le sens, pour étendre sa dynamique et ses fonctions dans un nouvel espace, érotique, dangereux, menaçant, excitant, vivant. Jouer avec la pop, c’est prendre un risque. On parie que ça vaut le coup, et on parie avec l’enthousiasme du fan, de l’acolyte. Faisons une proposition : ce pourrait être un rêve de pop future, attirant le public et les performeurs dans un jeu qui s’étend.

Matt M. Hare
Mai 2016

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