Britannicus

Théâtre Varia

4.6.7/05 > 20:30
5/05 > 15:00
8/05 > 19:30
NL - Subtitles: FR

Néron est amoureux de Junie qu'il a enlevée pour braver Agrippine. Il veut tenir les ficelles entre Britannicus, son rival, et sa mère. La logique passionnelle et politique implique qu'il tue Britannicus à la fois pour posséder Junie et punir sa mère. Ce qu’il fera. Britannicus est une des pièces les plus sanglantes du répertoire racinien. Les faiseurs de théâtre flamands du Theater Zuidpool, orchestrés par Koen De Sutter, la feront plus contemporaine que classique. En d’autres mots, si le francophone aime travailler l’alexandrin chez Racine, en Flandre, on s’attaque moins à la rime, de crainte de n’en transmettre que la métrique. Mais on n’hésite pas à frotter la pureté de la langue à la sueur des corps passionnément et politiquement intrigants.

Texte : Jean Racine

Mise en scène : Koen De Sutter

Avec : Griet Debacker, Johan Heldenbergh, Marijke Pinoy, Jobst Schnibbe, Eva Schram, Bob Snijers, Jan Steen

Musique : Pieter Jan De Smet, Geoffrey Burton

Scénographie : Frans De Meyer

Conception costumes : Sabina Kumeling

Eclairages : Jan Van Hove

Directeur de production : Jan Van Hove

Production : Theater Zuidpool (Antwerpen)

Avec le soutien de : Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap, Provinciebestuur Antwerpen, Nationale Loterij

Présentation : KunstenFESTIVALdesArts

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J'étais alors si rempli de la lecture de cet excellent historien, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma tragédie dont il ne m'ait donné l'idée. (…) J'ai copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'Antiquité, je veux dire d'après Tacite – historien du premier siècle de notre ère.

Racine, Britannicus (Seconde préface), Petits Classiques Larousse, Larousse-Bordas, Paris, 1998

Racine, dans la préface qui accompagne la publication de Britannicus, le reconnaît sans hésiter : à l'exception de Junie, qui est de pure imagination, tous les autres personnages de sa tragédie ont vécu pendant le règne du dictateur romain Néron. D’ailleurs, la pièce aurait pu prendre son nom, ou celui de sa mère Agrippine, tant la relation de la mère au fils marque cette œuvre de passions, de pouvoirs et d’intrigues. Racine lui a préféré " Britannicus " (1669), du nom du personnage le plus jeune (14 ou 17 ans selon les analyses), légitime héritier, écarté du trône à cause des intrigues d’une belle-mère assassine. Au début de la pièce, Néron fait le premier pas vers une libération de tutelle : contre la volonté de sa mère, il kidnappe Junie qui aime Britannicus (son demi-frère) qu’il finira tout de même par empoisonner. Dans cette œuvre, Néron n'est pas encore le monstre que l'histoire va retenir, mais il en a déjà tous les traits.

" Ce fourmillement des passions m’a décidé à monter Britannicus, dit le metteur en scène flamand Koen De Sutter ; la pièce a tout ce qu’il faut : la fureur, les jeux psychologiques, les émotions fortes, les malices politiques, et en contrepoint, une langue travaillée à l’alexandrin, pure, presque aseptisée, intelligible et claire. En néerlandais, il est impossible de garder la rime sans tomber dans le jeu des sonorités artificielles. Dans la mise en scène, l’accent ne sera pas mis sur le travail de la langue, mais plutôt sur l’aspect contrasté des passions et de la raideur contenues dans le texte. "

Racine écrit Britannicus sous le règne de Louis XIV, époque des pouvoirs " solaires " et des règles en tous genres. Écrivains, théoriciens en profitent pour édicter des lois strictes sur l’utilisation de la langue. C’est la période du cogito ergo sum (je pense, donc je suis) de Descartes. Période de la mesure, de la clarté, le tout dominé par la raison… En un mot comme en cent, c’est le temps des classiques

Koen De Sutter : " Ma première mise en scène, Onder het melkwoud de Dylan Thomas (février 1997), était remplie de micros et d’effets de lumière. Ma seconde (août 1997) se résumait à deux acteurs, un projecteur et une chaise. Une nouvelle création ne ressemble jamais à une autre. Aujourd’hui, j’ai envie de me confronter à la raideur racinienne, ce que je n’ai jamais fait. Je suis curieux de voir comment des acteurs flamands vont se débrouiller avec un texte traditionnel français. Ce sont des acteurs organiques peu préoccupés de cérébralité. Cette confrontation pourra être passionnante. "

Pour plonger dans la carrière de Racine, ses chamailleries avec Molière, ses préférences, opinions, idées, prises de positions…, pour que l’histoire de la cour de France du XVIIe siècle n’ait plus de mystères, deux guides (un classique et un romaniste, spécialiste de la littérature du XVIIe siècle) ont suivi l’équipe pendant les premiers temps des (inhabituelles) onze semaines de répétitions. Non pas dans le but de reproduire le contexte politico-culturel de l’époque, mais : " Je trouve qu’il est important de connaître l’univers et le contexte de l’œuvre que l’on veut mettre en scène. Sans vouloir jouer au pessimiste culturel… Prenez un adolescent de 14 ans et demandez lui qui est Néron. Il vous répondra naturellement que c’est un personnage de BD. Pour moi, l’Histoire est aussi passionnante que pleine d’enseignements. La culture romaine ne nous a jamais quittée. Regardez notre démocratie parlementaire : elle a encore des apparats et des mécanismes du temps d’Auguste. Et quand on voit l’architecture du Palais de Justice à Bruxelles, on voit bien qu’elle a puisé dans la grandeur de l’Empire romain. "

Koen De Sutter a déjà – l’entretien date de décembre 2001 – une quantité d’images dans la tête. " Mais, ajoute-t-il riant ; cela changera peut-être du tout au tout. J’aimerais savoir dans quelle mesure l’écriture de Racine supportera le fanatisme et la violence. Comment Racine se débrouille avec la sueur. Quels sont les liens entre Néron, Louis XIV et les leaders contemporains ".

" Britannicus est un pur chef d’œuvre politique : les magouilles de Burrhus et Narcisse, les chefs de cabinet comme je les appelle, me font vraiment penser à la politique belge. L’affaire Clinton – Lewinsky est aussi inscrite dans Britannicus : comment le chef de la plus puissante nation du monde peut-il laisser sa passion prendre le dessus ? Quand Clinton suit ses hormones, elles l’empêchent de marcher droit. De la même façon, Néron est tellement jaloux de l’amour de Junie pour Britannicus qu’il va commettre l’irréparable. Agrippine, je la vois un peu comme une reine mère frustrée d’avoir perdu le pouvoir qu’elle possédait. Les dialogues ressemblent aux débats que l’on peut entendre à la Chambre. Cela fait penser aux arias à l’opéra. Néron va et vient, ballotté entre les avis de sa mère et les conseils de Narcisse. Laisser vivre Britannicus, le tuer ? Il y a un important suspense que je vais peut-être gonfler en changeant la fin. "

Tout le monde lit les nouvelles pièces et les commente, mais d’évidence, une lecture en groupe est plus percutante qu’une discussion. À haute voix, les affinités se dessinent imperceptiblement et, par la même occasion, se dessine aussi la programmation de la saison du Theater Zuidpool.

Koen De Sutter est, depuis juillet 2001, le directeur artistique du Theater Zuidpool. Il a rassemblé autour de lui quelques collaborateurs avec lesquels, de projet en projet, il évolue. Chacun à tour de rôle est acteur, metteur en scène, scénographe, dramaturge et parfois même créateur de costumes. Pour Koen De Sutter, la fonction de chacun fait partie d’un processus global de fabrication. " Je me conçois comme un amplificateur qui renforce et canalise les énergies pour que les acteurs deviennent en quelque sorte des " orateurs-2000 Watt. "

Theater Zuidpool est une compagnie anversoise très sensible aux nouvelles dramaturgies. Ce n’était pourtant pas le cas quand, sous le nom de RVT (Reizend Volkstheater/Théâtre populaire itinérant), la troupe parcourait les routes de l’après-guerre, récitant, dans la plus pure tradition, des textes du répertoire classique. Il y a 10 ans, Peter Benoy a repris une compagnie essoufflée. 10 ans plus tard, elle est reconnue de haute qualité par l’ensemble de la profession. La compagnie renommée " Theater Zuidpool " a été sélectionnée pour le prix Océ 2000. L’époque du grand répertoire populaire itinérant est donc bel et bien révolue. Depuis, quantité d’artistes contemporains ont fait les beaux jours de la compagnie. Parmi lesquels Jeroen Olyslaegers, auteur de De Invreter (Le Rongeur, d’après L'Ecornifleur de Jules Renard) ou, plus connu du côté francophone, Arne Sierens qui a écrit Colette (Mouchette), De Soldaat-facteur en Rachel, etc.

" L’implication des gens avec qui on travaille est cruciale pour moi. " L’équipe du Theater Zuidpool, compte près de 20 personnes, qui toutes – quelle que soit la place qu’elles occupent – sont impliquées dans le processus de création.

" Je l’ai déjà dit, nous lisons énormément, en cela, nous sommes tous un peu dramaturges. À chaque création, on rassemble nos lectures et nos textes personnels pour en faire un journal qui sert aussi de programme pendant les représentations. Le spectacle n’a évidemment pas besoin du programme pour exister. "

Ce qui compte pour Koen De Sutter, c’est de travailler avec un bon matériau. " Quelque chose qui, au bout de la " septantième " représentation, laisse encore entrevoir un pan inconnu, un aspect différent ou soulève une question à laquelle on n’avait jamais pensé. Quelque chose qui vous fait dire, trois jours après la première : " Et m…, j’aurais jamais dû faire ça comme ça ! "

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