Cuando vuelva a casa voy a ser otro

Théâtre Varia

1h 20min
ES > FR / NL

23/05 – 20:30
24/05 – 18:00
25/05 – 20:30
26/05 – 20:30

Figure majeure du théâtre à Buenos Aires, l’auteur et metteur en scène Mariano Pensotti explore le champ de tension entre la réalité et la fiction dans des spectacles où la grande Histoire se révèle à travers les petites histoires quotidiennes d’une poignée d’individus. Révélé et régulièrement invité par le festival, l’Argentin y présente cette année la première mondiale de Cuando vuelva a casa voy a ser otro . La pièce part d’une histoire vraie mais se diffracte aussitôt dans l’imagination du dramaturge. Comme un archéologue, Pensotti tente de reconstruire une vie éteinte à partir des vestiges matériels qui lui ont survécu. Comment la vérité et les mythes familiaux s’entremêlent-ils pour former l’identité d’un être humain ? Traversant les générations, personnages et objets apparaissent et disparaissent. Pensotti met un dispositif scénique inventif au service de son style narratif cristallin et construit un labyrinthe borgésien de récits personnels où il est passionnant de se perdre.

Textes & mise en scène
Mariano Pensotti

Avec
Agustín Rittano, Mauricio Minetti, Santiago Gobernori, Julieta Vallina, Andrea Nussembaum

Scénographie
Mariana Tirantte

Musique
Diego Vainer

Lumières
Alejandro Le Roux

Production
Florencia Wasser

Assistant plateau
Manuel Guirao, Carlos Etchevers

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Varia

Production
Grupo Marea (Buenos Aires)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Theaterhaus Gessnerallee (Zurich), Künstlerhaus Mousonturm (Francfort), Festival Theaterformen (Hannover), HAU Hebbel am Ufer (Berlin), Festival d’Avignon, Maison des arts de Créteil, Théâtre Nanterre-Amandiers, El Cultural San Martín (Buenos Aires), FIBA Festival Internacional de Buenos Aires

Sous-titrage avec le soutien de
ONDA

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Cuando vuelva a casa voy a ser otro

1.
Au fil des années, on devient le double de soi-même. Un double qui est fréquemment le reflet d’une personne qui s’est construite selon un mythe qui n’existe plus. Cuando vuelva a casa voy a ser otro (Lorsque je rentrerai à la maison, je serai autre) s’inspire d’un fait réel récemment vécu par mon père : à la fin des années 70, mon père militait pour la révolution et, lorsque la dictature s’est instaurée en Argentine, il a décidé de cacher une série d’objets compromettants (photos, livres, lettres de camarades) au cas où les militaires viendraient perquisitionner notre maison, ce qui a d’ailleurs eu lieu. Mon père avait enterré ces objets dans le jardin de mes grands-parents et, durant toutes les années de la dictature, il n’a cessé d’y penser. Après la chute du régime militaire, au milieu des années 80, il a voulu les récupérer, mais ne se souvenait plus de l’endroit exact où il les avait enterrés : le jardin avait beaucoup changé et il n’a pas pu les retrouver. Au début de 2014, mon père a reçu un coup de téléphone du propriétaire actuel de la maison de mes aïeux : alors qu’ils creusaient pour installer une piscine, ils sont tombés sur les sacs avec les objets de mon père. Ainsi, presque 40 ans plus tard, il a retrouvé ces objets mythiques et s’est retrouvé en possession d’une capsule temporelle renfermant les traces de quelqu’un qu’il avait été et qu’il n’est plus. Pour la première fois, j’ai ressenti le désir de partir d’un fait réel et vécu par quelqu’un de très proche pour construire une fiction. Dans l’histoire que raconte cette pièce, où le réel et la fiction se mêlent manifestement et sans vergogne, le protagoniste reconnaît tous les objets déterrés sauf un, mystérieux, dont il ne peut expliquer la présence parmi ses affaires. C’est la recherche de l’origine de cet objet étranger qui constituera le fil conducteur entre des récits divisés en chapitres, à l’instar d’un roman ou des différents « tableaux » d’un musée.

2.
Chaque famille possède ses mythes fondateurs, événements parfois banals, mais qui projettent ensuite leur ombre sur plusieurs générations. Dans mes dernières créations, je suis quelque part obsédé par cette question : pourquoi certaines choses, plutôt que d’autres, nous construisent en tant que personnes et font de nous ce que nous sommes. Si je me penche sur mes œuvres précédentes, je peux dire que, dans certaines, nous sommes ce que nous racontons, nous nous construisons nous-mêmes à mesure que nous modifions notre propre passé chaque fois que nous le racontons. Dans d’autres, l’idée est que nous sommes ce que les fictions ont fait de nous, car nous vivons et réagis sons tous aux expériences sur base des fictions consommées depuis le début de notre vie. Dans Cuando vuelva a casa voy a ser otro, il y a l’idée que nous sommes peut-être également formés par les mythes familiaux avec lesquels nous avons grandi et par les moments mythiques personnels d’un passé fondateur qui nous définit ; au fil du temps, ces événements provoquent ainsi notre transformation en double de cette personne mythique. L’identité est en transformation permanente et, en nous tous, il existe une tension fascinante entre la pulsion et le désir d’être autre, la tragédie de n’être qu’un, et, en contrepoint, l’angoisse de cesser d’être ce que nous sommes.

3.
Le dispositif scénique de l’œuvre emprunte des éléments à un ancien musée archéologique qui existait en Patagonie. Un curieux « show éducatif » y donnait à voir une partie de la collection. On y utilisait des panoramas mobiles, des tapis roulants, des projections de textes et autres procédés théâtraux passés de mode pour raconter des événements archéologiques. En plus, les tapis roulants engendraient des apparitions inattendues, un peu comme la réapparition d’objets sur lesquelles se fonde le récit du spectacle. Ils évoquent aussi vaguement un ruban de Moebius, en ce sens qu’un élément placé à un endroit donné finira inévitablement par repasser par ce point un peu plus tard, comme dans un temps circulaire régi par un éternel retour ; si bien que les personnages sont confrontés à des choses déjà vécues, mais d’une façon différente. L’archéologie préserve les traces matérielles qui ont traversé le temps. Cuando vuelva a casa voy a ser otro se veut être le musée alternatif des mythes familiaux, une fouille dans ce que l’on a été, ce que l’on est et ce que l’on aspire à être.

4.
Des changements dont nous faisons l’expérience au cours de notre vie naît une personne plurielle, comme un acteur incarne des variations extrêmes d’un même personnage. À travers les mythes familiaux et personnels, nous nous construisons une part fondamentale de notre identité. Que se passe-t-il lorsque nous sommes confrontés à ces mythes ? Que se passe-t-il lorsqu’on se découvre autre ? Cuando vuelva acasa voy a ser otro est centré sur la possibilité du changement et de l’être autre, fondamentalement et dans ce qu’il a de plus intime et personnel, mais également dans un contexte plus large, social et politique ; à une époque où les transformations sociales sont de plus en plus limitées, quelle est la validité de certaines idées révolutionnaires qui paraissent enterrées ?

Mariano Pensotti
Buenos Aires, mai 2015
Traduction : Juliane Regler

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Mariano Pensotti (1973, Buenos Aires) est auteur dramatique et metteur en scène de théâtre. Cet Argentin a étudié le cinéma, les arts plastiques et le théâtre à Buenos Aires, en Espagne et en Italie. Au cours des dix dernières années, il a écrit et mis en scène plus de quinze spectacles de théâtre. Parmi ces dernières créations, on peut citer : Cineastas (2013) El Pasado es un animal grotesco (2010), Sometimes I think I can see you (2010), Encyclopaedia of unlived lives (2010), et La Marea (2005). L’œuvre de Pensotti est à l’affiche de théâtres et de festivals en Europe, en Amérique du Nord et du Sud et ailleurs, incluant le Kunstenfestivaldesarts, HAU Hebbel am Ufer (Berlin), Theaterformen (Hanovre), Festival de Otoño (Madrid), Zürcher Theater Spektakel (Zürich), steirischer herbst (Graz), Tempo Festival (Rio de Janeiro), Under The Radar (New York), Push Festival (Vancouver), et On the Boards (Seattle). Mariano Pensotti compte aujourd’hui parmi les metteurs en scène expérimentaux les plus éminents du monde. Acclamé comme l’un des plus brillants talents latino-américains, Pensotti et sa compagnie, Grupo Marea – fondé avec la scénographe Mariana Tirantte et le musicien Diego Vainer – effectuent des tournées internationales tout au long de l’année. Pensotti a développé deux lignes distinctes dans son œuvre : d’une part des spectacles scéniques pour lesquels il écrit ses propres textes littéraires et qui s’appuient fortement sur le travail avec les comédiens, et d’autre part, différentes performances in situ dont l’objectif principal consiste à générer un contraste particulier entre fiction et réalité, en situant la fiction dans l’espace public.

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