Claudio Monteverdi, L'Incoronazione di Poppea

Théâtre 140

17, 22/05 > 20:30
19/05 > 18:00
20/05 > 15:00

FR

D’un côté la bassesse de puissantes crapules, signée Busenello. De l’autre, les envolées sublimes de Monteverdi. Livret bouffon et subversif versus lyrisme musical des plus raffinés. Charlie Degotte s’attaque au chef-d’œuvre le plus célèbre de l’inventeur de l’opéra. « Un chef-d’œuvre d’un cynisme absolument redoutable, donc très moderne. » Anarchiste dans l’âme, le metteur en scène pratique le trait ramassé façon bédé et la corrosive insolence des surréalistes belges. En 2000, il régale Bruxelles de revues jubilatoires : l’Historique, la Panique, l’Arabique et la Lyrique. En 2001, avec la complicité du compositeur et musicien Baudouin de Jaer, et de ses fieffés acteurs, il fait son entrée théâtrale dans le cycle Monteverdi du KunstenFESTIVALdesArts.

Mise en scène: Charlie Degotte

Musique: Claudio Monteverdi, L’incoronazione di Poppea

Direction musicale: Baudouin de Jaer

Acteurs: NN

Décor: Johan Daenen

Eclairages: Marc Defrise

Costumes & accesoires: Amalgames

Producteur délégué: Xavier Schaffers

Production: KunstenFESTIVALdesArts

Presentation: Théâtre 140, KunstenFESTIVALdesArts

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Un climat d’intrigues de palais, de luttes d’influence, d’amours et d’amourettes de couloir où les puissants, désœuvrés et blasés, sont tout asservis à leurs caprices. Une histoire où la raison d’Etat est confisquée par les intérêts privés. Un scénario grinçant dans lequel vertu, justice et morale sont allègrement bafouées par l’appétit des maîtres, assurés de serviles complicités. Cinglante comédie satirique ? Cela se pourrait. Si ce n’était la mort qui rôde. Si ce n’était la musique qui se refuse à juger ces personnages, les rachetant, les innocentant presque en les parant d’une paradoxale pureté. L’Incoronazione di Poppea (Le Couronnement de Poppée) est le premier opéra de l’histoire lyrique à délaisser anges, dieux et demi-dieux pour s’attacher à des êtres de chair et de sang.

Drame réaliste, politique et domestique, l’œuvre propose de l’homme et du monde une vision sans illusion. Le bouffon en grimace les abîmes tragiques. La jouissance du pouvoir ne s’y astreint à aucune limite. Dans les draps royaux se jouent la vie et la mort des sujets. Inquiet baroque qui n’avance ici aucune noblesse sans son contraire. Nous sommes en 1642, à Venise. Busenello écrit un de ses livrets le plus audacieux et le plus... shakespearien. Monteverdi en aiguise musicalement les états d’âme, les astres et les désastres, vertigineusement !

Il a coulé depuis beaucoup d’encre sur L’Incoronazione di Poppea. On dit sa version intégrale longue de 4 heures mais il en existe deux manuscrits différents, l’un retrouvé à Venise, l’autre exhumé à Naples, que l’on pensait authentiques avant qu’ils se révèlent ‘copies’ arrangées au départ d’une partition première à jamais perdue. Et voilà chacun désormais libre de recomposer à sa manière les pièces d’un puzzle dont l’agencement original reste inconnu, d’autant plus libre que Monteverdi ne s’avère plus aujourd’hui le seul auteur de son plus célèbre opéra. A 75 ans, au moment où naît Poppea, il dirigeait un atelier de composition dont il supervisait les travaux, laissant à ses émules le soin des détails, se réservant l’écriture des grandes scènes et le traitement général de l’œuvre. Chaque nouvelle exécution du Couronnement finit donc par générer sa propre version, sa propre instrumentation, son découpage personnel et son montage.

En 1998, quand le KunstenFESTIVALdesArts lance son cycle Monteverdi, le Beursschouwburg offre aux festivaliers un programme de nuit, insolent et savoureux contrepoint à ses soirées de création contemporaine. Le Beurs émoustille Charlie Degotte qui relève le défi : offrir au public une version de L’Incoronazione di Poppea qui ne puisse être répétée que pendant 12 heures top chrono. Galvanisateur d’énergies promptes à délirer, le metteur en scène rassemble en un tour de main chanteurs et musiciens avertis autour d’une réduction de la partition – un ‘best of’ des états lyriques dudit Monteverdi –, les actes nettement moins lyriques des intrigants étant dévolus aux acteurs, porteurs du nouveau scénario-minute, triple concentré de Busenello. Poppea – Cicciolina même combat ! Dramaturgiquement, c’était vu juste... Scéniquement, cela demandait un petit affinement... Et puisque public et artistes s’étaient régalés trop frugalement de cet apéritif zakouski, pourquoi ne pas prendre le temps, en 2001, de réinventer sa saveur décapante à la taille d’un plat de consistance ? En s’arrimant, cette fois, à même le cycle monteverdien du Festival.

Pour Charlie Degotte, il faut quintupler le temps de répétition : une semaine ! D’ailleurs, son parcours a commencé court. Au début : la passion du théâtre et pas de moyens pour faire long. Mieux vaut donc être bref que blette en attendant bézef. " Au sortir de l’INSAS, institution qui m’avait déclaré apte à faire du spectacle, je me suis inventé une méthode toute simple : sur un synopsis existant ou ‘home made’, me concentrer suffisamment pour visionner en temps réel le cheminement de l’action théâtrale. Top rideau – ceci, cela – cut – noir. Mes premières productions n’excédaient pas vingt minutes. Seulement voilà, comme il n’est jamais bon de se faire violence, rapidement l’utilité de la case s’est fait sentir. Synthèse d’une scène, d’un événement important, la case exprime le temps et l’humeur de ce qui doit se jouer. En alignant 5 cases, j’obtenais généralement un spectacle ‘minute’. " L’imagination visuelle, chez lui, c’est atavique. On ne grandit pas impunément parmi les planches d’un papa bédéiste, inventeur de Flagada et des volatiles motards.

" C’est bien joli un spectacle de 10 minutes mais où peut-on aller avec ça ? " Avec Louise de Neef, productrice de musique, danse et cinéma, Charlie lance alors les fameuxLundis/Maandagen, " soirées multimèdes et pluricult " où il prend le pli de mélanger tous les beaux-arts imaginables et de cultiver joyeusement les complicités dans les susdits beaux-arts (chanson, cinéma, mime, danse, théâtre...) avec Claude Semal, Didier Odieu, Philippe Tasquin, Jaco van Dormael, les ados du CREAHM (acteurs dans Le Huitième Jour), Michel Carcan, Patrick Beckers, Nina De Goeyse, Alexandre von Sivers...

" La nature première de mon travail, c’est le rire. Je suis triste, donc comique, un point c’est marre. ". Charlie Degotte est un ‘humoriste théâtral’ sur les planches francophones. C’est aussi un étonnant rassembleur : peu de gens peuvent, comme lui, aimanter dans l’urgence une aussi tumultueuse constellation de talents de tous les horizons. On lui doit d’inoubliables perles de théâtre. Yzz Yzz où il avait consenti à présenter les 36 pièces et 1.703 personnages de Shakespeare en une heure vingt ; Il n’y a aucun mérite à être quoi que ce soit, hommage à son mentor, le poète surréaliste belge Marcel Mariën. Dans le sillage des revues initiées avec Claude Semal au Théâtre Le Café qu’ils avaient fondé ensemble, Charlie clôtura l’année 2000 avec pas moins de quatre revues, où il rassembla les énergies époustouflantes de quelque 200 acteurs, danseurs, auteurs, mimes et musiciens : Revue Historique au Théâtre National,Arabique aux Halles de Schaerbeek, Panique au Théâtre de Poche et Lyrique à la Chapelle des Brigittines. Ou l’art désopilamment intelligent de faire grincer les tabous et dérives de notre petit monde, l’art de dessiller ses délires impudents.

" J’ai découvert Le Couronnement de Poppée de manière fortuite et, en homme de théâtre, j’ai commencé par en lire le livret. Ce scénario convenait bien à ‘nos bêtises’. La dernière scène où les vils assassins, Néron et Poppée, exaltent dans un duo touchant leur ‘amour’ triomphant , m’a rempli de joie. Quelle subversion ! Puis, j’ai écouté la musique : j’ai trouvé ça encore plus merveilleux, d’un cynisme absolument redoutable, donc très moderne. En 1998, lors de notre première approche, je me suis rendu compte d’une chose qui m’a fait bien plaisir : notre humour n’écrasait pas le lyrisme de la musique, mais c’est la musique, très maligne, qui le tirait vers le haut : la bassesse de ces crapules s’ornait de raffinements et d’états d’âme ! Pour mai 2001, nous allons commencer par retravailler sur la réduction de la partition avec Baudouin de Jaer, musicien et compositeur, déjà complice de belles aventures. De ce travail découlera la réécriture condensée du livret et la distribution. La fantaisie des acteurs amènera beaucoup. J’ai pris le pli de ne plus tout dessiner à l’avance, je ne veux pas d’interprètes en frigolite, coincés dans d’irrémédiables décisions de costumes, de décor... Chacun a coutume de réfléchir chez lui et d’arriver avec ses propositions. Puis, en une semaine, le jeu s’ébouriffe, les cases se dessinent, émergent le décor, les costumes... le théâtre. "

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