CRACKz

Théâtre National

17, 18, 20/05 – 20:15

19/05 – 18:00


Engagé dans la société qui l’entoure, Bruno Beltrão est un artiste qui a le don de rendre la réalité abstraite et l’abstraction concrète. Avec son Grupo de Rua fondé à Niterói en 1996, il déconstruit la danse hip hop, une forme urbaine basée avant tout sur la virtuosité individuelle, pour composer des chorégraphies collectives adaptées à l’espace théâtral. Articulant solos minimalistes et séquences de groupe torrentielles, ses spectacles H2 et H3 ont marqué les esprits. Cinq ans plus tard, le Kunstenfestivaldesarts inaugure son retour très attendu sur les scènes inter - nationales. CRACKz est dédié aux processus de dissémination, d’appropriation et de modulation culturelles générés par les technologies de l’information. Sans a priori esthétique, Beltrão a demandé à ses danseurs de sélectionner des matériaux chorégraphiques sur Internet. Partant de ce « répertoire de gestes créé par l’humanité », il a développé une pièce sans patrie, une expérience nomadique à travers le mouvement. Un événement !

Un projet de
Bruno Beltrão & Grupo de Rua

Assistant mise en scène
Ugo Alexandre

Avec
Bárbara Lima, Bruno Duarte, Cleidson Almeida, Jonathan Canito, Joseph Antonio, Luiz Carlos Gadelha, Leonardo Galvão, Leonardo Laureano, Leandro Rodrigues, Ronielson Araujo 'Kapu', Samuel Lima, Sid Souza, Thiago Lacerda

Physiothérapiste
Dyanne Magalhães

Philosophie
Charles Feitosa

Cuisinière
Vanessa Almeida

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre National de la Communauté française

Production
Grupo de Rua (Niterói)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles), Wexner Center for the Arts (Ohio), Wiener Festwochen (Vienne), Ruhrtriennale & PACT Zollverein (Essen), Holland Festival (Amsterdam), Festival d'Automne à Paris, Théâtre de la Ville (Paris), Hellerau (Dresden), Kampnagel (Hamburg)

Grupo de Rua est soutenu par
PETROBRAS - Petroleo Brasileiro

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Portrait du chorégraphe brésilien Bruno Beltrão : de la banlieue de Rio de Janeiro à Bruxelles, ou l'intelligence de la rue traduite dans un temple culturel

Avec Bruno Beltrão, le Kunstenfestivaldesarts présente du hip-hop brésilien à Bruxelles. Ou ce que la capitale européenne peut apprendre d'un batteur de pavé que la rue a rendu intelligent.

Ce ne sont pas toujours les professeurs Tournesol les plus distraits. Le danseur et chorégraphe brésilien Bruno Beltrão n'aime pas donner d'interview en direct, parce qu'il a du mal à se concentrer. Il préfère répondre aux questions par courrier électronique. Puis il oublie. « Désolé ! J'ai oublié. » Jusque-là l'interview de Bruno Beltrão. Mais cela en dit long sur le personnage. Beltrão (34) n'est pas prodigue avec les mots et n'attache pas grande importance à la pléthore de textes et autres essais publiés à propos de son œuvre. Il ne cherche pas la légitimation de ses chorégraphies dans ce qui paraît sur le papier, mais littéralement auprès de l'homme de la rue. Et c'est intrinsèquement lié à la nature de ses chorégraphies.

De la banlieue à la scène

Le parcours de Beltrão commence dans la banlieue de Rio de Janeiro. Dès l'âge de treize ans, il commence à danser intensément et apprend en observant dans l'espoir de trouver son propre style. Il suit des cours, visionne des clips vidéo et étudie la façon dont les personnes de son entourage se meuvent au quotidien. Et ses efforts se sont révélés fructueux : son vocabulaire gestuel s'inspire de danses urbaines en général, et du hip-hop en particulier, mais aussi de la culture populaire américaine et de gestes quotidiens. Très jeune, Beltrão a appris que pour arriver au but que l'on se fixe, il faut un plan précis de la façon dont on va franchir la distance qui nous sépare de notre objectif. Dans son cas, cela s'est traduit par la constitution de sa propre compagnie de danse, Grupo de Rua de Niterói, avec son ami d'enfance Rodrigo Bernardi. Beltrão a alors à peine seize ans. La compagnie se produit dans des festivals et même à la télévision nationale. Ainsi, Beltrão a porté la rue jusque dans les salons et les séjours les plus chics du pays. En 2000, il s'inscrit finalement à l'Université de Rio de Janeiro pour y étudier l'histoire de l'art et la philosophie. Ce que la rue lui a montré et ce que les livres lui ont appris constituent conjointement la base de son vocabulaire gestuel personnel.

Traduire

Ce qui a commencé dans les années 80 et 90 dans la banlieue de Rio de Janeiro s'étend aujourd'hui à peu près à toutes les métropoles de la planète : avec son Grupo de Rua, Beltrão s'est déjà produit dans une trentaine de pays jusqu'à présent. En 2010, son spectacle H3 lui vaut un Bessie Award. La presse internationale qualifie ses spectacles de « hip-hop intellectuel » et de « réinvention de la breakdance ». Malgré cet enthousiasme et tous ces qualificatifs élogieux, on n'a quasi plus rien entendu à propos de Bruno Beltrão ces dernières années. Sa dernière production, H3, remonte à 2008. Il lui a fallu tout ce temps pour approfondir son style, étant donné sa vision conséquente. Il a un jour affirmé : « Je crois qu'il n'y a qu'un seul choix, celui de traduire les choses. Dès qu'une information se déplace d'un endroit à un autre, elle est adaptée. En d'autres mots, il n'y a rien sur cette planète qui ne soit traduit ou transformé. Et cela se produit chaque fois que je crée un spectacle qui s'appuie sur les principes de base du hip-hop pour les développer : il est inévitable de traduire et d'interpréter. Si ces transformations ne découlent pas d'un choix, mais d'une évidence incontournable, j'opte pour participer au jeu et partir chaque fois à nouveau en quête de cette variante de la danse que l'on ne connaît pas encore. Parce qu'on chorégraphie pour apprendre, pas pour enseigner. »

CRACKz

Dans son nouveau spectacle de danse, CRACKz (Dança Morta), qui se donne la semaine prochaine au Théâtre National, Beltrão marie le langage, les gestes, et les rituels de la rue aux codes (oraux) de la danse contemporaine. Des mouvements de breakdance comme le breaking, le popping & locking répondent ou succèdent à des mouvements typiques de l'art martial afro-brésilien, la capoeira. Il part d'improvisations tout autant que d'une approche conceptuelle contemporaine. L'œuvre de Beltrão réunit de la sorte explicitement plusieurs éléments que l'on sépare en général de manière bien plus rigoureuse : le contemporain et le classique, les nationalités différentes, les classes et les styles, la culture élitiste et populaire, la production artistique dans la boîte noire qu'est la salle de théâtre et l'engagement social de la rue. Beltrão est peut-être le meilleur exemple que la danse est la discipline artistique la plus démocratique. « Je ne connais pas la différence entre comprendre et représenter », dit-il à ce sujet (dans une interview à laquelle il n'a pas oublié de répondre). L'intelligence de la rue a désormais un visage.

Sarah Vankersschaever
Traduction d'un texte originellement paru dans De Standaard, 12 mai 2013

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Bruno Beltrão (°1979, Niterói) est un chorégraphe brésilien actif depuis 1996 avec son Grupo de Rua. Il fait appel à des styles de danse urbaine dans un contexte de théâtre conceptuel et marie des influences diverses, y compris le hip-hop, pour créer des paysages chorégraphiques abstraits. Enfant, Beltrão rêvait de réaliser des films et était fasciné par les univers tridimensionnels cinématographiques ou générés par ordinateur. À l’âge de 13 ans, il commence cependant à danser dans des matinées de sa ville natale, où il entame une relation inattendue avec le hip-hop. En 1994, il prend son premier cours de danse du professeur israélien Yoram Szabo. Un an plus tard, il interrompt ses études et se met à enseigner la street dance dans les académies de danse de la ville. En 1996, à l’âge de 16 ans, il fonde le Grupo de Rua de Niterói, avec son ami Rodrigo Bernardi. Au cours des deux premières années, le Grupo de Rua se consacre aux compétitions de danse et fait des apparitions dans des festivals et à la télévision. Alors que le collectif vit intensément dans le monde du hip-hop, la manière de transposer les techniques de la street dance à la scène ne l’intéresse plus autant qu’avant. Les membres du groupe souhaitent au contraire que le hip-hop puisse dépasser les limites de sa propre définition. En 2000, Beltrão s’inscrit à la faculté de danse du centre universitaire de la ville de Rio de Janeiro. En 2001, la première du duo From Popping to Pop se déroule à Copacabana, dans le cadre de Duos de Dança no Sesc. Outre le fait de constituer le début officiel de la carrière de Beltrão sur la scène de Rio de Janeiro, la pièce représente aussi un tournant dans la carrière du chorégraphe qui commence à développer une vision personnelle de la danse qu’il pratique. Toujours en 2001, il crée Me and my choreographer in 63, avec le danseur Eduardo Hermanson. À la fin de cette année, Rodrigo Bernardi quitte la compagnie et Bruno Beltrão en reprend la direction. Depuis, il a créé les chorégraphies Too Legit to Quit (2002), Telesquat (2003), H2 (2005) et H3 (2008). En 2002, Grupo de Rua part en tournée internationale.

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