Aurora

Halles de Schaerbeek
  • 11/05 | 20:30
  • 12/05 | 20:30
  • 13/05 | 20:30

€ 16 / € 13
1h

Rencontrez les artistes après la représentation du 12/05

Alessandro Sciarroni fabrique d’intrigants objets scéniques à la frontière entre danse, performance et rituel anthropologique. Sa dernière création, Aurora, clôt une trilogie explorant la relocalisation sur scène de pratiques corporelles populaires ou non artistiques. Après les danses folkloriques tyroliennes – Folk-s, présenté au Kunstenfestivaldesarts 2014 – et le jonglage, c’est maintenant un sport peu commun, le goalball, que Sciarroni entreprend de « déraciner ». Cette discipline paralympique réservée aux aveugles ou malvoyants sévères met aux prises deux équipes de trois joueurs qui doivent se fier à leurs sens auditif et tactile pour marquer dans le but adverse avec un ballon muni de grelots. La pratique sportive est convoquée ici comme un ready-made : le public assiste à un match authentique avec tensions et coups d’éclat. Mais par des interventions sur la lumière et le son, Sciarroni trouble peu à peu la perception – dans la salle comme sur le terrain – et fait apparaître l’endurance et la fragilité des corps sous un jour nouveau.

Aurora, un journal filmé du processus de création d’Alessandro Sciaronni, réalisé par Cosimo Terlizzi, sera projeté après chaque représentation. (durée : 60 min.).

Chorégraphie
Alessandro Sciarroni

Avec
Alexandre Almeida, Emmanuel Coutris, Charlotte Hartz, Matej Ledinek, Damien Modolo, Emanuele Nicolò, Matteo Ramponi, Marcel van Beijnen

Documentation visuelle & collaboration à la dramaturgie
Cosimo Terlizzi

Lumières
Valeria Foti, Cosimo Maggini, Alessandro Sciarroni

Musique
Pablo Esbert Lilienfeld

Consultant dramaturgie & casting
Sergio Lo Gatto

Collaboration artistique
Francesca Foscarini, Francesca Grilli, Matteo Maffesanti, Eric Minh Cuong Castaing, Cosimo Terlizzi

Styliste
Ettore Lombardi

Diffusion, promotion & conseils
Lisa Gilardino

Administration & production exécutive
Chiara Fava

Casting, assistance & recherches
Damien Modolo

Presse
Beatrice Giongo

Consultance technique entraînements
Ettore Armani, Angelo De Meo, Aurora Zanolin

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Halles de Schaerbeek

Production
Marche Teatro – Teatro di Rilevante Interesse Culturale (Ancona)

Avec le soutien de
La Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings

En coproduction avec
Kunstenfestivaldesarts, Les Halles de Schaerbeek, Mercat de les Flors (Barcelone), Torinodanza Festival (Turin), Théâtre National de Bretagne (Rennes)

Et
Comune di Bassano del Grappa – CSC Centro per la scena contemporanea, Centrale Fies (Dro), SZENE Salzburg in the framework of APAP Advancing Performing Arts Project, Espace Malraux – Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie, Kunstencentrum Vooruit (Gand), Tanzhaus NRW (Düsseldorf)

Avec le soutien de
CND – Centre National de la Danse (Pantin), Graner Centre de Creació (Barcelone), Dansehallerne (Copenhague)

Production exécutive
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Entretien avec Alessandro Sciarroni à propos de Aurora

Pourquoi la pièce s’appelle-t-elle Aurora ?
Beaucoup de joueurs de goalball souffrent d’une maladie appelée la rétinite pigmentaire. C’est une maladie génétique de l’œil. Au cours de la maladie, le champ visuel se rétrécit de plus en plus jusqu’à la perte de la vision centrale. Alors j’ai pensé à ce moment où la lumière change : l’aurore. Le spectacle démarre en pleine lumière et puis sur une durée d’une vingtaine de minutes la lumière baisse graduellement jusqu’à ce qu’on ne voit presque plus rien. Les performeurs et le public se retrouvent dans les mêmes conditions : il n’y a plus que le son du ballon. Après cette éclipse, j’imagine une nouvelle aurore. La lumière revient et les joueurs de goalball cessent d’être seulement des joueurs. Je commence à travailler avec leur humanité, pas seulement avec les règles du jeu.

Qu’est-ce qui vous plait tellement dans le fait de délocaliser sur le plateau des choses qu’on y voit peu ou pas ?
L’idée du troisième chapitre m’est venue quand je préparais le second, sur le jonglage. Quand j’étais enfant, j’étais peu amateur de cirque et je suis resté longtemps suspicieux à l’égard de ce genre de divertissement. Et puis, un jour, au cabaret je regardais deux jongleurs se faire des passes et j’ai réalisé que les jongleurs étaient fous parce qu’ils mènent un combat perdu d’avance contre la gravité. Un jongleur ne peut jamais gagner, ça va forcément tomber, et j’ai compris que la jonglerie était peut-être plus proche de la méditation que du divertissement. Et j’ai eu envie de mettre en scène ces jongleurs pour révéler sur scène le sens de leur pratique. C’est la même chose avec le sport. Je n’ai jamais été très intéressé par le sport. Mon père raconte toujours que, quand j’avais sept ou huit ans, il m’a emmené voir un match de foot et que je me suis placé en bas des tribunes, tourné vers le public, pas vers le match. Et c’était déjà le sens que je cherchais : pourquoi le sport saisit-il les gens ? Pourquoi sont-ils si passionnés ? Donc, sans doute que je mets les choses sur scène parce que cela permet de les isoler de leur environnement et d’en mieux saisir le sens.

En reprenant des pratiques étrangères, respectez-vous les gestes et les règles qui sont les leurs ?
J’essaie d’être très orthodoxe. En un sens, on peut parler de « readymade ». Tout existe déjà. Je compose seulement avec ce qui existe, j’organise, mais je ne crée rien. Lorsque j’ai voulu créer Folk-s, j’ai demandé aux gens du Tyrol italien de nous apprendre leur danse mais ils n’ont pas voulu. Nous l’avons appris tout seul puis nous sommes allés danser devant eux, sans musique, et ils ont vu que nous en avions compris l’esprit : nous avions perçu que l’unisson et le rythme étaient les éléments les plus importants. Après, ils ont bien voulu nous apprendre leurs trucs. C’est la même chose avec Aurora : je voudrais que cela soit un vrai match, avec les pauses, les changements de terrain, etc. et jouer avec cette réalité.

Dans ce cas-là, vous ne pourrez pas vraiment écrire les mouvements…
Mais je n’écris jamais précisément les mouvements. Je travaille plutôt à partir de motifs, de patterns indépendants qu’il s’agit ensuite d’agencer. Dans Folk-s, on ne savait pas combien de temps la pièce allait durer puisque tout dépend de quand les interprètes sont fatigués et sortent du plateau, ou de quand le public quitte la salle. Les danseurs ont des motifs qu’ils peuvent organiser après, sur scène, comme ils veulent. Je travaille dans la même logique pour Aurora.

Y a t-il des principes qui orientent ces patterns ?
Une chose très importante pour moi est que la chorégraphie ne soit pas parfaite. Dès que c’est trop beau, trop maîtrisé, trop spectaculaire, je casse. Je cherche les imperfections, les anicroches, les faux unissons. Mais il faut quand même aussi sentir la connexion, le lien en dessous. Sinon c’est le chaos et le chaos est ennuyeux. On essaie de faire apparaître la présence d’un dessin, d’un design, mais sans le montrer. Il s’agit de le faire sentir, de le laisser deviner.

Pourquoi ce peu de goût pour la perfection ?
Parce que si on ne voit pas l’effort, le travail, si on regarde juste la perfection, c’est raté, ennuyeux. Alors que si on voit le travail, on peut partager le processus, et je crois que cela affecte le spectateur, peut créer une empathie.

Dans Folk-s, les danseurs avaient parfois les yeux bandés. Dans Aurora, les interprètes sont aveugles. La cécité semble vous intéresser particulièrement.
C’est vrai. Même dans Untitled, les jongleurs ferment parfois les yeux. Je crois que ce que je veux dire c’est que le rythme est plus important que la vision. Nous construisons la danse en cherchant le rythme, pas en cherchant à faire des images. En commençant à travailler avec des aveugles, je me suis rendu compte que lorsqu’ils se mettaient près du plateau, ils parvenaient à écouter le mouvement des corps et à comprendre la pièce. C’est donc bien que le sens passe par quelque chose d’autre que la vision, et le sens, c’est vraiment ce qui m’intéresse.

Le goalball est un sport fatigant. Dans Folk-s, les interprètes transpirent beaucoup. Vos spectacles ont l’air éreintant pour les interprètes. Cherchez-vous l’épuisement ?
Pas l’épuisement, plutôt la résistance, même si je n’aime pas trop ce mot. Je n’aime pas voir les gens souffrir sur scène. À une époque, c’est vrai, j’ai beaucoup regardé les performeurs des années 1970, j’étais très fan de la violence, du sang, de l’implication physique des artistes. J’étais impressionné par l’engagement extrême. Mais aujourd’hui je ne voudrais pas voir ça, je ne crois pas que ce soit ce dont notre monde a besoin. Ce que j’essaie de montrer c’est plutôt l’effort et la beauté de cet effort. L’effort pour moi a à voir avec la durée, avec la survie. Si quelqu’un continue de danser, malgré la fatigue, malgré tout, alors nous continuons d’être vivants.

Propos recueillis par Stéphane Bouquet pour le Festival d’Automne à Paris et le Théâtre de la Cité international

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Alessandro Sciarroni (1976) est un artiste italien actif dans le domaine des arts du spectacle vivant, ayant plusieurs années d’expérience dans les arts plastiques et la recherche théâtrale. Il présente ses œuvres, qui réunissent des professionnels de disciplines diverses, dans des festivals de danse contemporaine et de théâtre, des musées et des galeries d’art, ainsi que dans des espaces non conventionnels. Son œuvre transcende les définitions traditionnelles de genre. Il part d’une matrice conceptuelle dans l’esprit de Duchamp, fait usage d’un cadre théâtral et peut se servir de techniques et d’expériences empruntées à la danse, ainsi qu’au cirque ou au sport. Outre la rigueur, la cohérence et la précision de chaque création, son œuvre tente de dévoiler des obsessions, des peurs et des fragilités de la performance à travers la répétition d’une pratique allant jusqu’à la limite de l’endurance physique des interprètes, recherchant une dimension temporelle différente et une relation empathique entre le public et les performeurs. Parmi les événements principaux auxquels il a pris part, on peut citer : la Biennale de la Danse à Lyon, le Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, le festival Impulstanz à Vienne, la Biennale de Venise, le Festival d’Automne à Paris, le Festival Séquence Danse au 104 à Paris, la Foire d’art d’Abu Dhabi, le festival Julidans à Amsterdam. Il a exposé ses œuvres au Centre Pompidou à Paris et au musée MAXXI à Rome, mais les a aussi présentées dans des circuits et réseaux de diffusion de la danse contemporaine et des plateformes stimulant la mobilité des artistes comme Antibodies Explo, Aerowaves et Modul Dance, un projet de collaboration pluriannuel qui réunit 19 maisons européennes de la danse de 15 pays différents. Au fil des années, il a participé à de nombreux projets de recherche et des résidences européennes, comme Choreographic Dialogues (2010), Choreoroam (2011), Performing Gender (2014) : un projet européen sur le genre et l’orientation sexuelle ; et Migrant Bodies (2014-2015) : un projet de recherche et de production chorégraphique qui vise à promouvoir des réflexions et des créations sur le thème de la migration et de son impact sur les sociétés européennes et canadiennes. En 2015, Alessandro Sciarroni a été nommé chorégraphe associé de la compagnie Balletto di Roma et sa dernière création, Aurora, a obtenu le soutien de la Fondation d’Entreprise Hermès. Alessandro Sciarroni est artiste associé au CENTQUATRE à Paris depuis 2016.

Alessandro Sciarroni au Kunstenfestivaldesarts
2014 : Folk-s

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