Deserve

Halles de Schaerbeek

14, 15, 16/05 – 20:30
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Conçu par Jorge León en collaboration avec Simone Aughterlony, chorégraphe installée à Zurich et Berlin, Deserve mène To Serve sur la scène du théâtre. Introduisant un matériel performatif issu d’une recherche sur la représentation archétypale de la domestique, le spectacle associe témoignages réels et fictionnels. Les révélations intimes des travailleuses domestiques sont confrontées avec le discours analytique des experts – le langage qui filtre le plus souvent notre connaissance de cette réalité complexe. Ici, la condition de servitude, et le cortège d’abus qui l’accompagne, s’inscrivent littéralement dans les corps. Et les corps peuvent se révolter contre les objets qui symbolisent leur déshumanisation. León et Aughterlony considèrent la dimension théâtrale inhérente à la relation de pouvoir et questionnent les mécanismes en jeu dans l’acte de servir et d’être servi. Si le statut de la « bonne » a évolué, quelles sont les significations cachées derrière ce symbole de la servitude et comment sont-elles réactivées dans les relations de pouvoir aujourd’hui ? La frontière entre subordination et domination est plus floue qu’il ne le paraît…

Mise en scène
Jorge León, Simone Aughterlony

Avec
Angelique Willkie, Céline Peret, Fiona Wright, Mieke Verdin, Thomas Wodianka

Musique
George van Dam

Lumières
Florian Bach

Costumes
Ann Weckx

Décor
Nadia Fistarol

Direction technique
Ursula Degen

Présentation
Kunstenfestivaldesarts,
Halles de Schaerbeek

Production
Verein für allgemeines Wohl (Zürich), Niels asbl (Bruxelles)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Alkantara Festival (Lisbon), Dampfzentrale/Biennale (Bern), Hebbel am Ufer (Berlin), Productiehuis Rotterdam (Rotterdamse Schouwburg), Theaterhaus Gessnerallee (Zürich)

Avec le soutien de
Pro Helvetia Swiss Arts Foundation, Fachstelle Kultur Kanton (Zürich), Präsidialdepartement der Stadt Zürich, Kulturstiftung des Bundes, Ministère de la Communauté Française – Service du Théâtre

Merci à
KVS, Les Brigittines, Damaged Goods, Nicolas Dubois et Anette Ringier

Projet coproduit par
NXTSTP, avec le soutien du Programme Culture de l’Union Européenne

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Deserve

Nous regardons Deserve. Une création scénique pour quatre femmes, deux hommes et une machine.

Plus des objets. Des objets qu’on trouve dans chaque foyer : un robot de cuisine, des couverts, un fer à repasser, un grille-pain, un couteau aiguisé. Ceux-ci n’appartiennent pas aux personnages du spectacle, ni même aux acteurs.

Ailleurs, loin de la scène , un épisode violent a eu lieu. Nous n’avons rien vu, mais les acteurs y font parfois référence. Un homme joue du violon. Il n’y a pas d’autre musique, juste du violon. Et deux chansons. Nous espérons entendre deux chansons.

Nous avons eu accès à des documents spécifiques. Certains détails contenus dans ces documents – les noms, le pays d’origine, le lieu de résidence – ont dû être modifiés et remplacés par des lettres. On ne peut dès lors plus dire si la lettre B vaut pour la Bulgarie, le Burkina Faso, Bolzano ou la Belgique. On ne sait pas si T renvoie à Terry, Tissan, Tamara ou Tarek.

Nous regardons Deserve et nous nous demandons si une femme sur les genoux vaut plus ou moins qu’un homme à quatre pattes, si la crasse sous les ongles est plus ou moins embarrassante que des larmes dans les yeux, s’il est indécent ou non d’imaginer que Bernadette est grosse ou qu’elle sent mauvais, ou les deux.

Nous voulons dire beaucoup de choses et nous saisissons beaucoup d’objets pour les dire, ces choses. Le cintre est l’un de ces objets. C’est souvent triste, un cintre, plutôt mélancolique. C’est un peu comme un mot, un hiéroglyphe, un signe, et si on le contemple assez longtemps, comme un mot, il finit par ne plus signifier ce qu’on pensait qu’il signifiait au départ.

Nous regardons Deserve et nous prenons conscience que les corps allongés que nous apercevons sont énigmatiques. D’ici, il est difficile de dire si leur immobilité est une manifestation d’épuisement ou de simple paresse . Finalement, nous nous retrouvons à quatre pattes, au service de quelqu’un, et nous témoignons du lien qui unit le corps domestiqué à l’objet domestique. Nous sommes frappés par la violence potentielle de ce lien. Quand nous pensons aux quatre murs entre lesquels nous évoluons, aux portes derrière lesquelles nous nous cachons, quand nous imaginons le contenu de la maison et la structure de ses occupants, nous commençons à percevoir le goût d’une certaine alchimie, une potion magique et folle.

Il y a une anecdote à propos d’une machine à laver et une célèbre histoire de meurtre. Nous mentionnons des choses qui n’apparaissent jamais : le lapin. Les deux sœurs, Papin. Nous ne les voyons jamais. Nous parlons de fables, mais aucune n’est racontée. Nous parlons anglais, français, néerlandais aussi. Nous haussons parfois la voix, nous ôtons nos vêtements pour en enfiler d’autres, nous regardons le public avec une certaine… anxiété.

Au bout d’un moment, nous mettons en scène une conférence et nous imaginons qu’un dîner a eu lieu. Nous ne savons pas qui a assisté à ce dîner, mais nous savons que quelques hôtes de marque y étaient invités. Nous nous souvenons du jeu de notre enfance, le Cluedo, et de ses personnages.

Nous regardons Deserve et nous commençons à penser que les corps des objets veulent nous dire quelque chose, comme si les objets sur scène, à l’instar de ceux de la maison, avaient quelque chose à dire. Nous montons quelques marches pour prendre la parole, puis nous quittons le désordre et nous disparaissons, comme si les objets pouvaient parler pour nous.

Extrait de Deserve, 2010

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Après ses études à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle à Bruxelles, Jorge León (°1967) a travaillé en tant que photographe et réalisateur, tout en assurant aussi la dramaturgie et la scénographie de différents projets. Les photographies qu’il a prises de plusieurs artistes belges et internationaux, dont Olga de Soto, Wim Vandekeybus et Meg Stuart/Damaged Goods, ont été exposées dans divers lieux, tant en Belgique qu’à l’étranger, et publiées dans des journaux comme le Times et Libération. En 1999, Jorge León a créé l’installation Unfinished Stories pour le Kunstenfestivaldesarts. Ces dernières années, il opère surtout en tant que cinéaste, avec une série de films dont De Sable et de Ciment (2003), Vous êtes Ici (2006), Between Two Chairs (2007) et 10min. (2009).

Simone Aughterlony (°1977) a achevé ses études à la New Zealand School of Dance en 1995, avant de déménager en Europe. Depuis, elle travaille en tant que danseuse et chorégraphe pour divers artistes et compagnies. En 2001, elle a collaboré au projet Highway 101 de Meg Stuart/Damaged Goods, où elle travaillait pour la première fois avec l’artiste bruxellois Jorge León. En 2003, Simone Aughterlony créait sa première production individuelle, un solo de danse, Public Property. Son œuvre analyse les expériences vécues et la communication de ces expériences à travers différentes formes de (re)présentation. Cette recherche, qui mène souvent à des formes rigoureuses, est une tentative pour comprendre les limites de ses propres pensées et mouvements et pour les circonscrire.

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