Exhibit B

Gesùkerk / Eglise Gesù

4, 5, 7, 8, 9/05 – 19:00 + 19:45 + 21:15 + 22:00
6/05 – 16:30 + 17:15 + 18:45 + 19:30
NL / FR / EN
45min
Hoog bezoek / Haute visite on 6/05 at 20:30

Souvent réalisés in situ, les spectacles provocants de Brett Bailey interrogent les relations de pouvoir qui régissent notre monde postcolonial. Créé en mai à Bruxelles, le deuxième volet de son projet Exhibit fera sensation. Exhibit B est une exposition d’êtres humains, à l’image des dioramas ethnographiques et « zoos humains » de l’époque coloniale. Dans l’église du Gesù – dont le couvent est depuis plusieurs années occupé par des sans-abri –, les visiteurs sont invités à découvrir une série de « tableaux vivants » silencieux retraçant l’évolution de la representation du « Noir », depuis le bon sauvage du Congo belge jusqu’au demandeur d’asile d’aujourd’hui… Bailey fait appel à des performers d’origine africaine installés en Belgique, qu’il expose accompagnés de textes pour former un parcours percutant et émouvant à travers l’histoire des stéréotypes. Nous aimons, écrit-il, que les differences nous parviennent conditionnées dans des emballages familiers. Exhibit B nous appelle à regarder l’autre en face.

Mise en scène & design
Brett Bailey

Avec
Anne-Céline Souma, Asanda Rilityana, Aurélie Lierman, Avril Nuuyoma, Bernadette Lusakalalu-Miezi, Berthe Tanwo Njole, Chris Nekongo, Christian Botale Molebo, Danny Muboti, Jessica Fanhan, Joseph Kusendila, Lambert Degbe, Marcellinus Swartbooi, Mamadou Bah, Michael Beukes, Muna Mussie

Production & management Third World Bunfight
Barbara Mathers

Production Bruxelles
Nadège Jibassia

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, KVS, Église Gesù

Production
Third World Bunfight (Le Cap)

Production internationale
UK Arts International (Worcester)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, KVS (Bruxelles)

Avec le soutien de
Institut français

Merci à
UK Arts International, KVS, Musée royal de l’Afrique centrale, Pierre Buyssens, Entrakt

Crédits photo
AP.0.0.28466, collection RMCA Tervuren; anonymous photo, 1884; HP.1952.31.9, collection RMCA Tervuren; photo H.A. Shanu, no date

Back to top

Third World Bunfight présente

EXHIBIT B

créé par Brett Bailey

Le terme anglais d’exhibit signifie pièce à conviction, c’est-à-dire une preuve matérielle – objet ou document – mise à la disposition de la justice lors de poursuites judiciaires et soumise au jury, qui peut l’inspecter lors d’un procès. Dans une affaire judiciaire, ces pièces à conviction sont souvent étiquetées de la manière suivante Exhibit A, Exhibit B, Exhibit C, etc. afin de les distinguer.

Ethnographie et race

Dès le milieu du XIXe siècle, les zoos humains deviennent des événements majeurs en Occident, et ce, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Des dizaines de millions d’Européens et d’Américains ont afflué à ces spectacles de domination coloniale, où l’on exhibait des personnes originaires de régions lointaines dans des enclos. Décontextualisés et réduits à des objets de curiosité, ces « sauvages » étaient placés juste au-dessus des animaux, dans un continuum qui positionnait l’Occident industrialisé, apothéose magnifique de l’évolution, tout en haut.

Ce fut l’âge d’or de la classification raciale. Les anthropologues se bousculaient pour analyser ces « indigènes », mesurer leur crâne et le comparer à celui des Blancs. Leurs découvertes « prouvaient » que les « primitifs » appartenaient à un ordre évolutionnaire inférieur et servaient de justification pour la colonisation de leur terre, l’anéantissement de leur culture et leur réduction à la servitude.

Plusieurs dizaines de milliers de crânes d’ancêtres des habitants du monde libre sont toujours conservés dans les caves de musées et d’universités de leurs anciens maîtres coloniaux.

La ruée vers l’Afrique

« Nulle philanthropie ou théorie raciale ne peut convaincre des gens raisonnables que la préservation d’une tribu de Cafres de l’Afrique du Sud… est plus importante pour l’avenir de l’humanité que l’expansion des grandes nations européennes et de la race blanche en général. Qu’il s’agisse de peuples ou d’individus, des êtres qui ne produisent rien de valeur ne peuvent émettre aucune revendication au droit à l’existence. » Paul Rohrbach, La Pensée allemande dans le monde, 1912.

À la conférence de Berlin (1884-1885), l’Afrique fut sommairement partagée entre les puissances européennes. Diverses colonies furent ratifiées, dont le Sud-Ouest africain (l’actuelle Namibie, alors colonie allemande), le Congo français (l’actuelle République du Congo) et l’État indépendant du Congo du roi Léopold II (l’actuelle RDC). L’ère des empires était en plein essor. « Une place au soleil », comme le souhaitait l’Allemagne de Guillaume II, était concomitante de fierté nationale, de statut mondial, d’espace vital, de ressources et de richesses. Résultant de la théorie évolutionnaire du XIXe siècle, la croyance impériale dominante s’appuyait sur la conviction que l’extermination des « races inférieures » était nécessaire pour la purification du monde et le triomphe de la civilisation.

Le Sud-Ouest africain

Les Héréros et les Namaquas étaient les deux peuples les plus centralisés et les plus nombreux de l’Afrique australe occidentale. Dans les quinze premières années de sa présence, l’administration coloniale allemande les a brutalement et systématiquement colonisés et s’est approprié de grandes parties de leur territoire et de leur cheptel.

En 1904, les Héréros se sont soulevés contre le colonisateur, mais ont été vaincus lors de la bataille de Waterberg. Le gouverneur militaire allemand a émis un ordre officiel d’extermination et des dizaines de milliers de Héréros sont morts de soif et de faim dans le désert, où ils furent traqués et abattus. Dans les camps de travaux forcés érigés après la guerre, le viol et le passage à tabac étaient la routine. Des milliers de Héréros et de Namaquas y sont morts de maladie, d’hypothermie, de faim et d’épuisement. La tentative d’anéantissement de ces peuples est reconnue comme le premier génocide du XXe siècle.

Les États du Congo

Léopold II, le roi des Belges, a ostensiblement fondé le vaste État indépendant du Congo en tant qu’entreprise philanthropique pour apporter la civilisation à la population africaine ignorante et pour mettre fin à la traite esclavagiste locale.

Derrière ce voile humanitaire se jouait le véritable pillage des ressources naturelles du territoire (bois tropicaux, minéraux, ivoire, et surtout caoutchouc). Le régime, maintenu par la Force publique, s’appuyait sur le travail forcé. Les villageois étaient sommés de fournir aux représentants officiels de l’État et aux compagnies concessionnaires des quotas établis de caoutchouc et d’ivoire. Pour maximaliser le rendement, les autorités n’hésitaient pas à faire usage de violence et de brutalité : meurtre, viol, mutilation, flagellation, destruction de villages et prise d’otage de femmes et d’enfants étaient endémiques.

Les maladies, les famines, l’esclavage, les répressions violentes des rébellions et la baisse du taux de natalité sont estimés avoir causé entre 5 et 13 millions de morts.

Voyant les bénéfices colossaux engrangés par Léopold, les dirigeants du Congo français de l’autre côté du fleuve ont bientôt adopté un système d’exploitation identique, avec les mêmes conséquences fatales.

« Auschwitz fut l’application moderne et industrielle d’une politique d’extermination sur laquelle reposait depuis longtemps la domination du monde par les Européens. » Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, 1992.

Un siècle plus tard, nous continuons à vivre dans un monde déchiré par des notions de différences raciales et d’altérité.

Cette exposition d’Africains en chair et en os offre l’occasion d’observer une variété de peuples de différentes parties du continent et de se pencher attentivement sur la question de l’Altérité. Et peut-être d’atteindre une sorte de compréhension.

L’Église Gesù est le lieu qui accueillera Exhibit B à Bruxelles. Cette église, qui date de 1865, se situe à Saint-Josse-ten-Node, la commune la plus pauvre de Belgique. Brett Bailey a choisi ce lieu à cause de son lien particulier avec les personnes sans-papiers et autres personnes marginalisées. Effectivement, depuis 2009, le cloître de l’église dont l’état est critique abrite quelques centaines de sans-abri, d’enfants, de Roms et de squatteurs.

Le Kunstenfestivaldesarts remercie le propriétaire du bâtiment Pierre Buyssens ainsi que l’organisation gestionnaire Entrakt (représenté par Dries Vanneste) de mettre l’église à diposition pour ce spectacle.

Le chœur namibien que l’on entend chanter dans Exhibit B a été formé et dirigé par Marcellinus Swartbooi, un compositeur établi à Windhoek qui a assuré les arrangements de cette collection de complaintes traditionnelles chantées en nama, otjihéréro, oshiwambo, tswana et xhosa.

Third World Bunfight (TWB) présente les différentes œuvres de l’artiste sud-africain Brett Bailey : productions théâtrales, installations, opéras, spectacles musicaux et spectacles dans des lieux spécifiques. Son œuvre idiosyncrasique et iconoclaste sonde le monde dans lequel nous vivons avec une attention particulière pour le paysage post-colonial de l’Afrique et les relations entre l’Afrique et l’Occident.

Dirigé par Barbara Mathers, TWB a maintenu sa position au premier plan de la scène sud-africaine tout au long de ses seize années d’histoire et se produit régulièrement à l’étranger. La compagnie s’est donné pour mission de créer des œuvres révolutionnaires et stratifiées qui explorent la beauté, les merveilles, les ténèbres et la tragédie de notre monde ; des œuvres qui mettent en avant des questions, des histoires et des situations trop souvent oubliées, refoulées ou ignorées.

Back to top

Brett Bailey est auteur dramatique, scénographe, metteur en scène, programmateur de festivals et directeur artistique de la compagnie Third World Bunfight. Il travaille dans toute l’Afrique du Sud, au Zimbabwe, en Ouganda, à Haïti, au Royaume-Uni et en Europe. Parmi ses drames iconoclastes très applaudis qui interrogent les dynamiques du monde post-colonial, on peut citer Big Dada, macbEth: the opera (d'après Verdi), iMUMBO JUMBO et Orfeus. Ses installations performances incluent Blood Diamonds: Terminal et Exhibits A & B. En 2009, il met en scène le spectacle d'ouverture du Sommet mondial des Arts et de la Culture à Johannesburg. De 2006 à 2011, il dirige les spectacles d'ouverture du Festival International des Arts de Harare, et de 2008 à 2011 il assure en tant que commissaire la programmation du seul festival des arts publics en Afrique du Sud, Infecting the City, au Cap. En 2011, il préside le jury de la Quadriennale de Prague. À l'heure actuelle, il est membre du jury des Music Theatre NOW Awards de l'International Theatre Institute. Il présente ses œuvres à travers toute l'Europe, en Australie et en Afrique et s'est vu discerner de multiples prix, y compris une médaille d'or pour la scénographie à la Quadriennale de Prague, en 2007.

Back to top