Bad Boy Nietzsche

De Kriekelaar

24, 25 Mei/Mai/May 20:30
26 Mei/Mai/May 19:00
27 Mei/Mai/May 18:00
Duur/Durée/Duration: 1:30
Europese première/Première européenne/European première

Il y a cent ans précisément s'éteignait le philosophe Friedrich Nietzsche. Les dix dernières années de sa vie, son brillant esprit s'abîma dans la folie. En janvier 2000, un des phares de l'avant-garde théâtrale new-yorkaise, Richard Foreman, écrit et met en scène Bad Boy Nietzsche, son hommage entêté, drôle et ‘absurde' à l'auteur de Zarathoustra. Naufrages, anges déchus, poupées géantes, discussions triviales et considérations profondes s'y ébrouent côte à côte. Fasciné par cette zone irrationnelle qui échappe à l'entendement, par la présence de déraison couvant en chaque raison, Foreman aime à faire exploser le non-sens qui fait sens. Son turbulent théâtre se nomme Ontological-Hysteric Theater...

Tekst, regie, compositie, scenografie/Texte, mise en scène, composition, scénographie/Text, direction, composition, scenography: Richard Foreman

Met/Avec/With: Gary Wilmes (Friedrich Nietzsche), Kevin Hurley (The cruel man), Sarah Louise Lilley (The Child), Juliana Francis(The Beautiful Woman), Brian Bickerstaff, Marc Lesser, David Lloyd Rabig, Josh Stark(The Aggressive Servants)

Producer/Producteur: Diane White
Produktieleider/Directeur de production/Production Manager: Owen Hughes
Tourneeleider/Directeur de compagnie/Company Manager: Beverly Lewis
Technisch directeur/Directeur technique/Technical director: Michael Casselli
Inspiciënt/Régisseur général/Stage manager: Judson Kniffen
Hoofd belichting/Chef éclairagiste/Lighting supervisor: Gwen Beetle
Klankingenieur/Ingénieur de son/Sound engineer: Neil Benezra
Assistant technisch directeur/Assistant directeur technique/Assistant technical director: Prudence Wehnert
Klankregie/Régie son/Sound operator: Brian PJ Cronin

Kostuums/Costumes construction: Sarah Beadle
Rekwisieten/Accessoires/Props construction: Stephanie Nelson
Origineel Decor/Décor original/Original set construction: Billy Burns

Productie/Production: Ontological-Hysteric Theater (New York)
Presentatie/Présentation/Presentation: Gemeenschapscentrum De Kriekelaar, KunstenFESTIVALdesArts

De voorstellingen van Ontological-Hysteric Theater, Inc. werden mogelijk gemaakt deels door de steun van/La participation du Ontological-Hysteric Theater, Inc. a été rendue possible entre autres grâce au soutien de/Participation of Ontological-Hysteric Theater, Inc. has been made possible in part through support from:
The Fund for U.S. Artists at International Festivals and Exhibitions, a public/private partnership of the National Endowment for the Arts, the Department of State, The Rockefeller Foundation, and The Pew Charitable Trusts,
Met de administratieve steun van/Avec le soutien administratif de/With administrative support from: Arts International

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‘Hystérie' : ensemble de troubles psychiques, neurologiques et fonctionnels généralement attribués à la simulation. Symptômes prenant l'apparence de dysfonctionnements organiques.

‘Ontologie' : partie de la métaphysique qui s'applique à l'être, indépendamment de ses déterminations particulières.

Appeler son théâtre Ontological-Hysteric Theater en cette année 1968 aux Etats-Unis, c'était cloisonner la scène comme la chambre d'échos d'un jet d'impulsions, rebondissant sur le cadre pour être renvoyées au centre, transformées. Hystérique, c'est la dynamique de la tension entre l'impulsion et ce cadre sur lequel elle vient se cogner. Ontologique, car cette toupie tourbillonnante qu'actionne le jeu, c'est le cerveau humain qui se détraque et schizophrène : « Un seul sujet m'intéresse, le moteur de toute mon oeuvre, difficile à définir : il s'agit de la nature impénétrable du monde. Cette nature est si dense et si riche qu'il est impossible d'y prendre une parole qui ne soit pas un mensonge. Toute notre vie se plie aux objectifs contraignants de la réussite individuelle. Cet effort volontariste censure les pulsions qui pourraient anéantir le trajet de notre raison normative. Au 20e siècle, l'art n'a d'intérêt que s'il permet de renouer avec cette part réprimée de nous-mêmes. Mes pièces sont paradis car elles projettent la jubilation d'un monde où rien ne peut et ne doit s'expliquer, un monde dans lequel la communication n'existe pas. Elles cherchent à libérer les complexes/complexités étouffés et à prouver qu'on peut en savourer l'énergie avec délice. Un inépuisable sujet ! »

Fait rare dans l'histoire du théâtre : Richard Foreman, aujourd'hui sexagénaire, n'a rien perdu de son mordant, encore moins de sa modernité. Il est l'auteur de plus de trente pièces. On ne compte plus ses mises en scène. Dans le monde anglophone, sa personne et son oeuvre ont fait l'objet de dizaines et dizaines de publications. L'art du théâtre éphémère ne survit pas à sa représentation. Mi-figue, mi-fiel, Foreman revit indéfiniment l'angoisse de la création : « Si je n'avais pas mes propres failles, mes incertitudes et mes anxiétés, je serais peut-être à Hollywood. Si je n'avais pas l'impression de partir avec un handicap, mes spectacles n'auraient peut-être pas ce ton d'humour amer et presque vindicatif qui les caractérisent. A chaque spectacle, je dois reprendre le combat à zéro. A chaque première, je me retrouve immanquablement à penser que je vais me couvrir de honte... » C'est le lot sans doute des défricheurs...
Foreman a ouvert la voie du théâtre new-yorkais non-institutionnel. Il continue à l'inspirer et peut s'enorgueillir - même s'il ne le fait pas - d'avoir été moteur dans le surgissement jubilatoire et intelligent du Wooster Group, ou dans le délire radical et critique du chorégraphe Reza Abdoh. Il a circulé moins qu'eux en Europe, et moins encore en Belgique. Ceux pour qui les spectacles du Wooster et la découverte d'Abdoh participent de profonds et secouants chocs de théâtre vont pouvoir rencontrer la manière trépidante et corrosive du maître. Les autres entreront dans l'anarchique impatience et l'époustouflant savoir-faire d'un contemporain, pertinent comme à la première heure.

(Greatest Modern Philosopher)

1900 – Died insane !

but in the year 2000

Richard Foreman reveals

The True Bad Boy Nietzsche Story !

Voilà ainsi annoncée sa dernière création. Presque un titre de magazine à sensation ! Tout ce que vous voulez savoir et n'avez jamais osé demander sur le côté ombre des lumières du grand philosophe Friedrich Nietzsche - il sombra dans la folie à la fin de sa vie -, Richard Foreman vous le révèle, cent ans exactement après qu'il gise six pieds sous terre. La pièce est interprétée par huit acteurs et danseurs, traversée par des faux chevaux et autres poissons morts, par une poupée-Dieu, géante et bancale, entortillée dans ses bandages. A chacun de ses déplacements, elle menace d'écrabouiller hommes et anges obligés de détaler entre ses pieds. Foreman explique : « Nietzsche prêchait de nouvelles perspectives. Bad Boy Nietzsche en offre une autre qui puise aux germes de sa propre folie. La pièce se penche sur cette folie du philosophe et introduit son hypothèse : il ne s'agit pas seulement de cet incident du cheval battu que le philosophe courut embrasser dans les rues de Turin, il s'agit d'en chercher le fondement dans les années saines du penseur. Quel délice si nous pouvions tous accéder à la folie qui se cache en nous! Cette ‘folie' a attisé le feu de sa philosophie. Il brisait son époque. Nietzsche avait cette faculté productive de tourner les choses par leur envers, comme s'il marchait aux antipodes, de l'autre côté de la terre, dans cette Chine sage et mythique sur laquelle on fantasme pendant la pièce... »

Si on dit Foreman auteur-metteur en scène et créateur de décor, c'est simplement que l'écriture ne se dissocie pas de l'univers dans lequel elle va se déployer. Bad Boy Nietzsche commence à l'ombre d'un ‘possible' océan, le monde ou son cerveau : un jacuzzi géant fouetté par le tonnerre et les éclairs. Il perturbe la scène de naufrages récurrents et de débris qu'il recrache. Face à lui, la chambre du philosophe, petit homme masochiste qui supplie qu'on le maltraite et l'insulte afin que sa souffrance le propulse au nirvana de la création. Un superbe ange féminin le houspille, l'adule et le torture. L'auteur de Zarathoustra est traité comme un sous-homme, à l'image du paria juif qu'il imaginait. Moins ‘agitée' et plus insidieuse que les récentes pièces de Foreman, Bad Boy Nietzsche n'en trahit pas moins les obsessions du philosophe... et de l'auteur.

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