Blood Links

Lunatheater

10, 11, 13/05 > 20:30
12/05 > 18:00
Lunatheater
Language: EN
Subtitles: FR & NL
Duration: 1:30

« Nous sommes tous nés quelque part pour tirer enseignement des vies qui nous ont précédés. » Né dans le North Queensland en Australie, William Yang est ce photographe réputé qui révéla par ses clichés la vie nocturne de Sydney, ses parades gay, sa trépidance ‘underground’. Etonnamment, il se consacre aujourd’hui à un tout autre genre d’instantanés : le monologue autobiographique avec projection de dias et musique. Dans Blood Links, septième du genre, l’assimilé australien remonte aux sources de ses origines chinoises et partage le périple des siens, diaspora de plus en plus dispersée et métissée. Et ces dias des visages et paysages aimés qu’il accompagne d’histoires de vie relatent, chaud et sensible, un voyage tout empreint de sagesse et de douce humanité.

Performance et Photographie/Performance en Fotografie/Performance and Photography: William Yang

Musique/Muziek/Music: Stephen Rae

Régisseur de scène/Toneelmeester/Stage manager: Scott McAlister

Avec le soutien de/Met de steun van/Supported by: The Australian Embassy

Présentation/Presentatie/Presentation: Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts

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" J’ai embrassé mes origines chinoises à travers la philosophie ancienne du taoïsme ", dit William Yang, né dans le North Queensland et vivant à Sidney. " L’univers est en état de constante fluidité, jamais en repos, toujours mouvant. L’énergie cosmique circule entre deux polarités opposées, le yin et le yang. Tout taoïste est en mouvement avec ce courant d’énergie. Dans ma vie quotidienne, j’essaie de vivre avec cette fluidité. S’ils sont opposés, le yin et le yang sont aussi interdépendants et complémentaires. Qui combat cette balance rompt l’harmonie. "

William Yang est ‘australien de la 3e génération, né chinois’ comme on dit là-bas. Il croit au ‘karma’. " Nous sommes tous nés dans certaines circonstances parce qu’il y a des leçons à tirer des actes posés dans les vies qui nous ont précédés. Mes monologues avec projection de dias et musique sont largement autobiographiques. Le fait de les réaliser m’a offert la chance de méditer sur le sens de mon propre voyage. Comme acteur, je ne pense pas avoir une brillante adresse technique mais, comme photographe, je dispose d’un grand capital visuel. J’ai développé l’aptitude à raconter des histoires en mots et en images, sans les encombrer d’effets techniques. Je suis beaucoup plus intéressé par les êtres et leur existence. "

Qui croirait entendre ici l’un des photographes les plus cotés de la vie citadine et mondaine de Sydney, le premier à avoir révélé les images de ses trépidances nocturnes ‘underground’, côté show, côté arts, côté gay ? Qui croirait que cet homme discret, chaleureux et serein, tout de noir vêtu, s’aventurant seul face au public, avec quelques musiques et les dias des visages et paysages qu’il aime, s’est taillé auparavant sa réputation par des clichés de célébrités publiés dans Mode Magazine et largement exposés en Australie ? Difficile à imaginer. Car Blood Links, déjà son septième monologue autobiographique, nous emmène bien ailleurs. Et cette sensation d’être confronté à l’album d’une famille qui n’est pas nôtre s’évapore bien vite. Yang ne se complaît pas dans l’anecdote : s’il en use avec élégance et simplicité, c’est pour mieux nous immerger dans un ample périple, le sien, celui de sa famille, de sa communauté. Il nous invite chez ses proches à Los Angeles, Silicon Valley, Perth ou Pine Creek. Et s’il parcourt ainsi l’immensité dépouillée des fulgurants paysages de la côte de Corail, de Tasmanie, de la Sierra Nevada ou de la Death Valley, c’est pour mieux transcender encore nos géographies et abolir la distance entre le lointain et l’intime...

Actif et contemplatif, ce voyage-là est de ceux qui retissent délicatement les liens entre les personnes dispersées de par le monde et les rapprochent instantanément. Par là même, il nous aimante avec elles dans ce doux sentiment que l’on ne vient pas de nulle part, qu’il est chaud d’appartenir à une communauté humaine, qu’il est triste, joyeux et beau d’y penser, et que la sagesse n’est pas une affaire de philosophes : elle gît là, à portée de bras pour peu qu’on pose le regard ailleurs que sur soi, comme ce photographe qui nous offre le cadeau rayonnant de sa veille intime, de son éveil... La plus belle magie des grands voyages n’est-elle pas celle qui nous renvoie intensément à nous-mêmes, délestés, donc enrichis ?

Formé à l’architecture, William Yang est avant tout documentariste et chroniqueur de simples existences, par l’écriture théâtrale qu’il pratique depuis ses études, par ses instantanés et sa quête d’archives. En 1990, à la faveur d’une subvention qu’on lui alloue pour répertorier dans le pays les traces existantes de l’émigration chinoise, William Yang retourne dans le rural Queensland de son enfance et longe vers le nord la côte est, surplombée par la Cordillère australienne, ces ‘New Gold Mountains’ qui, à l’instar des ‘Gold Mountains’ de Californie, suscitèrent dans les années 1880 une spectaculaire ‘ruée vers l’or’. Comme beaucoup d’autres pleins d’espoir, le grand-père maternel, Chun Wing, instituteur, fit le voyage de sa Chine natale vers le Golfe de Carpentarie pour rejoindre les baraquements miniers de Pine Creek, premier ‘settlement’ chinois en Australie. " Ces paysages du North Queensland m’ont imbibé l’âme. Parce que j’ai grandi sur ce territoire que je pensais mien, je comprends les Aborigènes qui ressentent le besoin de revendiquer leur terre. C’est mon paysage même s’il ne m’appartient pas. Le photographier fait resurgir et revivre mon enfance. Dans les vastes paysages d’Australie, j’ai trouvé la spiritualité que je ne pouvais pas trouver dans sa culture. "

Traversé par toutes les questions que suscite la quête d’une identité, William l’Australien se rend en Chine où il n’a plus aucune famille. " Je me promenais en rue avec étonnement : je ne dénotais plus ! Une révélation : pour la première fois, mon apparence seyait avec celle de tous. Je pouvais enfin me sentir ‘anonyme parmi les anonymes’. Mais mon déguisement était imparfait : je parlais très mal la langue. Les gens ne s’en formalisaient pas : il existe 67 dialectes différents parlés quotidiennement en Chine, et une célèbre chanson qui s’en moque en évoquant deux amoureux incapables de se comprendre. Cependant, sans entrer dans la langue, ma pénétration de la Chine restait de surface. Oui, j’étais bien australien, mais quelque chose me reliait à la Chine, appelons cela ‘un lien de sang’, une résonance et celle-ci, semblable à un bras qui s’allonge au-dessus de l’océan, vient sans cesse attiser mon esprit. "

Sur son homosexualité, William Yang resta toujours très discret en famille. A Sidney, la communauté gay, sa deuxième famille, est durement frappée par les ravages du sida. Il l’évoque pudiquement dans Sadness, son précédent monologue. Blood Links naît de l’héritage tendre et troublé que lui laisse sa mère, Emma, décédée quelques années plus tôt. " Après sa mort, je fus soudainement ‘projeté’ face à mes proches. Je ne les connaissais que par les nouvelles qu’elle m’en donnait, de seconde main. " Blood Links entreprend alors ce subtil et profond voyage aux sources : au départ des grands-parents chinois, Chun Wing et See Ung, à travers les générations, de plus en plus dispersées, de plus en plus métissées de sang australien, américain, japonais, vietnamien ou argentin, autant de cultures et d’identités qui transforment et dissolvent progressivement les traits et les origines chinois... Le voyage intime de la reliance, un voyage nourri d’histoires individuelles traversant l’Histoire, se ramifiant loin dans l’espace, le chemin d’une migration qui fit naître toute une diaspora, un chemin si sobrement personnel qu’il éclabousse d’universel...

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