De repente fica tudo preto de gente

Halles de Schaerbeek

19/05 – 15:00 + 20:30

20, 22, 23, 24/05 – 20:30

25/05 – 15:00 + 20:30

1h


Marcelo Evelin est un chorégraphe et performer qui, après vingt ans passés en Europe, est retourné vivre et travailler dans sa ville natale de Teresina, à la marge du Brésil. Son exigeant Matadouro fut un choc du Kunstenfestivaldesarts 2012 ; son nouveau spectacle confirme sa formidable singularité. De repente fica tudo preto de gente (« Soudain tout est noir de monde ») rassemble performeurs et spectateurs dans une troublante situation de promiscuité. L’essai Masse et puissance (1960) est à l’origine du projet : Elias Canetti y ausculte le phénomène énigmatique et menaçant de la foule : « Soudain, tout se passe comme à l’intérieur d’un seul corps… Le mouvement des uns, croirait-on, se communique aux autres, mais ce n’est pas seulement ça : ils ont un but… le noir le plus intense. » Plongeant dans l’obscurité d’une matière primale pour nous regarder dans le blanc des yeux, Marcelo Evelin met en corps et en question la relation entre le Je et le Nous, l’identité et l’altérité, l’appartenance et l’exclusion. Bouleversant.

De & avec
Andrez Lean Ghizze, Daniel Barra, Elielson Pacheco, Hitomi Nagasu, Jell Carone, Loes Van der Pligt, Marcelo Evelin, Márcio Nonato, Regina Veloso, Rosângela Sulidade, Sérgio Caddah, Sho Takiguchi, Tamar Blom, Wilfred Loopstra

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Halles de Schaerbeek


Production
Demolition Inc. (Teresina)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Panorama Festival (Rio de Janeiro), Kyoto Experiment avec le soutien de Saison Foundation (Japan)

Avec le soutien de
Theater Instituut Nederland, Performing Arts Fund NL

Remerciements
Projeto LOTE 24h / Cristian Duarte, Theaterschool Amsterdam & Núcleo do Dirceu

Ce projet a été recompense par
Fundação Nacional de Artes - Funarte avec le Prêmio Funarte de Dança Klauss Vianna 2011

Créé à Rio de Janeiro en novembre 2012

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Un groupe, une tribu, un agglomérat. Insurrection et révolte, danse de guerre, troupes de guérilla, rite de célébration, brigade en chasse. L'animal transformé en homme au long du fil du temps déchiré. Ce sont peut-être des paysans sans terre, des juifs à la recherche de la terre promise ou emmenés dans des chambres à gaz, des bandits de Canudos ou des brigands du Sertão. Ce sont peut-être des aborigènes, des esquimaux, des nomades d'un immense désert, des touaregs entre des dunes brûlantes, des marins secoués par la mer. Ou peut-être les 50 hommes, 50 femmes et 70 enfants Guarani-kaiowa, la tribu survivante, menacée par un gouvernement qui impose son jeu de puissance à des innocents. Mieux vaut que ce soit les Guarani-Kaiowás, puisqu'ils ne leur restent plus rien, et toute tentative pour parler de rassemblement, en tant que race, culture et forte territorialité, se heurte à ce massacre annoncé subjectivement, une puissante application de ce que l'on peut appeler en biopolitique, la vie nue.

Le nœud, la confusion. La Babel d'autrefois, les couloirs des tours américaines hébergeant des avions en feu, le brouhaha, une impasse, la salle d'attente de l'enfer. La peur à son apogée, un engrenage qui appauvrit l'Homme d'aujourd'hui, exactement là où il semble y avoir du progrès et une expansion technologique, avec les dispositifs du pouvoir alignés et égalés, accessibles à tous à l'échelle mondiale. La peur me mène à l'autre comme dans un mouvement vers moi. Retourner vers l'autre, entrer dans l'autre, se salir dans l'autre pour échapper à sa propre peur et du sens incommensurable de sa propre existence qui déborde avec cette peur.

L'écran de l'ordinateur de l'avion montre l'itinéraire parcouru et à parcourir durant le vol, avec le petit avion qui sort de l'Afrique et entre dans la mer pour une traversée vertigineuse jusqu'à Rio de Janeiro. Je pense à la masse traînée d'un côté à l'autre, fragile, trébuchante, improvisée et équilibrée en vain sur elle-même, une masse d'exodes, de migrations, de diasporas, d'exiles, dans la réorganisation spatiale et politique constante de cette géographie de flux et de bifurcations.

La chute c'est à la fois céder et résister, se rendre et s'épuiser, s'accrocher et abandonner. Le corps qui adhère à une animalité moléculaire des prémices de la vie, de lorsque nous étions eau et atomes, têtus en évolution insistante. La ligne verticale, la colonne vertébrale construite de façon rectiligne pour entrer dans le centre du crâne, vertèbres sur vertèbre dans une logique de pilier : la bipédie arrogante est née, déclarant victoire sur la gravité et atteignant l'intelligence et le raisonnement. Avec eux les subterfuges infâmes du pouvoir, la logique, la morale, les institutions, le contrôle, la discipline et le sens commun.

Karada. Le corps en japonais. La notion dialectique de corps en japonais contient en elle le vide, le vide de la chair, comme si pour être corps, il devait être vide. Karada est the big emptyness, la résonance de ne rien exister, de ne rien constituer, à c'est à dire la formation du rien comme un rien. Le moment de la première séparation des corps ponctue le sort de notre propre existence, celle que nous refusons d'affronter, face à face, parce que nous succomberions sous ce poids monstrueux de la vérité. Le corps vide est le corps qui danse, qui se régénère cellule par cellule dans un mouvement cosmique transcendantal. Le corps vide est un corps mort et non le corps qui va mourir ou prisonnier à la volonté de la mort, le corps qui dépasse l'état de l'espérance de vie et qui se consomme en mort lente et fatidique, une mort certaine et donnée pleinement. Le corps vide se laisse vider de l'ego comme un creux, un trou incorporé où pénètre l'air et d´où s'écoule la bave, le liquide visqueux qui est peut-être la sève du langage non codifié, non transformé en mot ou en signe, non perturbé par la rhétorique ou la linguistique.

Le corps vide qui se plie entre muscles, os et tendons. Des plis et non des fissures, des plis qui marquent l'endroit précis sur le papier blanc, la marque de ce qui n'est plus, mais qui continue d'être. Le pli plisse ce corps, tout dans ce corps, corps faisceau de force, vecteur de possibilités infinies. Le corps vide d'où perdure un poing levé, un geste de salut, comme un adieu détaché de lui-même. La main qui indique, qui salue, qui tient l'idéologie perdue, dépassée, usée par la croyance contre le pouvoir externe. Poing qui empoigne démesurément le pouvoir intériorisé, l'ennemi transféré dans le corps, logé dans les entrailles, dans les plis des organes et dans les viscères de ce qui reste du corps.

La panique est en même temps décharge et dispersion anticipée. Le choc d'une masse en combustion. La masse en poursuite réduit l'univers à un individu, le coupable, le Christ, le sacrifié, le jeté aux lions.

Marcelo Evelin

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Marcelo Evelin est chorégraphe, performeur et chercheur. Il vit et travaille en Europe depuis 1986, où il se focalise sur la danse et le théâtre physique. Evelin collabore avec des professionnels de toutes les nationalités, langues maternelles, origines et disciplines, et réalise des projets incluant de la musique, de la vidéo, des installations, et l’occupation de certains espaces. Il est en résidence avec sa compagnie Demolition Inc. au Hetveem Theater à Amsterdam et enseigne l’improvisation et la composition à l’école du mime à Amsterdam, où il réalise aussi des projets et accompagne les étudiants dans le processus de création. Evelin anime en outre des ateliers et des projets collaboratifs dans différents pays, en Europe, en Amérique du Nord et du Sud et en Afrique. En 2006, il est retourné au Brésil où il est actif en tant que directeur et commissaire d’expositions. Il a mis en place et coordonne une plateforme d’artistes indépendants, Núcleo do Dirceu à Teresina, dans l’État du Piauí, où l’on effectue aussi de la recherche et du développement dans le domaine des arts du spectacle vivant. Núcleo a été récompensé à deux reprises par l’Association des Critiques d’art de São Paulo (APCA) : en 2008, « meilleure politique publique pour la danse », et en 2011, « meilleure production, formation, création et diffusion en matière de danse ». Ses spectacles les plus récents, Bull Dancing (2006) et Mono (2008) ont tourné au Brésil et à l’étranger. Ensuite, Evelin et Núcleo do Dirceu ont présenté la première de Matadouro en novembre 2010 au festival Panorama de Dança à Rio de Janeiro, et dans le cadre des expositions d’art Galpão do Dirceu dans le Piauí et SESC à São Paulo. Matadouro conclut la trilogie inspirée de l’écrivain, sociologue et ingénieur brésilien Euclides da Cunha : Sertão abordait la terre, Bull Dancing, l’homme, et Matadouro (Kunstenfestivaldesarts 2012)s’articule autour du combat.

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