Batucada

Cinéma Marivaux

22, 23/05 – 21:00
24/05 – 22:00
1h 20min

Avec Matadouro en 2012 et De repente fica tudo preto de gente en 2013, le chorégraphe brésilien Marcelo Evelin a bouleversé le public du Kunstenfestivaldesarts. Cette année, invité à imaginer une parade, il a laissé son imagination se nourrir des multiples formes de rassemblements où le corps agit comme moyen d’expression dans l’espace public. Dans Batucada – le nom d’une batterie de percussions utilisée dans la samba –, Evelin réunit un ensemble bigarré de cinquante performers. Ici, les principaux instruments sont les corps singuliers, emportés dans les rythmes impétueux de la chorégraphie. Avant que la parade ne déferle dans les rues de Bruxelles, les participants s’échauffent, se préparent, se transforment. Mais le temps et l’espace semblent se figer. Le rassemblement dévoile peu à peu sa part d’ombre… Qu’est-ce qui distingue un cortège festif d’une marche indignée ? Batucada est une procession urbaine, un défilé anti-olympique, une fête païenne, une manifestation déguisée, la déflagration d’une révolution intérieure. L’apothéose du Kunstenfestivaldesarts 2014 !

Concept, création & mise en scène
Marcelo Evelin

Collaboration artistique
Carolina Mendonça, Elielson Pacheco, Layane Holanda, Sho Takiguchi

Création & interprétation
Adolfo Severo, Adonis Sarikas, Ana Catalina Rincón Gille, Anaïs Ciriello, Andrez Guizze, Augustin Forget, Benoît Fasquelle, Bruna Sem Nome, Bruno Moreno, Celine De Vos, Cleyde Silva, Daniel Gaspar, Daniel Silva, Danton Brando, Dora Smék, Eduardo Moreira Filho, Elielson Pacheco, Erivelto Viana/Cintia Sapequara, Estelle Bibbo, Filippos Anagnostopoulos, Francesca Chiodi Latini, Gui Fontineles, Hélène Rase, Hitomi Nagasu, Inez Kaukoranta, Issouf Ilbodo, Jo Heyvaert, João Eduardo, Johan Vreys, Kathy Van der Elst, Kiki Samba, Koen Cobbaert, Layane Holanda, Lola Chuniaud, Marcelo Evelin, Márcio Nonato, Maria Peredo Guzman, Nerina Cocchi, Numa Verrez, Pietro Marullo, Rafaella Pollastrini, Rodrigo Andreolli, Rosana Pinheiro, Rosângela Sulidade, Sho Takiguchi, Vanessa Nunes, Vitor Sampaio, Wilena Weronez, Yanu Schepens, Yowa Tshimanga

Eclairage
Tom Bruwier

Production
Regina Veloso

Assistance production
Fabien Marcil, Gui Fontineles

Présentation
Kunstenfestivaldesarts

Production
Demolition Inc. & Kunstenfestivaldesarts en collaboration avec Charleroi Danses & Künstlerhaus Mousonturm (Francfort)

Ce projet a été recompensé par
Fundaçao Nacional des Artes – Funarte avec Premio Funarte de Dança Klauss Vianna 2013

Partenaires
Projeto LOTE#3 (São Paulo) & Galpao do Dirceu (Teresina)

Remerciements
L'équipe du Kunstenfestivaldesarts, Materiais Diversos, Carla Sousa, Loes Van der Pligt, Fabian Santarciel de La Quintana, Cristian Duarte, Sérgio Caddah, Nayse Lopez, Daniel Barra, Humilde Alves, Secretaria Municipal da Juventude/PMT

Groupe de recherches Teresina
Ana Raquel Vieira, Arthur Doomer, Carolini da Silva, Cléverson Rodrigues, Gê Viana, Helen Mesquita, Jell Carone, João Paulo Andrade, Jorge Oliveira, Larissa Almeida, Marília Morais, Paulo Beltrão, Ramôn Ferreira, Rosa Prado, Savina Kelly Silva Santos, Tássia Araujo, Thyallisson, Valério Araújo, Vicente de Paula, Virgílio Mastrângelo

Groupe de recherches São Paulo
Alexandre Magno, Aline Bonamin, Bruno Levorin, Caio Cesar Andrade, Carolina Brandão, Chico Lima, Clarice Lima, Eduardo Bordinhon, Eidglas Xavier, Fê Vinhas, Felipe Rocha, Felipe Stocco, Fernando Gregório, Gabriela Alcofra, Isabel Ramos Monteiro, Isabella Gonçalves, Isis Vergílio, Julia Monteiro Viana, Juliana Casaut Melhado, Laurance Trill, Leandro Berton, Lineker Oliveira, Lô Medeiros, Mariana Costa, Mavi Veloso, Nina Guzzo, Patrícia Arabe, Rafael Amambahy, Robson Ferraz, Rodrigo De, Rogério Salatini, Sura Sepulveda, Talita Florêncio, Teresa Neves, Tiago Pinheiro, Tiago Ribeiro, Tom Monteiro, Túlio Rosa

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# : ## minutes pendant une répétition de Marcelo Evelin à São Paulo

# C’est une prison où habite la liberté et où la liberté se sent libre (oui, vous avez bien lu : le palais imaginaire de la liberté est une prison).

# São Paulo tout entière est une prison de liberté.

# L’édifice dans lequel Marcelo travaille est une cellule de haute sécurité à l’intérieur de cette prison de la liberté qu’est São Paulo. Moi, je l’appelle la Cellule/Libre Arbitre.

# Elle se trouve en plein centre de la ville, concrètement dans un vieux théâtre abandonné qui tombe en ruine.

# La prison apparemment incommensurable n’est autre qu’une infime cellule à l’intérieur d’une forteresse de liberté…

# …qui est le processus polirique de Marcelo Evelin. Polirique, je viens de l’inventer, c’est la fusion de politique/onirique/lyrique. Il y a donc plusieurs cachots emboités l’un dans l’autre, comme des matriochkas, oui, des cachots/matriochkas, ou comme dans le film de Luis Buñuel Le charme discret de la bourgeoisie dans lequel un rêve surgit dans un autre rêve. Ici, ce sont des cachots à l’intérieur de prisons et des prisons à l’intérieur de forteresses ou, si l’on préfère : de la liberté apparente dans de la liberté apparente dans un rêve de liberté.

# La forteresse est si vaste et incommensurable qu’elle n’a pas l’air d’un paradis fermé, borné par les bruits de la nuit propres au paradis, ou ses arômes. Mais c’est un paradis en bonne et due forme.

# Marcelo a les clés mais il ne les utilise pas car à São Paulo tout est cassé, rien ne fonctionne. Les portes, si elles existent, sont délabrées, les serrures, si elles ont existé, ont laissé place à des trous dans des pans de bois désormais dénués de sens car dépourvus de leur fonction, les vitres ont depuis longtemps été brisées par des jets de pierres, le vent s’engouffre de tous côtés, la fumée, les bruits des camionnettes dessinent des chorégraphies ingénieuses, et Marcelo est une espèce de chaman qui négocie au milieu des insistantes sensations quotidiennes de la ville et des spasmes des interprètes qui l’entourent. São Paulo, ce sont quarante tomes d’anthropologie réunis.

# J’ai passé # heures et ## minutes dans un cachot que tout le monde s’est vu volontairement imposer : c’est la cellule de l’imagination et du mouvement perpétuel. Elle protège les hommes du quotidien quand le quotidien est vulgaire et qu’il jette les hommes dans le quotidien alors que la vie de tous les jours a besoin de gestes qui la sauvent de l’abîme de la routine (de la routine mal comprise).

# J’ai vu les interprètes qui travaillent avec Marcelo Evelin sortir en volant par les fenêtres en se tenant par la main (l’un d’eux se cramponnait au pied d’une femme, toujours en volant, bien sûr) et revenir couverts de taches de chocolat, de joie, de sueur, de dents et de lèvres, de besoin et de désir.

# Tout ce que l’univers de Marcelo a de céleste a aussi son pendant ténébreux. Je l’appelle l’Éden dans les ténèbres. C’est l’enfer le plus doux qu’il m’ait été donné de sillonner depuis longtemps. Les corps et les masques fusionnent de façon si mal intentionnée qu’on ne sait s’il s’agit de personnes collées à des masques ou de masques qui ont pris possession des corps ; je veux dire que le maître, c’est l’artifice, plus que l’être humain : j’ai compté deux dizaines de Golems nus coiffés de capuches en train de courir en cercle, de frapper sur des ustensiles de cuisine comme des idiots (les idiots : la race supérieure).

# Marcelo Evelin est l’une des trois réincarnations de Pieter Brueghel l’Ancien actuellement disséminées à la surface de la terre (il y en a deux autres : une à Atlanta, aux États-Unis, et une autre en Transylvanie) ; réincarnation de Brueghel, oui, qui a si souvent copié Jérôme Bosch. Il est plus Brueghel que Bosch, Marcelo, parce qu’il aime – comme Brueghel – les épées.

# Il y a des épées en train de voler au-dessus de toutes les têtes, j’ai compté vingt-deux têtes et vingt-deux épées, personne ne les a vues, me dit-on, mais moi si, je les ai vues, elles n’étaient pas, m’explique-t-on, sur les tables où s’accumulent les objets que les interprètes utilisent pour leurs improvisations, ils ne les ont pas empoignées, mais moi, je les ai vues. Une fois de plus, et comme toujours, c’étaient des épées incandescentes.

# J’ai vu des épées en flammes dans les regards. Et j’ai vu des corps saigner lors de désaccords et de malentendus. J’ai aussi vu la peau se consumer en adieux.

# La frivolité ne produit pas de tremblement. Aucun sourire n’arrive par inadvertance. Chaque goutte de sueur a son propre maître. Cracher, c’est faire naître et laisser mourir. Toute matière est composée de cinquante pour cent de haine.

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Marcelo Evelin est né dans l’État du Piauí au nord-est du Brésil. Ce chorégraphe, chercheur et performeur vit et travaille à Amsterdam et à Teresina (Brésil). En Europe depuis 1986, Evelin utilise la danse comme média et collabore avec des artistes qui se servent d’autres langages pour des projets qui incluent le théâtre physique, la musique, la vidéo, l’installation, et le travail in-situ. Créateur indépendant, Evelin a fondé sa propre compagnie, Demolition Inc. Il enseigne à l’École du Mime à Amsterdam, où il accompagne également des étudiants dans leur processus créatif. Il organise des ateliers et des projets collaboratifs dans différents pays d’Europe, aux États-Unis, en Afrique, au Japon, en Amérique du Sud et au Brésil, où il est retourné s’installer partiellement en 2006 et où il travaille également en tant que commissaire d’exposition. À Teresina, la capitale de l’État du Piauí, il a créé le Núcleo do Dirceu, un collectif d’artistes et une plateforme indépendante pour le développement et la recherche sur les arts du spectacle vivant contemporain, un projet qu’il a coordonné jusqu’en 2013. Ces deux derniers spectacles, Matadouro (2010) et De repente fica tudo preto de gente (2012) sont actuellement présentés dans des festivals et théâtres au Brésil et à l’étranger.

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